I. J. Hcisclu'l, Pliysir.al iji'ogra}>hy
teurs neigeuses de 1 Himalaya, et en baignent, le pied, l'un au nord, l'autre au sud, pour se jeter ensuite tous deux dans le golfe du Bengale, sont célèbres par les inondations qu'ils produisent à des époques déterminées. Ces débordements, qui réunissent les deux fleuves par d'innombrables canaux, mettent sous l'eau toute la contrée basse. Le Brahmapoutre inonde encore à lui seul tout le haut Assam, depuis la mi-juin jusqu'à la mi-septembre. Les débordements du Hoang-Ho et du Yangtse-Kiang, en Chine, sont presque aussi considérables.
Les fleuves d'Amérique sont sujets à produire des inondations diluviennes qui rappellent les vers célèbres d'Ovide :
Exspatiata ruunt per apertos flumina campos, Cumque salis arbusta siinul, pecudesque virosque Tectaque, cumque suis rapiunt pcnetralia sacris
Jamque mare cl tellus nullum discrimen habebant, Omnia pontus eratif, deerant quoque lillora ponto '.
Les pluies tropicales font grossir le Paraguay, le Parana, l'Orénoque, etc., et leurs eaux s'épandent dans les pampas ({u'elles changent en d'immenses marais, où périt alors beaucoup de bétail. L'accroissement de ces fleuves est proportionnel à la quantité d'eau tombée, et l'on peut, pour cette raison, les considérer comme de véritables ombromètres. On peut admettre qu'il tombe plus de 2 mètres et demi d'eau par an au centre des forêts de l'Amérique méridionale.
1. • Les fleuves débordés se précipitent à travers les champs, entraînant à la fois les arbres et les moissons, les troupeaux et les hommes, les maisons et les temples avec leurs divinités. Déjà la terre et les eaux se confondent; tout est devenu mer, et une mer sans rivages. > {Métamorphoses, livre I, chapitre vi, vers 24.)
dOLirs inférieur des fleuves et des rivières. — Alterrissements. — Deltas Estuaires. — Marées des fleuves. — Mascarets et barres.
Les débris que les fleuves détachent des terrains qu'ils traversent sont entraînés dans les plaines, là où commence leur cours inférieur. On reconnaît ce dernier point à ce que la pente devient de moins en moins sensible. Le fleuve Sénégal n'a plus, à son embouchure, que 3 millimètres de pente par kilomètre. Il en résulte que le mouvement des eaux d'un fleuve se ralentit à mesure qu'il se rapproche de l'Océan ; ces eaux abandonnent alors le sable et les fanges qu'elles charrient, leur lit s'exhausse, et c'est ainsi que se produisent les alterrissements^ les deltas, les barres de sable, etc.
Les dépôts qui se forment à l'embouchure des fleuves donnent quelquefois naissance à de vastes contrées, qui augmentent l'étendue des continents. Le sol de la Hollande a été formé, en partie, par les dépôts du Rhin, de l'Escaut et de la Meuse, (les mêmes fleuves laissent encore déposer tous les jours, pendant les calmes qui accompagnent la marée montante, des sédiments terreux considérables, qui exhaussent peu à peu leurs rivages. En les protégeant par des digues contre les marées, les habitants assurent la conservation des terres nouvelles qui se forment ainsi. Ces terres sont d'une grande fertilité : on leur donne, en Hollande, le nom de polders.
Les atterrissements riverains flnissent par séparer, par diviser les eaux au sein desquelles ils ont pris naissance, et la terre prend, entre les deux courants, une forme triangulaire : de là le nom de delta (A), qu'on donne aux terrains ainsi divisés. Le plus célèbre est ledclla du Nil, qui s'accroît encore tous les jours. Toute la vallée du Nil (lig 146) s'exhausse de 9 centimètres par siècle, ainsi que l'on a pu le constater par l'enfoncement progressif des monuments. Des forages exécutés
LES EACX DOUCES. ' 495
par M. Horner, sous la statue de Rharasès à Memphis, ont montré que le sédiment du Nil a 9 mètres d'épaisseur sous les fondations du monument, qui elles-mêmes sont à 3 mètres au-dessous de la surface actuelle du sol. 11 semble résulter de laque le Nil aurait commencé d'inonder rÉgypte 10 000 ans avant l'ère de Rliamsès, c est-à-dire il y a 13 500 ans. On a découvert à une profondeur de près de 12 mètres un tesson de poterie. Faudra-t-il conclure de cette trouvaille que l'existence de rhomme remonte à plus de 140 siècles?
