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LES CIRQUES LUNAIRES ET I^S PRINCIPALES THÉORIES SÉLÉNOLOGIOOES

C irrites /un aires et volcans terrestres. — Les traits principaux

du relief de la I^utie, bassins déprimés et massifs saillants, nous sont apparus comme l'œuvre de forces qui ont été actives sur la Terre et qui ont produit autour de nous des elFets sinon semblables, au moins du même ordre.

D'autre part, les mers, comme les plateaux^ sont semées d'accidents caractéristiques^ à tel poiulc|ue nous sommes embarrassés pour leur trouver des analogues dans nos expériences terrestres. Ils reproduisent d'abord, en l'exagérant, un caractère que plusieurs mers lunaires nous avaient présenté déjà, c^est- à-dire un périmètre circulaire régulier. Ils offrent de plus une profondeur, une régularité, une homogénéité de structure extrêmement frappante. Sans que Ton puisse dire qu'ils constituent un élément invariable et primordial de Técorce lunaire, ils sont extrêmement répandus et, jusqu^â ces derniers temps j lis ont accaparé d'une façon presque exclusive Taitenlion des observateurs. Beaucoup les ont désignés sous le nom de cratères ou de vo/cans. Nous emploierons de préférence Tappellation de cirque y moins sujette à évoquer des analogies trompeuses et, par suite, à induire en erreur.

Il s'en faut en elTet que, entre cirques lunaires et volcans terrestres, la ressemblance soit telle que nous soyons en droit de conclure, sans autre examen, à T identité des causes* Les différences sont profondes et méritent une grande attention.

SI nous prenons, par exemple, un cirque lunaire de premier rang et bien conservé, tel que LangrenuSj Copernic ou Arzachel {Jig^ 38,

43), il est certain que la régularité du bourrelet, sa hauteur uniforme suggèrent des comparaisons avec les cratères de volcans. Mais la ressemblance n'existe qu'en plan. Le cirque lunaire est bien plus grand que le cratère terrestre. 11 y a, dans les exemples que nous avons cités, 80*"™ ou plus d'un bord à l'autre. Aucun cratère terrestre en activité ne mesure 2^™ de large, et, si l'on rencontre des bassins volcaniques plus vastes (la Caldiera de Palma, les cirques de la Réunion, le Kilauea des îles Sandwich), ce sont des emplacements de croûtes effondrées, et non des orifices de cheminées.

Le cirque lunaire est également beaucoup plus profond (de 3ooo™ à 6000™). Le volume de la cavité est fort supérieur à celui du bourrelet entier, au lieu que le cratère terrestre n'entame qu'une faible portion de la montagne qui le porte. Le fond du cirque est ordinairement plat et s'abaisse bien au-dessous du plateau environnant. Il n'est pas rare de voir s'élever au centre une montagne ou un groupe de montagnes absolument isolés. Quelquefois il n'y a pas de bourrelet du tout, ou du moins pas de pente extérieure, comme dans Ptolémée. Le rebord, coupé de vallées nombreuses, n'a aucun caractère d'unité. D'une façon générale, le volcan terrestre est en relief, le cirque lunaire est en creux {^fig- 43).

A cette différence radicale dans l'aspect externe se joignent, pour nous conseiller la réserve, la très grande difficulté de distinguer entre les matériaux superposés, l'impossibilité de prélever des échantillons et de pratiquer des coupes. Mieux vaut donc oublier momentanément ce que nous pouvons savoir des volcans, demander à l'observation directe ou photographique de la Lune, sans idée préconçue, tout ce qu'elle peut donner. Nous comparerons les cirques entre eux, en nous attachant de préférence aux plus grands et aux mieux visibles; nous tâcherons de nous insinuer dans leur intimité. Sur un nombre aussi grand d'individus (les Cartes en ont enregistré Soooa et elles ne sont pas complètes), des familles naturelles finiront bien par se dessiner. Nous devrons rechercher les relations de ces divers groupes, établir leur ordre de succession. L'application des lois élémentaires que nous ne pouvons supposer en défaut éliminera plusieurs des hypothèses qui auraient pu être imaginées tout d'abord. Si, après ce passage au crible, l'analogie avec les volcans terrestres demeure indiquée ou seulement possible, nous y aurons recours sans vouloir pousser nos déductions trop loin, car les géologues eux

mêmes ne sont pas tous d'accord îiur Forigioe de ces manifestatioos redoutables.

