‹ La terre et les mersChapitre 26 sur 45 · Buckland, Reliqui.r dihivianas · texte numérisé non relu

Buckland, Reliqui.r dihivianas

plication rigoureuse de la présence de tant d'ossements dissemblables accumulés dans le même lieu. Mais il en est qui, pour ne renfermer aucun débris des animaux de l'ancien monde . n'en présentent pas moins un intérêt très-vif pour le géographe ou le simple touriste. iNous allons passer rapidement en revue quelques-unes des cavernes les plus renommées du globe, en nous attachant seulement au côté pittoresque de ces régions souterraines que l'on a si rarement l'occasion d'explorer.

On compte parmi les plus grandes cavernes, celle de Guacharo, située dans la vallée de Caripe, en Colombie, qui fut visitée par de Humboldt. On y entre par une voûte de •24 mètres de hauteur sur 27 de largeur. La roche escarpée qui la domine est couverte d'une végétation luxuriante, composée d'arbres gigantesques, de buissons en fleur et de lianes qui pendent de la voûte en guirlandes et festons , sans cesse agités et balancés par les courants d'air. En suivant le lit d'un large ruisseau qui sort de la grotte, de Humboldt trouva encore, 40 mètres après, le même ruisseau bordé de bananiers aux larges feuilles, qui atteignaient une élévation de 6 mètres. Jusqu'à une distance de 140 mètres de l'orifice, la lumière du jour pénétrait encore assez pour qu'on pût se dispenser d'allumer des torches, car la grotte conserve, sur une grande longueur, la même direction. En poussant plus loin, on entendit les cris des oiseaux de nuit, appelés Guacharos, qui font leur séjour au fond de cet antre. Ils nichent dans les innombrables crevasses dont la roche est percée, à 20 mètres environ au-dessus du sol. Leurs cris, répercutés ])ar les parois de la voûte, produisaient une indescriptible clameur.

Jusqu'à une distance de 485 mètres de l'orifice, la grotte conserve les dimensions de l'entrée. L'ombre festonnée des stalactites se projetait en noir sur le fond lumineux d'une belle colline que le soleil éclairait de ses rayons, et qui faisait face à l'entrée de la grotte. Il fallut ensuite se hisser sur une élévation abrupte où le ruisseau forme une cascade. A partir de ce point, la hauteur de la voûte se réduit à 13 mètres environ, et le sol est couvertd'un terrain noir, sur lequel poussent quelques herbes rabougries. Mais à mesure que le corridor se rétrécissait, les cris des oiseaux devenaient plus assourdissants

Ces clameurs firent tant d'impression sur l'esprit des guides indiens, qu'ils refusèrent de s'avancer plus loin: ce qui mit un terme à l'exploration de de Humboldt. Il avait pénétré jusqu'à 820 mètres de l'oritice quand il fut contraint de revenir sur ses pas.

Au pied des coteaux calcaires qui bordent la rivière Verte, dans le Kentucky 'Amérique du Nord}, à plus de 100 kilomètres au sud deLouisville, se cache, sous les broussailles d'une

Fig. 13^. oreille du Mammouth dans le Kentucky (Amérique du Nord)

végétation exubérante, l'entrée de la plus vaste des cavernes connues jusqu'à ce jour : la caverne du Mammouth (fig. 132 . On a déjà exploré une dizaine de lieues dans ce dédale , sans en bien connaître tous les replis, qui se noient dans d'épaisses ténèbres. Un voyageur, M. L. Deville, en a donné récemment une intéressante description.

Accompagné de l'un des nombreux guides qui se trouvent à l'entrée de la caverne pour diriger les touristes, et muni d'une lampe de mineur, noire voyageur descendit d'abord 60 mar-

elles. Il se trouva alors dans une galerie haute et large d'une vingtaine de mètres et longue d'un kilomètre, à laquelle on a donné le nom de salle iVAudubon. Elle aboutit à la Rotonde, vaste salle d'où rayonnent de nombreux couloirs. Un de ces couloirs conduit à un carrefour dont la voûte forme une nef immense, décorée de longues stalactites, et que l'on appelle VÈglise. Des concrétions de stalactites calcaires y forment des colonnades, des stalles, et y dessinent même une sorte de chaire où plus d'un ministre protestant est venu prêcher. En sortant de ce temple naturel, on arrive, par une série de corridors, à la chambre des Revenants^ où l'on a découvei't autrefois une immense quantité de momies indiennes. Ce vaste cimetière d'une race disparue sert aujourd'hui de buvette; les femmes des guides y tiennent des rafraîchissements et même des journaux. Quelques malades qui habitent ces souterrains , pour profiter de leur atmosphère salpètrée, se réunissent dans cette partie de l'immense catacombe.

Si Ton descend le long de plusieurs échelles, et que Ton franchisse un vieux pont de bois, dont l'apparence de vétusté est peu rassurante, on arrive à un étroit sentier dont la voûte linit par s'abaisser tellement, qu'il faut marcher en rampant; ce couloir a reçu le nom expressif de chemin de VHamililé . Il aboutit à la chaire du Diable, sorte de balcon au-dessous d'une ouverture taillée dans le rocher, et conduit à. V Abi me sans fond. C'est un noir précipice, dont la profondeur surpasse toute imagination. Des cornets de papier huilé que l'on y jette enilammés s'éteignent avant d'arriver au fond. On raconte que deux nègres fugitifs, poursuivis à outrance dans ce sombre labyrinthe par leurs persécuteurs, se sont précipités dans le goulfre eflrayant. Une corde de 300 mètres n'atteint pas le;fond de cet abîme '. En montant et descendant toujours, on arrive sous l'immense dume du Mammouth, dont la coupole, qui a 130 mètres d'élévation, se perd dans les ténèbres. Un sentier qui s'élève en tournoyant mène presque au sommet de ce

1. On dit qu'à Fredeiickslall, en Suùtle, il existe une fente dans une roche granitique, dont la prolondear est telle, que la chulu d'une pierre ne s'y l'ait entendre qu'au bout d'une minute et demie ou deux minute.^- : ce qui donnerait par un calcul facile à faire, 12 ou 18 kilomètres, deux fuis la hauteur des plus hautes montagnes du globe.

dôme , qui consiste en une voûte noire parsemée de cristaux brillants : c'est la Chambra étoilée. Éclairée par une lampe, cette coupole , tout incrustée de brillantes stalactites , scintille comme le ciel d'une nuit d'été. Par une adroite gradation de la lumière, les guides savent imiter le lever de l'aurore ou l'arrivée de la nuit.

Après avoir traversé, à quelque distance de là, un bassin de 8 à 10 mètres, que l'on appelle Dcad sea ^mer iMorte), on arrive

Kig. 133. Rivière du Styx dans la grotte du MamnioulU.

à un large cours d'eau (fui porte le nom de Styx et qu'il faut traverser en canot.

« Je monte dit M. Deville, dans la grossière barque de Caron. Mon noir nautonier pousse quelques cris et les voûtes résonnent au loin ; on dirait les gémissements des âmes en peine condamnées à ces ténèbres éternelles. Nos lumières répandent des teintes rougeâtres sur les roches qu'elles profilent d'une façon étrange, pendant que sur l'eau du Styx, tout émaillée de brillants reflets, tranche vigoureusement la silhouette du nègre. Ce spectacle étrange me jetait dans des réflexions singulières, lorsqu'un bruit épouvantable retentit soudain dans la caverne. On eût dit un immense éboulement. Ce n'était toutefois qu'une surprise de

mon guide, qui montrait ses dents blanches en riant aux éclats. Tandis qu'absorbé dans mes rêveries, j'oubliais sa présence, il était descendu à terre, et frappant à coups redoublés sur une pièce d'étoffe, il avait éveillé ce fracas d'échos qui venait interi'ompre en sursaut le cours de mes réflexions. »

Au bout d'une demi-heure de navigation, on met pied à terre sur un sable fin. A quelque distance on aperçoit une petite source sulfureuse, puis Vavtnue de Cleveland qui mène au Salon de Neige, dont les murailles sont d'une éclatante blancheur. Des sentiers très-accidentés conduisent de là aux montagms Rocheuses, amas de rochers détachés de la voûte, à travers lesquels on parvient à la grotte des Fées, où les stalactites forment des colonnades, des arceaux et des arbres d'un aspect magique. Le bruit des gouttes d'eau qui tombent de toutes parts donne d'étranges sonorités à ce sombre labyrinthe. Au fond de la salle est un groupe gracieux qui imite un palmier d'albâtre, au sommet duquel jaillit une source.

Quand on est parvenu à la grotte des Fées, on a parcouru quatre lieues. Il faut dix heures pour l'aller et le retour. Aussi, quand on revient de cette longue excursion souterraine, on salue la lumière du jour avec une satisfaction facile à comprendre.

Les grandes cavernes de la vallée de Castleton, eu Angleterre, dont l'une a une longueur totale de plus d'un kilomètre, rappellent, sauf leur moindre étendue, les magnifiques grottes souterraines de l'Amérique du Nord, que nous venons de décrire. Elles offrent aussi une suite d'évasements successifs et d'étranglements, des gouffres sans fond, des lacs souterrains qu'il faut traverser en bateau, des piliers immenses, formés de brillantes stalactites, qui supportent la voûte, et étincellent par la réflexion de la clarté des torches ; elles réunissent enfin tout le merveileux spectacle que présentent les grottes souterraines.