Le Pô forme, à son embouchure, un delta analogue à celui du Nil, mais beaucoup plus variable que ce dernier. Aux deux
Fig. 14ii. Le Ni
côtés de cette embouchure s'étendent les lagunes de Venise et de Comacchio.
Le delta du Rkone, en France, est bien connu. C'est là qu'existent ces plaines entrecoupées de marais, ici fertiles par suite de l'abondant dépôt limoneux du fleuve, là submergées par les eaux stagnantes, et bonnes seulement, comme aux environs d' Algues-Mortes, à produire des roseaux de marais.
En .\sie, l'Euphrate et le Tigre ont formé une grande terre d'alluvion. Le Hoang-Ho, ou fleuve Jaune, charrie dans la mer Jaune une quantité de limon qui suftirait à combler cette mer dans un intervalle de 24 000 ans.
Le Gange et le Brahmapoutre réunissent leurs deltas de manière à produire la forme d un W, dont les pointes regardent la terre. La surface de ce double delta est coupée d'un véritable labyrinthe de canaux et de criques d'eau salée. Malgré leur terrible insalubrité, ces régions sont habitées par Thomme ; mais une grande partie de leur étendue, connue sous le nom de Sunde.rbunds, n'est qu'un désert abandonné aux alligators et aux tigres. C'est un véritable foyer de pestilence. De ces marais funestes partit, il y a un demi-siècle, le choléra-morbus, qui s'étendit rapidement sur l'Asie, et de là dans tout notre hémisphère. Il ne faut pas oublier, en effet, que les rfe/ïa^ produisant un mélange d'eaux douces et d'eaux salés, le tout en présence d'une grande quantité de matières organiques (représentées par les détritus végétaux que les fleuves amassent à leur embouchure), réunissent toutes les conditions capables de vicier l'air et de le rendre insalubre. La réaction entre les matières organiques et les sulfates dissous dans l'eau de la mer ramène ces sels à l'état de sulfures ; ces sulfures sont décomposés par l'acide carbonique de l'air, et l'hydrogène sulfuré provenant de cette décomposition se répand dans l'atmosphère et lui communique des propriétés méphitiques. Des fièvres intermittentes, plus ou moins graves, sévissent toujours sur les côtes qui présentent réunies les conditions que nous venons d'énumérer; et quand ces conditions sont poussées très-loin, comme dans le delta du Gange, elles peuvent donner naissance aux épidémies les plus redoutables. La génération du choléramorbus dans cette contrée pestilentielle a fourni la triste démonstration de cette vérité.
L'Orénoque a aussi un delta, et l'on en trouve plusieurs autres dans l'Amérique du Nord. Le plus curieux est celui du Mississipi. L'ouverture de ce delta est de 320 kilomètres. 11 est souvent inondé par les hautes eaux, de sorte que l'entrée du Mississipi n'est qu'une suite de marécages où la fièvre jaune a élu domicile. Pendant les crues du printemps, ce fleuve gigantesque se change en une mer boueuse, qui dépose du limon sur ses rives et sur tous les i)ays adjacents. On a calculé que les alluvions du Mississi[)i s'avancent de 100 mètres par an.
Tous ces atterrissementsqui se forment sous nos yeux nous
donnent une idée de la manière dont se sont produits, dans les temps géologiques, les terrains d'eau douce au moyen des sédiments des fleuves.
Les limons charriés par les fleuves renferment peut être un élément de richesse considérable, qui aujourd'hui va se perdre à la mer. On pourrait les employer à la fertilisation des pays au moyen d'irrigations artificielles, selon l'exemple que la nature nous offre par le Nil. M. Hervé-Mangon a fait, à cet égard, des observations importantes sur les limons de nos rivières, et un autre ingénieur, M. Duponchel, a proposé, en 1864, de fertiliser les Landes au moyen de torrents artificiels, dont on provoquerait la formation au pied des Pyrénées.