Pour exécuter ce programme à la lelLrej nous aurions d'abord à exécuter une reconnaissance générale de toute la surface visible de la Lune, en nous attachant à la statistique et à la description des cirques. Mais celte analyse nous conduirait à excéder de beaucoup les bornes imposées à ce petit Livre. Nous allons essayer d'en condenser les résultats^ renvoyant pour le détail aux Mémoires qui accompag:nent les différents fascicules de T Atlas publié par T Observatoire de Paris.

Distribution des cirques^ — Aucune aire un peu étendue, sur la Lune, n'est tout à fait exempte de cirques. Ils sont en général plus nombreux, cela est évident à première vue, sur les continents que sur les mers. La région la plus pauvre comprend les massifs luontagneux des Alpes, du Caucase, des Apennins et quelques golfes très unis qui agrandissent le périmètre des mers. La région la plus riche est la calotte australe, où il y a superposition, mais non encbevêtrement d*enceintes successives apparues sur le même emplacement. Quand un cirque est incomplet, ce n*est point par avorternent, mais par destruction totale de la partie manquante. Chaque conflit de deux formations permet donc d'assigner entre elles un ordre chronolog^iqucj et Ton constate que les cirques les derniers venus sont presque sans exception les plus petits et les plus profonds. On est donc doublement fondé à les considérer comme formés aux dépens d'une croûte progressivement épaissie {fig- 4")-

Sur une Carte d'ensemble, nous pouvons voir que les cirques tombent moins souvent dans le périmètre des mers et plus souvent sur leur limite que ne le comporterait une distribution fortuite. Ils airectionnenl les grandes cassures qui servent de limites aux fosses médilerranéennes. En pareil cas, leur centre ne se place pas exactement sur la ligne de rupture, mais un peu à rintérieur du coté concave, et la même loi régit les petits cirques parasites placés sur le rebord des grands. Dans les régions des hauts plateaux, où Fécorce est parcourue par des sillons rectilignes, ces sillons commandent souvent ralignement des cirques en limitant l*expansîon de tous ceux qu ils rencontrent, et dessinent des tangentes communes, soit intérieures, soit extérieures, au contour de plusieurs cirques (fig- 45)- II n'est pas rare non plus de voir des grands cirques former des

chaînes alignées sur le méridien. Il suffira de citer les associations Langrenus, Vendelinus, Petavius; Théophile, Cyrille, Catherine; Ptolémée, Alphonse, Arzachel; Thebit, Purbach, Regiomontanus, Walter. Même en Tabsence de sillons rectilignes, on voit des séries de petits orifices soit sur les hauts plateaux, soit sur le fond des mers, former des chapelets, des alignements serrés et manifestes.

Caractères distinctifs des cirques. — Un certain nombre se classent à part par un relief vigoureux, des arêtes vives, un air général de jeunesse et d'intégrité. Ces caractères sont surtout communs chez les petits individus, mais il y en a aussi de fort grands dans le même cas. Tel est par exemple Théophile, le bassin le plus profond de \^^ partie centrale de la Lune. Le bourrelet, d'une régularité surpre^ nante, semble construit au tour. D'un bord à l'autre, on mesura exactement loo^™. La pente est douce vers le dehors et la dénivellation totale ne s'évalue pas facilement; mais à l'intérieur on peut mesurer la largeur de l'ombre, et l'on s'assure qu'il y a 55oo™ de différence d'altitude entre le rempart et la plaine. Aucune montagne terrestre ne s'abaisse de si haut dans le même espace, et l'on peut présumer qu'un spectateur placé sur le massif central aurait sous les yeux un tableau des plus imposants. Ce massif est considérable, dominé par plusieurs pics. Ici encore, l'ombre se prête à la mesure et accuse une altitude de 2000™. Il s'en faut bien, par conséquent, que le massif central atteigne au niveau du rempart {fig* 3i).

Aristarque, Eudoxe, Aristote, Langrenus, Tycho sont d'autres représentants du type saillant et vigoureux. Tous possèdent des montagnes centrales à plusieurs sommets distincts. Le rempart présente quelques points anguleux et s'abaisse par gradins vers l'intérieur. Il semble souvent que l'on ait essayé de plusieurs ébauches polygonales avant de s'arrêter à une forme circulaire qui se superpose aux premières sans les effacer en totalité. Un autre trait digne d'être retenu est la présence de digues rectilignes qui limitent en divers sens Teipansion du cirque et l'encadrent dans un hexagone ou dans un quadrilatère {fig- 47? 48).

D'autres grandes enceintes présentent, avec une dépression plus faible, un intérieur encore plus uni. Tel est Platon, où il faut une lunette puissante et beaucoup d'attention pour apercevoir quelques accidents. Il est le Léac noir des premiers sélénographes, et, en effet.

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