CHAPITRE VII. — LA STRUCTURB INTERNE
s'écrasent et se pulvérisent. Même l'acier le plus fin ne résiste guère au delà de looo"^". Il n'y a donc pas à compter sur la rigidité des matériaux pour maintenir à la Terre sa figure, pour s'opposer aux déformations que les forces extérieures tendent à produire.
Cette tendance existe, les marées océaniques en fournissent la preuve. La Terre est défendue contre elle non par la ténacité de ces matériaux, mais par leur viscosité Jqui les rend insensibles aux sollicitations extérieures quand celles-ci changent fréquemment de sens.
Les énormes pressions qui régnent à l'intérieur du globe ne permettent pas aux métaux ni à leurs composés de passer à l'état de fluides parfaits. Cela est particulièrement applicable aux substances qui, à l'inverse de la glace, se dilatent par la fusion. Le D*" Barus a fait à ce sujet des expériences intéressantes sur les roches qui, en fondant, deviennent pâteuses. 11 a trouvé qu'un accroissement de 200**™ par degré centigrade maintient la viscosité constante (King and Barvs, Amer, Journal of Science, Vol. XLV, iSgS).
L'intérieur du globe terrestre, ne pouvant être ni rigide ni parfaitement fluide, affecte sans doute un état visqueux, impossible à réaliser dans nos laboratoires faute de pressions suffisantes et dans lequel les frottements intérieurs jouent un rôle très important, en raison du rapprochement des molécules.
Des indications suggestives sont fournies à ce sujet par diverses recherches modernes. Le colonel Burrard, étudiant les variations de a pesanteur dans l'Inde, trouve que les anomalies de la densité cessent ^d'être sensibles vers 40*"" ou 5o''"' de profondeur. Les énormes pressions qui régnent dans cette zone amèneraient les éléments chimiques les plus divers à un degré de densité presque uniforme, et l'on comprend ainsi que les métaux lourds puissent être injectés dans les filons jusque près de la surface, au lieu d'être relégués dans les couches lointaines.
L'étude de [la propagation des tremblements de terre, faite par le professeur Milne, lui a montré que les secousses sismiques se propagent par l'intérieur du globe plus rapidement que par l'écorce. C'est ainsi que l'ébranlement désastreux qui a détruit en igoS la ville de San-Francisco est parvenu à Edimbourg en sept minutes. Les couches profondes transmettent donc les vibrations comme le ferait uae matière très élastique, très dense, très homogène, ce qui ne veut
pas dire qu'elles aient toutes les propriétés d'un métal à la température ordinaire.
Raisons mathématiques invoquées contre V existence actuelle d^ une é cor ce mince, — Le degré géothermique constaté semble devoir amener l'état liquide à 40''" ou So''"* de profondeur. L'écrasement des solides par la pression se produirait plus vile encore. La presque totalité de la matière du globe terrestre est donc dénuée de rigidité.
Il se trouve cependant que la théorie du mouvement de la Terre autour de son centre de gravité, théorie développée par les géomètres en supposant la Terre rigide, donne une représentation satisfaisante des phénomènes de précession et de nutation, ainsi que de la grandeur des marées.
Les mathématiciens qui ont fondé cette doctrine n'y ont point vu de difficulté. Ainsi Laplace dit : « Les phénomènes de la précession et de la nutation sont exactement les mêmes que si la mer formait une masse solide avec le sphéroïde qu'elle recouvre » {Mécanique céleste, Livre V;. Poisson exprime la même opinion : <c Les tremblements de terre, les explosions volcaniques, le souffle du vent contre les côtes, les froltemenls et la pression de la mer sur la partie solide du sphéroïde terrestre, répondant à des actions mutuelles des parties du système, n'influent pas sur la durée du jour. » [Mécanique, t. II, p. 461;.
Depuis, on a tenté de reprendre la théorie sans supposer au début la Terre solide, et les objections ont surgi. Ainsi Hopkins {Phitosophical Transactions, iHSg) trouve qu'une écorce dont l'épaisseur ne serait pas au moins le quart ou le cinquième du rayon devrait se gonfler et s'affaisser périodiquement, dans une mesure qui ne pourrait échapper à l'observation.
Lord Kelvin (PhiL Trans., i863) estime que, si la plus grande partie de la Terre n'était pas solide, les phénomènes de précession et de nutation ^auraient des périodes différentes de celles que Ton observe. De plus, les marées ne se manifesteraient pas, la même déformation s'imposant simultanément à l'eau de la mer et à l'écorce terrestre supposée mince.
Dans un écrit ultérieur. Lord Kelvin abandonne l'argument tiré de la précession et [de la nutation et ne retient que celui qui se fonde sur la théorie des marées.