Une autre grotte à stalactites célèbre est celle de l'île Antiparos, située dans l'Archipel grec. On y descend par un puits, au moyen d'une échelle de corde, et l'on arrive ainsi à une très-belle grotte de 70 mètres de haut sur 80 de large. Au fond de la grotte, on aperçoit une pyramide isolée, haute de 15 mètres, semblal)le à une tiare relevée de plusieurs chapiteaux

cannelés; M. de Nointel y fit célébrer la messe en 1673, devant une nombreuse assistance.

La grotte de Han est la plus grande curiosité naturelle de la Belgique. Quatre fois plus grande que la grotte d'Antiparos, parcourue, comme la grotte d'Adelsberg, par une rivière intérieure; pouvant être traversée d'un bout à l'autre, sans que l'on ait besoin de revenir sur ses pas; placée dans un vallon délicieux arrosé par la rivière la Lesse, la grotte de Han mérite d'être visitée par les amateurs des merveilles de la nature ^

Le nom de Han est d'origine turque. Un han est un lieu couvert dans lequel se trouvent plusieurs séparations , ou salles, pouvant servir de centre de réunion. Il est probable que c'est à un usage de ce genre que servit cette grotte, en des temps reculés. Elle a donné son nom au village de Han.

Il est facile de reconnaître que l'entrée de cette grotte a été habitée autrefois. Les découvertes que l'on y a faites, à différentes époques, telles que diverses pièces de monnaie, des clefs anciennes, des outils de maréchal, des ossements humains, en sont la preuve. Cependant elle n'a jamais pu servir que d'habitation passagère, tant par son humidité qu'à cause de la rivière qui la parcourt à l'mtérieur.

Le voyageur qui part de Bruxelles arrive en quelques heures à la station de Jemelle, à une lieue de Han. Partant de Jemelle, il traverse Rochefort, et arrive au village de Han. Avant (je s'engager dans les profondeurs de la grotte souterraine où l'attendent mille spectacles variés, il contemple le gouffre dans lequel viennent se jeter les eaux de la Lesse. Cette rivière s'introduit en ce point de la grotte par une série de cascades, pour reparaître plus loin, à l'intérieur de la caverne.

Nous n'entreprendrons pas de donner la description détaillée des nombreuses curiosités naturelles que le visiteur trouve sur ses pas, pendant le trajet, qui dure trois à quatre heures, à l'intérieur de la grotte de Han. Contentons-nous de dire que l'on parcourt une série de vastes salles, de hauteurs diffé-

1. Plusieurs auteurs se sont occupés de la grotte de Han. L'abbé de Feller, qui a longtemps habité la petite ville de Marche, y fit une descente en 1771, et après une deuxième visiie en 1776. en donna une description intéressante. MM. Kichx et Quetelet en ont fait, en 18"22, une description scientifique. Une autre a été publiée dans le Voyage pittoresque au royaume des Pays-Bas, en 1825. En 1830, le docteur Alleweireldt a publié le meilleur travail sur cette caverne.

rentes, décorées, comme toutes les grottes de ce genre, de stalactites qui étincellent à la lumière des torches, et coupées de précipices , qui doivent rendre circonspect le voyageur en quête d'émotions ou de surprises.

Les noms de ces différentes pièces sont bizarres ou significatifs : il y a la snHe des Scambéis, la salle des Renards, la salle de la Grenouille, noms tirés des animaux qui fréquentaient autrefois ces retraites; la galerie et la salle du Précipice, V Incomparable. la salle du Mamelon, les Trophées. VAUiambra, les Myslérievses. la place d'Armes, le Porlique, les Drapn-ies , la salle du Dôme, etc., etc.

La dernière partie du trajet s'accomplit en bateau. Le touriste descend dans une nacelle, et s'y tient prudemment assis. Le nautonier agite lentement ses avirons, et laisse pendant quelques instants le visiteur jouir des émotions qui remplissent son âme. Les guides secouent leurs flambeaux résineux; ils allument des torches de paille, et font apercevoir une voûte à moitié ogivale, à moitié horizontale, formée, pour ainsi dire, de deux seules pierres dans toute sa longueur, et ornée d'une quantité de brillantes stalactites.

Le nautonier laisse sa barque suivre lentement le cours des eaux. Le silence qui règne en ces lieux souterrains n'est interrompu que par le bruit perçant des chauves-souris, par le clapotement monotone des gouttes d'eau qui, se détachant de la voûte, tombent dans la rivière, et par les continuels soubresauts des poissons, que la clarté de la lumière attire en foule au bord de la nacelle.

On est alors parvenu à l'issue de la grotte. Mais avant de revoir le jour, le touriste se donne le plaisir d'entendre le merveilleux écho qui se répète à l'infini dans les flancs de la caverne.

« Lo bruit iVwn coup ile fii^il, dit le doclcur Allewi'ireldl, liiv à la sortie ties eaux de la grolle, ressemble à celui d'une piùce de campagne! Imnnédialement après le premier coup, un deuxième le suit, puis un troisième, un quatrième, et cela pendant douze à dix-buit secondes. A cbaque nouvel (kdio, le bruit semble s'éloigner, et le ilernicr se fait entendre, en apparence, à quelques lieues de là, et paraît mourir dans le sein de la terre. L'ensemble du bruit imite très-bien un coup de tonnerre, très- (éclatant et redoublé, dont le roulement it le firniissemi-nt aérien sont icirfailcment sendjlaliles. Celui (pii ne serait pas pi'évenu croirai

que la foudre éclate et détone à ses côtés. Le rocher semble se fendre ; le craquement, Texplosion, le mugissement se répètent de tous côtés; le bourdonnement et les coups formidables se reproduisent; le rocher paraît ébranlé jusque dans ses fondements ; les voûtes de l'immense caverne ont l'air de se fendre et de se détacher, etc. A ce bruit épouvantable succèdent le calme et un silence profond. »

Aujourd'hui, un petit canon a remplacé la simple carabine que l'on faisait autrefois retentir sous la voûte. Rien ne peut, dit-on, rendre l'effet que produit ce coup de canon, répercuté par les mille échos de la caverne.

Mais ce qui a le plus de charme sous ces voûtes, ce sont les instruments de musique. Chaque année, plusieurs sociétés d'harmonie et de chœurs viennent faire retentir ces lieux sombres de leurs délicieux accords.

C'est par cette dernière salle que le touriste sort de la caverne et retrouve le jour.

« Il n'est point d'optique, dit le Guide du voyayeur à la grotte de Han , qui puisse se comparer au coup d'oeil réservé au visiteur, lorsque, les guides éteignant leurs torches, l'obscurité de ces antres ténébreux fait place au crépuscule du jour qui s'avance vers la gondole voguant lentement à la surface des eaux. Il renaît à la vie, ses émotions sont douces. Il ne vit plus que pour admirer un panorama unique dans son genre. S'il a le bonheur de rencontrer, à sa sortie, un de ces couchers de soleil d'Italie, que la nature prodigue souvent à nos montagnes, il reste immobile d'admiration. Enfin, tous les auteurs qui ont écrit sur le sujet qui nous occupe, s'accordent à dire que le trajet par eau est sans contredit l'épisode le plus beau de cette excursion; ils l'appellent le bouquet.

a Lorsque le visiteur est rendu à la lumière, il éprouve un sentiment de bien-être indicible ; toutes ses craintes, ses frayeurs, ses émotions lugubres ont disparu, pour faire place à la jouissance de la belle nature et du tableau ravissant qui se déroule à ses yeux. 11 quitte sa nacelle, s'avance lentement vers le rocher qui couronne l'extrémité de cet antre mystérieux, d'où il sort enfin par le côté célèbre appelé Trou de Han. . .

Le touriste se trouve dans un

vallon délicieux, au milieu de jardins et de sites agrestes, uniques dans leur genre; il jette un dernier regard sur la grotte, laisse, à gauche, un charmant petit manoir, nommé le Pavillon de lu grotte^ dont l'habitation est enviée par tous les amateurs des beautés pittoresques de la nature ; il suit une longue avenue de châtaigniers, et bientôt regagne le centre du village de Han ' . »

1. Guide-Album du voyageur à la grotte de Han-sur-Lesse, par un habitant du village, ornée de douze vues dessinées d'après nature. Bruxelles, 1859.

En France, la grotte de Miremont, qu'on appelle aussi le Trou de Granvilie, et qui est à peu de distance de Bagne, se compose d'une longue file de chambres très-régulières , dont les plafonds offrent des incrustations siliceuses.

Une grotte très-remarquable par l'élégance de ses colonnes et ses piliers de stalactites est celle de Ganges (Hérault), connue sous le nom de grotte des Demoiselles. Elle est creusée dans le terrain silurien , tandis que la plupart des cavernes du globe appartiennent au calcaire jurassique.

La grotte des Demoiselles occupe l'intérieur de la colline du Taurat, à quelques centaines de mètres du village de Saint- Bauzille et à une lieue de la ville de Ganges. L'ouverture de la grotte est placée sur le plateau de la colline du Taurat. De ce plateau, recouvert de chênes verts, on domine le vallon, un frais vallon cévenol , encadré de montagnes et traversé par l'Hérault.

