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La Terre avant le déluge, .V édition, p. 'ilG

Foiile des glaciers. — La fonte des glaciers s'opère par leur base, soit dans les vallées, soit dans les parties des montagnes qui dépassent la limite des neiges éternelles. Elle varie nécessairement selon la température de l'air, et elle est moins sensible à de grandes hauteurs que dans les régions inférieures. M. Agassiz, en fixant des pieux dans un glacier, a pu apprécier la quantité dont son niveau s'abaisse annuellement par la fonte. Il a trouvé une fonte annuelle de 3 mètres à 3"', 5 dans la partie moyenne du glacier de l'Aar. Dans le mois d'août seul, un mètre de glace fondit; en hiver le phénomène fut nul. M. Charles Martins a trouvé sur le glacier du Faulhopn que la fusion moyenne de la neige s'élevait à 30 millimètres par jour au mois d'août, ce qui donne 0"',90 en un mois, et celle de la glace à 33 millimètres, ce qui donne plus d'un mètre dans le même temps.

Les eaux qui prennent naissance à la surface du glacier s'inliltrent par ses crevasses et par d'innombrables fissures extrêmement étroites que son tissu renferme. M. Agassiz compare un glacier à une immense éponge, qui se sature et s'égoutte alternativement, suivant la quantité d'eau qu'il reçoit.

Le liquide provenant de la fonte des glaciers s'accumule sous les glaces, et finit par en sortir en formant des torrents qui s'échappent du talus terminal. La couleur de leau des torrents glaciaires est caractéristi(jue ; elle n'est pas limpide comme leau des sources, mais chargée de sédiments qui trahissent la nature des roches rencontrées par le torrent. Les roches granitiques donnent à l'eau un aspect laiteux, comme on l'observe pour les sources torrentielles de l'Arve et du Rhône, qui sortent chacune d'un glacier des Alpes. Une teinte verte des eaux du torrent dénote un lit de roches serpentineuses, une couleur noirâtre un lit de schistes noirs. Tous ces torrents entraînent avec eux les boues provenant des roches que le frottement du glacier a réduites en poudre dans son mouvement de progression.

Le terrain qui porte les glaciers n'a pas assez de chaleur proi)re pour contribuc-i" à les faire entrer en fusion; mais les sources qui s'échappent du sol avec une temiiérature un peu plus élevée que les eaux de pluie, et celles qui proviennent de la fontu des parties .superficielles du glacier jiendaiit les

mois les plus chauds de Tannée, enfin les eaux des ruisseaux qui se précipitent des flancs des vallées et s'engouffrent dans les fissures des glaciers, les rongent en dessous et creusent parfois en ces points de larges cavités, dans lesquelles il s'établit des courants dair continuels par suite de la différence de température entre l'air extérieur et celui qui remplit ces excavations. 11 arrive de cette manière, sous le glacier, des bouffées d'air à la température de -|- 6 à 7" : cet air lèche les parois inférieures, contribue puissamment à élargir les cavernes et conduits primitivement creusés par les eaux seules. M. de Schlagintweit a pu s'avancer sous une voûte existant au glacier de Marcel, jusqu'à plus de 200 mètres. Hugi a exploré une cavité de près d'un quart de lieue carrée, sous les glaciers d'Uraz, au pied du Titlis, et il a constaté f(ue ces voûtes immenses ne s'appuient sur le sol que par quelques puissantes colonnes. Un phénomène analogue avait déjà été observé en 1751, sous le glacier de Grindelwald, par Altmann.

Les cavernes qui existent sous un glacier s'ouvrent ordinairement au pied du talus terminal. Leur orifice a quelquefois une hauteur considérable, et la lumière se jouant sur ces murailles de glace y produit les plus brillants effets optiques. Les teintes rose et bleue, l'éclat des facettes qui produisent des irisations admirables, font de ces grottes de glace naturelle un des spectacles les plus curieux et les plus justement recherchés du touriste.

Xous représentons dans la figure 70 la grotte de glace située sous le glacier des Bois du Mont-Blanc, et qui forme la source de l'Arveiron. Cette voûte a 33 mètres de hauteur. Il n'est pas toujours prudent de s'aventurer sous cette arcade, et plus d'un touriste a payé de sa vie une curiosité téméraire. Chaque année 1 aspect de la caverne se modifie par l'érosion continuelle de la glace résultant de la chaleur, et par des éboulements de blocs de glace. Ces blocs peuvent tuer l'imprudent explorateur. Dans la cavité du glacier du Rhône, la détonation d'un pistolet provoqua un jour l'écroulement du plafond de la voûte, et deux jeunes gens furent ensevelis sous ses ruines.

