‹ La terre et al lune: forme extérieure et structure interneChapitre 12 sur 64 · CHAPITRK II. — L APLATISSEMENT DU GLOBE · texte numérisé non relu

CHAPITRK II. — L APLATISSEMENT DU GLOBE

l'hiver dans le village de Tornea, enseveli sous la neige. Les calculs, mis au net, donnaient 5^ 4^2 toises au degré. La comparaison avec

l'aric français portait l'aplatissement à — ^> chiffre supérieur à celui

que Newton avait prévu. En tout cas, aucun doute ne pouvait subsister sur sa réalité. « On tint la chose secrète, dit Maupertuis, tant pour se donnei^le loisir de la réflexion sur une chose peu attendue

Fig. 5.

Cercle azi mutai de Brûnner, employé dans le Service géographique de l'Armée française.

que pour avoir le plaisir d'en apporter à Paris la première nouvelle. » Le départ eut lieu en juin 1737. Au moment de l'embarquement, un accident survint. Les instruments tombèrent à la mer et ne purent être repêchés que déjà endommagés par la rouille. On doit reconnaître aussi que toutes les vérifications désirables n'avaient pas été faites et leur omission donna lieu, de la part des amis de Cassini, à quelques critiques justifiées.

La mission du Pérou comprenait Godin, Bouguer, La Gondamine, plusieurs auxiliaires. Elle s'adjoignit ultérieurement deux officiers

espagnols, George Juan et Antonio de UUoa. Godin, le plus ancien académicien, était le chef nominal.

Le départ eut lieu à La Rochelle, le i6 mai 1785, près d'un an avant celui des académiciens du Nord. Mais l'expédition devait durer bien davantage et les résultats ne furent élucidés que longtemps après. On n'avait pas encore mesuré un degré de latitude sur trois quand les nouvelles d'Europe apprirent le retour et le succès des académiciens du Nord, partis les derniers.

Ce retard tenait à bien des causes et n'avait pas été sans quelque profit pour la Science. On avait fait escale à la Martinique, à Saint- Domingue; on avait entrepris des recherches sur la réfraction, sur le pendule. C'est à Saint-Domingue que Bouguer imagina et fit réaliser le pendule invariable. On arriva à Quito le i3 juin 1736; mais à partir de ce moment des difficultés sans nombre surgirent, occasionnées par le climat inconstant du pays, son caractère montueux, l'impossibilité d'obtenir un concours efficace des autorités espagnoles et des indigènes et aussi, on doit le dire, par le défaut d'entente des observateurs. Chacun d'eux s'appliquait à garder le plus possible le secret de ses chiffres et à dissimuler dans ses opérations ce qui pouvait donner prise à la critique. Il fut fait, en réalité, deux triangulations distinctes et trois relations furent publiées, dues respectivement à Bouguer, à La Condamine et aux officiers espagnols. Nous devons à cette circonstance de connaître divers détails qu'un rapport fait en commun eût laissés dans l'ombre et qui sont utiles pour apprécier l'exactitude du résultat final. Cette critique a été faite d'une manière pénétrante par Delambre dans un travail demeuré longtemps inédit et que M. Bigourdan a eu le mérite de mettre en lumière (*).

Bouguer et La Condamine s'étaient promis de ne point faire connaître au public les déterminations astronomiques exécutées en premier lieu, reconnues plus tard défectueuses, et qu'il avait été nécessaire de recommencer. Mais La Condamine, écrivain facile, causeur brillant et intarissable, était l'homme du monde le moins propre à tenir strictement un engagement de ce genre. Les trois académiciens, rentrés en France en 1744? *745 et 1751, mirent le public au courant de leurs aventures et de leurs travaux. Bouguer publia en 1752 une

(*) G. Bigourdan, Sur diverses mesures d'arc de méridien, faites dans la première moitié du xviii* siècle {Bulletin astronomique, t. XVIII, p. 820 ).

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