M. Ernest Hamelin a publié, en 1861, dans le journal le Messager du Midi, de Montpellier, le récit d'une excursion à la grotte des Demoiselles. Nous rapporterons ici une partie de cette intéressante description de l'une des merveilles naturelles de la France, qui n'a que le tort d'être peu connue :

« Vers re.xtrémité nord du plateau de la colline du Taurat, dit M. Ernest Hamelin, le rocher paraît s'être eflbndré sur une superficie de quelques mètres et présente une excavation circulaire assez profonde : c'est rentrée de la grotte. Une rampe de fer, et plus bas une échelle, sont disposées pour en faciliter Taccè?. Au bout de quelques minutes, nous nous trouvions tous réunis au fond de celte sorte de puits. Les bougies et les torches s'allument, et, disant pour quelques heures adieu au soleil, nous disparaissons avec nos guides par une fissure qui forme l'entrée du y'eslibule.

« Nous avons à peine fait quelques pas, et déjà nous pouvons nous faire une idée de la puissance des dépôts calcaires accumulés dans la caverne. Des stalacites énormes dressent leurs blanches et capricieuses silhouettes; les parois du rocher semblent tapissées d'une neige pétrifiée, mouchetée ç;i et là de cristaux transparents comme des glaçons, s'irisant de toutes les couleurs (Ui spectre sous les rayons de nos lumières.

« Ce n'est pourtant que le prélude de merveilles bien plus étranges. Nous sommes descendus au fond du Vestibule, ([u'une porte isole des autres parties : c'est une précaution prise contre les indiscrets qu'une curiosité imprudente porterait à s'aventurer, sans guides, dans l'inextricable dédale dans lequel nous pénétrons. Nous cessons de descendre quelques instants pour monter vers la salle du Manteau royal. Là, nous

trouvons une bizarie et magnifique surprise : une immense draperie de pierre, artistement jetée sur un portemanteau de rocher, pend d'une saillie de la voûte et étale ses plis harmonieux et ondulants comme le velours ou le satin. Rien n'est curieux et étonnant comme cette singulière œuvre de la nature : certains détails sont réellement modelés av3c un art féerique.

« Nous nous arrachons à ce spectacle et descendons vers la Grande- Salle^ ou salle de la Vierge. Jusqu'ici notre pérégrination souterraine s'é-

Fig. 134. (iroUe des Demoiselles, a Ganges (Hérault,. — feulle île la \ierge.

tait effectuée sans trop d'encombre : quelques fissures un peu étroites, quelques escarpements un peu brutaux à franchir, à cela s'étaient à peu près bornés nos efforts de gymnastique. Mais maintenant chacun doit déployer toutes les ressources de son agilité et de sa vigueur musculaire; il doit prendre les positions les moins usitées dans la vie habituelle, ramper sur le ventre ou se traîner sur le dos, marcher courbé à tous les degrés possibles ou impossibles, se glisser le long des parois sur une saillie large comme deux travers de main, descendre des rochers près-

que à pic et aussi élevés que des maisons, se cramponner, la bougie aux dents, à toutes les aspérités, et le plus souvent ne faire un pas qu'après avoir soigneusement éclairé la place où il mettra le pied. Ne nous posons pas en héros cependant : il n'y a plus aujourd'hui de danger sérieux. Les endroits vraiment périlleux, le fameux pas du Diable, par exemple, par où Ton entre dans la Grande-Salle, ont été garnis de rampes de fer, et une échelle de même matière y remplace l'aventureuse échelle de corde d'autrefois. Les guides sont là d'ailleurs. Aucun accident n'est jamais survenu, bien que d'élégantes dames aient à plusieurs reprises courageusement exploré la grotte dans ses moindres détails.

« De magnifiques compensations sont d'ailleurs réservées à nos fatigues. La salle de la Vierge, où nous venons de pénétrer, regorge, à la lettre, des plus étranges et des plus surprenantes formations ; nulle part au monde, assurément, la nature n'a accumulé avec plus de profusion des œuvres plus merveilleuses. Citons seulement le Manteau impérial, admirable draperie du même genre que celle que nous avons vue au sortir du Vestibule: citons surtout les Grandes-Orgues, hi plus imposante de ces bizarres et gigantesques créations du hasard. A la vue de ces piliers d'albâtre hauts comme des clochers de cathédrale, de ces buffets énormes se détachant de la paroi circulaire avec un relief effrayant, de cette coupole tapissée d'aiguilles blanches, dentelée, fouillée comme par le patient ciseau d'un sculpteur du moyen âge, on se sent un moment comme anéanti. Chaque feu de Bengale qui s'allume, éclairant d'une lumière différente cette scène émouvante et grandiose, arrache à toutes les poitrines des cris d'admiration.

« Mais nous voici près de la pièce légendaire de la caverne, de colle qui a donné son nom à la vaste salle où nous nous trouvons. Aussi notre chef des guides ne néglige-t-il aucun moyen de la produire sous son plus magique aspect, et tire-t-il de la mise en scène naturelle le plus habile parti. C'est un vrai coup de théâtre, plus le gigantesque des proportions. Nous arrivons à un point où notre marche est subitement arrêtée par un précipice, que le rocher embrasse dans une courbe semi-circulaire. Sur rinvitalion de notre guide, toutes les lumières s'éteignent. Pendant ce temps, il se glisse le long de la paroi, au-dessus du gouilre, et place un feu de Bengale sur une corniche. Tout à coup la flamme jaillit et vient frapper en plein une statue de fenmie drapée et couronnée, surgissant du milieu de l'abîme et détachant, sur le noir absolu du fond, la bizarre et merveilleuse ébauche de ses formes colossales: c'est la Vierge. La première impression est vraiment saisissante et explitpic facilement les naïfs et miraculeux récits auxquels ce singulier phénomène a donné naissance dans la contrée.

« La Vierge est le dernier tableau de cette longue et fantastique galerie ; mais nous tenions à descendre jusqu'au fond de la grotte. C'était un peu vanité de touristes, mais surtout désir de nous assurer de la hauteur exacte de la voûte, que MarsoUier, en 1782, et tous les explorateurs après lui, ont évaluée à 100 mèlres.

" Bientôt nous aspirons à pleins poumons le grand air sur le plateau du Taurat. Nous quittons enfin nos braves guides, le souvenir plein dt^

ces impressions qui ne s'effacent plus, et notre voiture nous emportebientôt vers la charmante petite ville de Ganges. »

Dans le désert de la Thébaïde, en Egypte, on peut visiter les célèbres grottes de Samoun, ou grottes des Crocodiles (fig. 135), dont l'entrée est une crevasse irrégulière, à fleur de terre, large de 1 mètre et profonde de 3, au milieu d'un terrain granitique couvert d'une interminable cbaîne de monticules ou de ma-

Fig. 135. Entrée des grottes de Samoun.

melons sablonneux. Ces sombres cavernes, aux parois noires, que recouvre un enduit pâteux, renferment d'innombrables momies de toutes sortes, et surtout des crocodiles embaumés. Des nuées de chauves-souris les infestent et se heurtent contre le visage du visiteur.

La décomposition, l'altération des basaltes par l'action de l'air ou des eaux, a formé plusieurs grottes naturelles qui revêtent un aspect tout particulier d'élégance par leurs hautes co-

lonnes prismatiques. La plus célèbre de ces grottes basaltiques est celle de l'ilot de Stafï'a : on la connaît sous le nom de grotte de Fingal (fig. 135)- On trouve dans la même île la grotte de Boat, de Convorant, etc.

(iriilli; (le l''iii^al.

Staffa n'est qu'un bloc de basalte, resté debout au milieu d'une masse éruptive qui forme l'île de Mull, sur la côte occidentale de l'Lcosse. La grotte de Fingal, (jue les vagues ont

creusée dans le basalte, s'ouvre sur la mer par une entrée de 20 mètres de hauteur sur !2 de large, formée de deux rangées de colonnes verticales parfaitement régulières, et surmontées d'un cintre naturel. L'intérieur est une longue voûte, de proportions si élégantes, qu'elle semble avoir été ciselée par des artistes. Chaque pilier, et même chaque fragment de pierre, est exactement prismatique et taillé à faces régulières. La mer passe d'un bout à l'autre de la grotte. La lumière du jour devient très-faible à son extrémité: grâce à ce demi-jour, les pe-tites colonnes prismatiques groupées semblent figurer le chœur d'une église, avec ses orgues noircies par le temps. Ouand la mer est tranquille, on distingue sous les eaux, profondes de 5 mètres, le fond de la grotte, semblable à un beau parquet de marbre noir. xMais ordinairement la mer est agitée ; ses vagues se brisent et se divisent en écume, et frappant avec fracas contre le fond et les parois de la caverne.

Si l'on pénètre jusqu'à l'extrémité de la grotte, on aperçoit, un peu au-dessus de la surface de l'eau, une espèce d'antre d'où sortent des sons harmonieux, ou du moins agréables, chaque fois que l'eau tombe au fond du gouffre. C'est cette circonstance qui a valu à cette grotte le nom qu'on lui donne dans le pays de Galles, et qui signifie cave de Musique {Llaimh binn).

Une caverne naturelle qui doit sa formation à quelque ébranlement volcanique du sol, c'est la célèbre groite d'Azur, creusée dans la paroi à pic de l'île de Capri , qui se dresse en face de Xaples.

Capri est le nom moderne de l'ancienne île de Caprée, qui servit de retraite à Tibère dans les derniers temps de sa vie, et qui abrita sa tyrannie, ses cruautés, ses vices et ses débauches.

Cinq ou six heures suffisent , dans la belle saison , pour qu'un bateau à vapeur transporte le touriste du port Sainte- Lucie, de Naples, à l'île de Capri. A peine débarqué dans l'île, il se hâte de prendre un petit bateau, pour se rendre à la grotte d'Azur. C'est là que l'attend un spectacle vraiment féerique.

