‹ La terre et al lune: forme extérieure et structure interneChapitre 52 sur 64 · CHAPITRE HL — tm aRQtES LllNJUUKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE HL — tm aRQtES LllNJUUKS

il offre cette particularité de trancher par sa teinte sombre sur les plaines voisines, et cela d'autant plus que le Soleil j approche plus dti méridien. Un observateur placé au milieu de Platon potirrait s'j croire perdu dans une plaine illimitée. C'est tout au plus, en effelj si la courbure du globe lunaire lui laisserait apercevoir les points les plus élevés de renceinle ( fi^. fo).

Au type de Platon se rattachent Archimède, Posidonius, Taruntius^ Guttemberg, Pitatus, Gassendi, tous situés dans le voisinage immédiat de mers, dont les séparent seulement des digues minces ou dégradées {Jig' 5o, 5i).

Les spécimens que nous venons d'énumérer sont des formations de grande étendue, mesurant 5o^™ à i So""™ de large. Il y en a beaucoup de moindres, jusqu'aux plus petits diamètres perceptibles, mais il y en a aussi de plus grands. D'habitude on ne leur donne pas la qualification de cirques; on leur réserve le nom de mers ou de golfes. Au fond, cette démarcation n'a pas une grande importance, et son caractère est plutôt conventionnel. Ainsi la mer des Crises, encadrée comme Ptolémée dans un hexagone, est aussi bien délimitée et n'est pas plus exactement aplanie que lui. Elle s'étend à 2000™ ou 3ooo"* en contre-bas des montagnes qui l'entourent {Jig. 82).

La mer du Nectar, bien circulaire encore avec ses 200*^™ de rayon, est loin d'être aussi profondément encaissée que Théophile, qui se rencontre tout auprès. Mais portons notre attention sur la région environnante, et nous verrons que la mer du Nectar est seulement la partie centrale d'un affaissement bien plus étendu, qui s'est propagé par zones concentriques, et dont la cassure des monts Altaï dessine la limite. Ainsi la tendance de notre satellite à détacher par des crevasses circulaires des fragments de son écorce, qui descendent ensuite au-dessous du niveau environnant, peut s'exercer sur de très grandes étendues à la fois, et toute explication mécanique des cirques doit être tenue pour insuffisante et suspecte, si elle n'est pas capable de s'adapter à ces cas extrêmes {/îg* 33).

Ce qui donne aux cirques leur individualité, leur physionomie propre.^ ce n'est pas Fespace plus ou moins grand qu4U occupent, c'est avant tout le caractère saillant du rempart, son dessin circulaire ou polygonal, la profondeur du bassin j la présence d'une montagne centrale « Peut-on à ces caractères faire correspondre un ordre de succession on une localisation déterminée? Le problème est com-

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pliqué, mais point insoluble. Ainsi, dans certaines régions, l'aspect vigoureux et net est de règle; ailleurs, ce sont le délabrement et la vétusté qui dominent. Au voisinage du pôle Sud, nous ne voyons guère que des trous profonds et réguliers, découpés dans un plateau d'altitude uniforme. Il se rencontre ici des altitudes de 6ooo°* et 7000"*, dépassant même celle de Théophile. Dans la région arctique, au contraire, ces formes vigoureuses sont exceptionnelles. Ce sont les fonds des cirques qui paraissent constituer la partie moyenne de la planète. Au lieu de plateaux interposés, nous n'avons plus que de minces digues de séparation, plutôt rectilignes que circulaires, et dans un mauvais état de conservation (Jîg- 46).

Après ces généralités, il convient de signaler quelques formes que l'on a plus rarement occasion d'observer, mais que l'on relèverait sans doute en plus grand nombre si l'on avait la faculté d'y regarder de plus près. Ainsi quelques enceintes se montrent partagées en deux moitiés par un sillon rectiligne, soit en relief, soit en creux. Le premier cas est réalisé par Alphonse {Jlg. 43), le second par Petavius. On y soupçonne une deuxième fissure, dirigée en apparence suivant le diamètre conjugué de l'ellipse, en réalité orientée perpendiculairement à la première. Pe ta vins est encore digne de remarque par l'importance du massif central, la structure du rempart en étages et son inscription dans un quadrilatère (Ji^* 40* ^^^ encadrements rectilignes, dont on relève avec un peu d'attention beaucoup d'exemples, sont le plus souvent tangents aux limites des cirques. Mais quelquefois aussi ils se tiennent à distance. Tycho, par exemple, occupe le milieu d'un parallélogramme dont tout l'intérieur a subi un affaissement visible ; mais le cirque, d'aspect vigoureux et moderne comme Théophile, est resté confiné dans la partie centrale, et maintenu entre deux digues parallèles et plus rapprochées. L'écorce lunaire a possédé, au moins dans certaines parties, une sorte de charpente osseuse comparable à la carcasse métallique d'une serre. Les cases de ce damier gigantesque ont joué les unes par rapport aux autres, avec une tendance générale à l'affaissement. Le milieu de chaque case a présenté des conditions particulièrement favorables pour la formation d'un cirque, et les crêtes de séparation ont souvent arrêté l'expansion du bassin. On s'explique par là le grand nombre des sillons tracés suivant des tangentes communes à des enceintes voisines (Jiff- 47 )•

CHAFTTIii %U — LES OlltQUKS tVIfAIARg.