On pourrait appeler les estuaires des deltas négatifs. Les estuaires sont des lacs d'eau douce et d'eau salée que forment les embouchures de quelques fleuves quand ils s'élargissent tout à coup avant d'atteindre la mer. Le Rio de la Plaia est un véritable golfe, large de 220 kilomètres, dans lequel débouchent l'L'raguay et le Parana. On connaît encore l'esluaire que forme la Gironde, à partir de Blaye; ceux du Dnieper, de lObi, du Yéniséi, du Saint-Laurent, de la rivière Golumbia, etc. Ils permettent aux grands navires de pénétrer au cœur des continents. Les Chinois appellent ces vastes élargissements des fleuves les fils de VOcéan. L'embouchure du fleuve des Amazones peut aussi être regardée comme un estuaire. Dans la saison des pluies, le fleuve s'élance dans l'Atlantique avec une telle force que, sur une distance de I8û lieues, dit-on*, ses eaux ne se mélangent pas avec celles de l'Océan ^ On les reconnaît à leur teinte verdâtre et au courant rapide qui continue de les
1, Huot, Manuel de Géographie physi'iue, in-13, p. 1-21.
2. Le fleuve des Amazones, appelé autrefois Orellana , du nom du Portugais Orellan, qui l'explora le premier, se divise, à son embouchure, en dejx branches : celle du côté gauche, le Rio Maranon, ou l'Amazone proprement dite, a environ 90 kilomètres de large; celle du côté droit, le Rio Para, a environ 40 kilomètres. Ces deux branches sont séparées par l'île Marajo, qui est presque aussi grande que la Sicile. La largeur totale de l'embouchure de ce fleuve immense, si l'on y comprend l'ile Marajo, dépasse 2ôO kilomètres.
On raconte que Pinzon, le lieutenant de Colomb, lorsqu'il découvrit ce fleuve, en 1498, s'écria : Mare an non? « Est-ce une mer ou non? • De ces mots seraient venus les noms espagnols et portugais Maranon et Maranhpo, pour désigner l'une des branches de ce géant des fleuves.
entraîner. Un phénomène semblable s'observe aux bouches du Danube, et à l'embouchure de la rivière Syre, en Norvège.
Malgré l'énorme impulsion donnée à ces grandes masses d'eau, elles ne peuvent pas toujours s'écouler librement dans l'Océan : la marée montante les refoule, et il se livre alors une lutte gigantesque entre les fiots d'eau douce qui descendent du continent et les ondes salées que soulève le flux de la mer. A l'entrée du fleuve des Amazones la marée pénètre jusqu'à plus de 200 lieues à l'intérieur; elle met plusieurs jours à parcourir cette énorme distance. Aux époques des plus fortes marées, c'est-à-dire à la nouvelle et à la pleine lune, la mer atteint en deux minutes la hauteur qu'elle n'atteint ordinairement qu'en six heures. On voit alors une vague de 4 à 5 mètres s'avancer avec une incroyable vitesse; elle est bientôt suivie d'une seconde, puis d'une troisième et d'une quatrième montagne humide, pour parler comme Racine, qui se répandent sur toute la surface du fleuve. Le choc de ces masses d'eau douce et d'eau salée fait trembler les îles d'alentour ; les navires s'éloignent avec effroi du lieu de ce conflit terrible, dont le bruit se fait entendre jusqu'à deux lieues de distance.
« Les eaux de l'Orellana et celles de TOcôan, dil Malte-Brun, se précipitent au combat comme deux armées ; les rivages sont inondés de leurs flots écumeux; les rochers, entraînés comme des galets légers, se heurtent sur le dos de Fonde qui les porte; de longs mugissements roulent d'île on île; on dirait que le génie du fleuve et le dieu de l'Océan se disputent l'un à l'autre l'empire des flots. »
Cette description est trop poétique; mais le phénomène du prororoca de l'Amazone n'en est pas moins un des plus imposants de la nature.
Dans rOrénoque, les marées se font sentir, en avril, jusqu'à plus de 75 lieues de l'entrée du fleuve; leur hauteur est d'un mètre à l'embouchure, elle décroît lentement vers l'intérieur. On observe des phénomènes analogues sur le Saint-Laurent, sur la rivière Columbia, etc.
En Asie, dans 1 Indus et dansl'Ougly, l'un des bras du (lange, les flots remontent à plus de 25 lieues, avec une vitesse de 30 kilomètres à l'heure '.