Quand la barque a franchi l'étroit passage, l'espèce de couloir

rétréci qui fait communiquer avec la mer l'intérieur de cette caverne, on se trouve au milieu d'une cavité spacieuse et, en apparence, close de toutes parts, dans un véritable bassin de roc et de cristal.

Seulement ce cristal est bleu.

L'eau, la barque, les parois de la grotte, tout, hommes et choses, paraît revêtu d'une teinte d'azur. Si- le batelier se dépouille de ses vêtements et se jette à la nage, son corps fait briller de mille reflets de turquoise ou de lapis-lazuli Teau qu'il agite par ses mouvements rapides et cadencés.

Ce phénomène ne manque jamais de provoquer, dans l'esprit du touriste, la plus vive admiration. Comment peut-on l'expliquer?

Yue en grande masse, l'eau n'est pas incolore : elle est bleue, comme l'air atmosphérique. A l'intérieur de la grotte de Capri, la lumière, doucement tamisée par une faible ouverture, éclairant d'une façon particulière une assez grande hauteur d'eau, fait apparaître la couleur naturelle de cette eau, c'est-à-dire la couleur bleue. Cette couleur se réfléchit sur les parois de la grotte; elle teinte d'azur tous les objets placés à l'intérieur de la cavité. A'oilà tout le mystère.

Quand on s'enfonce sous l'eau de la mer ou celle des rivières, dans une cloche à plongeur, on reconnaît que la teinte de l'eau , vue en grande masse, est d'un bleu pâle. Quand on descend sous la coque d'un navire à vapeur à hélice , pour examiner ou réparer son hélice , en se servant d'une petite cloche à plongeur appropriée à cet usage, on se voit environné d'une masse liquide d'un pâle bleu de ciel. Ces deux observations prouvent que les teintes qui revêtent les parois de la (jrotle d'Azur proviennent de la réilexion, opérée sur ses parois, de la coloration bleue qui est propre à l'eau de mer, quand on la voit en masse et par un faible éclairage.

Lorsque, en 1865, je visitai, avec quelques compagnons de voyage, la grotte de Capri, je ne mantiuai pas d'exhiber cette explication scientifique. Je dois dire qu'elle fut i»cu goûtée. La théorie d'un i)hysicien était mal à sa place en jjrésence d'un spectacle naturel dont ou aime à laisser flotter la cause réelle dans un vague mystérieux, propH; à la rêverie de 1 âme. Le physicien lui-même, il doit le dire, ne songeait j»as beau-

coup à la physique, en présence de ce ravissant effet d'optique naturelle.

L'entrée de la yrotie iVAzur est difficile, et même dangereuse par les gros temps. Celte espèce de port creusé dans l'épaisseur des rochers du rivage communique avec la mer par une ouverture si étroite, si peu élevée au-dessus du niveau de l'eau, que, quand la mer est forte, les vagues en ferment complètement l'entrée et en rendent l'accès impossible. Par le temps le plus calme, il faut même se baisser à l'intérieur du bateau, si l'on ne veut pas se briser le crâne en franchissant l'ouverture, emporté par la vague. Il est arrivé même qu'un imprudent touriste s'est trouvé renfermé pendant quelques jours dans cet antre d'azur sans pouvoir en sortir.

Aussi le bateau à vapeur de Naples à Capri ne part-il jamais, en hiver comme en été, si la mer est menaçante. On empêche ainsi les voyageurs de s exposer à la possibilité d'un danger.

L'eau qui existe dans toutes les cavernes passe quelquefois à l'état de glace. Parmi ces glacières naturelles, les plus célèbres sont celles de Fondeurle, où l'on exploite la nappe de glace pour les villes voisines; celle de la Chaux, à six heues de Besançon: celle de Saint-Georges, dans le Jura; enfin celle du Mont-Vergi. Le sol de ces curieuses cavités est une nappe de glace limpide, et de leurs voûtes pendent d'énormes glaçons, semblables à de brillantes stalactites. Lorsqu'on y pénètre avec des torches allumées, la lumière, se reflétant sur les innombrables cristaux de glace, produit des magnificences dignes des contes des Mille et une Nuits.

Produite par le froid d'un hiver rigoureux, la glace de ces cavernes s'y maintient, une fois formée, en raison de la mauvaise conductibilité de l'air pour le calorique.

De quelques cavernes, et même de simples fentes, s'échappent quelquefois des courants d'air froid, dont l'explication a beaucoup occupé les naturalistes. Horace de Saussure cite les caves d'air froid du mont Testaceo, à Rome, de l'île d'Ischia, de Saint-Marin, de Gesi, de Chiavenne, de Caprino, de Mendrisio, d'Hergisweil. près de Lucerne, etc. On en trouve aussi en Catalogne, au pied du volcan du Batet, où le peuple lui donne

le nom de bufaclors, et où ils sont un vérital)le bienfait. En hiver, le courant s'affaiblit et cesse complètement, ou même alors se renverse. Les caves du village de Roquefort, situé à deux lieues de Saint-Atfrique département de T.-Vveyron), doivent leurs qualités spéciales pour la préparation du fromage de RoqucfoiL à un courant froid continu qui traverse les grottes souterraines de la montagne.

Tous ces phénomènes s'expliquent par l'existence d'orifices correspondants, situés à des niveaux plus élevés que ceux que l'on connaît, et ([ui donnent naissance à des courants d'air, quand l'air extérieur et l'air intérieur ne sont pas en équilibre de température, ainsi que nous l'avons déjà expliqué à propos des courants d'air qui sortent de dessous les glaciers.

Quand un accident local a emporté la voûte des cavernes ou des grottes, ces cavités, ordinairement closes, deviennent alors de véritables gouffres.

Dans la plupart des goulfres viennent se perdre d'abondants cours d'eau, ils ne sont pas rares dans le .hira, et, selon toute apparence, ils communiquent avec des cavernes étendues. La Grèce présente un grand nombre de ces gouffres. Dans chaque bassin fermé de cette contrée, il existe une ou plusieurs cavités profondes dans lesquelles se dégorgent les lacs et les eaux sauvages qui nuiraient singulièrement aux récoltes si elles séjournaient sur le sol argileux. Ces trous, ([ui absorbent le trop-plein des eaux superhcielles, s'appelaient chez les anciens cluisma; on les nomme aujourd'hui halavolhraK Ils sont situés, en général, au pied des montagnes <{ui entourent le bassin. .

1. p. (le Boblaye. Expédition scicntififiue de Morve, tome II, deuxième partie.

Les rivières et les fleuves. — Cours supérieur des fleuves et rivières. Torrents, chutes d'eau, cataractes et rapides.

Les fleuves et les montagnes forment les divisions les plus naturelles du sol : ce sont des lignes de partage qui deviennent souvent les frontières des empires ou des pays, et qui limitent les nationalités. Les bassins des fleuves appartiennent plus particulièrement aux terrains inclinés qui s'élèvent par degrés et forment une sorte d'intermédiaire entre les plateaux et les plaines basses (les Slufenlaender de Karl Kitter). Leur pente plus ou moins rapide, leur situation relative par rapport aux grandes plaines et à l'océan, enfin leur orientation, sont autant de caractères distinctifs qui donnent leur individualité propre à chacun de ces grands échelons du globe qu'on nomme les bassins géographiques ou orographiques. Leur importance dépend du nombre des rivières et des fleuves qu'ils produisent ; et quant aux fleuves ou cours d'eau, leur importance tient à leur débit et à la longueur de leur cours.

Le débit d'un fleuve dépend de la largeur et de la profondeur du lit, ainsi que de sa pente, qui est en corrélation avec la rapidité de son cours. Son développement résulte de la distance entre la source et l'embouchure d'une part, et d'autre part du nombre de tributaires et des ramifications que présente le cours d'eau. Une rivière, insignifiante en apparence, peut, acquérir une importance considérable par les circonstances du terrain. Pour ne citer qu'un exemple, llsar, petite rivière bavaroise, reçoit sur son parcours 860 courants d'eau sur la rive gauche et 433 sur la droite; elle est donc alimentée par 1294 sources, auxquelles s'ajoutent 136 lacs : toutes ces eaux arrivent à l'Isar par 103 tributaires. On comprendra quelle doit être l'utilité d'une pareille rivière pour le pays qu'elle arrose. L'Isar n'est pourtant lui-même qu'un des 34 tributaires

dQ Danube, lequel ne compte point parmi les plus grands fleuves de la terre.

La règle du langage qui consiste à appeler du nom de fleuve tout cours d'eau qui se rend à la mer, et rivières les affluents des fleuves, n'a rien de fixe, et, vu ses nombreuses exceptions, elle ne peut être acceptée que d'une manière très-générale. Malte-Brun pose ainsi les qualifications à donner aux cours d'eau, selon leur origine et leurs affiuents :

« Les épanchenients des sources et les écoulements des glaciers eir fonte forment de petits courants plus ou moins tranquilles : ce sont les ruisseaux. Les eaux des grandes pluies se précipitent avec plus de rapidité et sillonnent les flancs des montagnes par des torrents impétueux et vagabonds. La réunion de ces courants forme des rivières, qui, en suivant la pente du terrain, se réunissent le plus souvent dans un plus grand canal, qui prend le nom de fleuve et qui porte à TOcéan le tribut de la terre. »

Mais le tributaire principal d'un bassin ne porte pas toujours le nom de fleuve. D'un autre côté, il est des rivières qui se perdent dans un marais, dans le sa])le ou dans un gouffre; d'autres dont le débit est sujet à des variations excessives. Tout cela prouve qu'en matière de géographie on ne peut pas toujours définir les mots avec rigueur, et établir des distinctions parfaitement nettes. Quand on vise trop à systématiser une science naturelle, on étal)lit des règles qui souffrent autant d'exceptions qu'elles reçoivent de confirmations.