Ainsi ce ne sont pas des causes extérieures et accidentelles, ce sont les inég-alités de résistance de Fécorce qui ont déterminé à Favance les emplacements des grands cirques.

Auréoles et. traînées, — Un autre phénomène bien remarquable, mais limité à un nombre relativement petit de cirques lunaires, est celui des auréoles blanches. Elles apparaissent mieux lorsque le Soleilj im peu élevé, a dissipé les ombres et rendu possi]>le une juste appréciation des teintes. Continue dans le voisinage du cirque, Fauréole ne tarde pas à se diviser en traînées qui s^étendent à plusieurs centaines de kilomètres dans toutes les directions, avec quelques lacunes ou irrégularités.

Les traînées sont un accident superfîcieL Elles n'altèrent pas le relief des régions qu'elles traversent; elles franchissent, sans être le moins du monde déviées^ les montagnes placées sur leur trajet, el ne manifestent aucune tendance à s^écouler par les vallées qu'elles croisent. Quand elles s ^arrêtent ou s^interrompent, c'est le plus soul vent a la rencontre de bassins déprimés, dont la teinte sombre a ' résisté avec succès à l'extension des auréules.

Certains fojers ne rayonnent pas dans toutes les directions : ainsi Proclus laisse ouvert entre deux tramées voisines un secteur sombre de lào'^ (y^^- ^^)' D'autres n^émettent qu'un petit nombre de traînées isolées : tel Messier, qui envoie vers FEst un double panache, tellement semblable à une queue de comète qu'un astronome du dernier siècle voulait absobiment j voir une représentation intentionnelle oflerte à notre curiosité par d 'ingénieux habitants de la Lune {/ig. -aS, 29),

Un de ces systèmes de traînées mérite une attention particulière* C'est Tycho, déjà signalé tout à Theure^ qui en est le centre. Son rayonnement embrasse bien une moitié de la partie visible de la Lune. Il est si étendu qu'aucune photographie ne peut bien en montrer tout Tensemble* Mais les images partielles mettent en évidence une particularité remarquable ; Tauréole ne s^étend pas aux pentes I extérieures du cirque. Elle y est remplacée par une couronne sombre. Ce cas n'est pas isolé; ily ena d'autres exemples, mais celui de Tjcho est le plus apparent {^fi^- 4^)-

Il est inadmissible que la cause qui produit les traînées, quelle qu^elle soit, n'entre pas enjeu au voisinage immédiat du centre d'ac-

tion. Si donc l'auréole ne commence pas au bord même de l'orifice, ce n'est pas que la matière constitutive des traînées blanches y ait manqué, c'est qu*elle a été recouverte par un dépôt plus récent, de couleur sombre, mais moins susceptible de s*étendre à de grandes distances.

Aperçu des principales théories sélénologiques, — Les dissemblances très accentuées qui existent entre les cratères des volcans terrestres et les cirques lunaires ont provoqué des tentatives intéressantes, mais à notre avis infructueuses, pour expliquer Torigine des cirques sans faire appel aux phénomènes volcaniques.

Théorie des tourbillons. — Ainsi, dans une Communication présentée à l'Académie des Sciences en 1846, un officier français, le capitaine Rozet, signale d'autres exemples de forme circulaire présentés par la nature. Ce sont les tourbillons fluviaux et marins, les cjclones atmosphériques. Dans ce dernier cas aucune limite de grandeur n*est plus im|>osée. De plus, les tourbillons peuvent naître partout où se trouvent en présence des courants de vitesse différente. Us ont la propriété de rejeter à leur circonférence les matériaux qu^ils transportent. Voici donc trouvés les artisans des mers et des grandes enceintes. Chacune d'elles marque l'emplacement d*un tourbillon provoqué par les marées et les variations de température sur la Lune encore liquide. A mesure que la solidification progressait, les tourbillons accumulaient sur leurs bords les scories dont ils étaient chargés. Ainsi se sont, avec le temps, édifiés les remparts.

Théorie des marées. — Fave est pour le volcanisme un adversaire non moins déterminé et redoutable. Point de volcans, nous dit-il, sans d'abondantes émissions de vapeur d'eau et de gaz: or la Lune n'a ni eau ni gaz, donc les cirques lunaires ne sont |>oint des volcans. A leur place Fave met en jeu la force des marées provoquées par l'attraction de la Terre sur le no vau encore fluide de la Lune. Ce flot périodique a dépensé aujourd hui toute son énergie à établir Tégalité entre les durées de rotation et de révolution de notre satellite, mais auparavant il a pu se montrer capable d'actions mécaniques importantes. Le fluide intérieur, réduit à se faire jour par d'étroits orifices, les a lentement usés et arrondis, de manière à donner à chacun d'eux les dimensions actuelles des cirques. Ce même fluide a exhaussé les

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