1. On lit dans Quinlc-Curce (iirAloxandic, désireux de voir l'océan Indien, des-
Dans les rivières de l'Europe, ce reflux de l'Océan à l'embouchure des fleuves est moins violent. On l'appelle mascaret dans la Seine et dans la Dordogne, Dans cette dernière rivière, le phénomène consiste seulement en trois ou quatre lames trèsélevées et très-rapides, qui se suivent, occupant toute la largeur de la rivière. Ces lames remontent le cours du fleuve avec une vitesse de 4 à 5 mètres par seconde, en bouillonnant à leurs sommets et renversant tout ce qu'elles rencontrent.
La Seine présente, à l'équinoxe de septembre, le phénomène
Fi;.'. 147. Effet du mascaiet Je la seino.
du mascaret: et il existe aussi dans deux petites rivières de France, la Vire et l'Aure. La figure 147 représente le phénomène du mascaret de la Seine, à la Bouille.
Les eaux de la Tamise sont aussi arrêtées dans leur cours par la marée montante ; on voit alors pénétrer dans Londres
cendit l'Indus et arriva à l'embouchure de cette rivière à un moment où les eaux n'offraient aucune agitation. Mais soudain arriva le mascaret. Toute la tlottille du conquérant de l'Asie est bouleversée et culbutée; les soldats ne reviennent pas de leur stupéfaction de voir des naufrages en pleine terre, une mer dans le bassin d'un fleuve.
un courant d'eau salée, au-dessous duquel on peut puiser de l'eau douce ^
Les fleuves de la Chine s'élèvent quelquefois de 10 à 15 mètres par l'effet des marées qui les font rouler en arrière, surtout lorsque le vent souffle de la mer. Dans le fleuve Zaïre, en Afrique, les eaux du milieu continuent de rouler dans la mer, pendant qu'il s'établit sur ses deux rives deux courants contraires qui remontent en ondulant vers sa source. On remarque, en général, que l'action de la barre est plus énergique au bord qu'au milieu des rivières.
Les trois grands fleuves qui se jettent dans des mers intérieures, le Nil, le Danube et le Volga, n'offrent point le phénomène de la barre, parce que la Méditerranée, la mer Noire et la mer Caspienne n'ont pas de marées sensibles. On pourrait les appeler des fleuves essentiellement continentaux.
Qu'il nous soit permis d'insister un peu plus sur ce curieux phénomène du reflux des marées à l'embouchure des fleuves, que l'on désigne en Europe sous le nom de barre ou de mascaret, en Amérique, à l'embouchure de l'Amazone, sous le nom de prororoca,ei en Asie, à l'embouchure du Gange, sous le nom anglais de bore. Nous nous occuperons particulièrement du mascaret de la Seine.
L'arrivée de la marée de lOcéan dans la basse Seine fait naître un conflit des eaux qui offre un spectacle grandiose, mais malheureusement désastreux pour les propriétés riveraines et pour les navires qui ne sont pas à flot au moment où le redoutable flux pénètre dans le fleuve. On peut voir encore, entre Quillebœuf et Villequier, les mâts de plusieurs vaisseaux engloutis par la furie de cette barre d'eau. Pour prévenir les accidents qu'amène le mascaret, le gouvernement a fait exécuter, en aval de Quillebœuf, des travaux considérables (jui arrêtent l'action de la marée océanique; mais à partir de ce point jusqu'à Caudebec elle exerce encore ses ravages, quoique à un moindre degré qu'autrefois. C'est à Caudebec, et surtout à Villequier, qu'il faut aller observer cet imposant phénomène.
Tandis que les marées de l'Océan montent par degrés in-
1 Karl Riltor, Allçinncine Erdkundc, 18<i2, p. 180.
sensibles, et ne s'élèvent que lentement, on voit dans les parties du littoral que nous avons citées, le premier flot arriver dans le lit de la Seine sous forme d'une vague roulante, dont la hauteur dépasse quelquefois celle des digues construites pour contenir la fureur des eaux, et qui remplit instantanément le vaste bassin de la Seine, bassin qui s'élargit à la hauteur de Quillebœuf, pour devenir un véritable bras de mer. Des bruits assourdissants annoncent ces grandes crises. Elles sont favorisées par un vent de mer modéré; au contraire, un vent violent étale les eaux, et diminue la hauteur de la vague.