Ces éboulements ont parfois pour effet de barrer le chemin aux ruisseaux souterrains, et l'on voit alors l'eau remonter et jaillir des crevasses de la surface du glacier.

Autour des glaciers courent un grand nombre de ruisseaux, qui s'y forment par la fonte des glaces pendant la saison chaude. Ces ruisseaux ne circulent guère que pendant la journée; la nuit ils tarissent, et le bruit cesse de se faire entendre. Ces cours d'eau s'engoutfrent dans des trous verticaux nommés communément puits ou moulins. Ces puits présentent quel(|uefois une grande profondeur.

Kig. 70. Source il'.' l'Ar\eiron, d'à] rès une iiholographie de M.Ferrier.

Ce que l'on nomme dans les .Vlpes les trous miridiens sont des dépressions produites par la présence d'un corps étranger, tel que du sable noir, un bloc erratique, etc. Kchaulfé par les rayons du soleil, ce bloc fait fondre sous lui la glace, et s'enfonce dans l'excavation ainsi creusée, et dont la profondeur

augmente de plus en plus par l'action de l'eau échauffée qui descend de la surface exposée au soleil.

Un effet tout opposé se produit lorsque des blocs erratiques ou de grands amas de gravier blanc, disposés à la surface d'une partie du glacier, garantissent ce point de la radiation solaire. La glace ne fond alors qu'alentour de ce point; et quand ce phénomène se produit avec quelque intensité, il reste debout, au milieu, un cône de glace et de gravier dont la hauteur dépasse quelquefois un mètre. Il se forme ainsi un piédestal de glace supportant un bloc de pierre. On donne au bloc ainsi suspendu le nom de table de glacier [tig. 71). On en voit un

Fig. 71. Table de glacier.

grand nombre sur le glacier de TAar. Selon l'influence du rayonnement solaire, ces gigantesques champignons prennent une inclinaison très-prononcée vers le sud, si bien qu'ils indiquent en quelque sorte la direction du méridien. Il est même certain que leur pente varie pendant la journée, suivant la position du soleil; mais ce mouvement d'oscillation, qui ferait des tables de glaciers un nouveau genre de cadrans solaires, est en réalité peu sensible.

Le soleil ronge, à la longue, le piédestal de glace du côté du midi; dès lors le tablier de pierre fmit par ghsser, et tombe sur la glace inférieure, où il se creuse quelquefois un nouveau piédestal.

Parlons d'un dernier phénomène dépendant de la fonte des glaciers. Quand l'eau provenant de la liquéfaction des glaces ne peut s'écouler, faute d'issue, elle se creuse un lit sur le bassin du glacier, et de là résulte un véritable lac. Un des plus grands lacs ainsi formés est celui de Mœrill ou Merjelen (tîg. 12], sur la rive gauche du glacier d'Aletsch. Placé à

Fig. 72. Lac de Mœrill, au-dessous du glacier d'Aletsch.

2350 mètres d'Aletsch, il a 1 kilomètre et demi de longueur, 350 mètres de largeur, et une profondeur de 7 à 8 mètres.

« Il présente, dit M. E. CoUoinb, dans son réf^iino un ijliénoinrnc remarquable : il est intcrniillent, il se vide et se remplit allernalivcment dans l'espace de quel(|ues années. Le glacier d'Aletscli, (lui boi'de sa live occidentale, le barre par une falaise verticale de glace d'environ 10 mètres de bauteur. De temps en temps, de grands blocs sVn détachent; ils viennent llutter sur la surface du lac, et présenlcnl la l'oinie

caractéristique, analogue k un champignon, des glaces flottantes de la baie de Bell-Sound au Spitzberg. Quand la pression de Teau l'emporte sur la résistance des parois de glace, le lac se vide tout à coup, il se fait un passage sous le glacier; il en résulte une inondation désastreuse dans la vallée du Rhône, qui se fait sentir particulièrement dans les environs de Viége. Trois millions de mètres cubes ajoutés subitement aux eaux du Rhône rendent alors son voisinage dangereux. Quand j'explorais ce lac, 16^28 août ISkS, il était couvert de glaces flottantes; l'année sui-

Fig. 73. Lac du mont Saint-BernarJ, d'après une photographie de M. Ferrier.

vante, le 18 août, il venait de se vider ; les blocs de glace gisant sur le sol n'étaient pas encore complètement fondus'. »

On a construit récemment un canal destiné à donner un écoulement constant à une partie des eaux du lac de Mœrill, afin de diminuer les ravages que ces eaux produisaient autrefois par leur éruption, qui arrivait périodiquement tous les six ou sept ans.

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