L'ensemble des pentes et des vallées d'où découlent les ruisseaux qui viennent alimenter une grande rivière s'appelle son bassin ou sa région hydrographique. Le lit d'un fleuve n'est autre chose que le canal oii coulent se§ eaux; il suit toujours le thalweg de la vallée principale, et reçoit les tributaires que lui envoient les vallées transversales ou secondaires.

Les groupes de montagnes, qui sont le berceau des sources et pour ainsi dire les 'pépinières des fltuves, forment des lignes de partage entre les eaux qui descendent de leurs versants opposés; les Allemands leur ont donné le nom de wasscr-scheiden (partage des eaux". L'élude de ces masses saillaides de notre globe est du plus haut intérêt pour tous ceux qui ont à diriger des travaux hydrauliques, et qui par consécjuent doivent connaître l'époque des crues et des débordements des rivières, la

rapidité, le volume et la profondeur des eaux, ainsi que leurs qualités physiques, lesquelles dépendent nécessairement de la nature des terrains traversés.

Les habitants de la Mongolie regardent les lignes de partage des eaux comme des lieux sacrés ; ils y rassemblent des tas de pierres, surmontés de drapeaux, devant lesquels le passant s'arrête pour prier. LesTongouses ne passent jamais devant ces monceaux sans se faire un devoir d'y ajouter au moins une branche de cèdre, pour que les faîles sacres ne viennent pas à diminuer.

Les lignes départage, à l'intérieur des montagnes, rapprochent quelquefois deux cours d'eau que l'on n'est point habitué à associer par la pensée. Semblables à deux frères de lait destinés à se perdre de vue lorsqu'ils auront grandi, le Rhône et le Rhin naissent dans les hautes Alpes, à peu de distance l'un de l'autre; ils s'écartent ensuite, pour aller se jeter l'un dans la mer du Nord, l'autre dans la Méditerranée. Les sources du Missouri et de la rivière Golombia existent, dans les montagnes Rocheuses, en deux points à peine distants d'un quart de lieue; cependant les embouchures de ces fleuves, situées l'une dans l'océan Atlantique, l'autre dans le Pacifique, sont éloignées, en ligne droite, d'environ mille lieues. On peut faire la même remarque pour la Dwina, le Niémen et le Volga, qui divergent suivant trois directions différentes. Leurs sources se confondent pour ainsi dire au milieu d'un vaste marais : ce qui prouve d'ailleurs que le sol ne présente pas toujours une élévation marquée au point de séparation de deux bassins opposés. Cette élévation est pourtant la règle la plus générale ; les montagnes servent ordinairement de frontières naturelles à deux bassins hydrographiques.

Deux grands fleuves ou bassins, en apparence complètement étrangers l'un à l'autre, peuvent se rapprocherentre eux par l'intermédiaire de tributaires ayant leur source sur un même massif. Quand les sources sont très-voisines et situées sur des plateaux accessibles, de sorte qu'on puisse établir entre les deux versants une communication facile au moyen d'un canal, on appelle ces points de rapprochement des portages (mot dont la signification primitive est celle d'une lacune dans la navigation : le point où il faut porter le bateau d'un lieu à un autre).

On en trouve un exemple dans les monts Karpathes, où le Donajec et le Poprad, tributaires de laYistule, prennent naissance non loin des sources du Gran, du Hernath, de la Waag, etc., qui se rendent à la Theiss, affluent principal du Danube : on a même proposé d'y construire un canal, qui offrirait ainsi le moyen d'établir une communication entre la Baltique et la mer Noire.

Le cours des fleuves et des rivières se divise en trois parties, que Ion désigne sous les noms de cours supérieur, moyen et inférieur,el qui offrent chacun des caractères propres assez mar-qués. Dans la partie supérieure, l'eau souvent se précipite, plutôt qu'elle ne coule, entre des berges escarpées et en général rapprochées. C'est alors un torrent qui tombe de roche en roche avec impétuosité, se frayant un passage à travers les gorges et les anfractuosités qui resserrent ses flots écumeux, et formant des chutes ou des cascades. L'eau s'épanche ensuite dans les vallées plus larges et à pentes moins rapides ; là elle se calme et prend un mouvement plus doux. Dans les Pyrénées occidentales, ces torrents se nomment ^ai'm. Les Espagnols appellent quebradas des torrents qui tarissent en été; en Suède, ils portent le nom à'elfs. Ces eaux indomptées se chargent d'air dans leurs chutes multipliées, ce qui leur donne une couleur argentée : ce n'est que plus tard, dans la partie moyenne de leur cours, qu'elles deviennent limpides et prennent une teinte foncée, l)leue ou verdâtre. Certaines rivières gardent le caractère torrentiel pendant la plus grande partie de leur trajet : c'est ce qu'on observe sur les cours d'eau de la Scandinavie, de l'Ecosse, des Pyrénées, etc. La Doire et la Sésia, qui roulent dans des vallées profondes, sont de frappants exemples de ce genre de rivières.

Les cascades sont à coup sûr un des plus charmants spectacles que la nature offre à notre admiration. Les eaux toml)ent dans l'espace du haut d'un précipice; c'est d'abord un rui)an argenté qui se déploie sur les lianes de la montagne, fjui diminue bientôt et finit par se réduire en brouillard. Si le soleil frappe de ses rayons ces nuages flottants d'eau divisée, il en fait des diamants élincelants, il les décore d'arcs-en- ciel ondoyants et mobiles.

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Xous allons passer en revue les cascades les plus pittoresques, celles qui justifient le mieux les excursions des touristes.

La cascade de Gavarnie ou de Marboré, dans les Pyrénées françaises, mérite d'être citée la première à ce point de vue.

Quand on remonte le Gave de Pau, on arrive sur le faîte du Pimené, qui sépare les vallées d'Estaubé et de Gavarnie. Le Gave traverse une suite de défilés toujours plus courts et de bassins toujours plus resserrés, à mesure que l'on remonte vers sa source. Tous ces bassins étaient autrefois des lacs d'où les eaux tombaient, d'étage en étage, en terribles cascades, avant d'avoir creusé le lit qu'elles parcourent actuellement.

On appelle cirque de Gavarnie ' un immense amphithéâtre de rochers, du haut desquels se précipitent un grand nombre de torrents. Gavarnie n'est qu'un petit village de quelques centaines d'habitants, qui a donné son nom à ce lieu, célèbre par sa beauté sauvage et la majesté de ses lignes.

Le cirque de Gavarnie est une sorte d'amphithéâtre à peu près demi-circulaire, qui a pour enceinte un mur vertical de 400 mètres de haut, surmonté de vastes gradins et couronné de rochers énormes en forme de créneaux, restes d'un éboulement de la montagne. Du haut de cet amphithéâtre se précipitent dix à douze torrents. Le plus fort de ces torrents est considéré comme la source du Gave de Pau.

Nous emprunterons à Vltinéraire des Pyrénées, de M. Ad. Joanne, la description du cirque de Gavarnie et de ses cascades.

« Le cirque de Gavarnie, dit M. Ad. Joanne, a 400 kilomètres de haut, 3600 mètres de tour, trois étages de murs perpendiculaires, et, sur chaque étage, des gradins innombrables. Les neiges éternelles qui recouvrent les sommets sont dominées à Test par les môles énormes à'Astazoneoa Frazona -3080 mètres]; à Touest, par les crêtes du Taillon; en face, s'élève le Cylindre 3322 mètres) et les Tours du Marboré, la Brèche et la fausse Brèche, mais ce qui attire surtout les regards, ce sont les Cascades. « Les « filets d'eau arrivent par milliers de la plus haute assise, dit M. Taine, « bondissent de gradin en gradin, croisent leurs raies d'écume, serpente lent, s'unissent et tombent par dix ou douze ruisseaux qui glissent « de la dernière assise en traînées floconneuses pour se perdre dans les

1 . Les montagnards des Pyrénées appellent les cirques oi<?e, mot qui signifie marmite.

« glaciers du sol. » Le nombre des cascades varie suivant les saisons et la quantité des neiges; mais il en est deux qui ne tarissent jamais. L'une d'elles, la troisième sur la gorge, a 422 mètres de haut. « Elle tombe (c lentement comme un nuage qui descend, ou comme un voile de mous- « seline qu'on déploie ; l'air adoucit sa chute ; l'œil suit avec complai- « sance la gracieuse ondulation du beau voile aérien. Elle glisse le long « du rocher et semble plutôt flotter que couler. Le soleil luit, à travers « son panache, de l'éclat le plus doux et le plus aimable. Elle arrive en « bas comme un bouquet de plumes fines et ondoyantes, et rejaillit en M poussière d'argent; la fraîche et transparente vapeur se balance autour « de la pierre trempée et sa traînée rebondissante monte légèrement le « long des assises. «

« La neige ne disparaît presque jamais du fond du cirque, et le Gave, formé par les eaux des cascades, est obligé de passer sous un long pont de neige qui varie de longueur et d'épaisseur suivant les saisons. Peu de curieux vont plus loin ; cependant on ne peut avoir une idée exacte de la cascade, située à une heure de marche, qu'en allant la voir de près.