Le mascaret de la Seine n'a été décrit et commenté que lorsqu'on connaissait déjà depuis longtemps le prororoca de l'Amazone, dont la Condamine avait donné une relation saisissante. Bernardin de Saint-Pierre a le premier mentionné le phénomène imposant dont l'embouchure de notre Seine est le théâtre deux fois par an. Selon le style mythologique qui florissait alors, Bernardin de Saint-Pierre compare la Seine à une nymphe poursuivie par Neptune !
C'est au temps des équinoxes de printemps et d'automne, le surlendemain de la nouvelle lune ou de la pleine lune, que les effets du mascaret se font sentir avec le plus dénergie;ilest encore redoutable un jour ou deux avant et après cette époque.
Mais quelle est la véritable cause de l'élévation extraordinaire des flots qui se précipitent ainsi dans le bassin d'un fleuve et repoussent le courant vers sa source ? Il faut le chercher dans cette loi, découverte par Lagrange et vérifiée expérimentalement plus tard par un ingénieur anglais, M. Scott Russell, que la vitesse de la propagation des ondes diminue avec la profondeur de l'eau. La conséquence de cette loi mécanique, c'est que les premières vagues du flux étant retardées dans leur marche dès qu'elles entrent dans une eau peu profonde, doivent sentasser et être devancées par les suivantes, qui marchent dans une plus grande profondeur; que celles-ci seront elles-mêmes poussées par celles qui les suivent , et ainsi de suite; il se forme ainsi une sorte de montagne qui roule sur elle-même et se déverse en cataracte sur les hauts fonds.
M. Partiot, ingénieur des ponts et chaussées, chargé du service de la navigation à l'embouchure de la Seine, adressa, en
1857, à l'Académie des sciences, une étude approfondie de ce phénomène, qu'il avait observé pendant une longue série d'années ^ M. Partiot avait étudié deux mascarets : l'un dans la baie de Seine, à Saint-Jacques; l'autre dans la partie endiguée de la rivière, auprès du village du Vieux-Port. Sur ces deux points, il avait fait placer des échelles métriques près de la rive. On put ainsi mesurer la hauteur du rouleau d'eau que formait le mascaret. On la trouva de 218 centimètres à Saint- Jacques et de 168 centimètres au A'ieux-Port. M. Partiot a donné une série de figures qui représentent les différents aspects de la barre de flot en amont de Quillebœuf. Dans les points où le chenal de la Seine est profond, le phénomène ne se fait sentir que sur les bords, le long des digues. Au milieu du chenal, il n'est généralement pas sensible, à moins que la marée n'ait été retardée vers l'aval et que son arrivée soudaine n'élève tout à coup le niveau de la rivière en produisant d'immenses ondulations. Cette observation s'accorde avec celles des marins qui naviguent sur l'Amazone et sur les différents bras du Gange. En effet, dans ces fleuves, les vaisseaux à flot, dans l'eau profonde, et pour ainsi dire au large du fleuve^ ne souffrent point du prororoca ou du bore, qui fait couler bas les bâtiments échoués ou stationnés dans une eau \)ei\ abondante.
Le savant ingénieur conclut de ses observations que, pour faire disparaître le mascaret à l'embouchure des fleuves, il faudrait y faciliter, autant que possible, l'entrée du flot de haute mer, et enlever, jusqu'à un point assez profond de l'Océan, les obstacles qui s'opposent à la propagation de la marée montante. Ces obstacles sont, en général, les boues, la vase et les hauts-fonds, de telle sorte que les travaux accomplis pour améliorer l'embouchure des fleuves et leur assurer une grande profondeur jusqu'à la mer, auraient aussi pour effet de diminuer le mascaret sur leurs rives et de faire cesser le danger que ce phénomène présente pour la navigation.
Cependant il serait impossible de donner à une rivière la même hauteur d'eau depuis son embouchure jusqu'à sa source. En effet, il ne faut pas s'imaginer qu'en creusant le lit d'une
U Vuir notre Année scientifiqtti' cl indusIricUe, '.V année, p. l'21.
rivière à son emboucliure, on supprime le mascaret : on ne fait que le déplacer, le reporter plus haut, et en détourner la violence. Les grandes constructions qui ont resserré le lit de la Seine, en amont et en aval de Quillebœuf, empêchent l'arrêt des vagues en cet endroit, mais le mascaret s'est reporté vers Yillequier, Gaudebec, Aizier, Tancarville, etc. Les digues construites à Yillequier, par M. Emery, ont tenu bon jusqu'ici contre l'invasion des flots, et on espère qu'elles suffiront pour protéger aussi cette localité des ravages du mascaret, qui avait fini par emporter la moitié de la ville.