« En été, elle est rompue aux deux tiers par une saillie de rocher, et, quand on arrive au-dessous d'elle, on n'en voit plus que la partie inférieure, haute de 130 mètres environ. « Ces eaux, qui semblent tomber « de la nue ne forment d'abord qu'une nappe déployée, dit M. de Chau- « senque. La résistance de l'air la divise en vapeur, que la moindre « brise pousse au loin ; un brouillard humide voltige dans l'atmosphère.... « Mais si la cascade est encore si belle au soleil d'août, alors que les « glaciers sont le plus réduits, combien doit-elle être majestueuse et « terrible au printemps, lorsque, le vent d'Espagne venant à souffler sur « les neiges accumulées, les eaux rapidement fondues se précipitent « des terrasses supérieures, et, doublant leur volume de tous les rochers « qu'elles entraînent, viennent à s'élancer du haut de ces murailles en « une niasse énorme qui ébranle la montagne dans tous ses fondements! '< C'est alors qu'il faut la voir; la saillie du roc qui la brise a disparu; " dans sa hauteur de plus de 400 mètres, ce n'est qu'une nappe large, « unie, continue, et tous ces filets qui drapent le pourtour du cirque « sont devenus d'importantes chutes. Ce sont toutes les trombes du ciel « qui fondent à la fois. »

« On disait autrefois que la cascade de Gavarnie i)renait sa source dans un lac glacé, situé sur les hauteurs du Marboré. C'est une erreur, ainsi qu'on peut s'en convaincre quand on observe le Marboré du haut du Vignemale. La source, reconnue pour la première fois en 1847, a 2331 mètres d'altitude. Le niveau moyen du cirque est à 1220 mètres audessus du niveau de la mer. »

Une cascade de France que Ion peut mentionner moins pour sa hauteur (jue pour son élégance, c'est celle de la Druise, dans le Dauphiné. Elle est formée par la Gervanne, qui, peu de temps après être sortie des gorges d'Omblèze, parvient sur le bord d'un escarpement de 40 mètres de hauteur environ, et s'élance d'un bond dans ral)îme, où ses eaux, tout à l'heure si

Fig. 1:8. Cascade du Staubbach, en Suisse.

calmes sous un épais berceau de saules, se brisent en écume avec un bruit de tonnerre; ses eaux tarissent pendant une certaine période de l'année.

La magnifique Cascala del Marmore, que forme le Yelino près de Terni, parait avoir été créée, en partie du moins, par la main des hommes. Le consul romain Curius Dentatus avait déjà fait amener les eaux de la rivière à ce précipice, en lan 274 avant Jésus-Christ ; mais le lit qu'on leur avait préparé s'étant rempli de sédiments calcaires qui le comblaient, le pape Paul IV (ou, d'après d'autres, Clément VllL fut obligé de le faire creuser à nouveau. Cette cascade est réputée l'une des plus belles de l'Europe.

Dans les Alpes suisses, la chute d'eau la plus élevée est celle du Staubbach (fîg. 138 . Cette cascade, qui n'a pas moins de 330 mètres de hauteur, est produite par le Plets^hbab, dans la vallée Lauterlirunnen. C'est une énorme masse d'eau qui, avant d'arriver à terre, se disperse en uns pluie fine, comme l'indique son nom. qui signifie torrent de poussière.

Citons encore la cascade du Reichenbach, dans l'Oberland bernois; celles de Pissevache, dans le Valais, et le Giessbach; le Nant d'Arpenas., dans la vallée de l'Arve: les chutes de la Linth, dans le canton de Claris; celle de l'Aar ,1a Handechlv; de la Reuss. au Pont-du-Diable; de la Tosa, dans la vallée de Formazza. etc , etc.

La Suède et la Norvège sont riches en magnifiques cascades. La plus considérable est celle de Trollhetta, où la Gotha-Elf. issue de l'immense Wéner, qu'alimentent vingt-quatre rivières, se précipite dans un abîme de plus de 40 mètres sur des blocs de rochers qui la résolvent en une mer d'écume. C'est pour éviter cette chute d'eau que l'on a construit le canal de Trollhetta.

On peut encore citer, en Suède, la cascade d'Elfkaerleby ; en Norvège, la chute de Rjukandfoss, formée par la Maanelf dans la province de Tellemarken et haute de 310 mètres; celle de Feiumfoss; celle de Glommen , de Pursoronka et d'Utahanna ; enfin celle d'Upthun, dans le Sognefield.

Sur les confins de la Laponie, l'Angermanna-Elf, belle rivière, large comme le Danube et bordée de forêts séculaires, forme une admirable cascade près de Liden; ses eaux s'y pré-

cipitent sur un archipel de petits îlots, qu'elles semblent vouloir emporter dans leur blanche écume (tig. 139).

Citons encore la petite cascade de la rivière de la Savane, à l'île Maurice i Ile-de-France), qui a cela d'intéressant qu'elle tombe sur une muraille basaltique formée de prismes parfaitement réguliers et formant ce que l'on nomme une chaussée ch géants ifig. 140).

Il y a de nombreuses cascades dans l'Himalaya ^où nous avons déjà mentionné celle de Satledgej. Dans les Andes, les

■'i-. I3'j. Luc

I \ii'.-rm;mna.

quebradas coulent parfois à une prodigieuse profondeur, entre des murs élevés de plus de lOû mètres. On cite aussi le Falling-Spring, de l'État de Virginie, arc d'eau magniticpie qui s'élance en avant d'une muraille de rocher et sous lequel on peut passer à pied sec.

Si le terrain où tombe une cascade est étage, l'eau selance de terrasse en terrasse, offrant tantôt une nappe, tantôt une muraille liquide, jusqu'à ce fju'elle arrive sur un plan qui lui

FifT. liO. Cascade de la Savane, à l'ile Maurice.

rend son cours tranquille. Ce sont des chutes successives que l'on désigne plus spécialement sous le nom de cataractes ; elles abondent en Amérique.

Lorsque le sol ne présente pas une brusque solution de continuité, mais seulement une déclivité très-sensible, et lorsque en même temps le lit de la rivière est rétréci par des rochers saillants, il se forme un rapide, c'est-à-dire un courant doué d'une telle impétuosité qu'il est impossible aux bateaux de le remonter.

Cependant les rapides ne s'opposent pas toujours à la navigation ; dans certains cas. on peut les descendre et les franchir : c'est ce que l'on voit faire assez souvent aux sauvages de l'Amérique dans leurs canots d'écorce, aux créoles hardis qui, dans une barque élégante et légère, bravent les tourbillons et la force effrayante du courant. La figure 141 montre un rapide de la rivière Montmorency, dans le Canada, à 14 kilomètres de Québec. L'une des rives de ce torrent forme une suite d'assises ou de marchés régulières, que l'on nomme Y Escalier des Géants. La cascade de Montmorency elle-même tombe d'une hauteur de 80 mètres, dans un large entonnoir bordé de sombres rochers à pic, dont les pointes se trahissent par les frémissements de l'eau. Un nuage de vapeurs blanchâtres s'élève dans l'air et s'irise aux rayons du soleil. Une fraîche végétation couvre le sommet des rochers, et les filets d'argent serpentent à côté de la chute principale.

On connaît les rapides de la rivière des Amazones, au Pongo de Manserichi, où elle est encaissée dans un défilé étroit, et ceux de la rivière du Connecticut Mais, sans aller aussi loin, on peut citer comme remarquables, en Europe, les rapides du Rhône, à Pierre-Encise ; du Rhin, à Bingen ; du Danube, à Orsova, etc.

Parmi les cataractes, celles de Maypures, sur lOrénoque, ont acquis une grande célébrité; elles sont formées d'une infinité de petites cascades successives On peut les voir très-bien de la petite montagne de Manimi, d'où de Humboldt les a souvent contemplées.

« Arrivé k la cime des rochers, dit le célèbre voyageur, les yeux mesurent soudainement une nappe d'écume d'un mille d'étendue: d'énormes masses de roches, noires comme le fer, sortent de son sein : les unes

sont des mamelons groupés deux à deux, semblables à des collines basaltiques; les autres ressemblent à des tours, à des châteaux forts, à des édifices en ruine ; leur couleur sombre contraste avec l'éclat argenté de l'écume des eaux ; chaque roche, chaque îlot est couvert d'arbres vigoureux et réunis par bouquet. Du pied de ces mamelons, aussi loin que porte la vue, une fumée épaisse est suspendue au-dessus du fleuve; à travers le broiiillard blanchâtre s'élance le sommet de hauts palmiers*. »

Kig. 141. KapiJe du id li.iéie MoiitiJiurcney au C:inadu.

Les autres grandes cataractes de rAmérique sont celles du l'otomac. du James-River, du .Missouri, de la rivière riOlnnii)ia. du Niagara, du Tequendama, non loin de Santa-Fé de Hogota; celle de Yosemity (Californie), qui a 800 mètres de hauteur. Le Rio San-Francisco. au llrésil, cesse d'être navigable sur une lonpuîjur de 100 kilomètres, à cause d'une suite de cataractes

1. A. (le Hiimboldt, Voyage an.r n'ijion'i riiiiitminlcs, t. VH, p. I"0.

(fui se terminent par la Cachoeira-Grande, et qui sont constamment enveloppées d'un nuage de vapeurs.

Le Niagara (fig. 142) est cette immense chute qui déverse les eaux du lac Érié dans le lac Ontario. Vers le milieu de sa longueur, il est traversé par un barrage naturel de rochers, hauts de 50 mètres, d'où les eaux s'élancent en formant cette immense cascade que l'on appelle le saut du Niagara. Ce nom, qui vient de l'iroquois, signifie l'eau qui tonne.

« Depuis le lac Érié, dit Chateaubriand, jusqu'au saut, le fleuve arrive toujours en déclinant par une pente rapide, et, au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent sur la bouche béante d'un goufi"re. La cataracte se divise en deux branches et se courbe en fer à cheval. Entre les chutes s'avance une île, creusée en dessous, qui pend, avec tous ses arbres, sur le chaos des ondes. La masse du fleuve qui se précipite au midi s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige, et brille au soleil de toutes ses couleurs; celle qui tombe au levant, descend dans une ombre efl'rayante ; on dirait une colonne d'eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent dans Tabime. L'onde , frappant le roc ébranlé , rejaillit en tourbillons d'écume qui s'élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes, décorent la scène. Des aigles, entraînés par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond du gouflre, et des carcajoux se suspendent par leurs longues queues au bout d'une branche abaissée pour saisir dans l'abîme les cadavres brisés des élans et des ours. »

Les deux sections de la cataracte appartiennent, l'une aux États-Unis, Tautre au Canada; elles ont respectivement 330 et 550 mètres de développement. La quantité d'eau qu'elles déversent a été évaluée à 250 ùOO hectolitres par seconde. L'île boisée qui se trouve au milieu porte le nom d'île aux Chèvres. On y a percé des allées qui dessinent une promenade; un pont récemment construit réunit l'île à l'une des rives. Dans File aux Chèvres, un escalier adossé à la roche conduit au pied de la cataracte ; des gradins glissants permettent même de pénétrer sous limmense voûte liquide de la cataracte, qui a 6 à 8 mètres dépaisseur, et ressemble à une masse de cristal verdàtre. Ce dangereux escalier conduit à une petite grotte creusée dans le roc, où l'on peut respirer et se reposer; on la nomme la grotte des Vents, parce que l'air y est sans cesse dans un grand état d'agitation. Cette descente sous la voûte liquide est dangereuse, à cause des éboulements de la rive, dont on est tou-

jours menacé. Aussi le guide délivre-t-ii un certificat au touriste qui a eu le courage de descendre dans ces ténèbres. Les bords de File et les rivages du Magara ne sont pas. du reste, plus rassurants : chaque jour, des blocs de roches minés par les tourbillons s'écroulent et entraînent d'imprudents visiteurs.

Le recul lent, mais continu, de la cataracte du Niagara, produit par l'action des eaux qui dégradent et abaissent insensiblement son lit, est un fait connu. Les évaluations varient toutefois quant au degré de ce recul; on a admis le chiffre de 1 mètre par an pour cette rétrogradation. M. Desor n'admet que 1 mètre par siècle '■ .

Quoi qu'il en soit, le phénomène de recul que présente la chute du Niagara est plus général qu'on ne le pense. Cette excavation de leur lit par les eaux mêmes qui le remplissent iournit la clef de beaucoup de phénomènes dans l'histoire d'un grand nombre de fleuves.

Le plateau sur lequel s'étend le lac Érié s'élève au-dessus d'une plaine d'alluvion qui renferme des roches diluviennes et des blocs de très-grandes dimensions; ce plateau s'étend jusqu'au lac Ontario, dont le niveau est de lOûO mètres plus bas que celui do l'Lrié. Mais cette plaine n'a pas toujours existé. Le plateau de l'Érié a dû. au contraire, s'étendre jadis jusqu'au lac Ontario, dans lequel les eaux du premier lac se déversaient alors sans aucune chute. Cette conclusion résulte de ce qui s'observe encore aujourd'hui. Il y a plusieurs siècles, la cataracte était située en face de l'emplacement de Lewistown; mais l'action érosive des eaux l'avait déjà fait reculer de 12000 mètres, en 1818. Depuis, elle a encore sensiblement rétrogradé, surtout par Téhoulement qui eut lieu en 1828. Cette puissante érosion s'explique d'ailleurs facilement par la nature du terrain qui forme le lit du Niagara. Ce terrain se compose de couches de calcaire reposant sur du schiste. Les tourbillons de la cataracte creusent le schiste, et le calcaire qui le surmonte, ainsi ruiné, finit par s'écrouler sous le poids des eaux. Tout annonce (|ue, dans un avenir itlus ou moins

I. Les Cascades du Siarjara et leur inarclie rétrograde, par E. Desor. Neuchùtel, 18Ô4.

éloigné, la chute du Niagara disparaîtra complètement, et qu'il n'y aura plus entre l'Érié et l'Ontario qu'une suite de rapides.

C'est ainsi que. suivant Karl Ritter, se sont formés les rapides du Rhin et dautres tleuves européens. Les géologues ont constaté que beaucoup d'entre les vallées que ces fleuves arrosent ont été jadis d'immenses lacs , aujourd'hui desséchés. Telles sont les vallées du Rhin, entre Bâle et Strasbourg, et entre Ladenbourg et Bingen; celles du Danube, entre Ulm et Passau, et depuis Pesth jusqu'aux rapides dOrsova. On peut faire la même remarque sur le cours moyen du Volga, du Gange, de l'Euphrate, etc. Autrefois ces divers fleuves s'évasaient en lacs qui alternaient avec des étranglements, comme cela se voit de nos jours dans le fleuve Saint-Laurent, dont le Xiagara n'est qu'une partie , et qui relie entre eux les cinq grands lacs du Canada. Tel a été sans doute aussi l'état primitif de nos fleuves, qui ont déjà atteint un degré de développement supérieur, grâce à un nivellement général, qui a remplacé les sauts et les cataractes par de simples rapides. Le fleuve Saint-Laurent arrivera probablement au même état, mais dans un avenir éloigné.

En Afrique, où les cataractes abondent, et sont comme un trait caractéristique de ce pays, on connaît surtout celles du Xil, du Zambèse, du Za'ire au Congo, du Sénégal; en Sibérie, celles de Toungouska; dans l'Inde, celles du Gange et de Garispe, dans les Ghattes occidentales; dans la Nouvelle-Zélande, celle de la rivière Waïtangi; enfin en Europe, les cataractes du Wyg, qui se jette dans la mer Blanche, et les treize porogs ou chutes que forme le Dnieper au-dessus de Ratherinoslav; la célèbre chute du Rhin, près Schaffhouse, celle de l'Achen, près Salzbourg, etc., etc.

Les chutes de.Félou, sur le fleuve Sénégal, sont situées à 150 kilomètres en amont de son confluent avec le Faléraé. On y arrive du village de Médina, en gravissant une pente douce, qui conduit à un plateau très-étendu, à surface polie comme l'asphalte de nos boulevards. Après une marche de quarante minutes, on se trouve en face du fleuve et sous la cataracte (fig. 143). La différence des niveaux n'est alors que de 30 mètres ; le plan vertical sur lequel les eaux se répandent en tombant est parsemé de l)locs de grès que l'eau attaque et façonne

sans cesse en formes bizarres. On y voit des trous assez profonds, qui ont été creusés par les infiltrations et par les petits fragments de quartz, qui ont fait l'oftîce de ciseau. Les eaux ont miné la roche en dessous, et ce sont les parties déjà affaissées qui ont découpé des écluses ou trouées dans le mur de grès qui barre le fleuve, du sud au nord. Les formes singulières que présentent, par suite de leur altération par les eaux, les roches qui entourent la chute de Félou, ont donné lieu, parmi les nègres, à une foule de légendes.

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rig. 143. Cluile cl,- , Yl.

M. Livingstone a découvert les chutes du Zambèse (fig. 144), que les indigènes appellent Mosi-oa-Tounna (la fumée qui tonne). Elles produisent, en effet, cinq colonnes de vapeur (|ue l'on aperçoit à plus de 10 kilomètres, et qui, blanches à la base, prennent une teinte plus sombre en haut, ce qui augmente leur ressemblance avec de la fumée. D'énormes baobabs et de gracieux bouquets de palmiers couvrent les rives du fleuve et les îleK qui le parsèment. On peut atteindre, en canot, l'une de ces îliis, situées tout près de l'ahîme. On voit alors le Zaml)èse, large iCi de 1600 à 1700 mètres, s'engoulfrant dans une lissure

béante de la chaussée de basalte qui vient croiser son lit. Cette fente, qui a 100 mètres de profondeur, se prolonge ensuite du côté du nord, sur une longueur de 6 à 7 myriamètres. L'eau du fleuve, tombant d'un seul jet dans ce gouffre, et rejetée d'une anfractuosité à l'autre, tourbillonne, rebondit, et lance des nuages épais d'écume et de vapeur qui retombent sur les bords de la crevasse. Les feuilles mouillées des arbres produisent un grand nombre de petits filets d'eau, ({ui vont se jeter

Fig, 144. Cataracte du Zambese.

dans l'abîme; mais le jet de vapeur les fait remonter : elles sont ballottées sans cesse sans pouvoir atteindre le fond. La masse écumante du fleuve se dirige ensuite vers la gauche, et on peut voir couler ses eaux au fond de la crevasse effrayante où elles se sont précipitées.