Certaines rivières n'ont pas d'embouchure. Elles vont se perdre dans de vastes marais, qui, par leur évaporation abondante, peuvent recevoir sans déborder de nouvelles eaux. Tel est le Zenderoud, en Perse, qui termine son cours dans un marécage. On rencontre beaucoup de ces marais absorbants en Afrique et au centre de l'Asie.
On connaît aussi des rivières qui se perdent dans des cavités souterraines, mais le plus souvent pour reparaître au delà de ce point. Le Rhône s'engouffre au-dessous du fort de l'Écluse, à l'ouest de Genève, et reparaît à quelque distance de là. La rivière de la Lys, en Belgique, se précipite dans la grotte de Han, d'où elle sort à 500 mètres plus loin.
La Meuse disparaît près de Bazoilles, et renaît à Noncourt, après un cours souterrain d'un myriamètre. Des phénomènes analogues ont lieu pour la Tille, le Suzon, l'Eure, l'Aros, etc. La Venelle, dans la Côte-Or, et la Guadiana, en Espagne, s'absorbent dans des prés marécageux, d'où elles sortent plus abondantes. Voilà pourquoi les Espagnols parlent de leur grand pont « où peuvent paître cent mille bêtes à cornes »
La Dromme.qui se réunit à l'Aure dans le Calvados, se jette, à quelque distance de la mer, dans un trou de 12 mètres de diamètre, qui est connu sous le nom delà. Fosse deSoucy. Avant d'y arriver, elle perd une partie de ses eaux dans d'autres cavités qui existent dans son lit. On trouve, sur le bord de la mer, des sources que l'on attribue au cours souterrain de cette petite rivière.
Si les cavernes dans lesquelles les eaux disparaissent ont peu d'étendue et sont ouvertes des deux côtés, elles forment des ponts naturels. Ces sortes d'arcades se rencontrent d'ailleurs
aussi en des endroits où il n'existe aucun cours d'eau. L'un des plus beaux ponis naturels est celui de la vallée d'Icononzo ou de Pandi, au Mexique (tig. 148). Il réunit les bords d'une crevasse profonde de 100 mètres, au bas de laquelle coule un petit torrent, le Rio de la Summa-Paz, encaissé dans un lit presque inaccessible. Le pont principal a 15 mètres de longueur
..'Vif/-' '#'
l'ib. l'ont naturel île l.i v.illee J'Iconoiizn, .111 M''\ii|ue.
sur 12 de large, et une épaisseur de 2 mètres. A 20 mètres audessous de ce premier pont, il en existe un second formé de trois blocs qui se soutiennent naturellement; à son milieu, il est percé d'un trou r|ui permet de voir le fond de l'abîme.
Le pont d'Arc^ sous leiiucl coule l'Ardèclie, est une arche naturelle, haute de 30 mètres et large de 60. Le pont de Véja. près de Vérone, a 38 mètres d'élévation. Le magnili(pie /îoc/c
Bridge ^pont de rocher\ en Virginie, réunit deux montagnes séparées par un ravin de 70 mètres de profondeur, dans lequel coule le Cedar Greek. Ce pont a 30 mètres de longueur et une épaisseur de 13: c'est une des merveilles du pays.
Dans le Liban, un torrent qui se jette dans la rivière de Beyrout, passe sous un arc naturel élevé de 66 mètres, et porte le nom de pont d'Aïn-el-Liban {ûg. 149).
Nous connaissons maintenant tous les phénomènes principaux auxquels donnent lieu les rivières et les fleuves. Il nous reste à mettre sous les yeux du lecteur le tableau comparatif
Fi". 149. Pont naturel d'Aïn-el-Liban.
de la longueur développée des principaux fleuves du globe. Ces éléments sont réunis dans la carte placée en regard de cette page. Nous groupons dans le tableau suivant la longueur de ces fleuves. Les chiffres qui figurent dans ce tableau sont calculés d'après ceux que sir John Herschel a adoptés dans sa Géographie physique.