Parmi les cataractes les plus renommées de l'Europe, nous devons citer au premier rang celle que forme le Rhin, à une demi-heure de marche de la ville de Schaffhouse, en Suisse

(fig. 145). Nous emprunterons à Vltinéraire de la Suisse, de M. Ad. Joanne, la description de cette curiosité naturelle :

« Immédiatement au-dessous du pont de ScliaiThouse, dit M. Ad. Joanne, le cours du Rhin est troublé par une multitude d'écueils qui se succèdent jusqu'à Lauffen. nom donné à la cataracte dans la Suisse allemande. Parvenues en cet endroit, les eaux se précipitent sur une hauteur qui varie de 16 à 20 mètres sur une largeur de 100 mètres, entre la colline de Bornenberg, du côté des gorges de Neuhausen,et celle du Kohlfirst, au nord-est du château de Lauffen ; puis, reprenant leur belle teinte azurée, elles continuent à couler paisiblement du côté du midi.

« Qu'on se représente, dit Mme Roland, tout le tleuve, dans la pléni-

Fig. 145. Chute du Rhin à Lauffen, près de Schaffhouse.

ce tude de sa majesté, tombant à la fois de 70 ou 80 pieds, comme une I mer d'écume jaillissante; trois roches, couronnées de qtielque verdure, « interrompent le cours de cette vaste nappe d'eau, de ce torrent de B neige ; le fleuve irrité bat les flancs avec furie, les sape, les amincit ■< et multiplie ses chutes par les jours qu'il se fait au milieu d'elles ; il « tombe avec un fracas qui répand l'horreur, et dont toute la vallée re- « tenlit; l'onde brisée s'élève en vapeur où se joue le brillant iris. »

« Le Florentin Poggio, l'un des littérateurs italiens les plus distingués du dixième siècle, et qui accompagna le pape au concile de Constance en qualité de secrétaire, est le premier auteur qui fasse mention de la chute du Rhin : « Le fleuve, dit-il, se précipite entre des rochers avec une a telle fureur et un tel fracas, qu'on dirait qu'il déplore lui-même sa t chute. 0

« La chute du Rhin mérite cUètre visitée, sous tous ses aspects, sur les deux rives : au château de ]Vœrth, où se trouve une auberge; au belvédère du château de Lauffen, au-dessous duquel une galerie de bois solide vient aboutir au milieu des eaux. Enfin, on peut aussi se faire conduire et monter sur le rocher principal, qui divise la chute en deux grandes parties, mais il faut avoir la tète sûre pour tenter cette ascension. C'est surtout la nuit, au clair de lune, que ce magnifique tableau produit Teffet le plus saisissant. La largeur du Rhin au-dessus de la cataracte est de 100 mètres. La cataracte tombe de 15 à 16 mètres sur la rive droite, et de 20 mètres environ sur la rive gauche. Cette différence provient de l'inégalité de la barre. En comptant les rapides qui la précèdent, la cbute est de près de 33 mètres.

« Les heures les plus convenables de la journée sont (pendant Tété) de six à huit heures du matin, et de trois à quatre heures de l'après-midi, car les rayons du soleil forment alors sur la chute de magnifiques arcsen-ciel. Le bruit de la cataracte s'entend la nuit, par un temps calme, à une dislance de 6 kilomètres et môme plus loin , surtout du côté de la rive zuricoise , quand le vent le porte. »

lY

Cours moyen des fleuves et des rivières. — Inondations.

Les cataractes, rapides, etc., se produisent surtout, selon Ritter, aux confins du couis supérieur et du cours moyen des fleuves. Dans le cours moyen la pente s'adoucit notablement. Le Volga ne présente plus, dans son cours inférieur, qu'une déclivité de 1 mètre sur 7500 mètres; cette déclivité est encore moindre dans d'autres rivières. Les eaux coulent alors en cédant à leur propre pression. Elles corrodent leurs rivages du côté où elles éprouvent le moins de résistance, et changent de cours suivant la nature des rives opposées, en dessinant de capricieux méandres. Les sinuosités du cours moyen des fleuves suivent, en général, la direction des massifs hydrographiques. C'est dans cette partie de leur cours que les rivières aiment à former des îles, comme on en voit tant sur le Rhin. Dans le Saint-Laurent (Canada), à l'entrée du lac Ontario, les îles forment un véritable archipel : on les appelle les Mille Iles, mais en réalité leur nombre est de 1692.

Quelquefois le lit d'un fleuve coupe transversalement une chaîne de montagnes, qui s'ouvre devant lui comme par enchantement, en ménageant au voyageur les plus charmantes surprises, en déroulant subitement de magnifiques points de vue. Ces trouées, qui donnent lieu aux effets les plus pittoresques, se rencontrent en grand nombre dans le cours du fleuve Hudson (Amérique).

Une autre cause qui peut contribuer à ralentir l'écoulement des eaux, c'est la marée océanicpie, dont les flots refoulent les fleuves vers leur origine, ou du moins les arrêtent momentanément dans leur cours. Cette stagnation augmente la pression latérale (jue les eaux exercent sur leurs rives; aussi l'industrie humaine est-elle souvent forcée d'opposer des digues au débordement des fleuves et de les maintenir ihiiis h'ur lil |»ar des

moyens artificiels. Une conséquence naturelle de cette grande pression latérale, aussi bien que de la mobilité des terrains dans les plaines, c'est le déplacement fréquent du cours inférieur, que Ton observe sur le Pô, le Gange, le Xil, le Rhin, et d'autres fleuves importants. Les bifurcations et les enil)ouchures, ou bouches multiples, de quelques fleuves, doivent également leur origine à la tendance d'épanchement des eaux, engorgées dans leur cours inférieur.

L'engorgement des fleuves se fait surtout sentir à l'époque des crues, auxquelles beaucoup de rivières sont soumises, et qui proviennent, soit de la fonte des neiges et des glaces, soit de pluies torrentielles. Dans quelques rivières, ces crues ne sont qu'accidentelles, et se produisent à la suite d'un orage ou d'une pluie abondante. L'Arve, en Savoie, est sujette à des crues subites. On voit cette rivière s'enfler à tel point, que, ne pouvant plus s'écouler assez promptement entre les collines qui la resserrent au-dessus de sa jonction avec le Rhône, les eaux du torrent refluent dans le lit du fleuve, le forcent à remonter avec elles, et font tourner à contre-sens les roues des moulins construits sur le Rhône. Ces crues accidentelles et imprévues peuvent causer des débordements et des inondations désastreuses.

Dans les rivières où elles ont moins d'importance, les crues se reconnaissent encore par la modification qu'elles produisent sur la couleur de l'eau. De là une observation intéressante que l'on peut faire sur la Seine. Les eaux de la Marne et de la Seine, qui se réunissent à la hauteur de Charenton, possèdent des nuances différentes, que l'on peut encore distinguer sous le Pont-Neuf, à la pointe de l'île de la Cité. Sïl a plu en Bourgogne, et qu'il n'ait pas plu en Champagne, les eaux jaunâtres de la Seine laissent voir une ligne de démarcation sensible avec celles de la Marne.

Les hautes eaux de la Seine et de la Loire s'élèvent de 6 à 7 mètres vers le milieu de leur cours. Le Rhin s'élève beaucoup moins ; ces différences tiennent à la nature des affluents qui alimentent ces rivières.

Les crues du Rhône, quelquefois si désastreuses, sont causées principalement par les eaux pluviales qui descendent des deux vallées de la Côte-d'Or et du Jura, qui forment le bassin

de la Saône. La fonte rapide des glaciers de la Suisse produit quelquefois, au printemps, de redoutables inondations dans le bassin du Rhône. La terrible inondation qui désola le Morayshire (Ecosse), en 1829, était due à une longue humidité qui avait imbibé et saturé d'eau de grandes surfaces de terrains poreux et spongieux, de sorte que les eaux des orages n'étant plus absorbées, se déversèrent dans les ruisseaux et les grossirent d'une manière extraordinaire K

La fonte annuelle des glaciers donne aussi lieu à des crues régulières dans les ruisseaux ou les rivières qu'ils alimentent.

Beaucoup de nos rivières, qui ne sont pas très-rapides, se congèlent pendant l'hiver, et se couvrent d'une nappe de glace, qui acquiert parfois une grande épaisseur. A l'époque de la débâcle, au printemps, la glace se rompt dans les points où elle offre la moindre résistance ; les eaux charrient alors d'immenses glaçons qui peuvent, lorsqu'ils rencontrent un obstacle, s'accumuler et s'entasser, barrant le chemin aux flots, qu'ils forcent à se répandre dans les campagnes, en causant de terribles ravages. Telle est la cause des inondations que la Yistule produit de temps en temps, malgré les digues entre lesquelles on a enfermé son lit.

Les cours d'eau situés sous la zone torride sont soumis à des crues périodiques pendant la saison des pluies, et produisent alors des inondations extraordinaires. L'Egypte doit sa fertilité au débordement périodique du Nil, qui répand sur les campagnes une masse incroyable de fange et de limon gras. Des jaugeages exécutés à Syout ont donné 680 et 10 260 mètres cubes d'eau par seconde, pour débit minimum et maximum du Nil: diflërence énorme, qui montre bien toute l'importance des crues, puisqu'elles peuvent donner à ce fleuve un volume quinze fois plus grand qu'à l'époque des sécheresses. Le Nil monte alors de 10 à 12 mètres dans la Haute-Egypte, de 8 mètres au Caire, et de plus de 1 mètre dans le nord du Delta. L'inondation du Nil du mois d'octobre 1863 a pris des pro[)ortions désastreuses.

Le Sénégal et le Niger sont sujets à des crues semblables. En Asie, le Brahmapoutre et le Gange, qui descendent des hau-

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