I. La Terre avant Je déluge, troisième édition, p
TEMPÉRATURE DU GLOBE
Les eaux qui prennent naissance à la surface du glacier s'infiltrent par ses crevasses et par d'innombrables fissures extrêmement étroites que son tissu renferme. M. Agassiz compare un glacier à une immense éponge, qui se sature et s egoutte alternativement, suivant la quantité d'eau qu'il reçoit.
Le liquide provenant de la fonte des glaciers s'accumule sous les glaces, et finit par en sortir en formant des torrents qui s'échappent du talus terminal. La couleur de l'eau des torrents glaciaires est caractéristique ; elle n'est pas limpide comme l'eau des sources, mais chargée de sédiments qui trahissent la nature des roches rencontrées par le torrent. Les roches granitiques donnent à l'eau un aspect laiteux, comme on l'observe pour les sources torrentielles de l'Arve et du Rhône, qui sortent chacune d'un glacier des Alpes. Une teinte verte des eaux du torrent dénote un lit de roches serpentineuses, une couleur noirâtre un lit de schistes noirs. Tous ces torrents entraînent avec eux les boues provenant des roches que le frottement du glacier a réduites en poudre dans son mouvement de progression.
Le terrain qui porte les glaciers n'a pas assez de chaleur propre pour contribuer à les faire entrer en fusion ; mais les sources qui s'échappent du sol avec une température un peu plus élevée que les eaux de pluie, et celles qui proviennent de la fonte des parties superficielles du glacier pendant les mois les plus chauds de l'année, enfin les eaux des ruisseaux qui se précipitent des flancs des vallées et s'engouffrent dans les fissures des glaciers, les rongent en dessous et creusent parfois en ces points de larges cavités, dans lesquelles il s'étabht des courants d'air continuels par suite de la différence de température entre l'air extérieur et celui qui remplit ces excavations. Il arrive de cette manière, sous le glacier, des bouffées d'air à la température de + 6 à 7'^; cet air lèche les parois inférieures, contribue puissamment à élargir les cavernes et conduits primitivement creusés par les eaux seules. M. Schlagintweit a pu s'avancer sous une voûte existant au glacier de Marcel, jusqu'à plus de 200 mètres. Hugi exploré une cavité de près d'un quart de lieue carrée, sous les aglacier d Uraz, au pied du Titlis, et il a constaté que ces voûte immenses ne s'appuient sur le sol que par quelques puissantes colonnes. Un phénomène analogue avait déjà été observé en 1751, sous le glacier de Grindelwald, par Altmann.
Les cavernes qui existent sous un glacier débouchent ordinairement au pied du talus terminal dans une sorte de grotte. Cet orifice a quelquefois une hauteur considérable , et la lumière se jouant sur ces murailles de glace, y produit les plus brillants effets optiques. Les teintes rose et bleue, l'éclat des facettes qui font naître des irisations admirables, font de ces grottes de glace naturelle un des spectacles les plus curieux et les plus justement recherchés du touriste.
Nous représentons dans la figure 63 la grotte de glace située
Fi,;. G3. Source de l'Arve.
sous le glacier des Bois du Mont-Blanc, et qui forme la source de l'Arve. Cette voûte a 33 mètres de hauteur. Il n'est pas toujours prudent de s'aventurer sous cette arcade, et plus d'un touriste a payé de sa vie une curiosité téméraire. Gha(iue an-
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née l'aspect de la caverne se modifie par l'érosion continuelle de la glace résultant de la chaleur, et par des éboulements de blocs de glace. Ces blocs peuvent tuer l'imprudent explorateur. Dans la cavité du glacier du Rhône, la détonation d'un pistolet provoqua un jour l'écroulement du plafond de la voûte, et deux jeunes gens furent ensevelis sous ses ruines.
Ces éboulements ont parfois pour effet de barrer le chemin aux ruisseaux souterrains, et l'on voit alors l'eau remonter et jaillir des crevasses de la surface du glacier.
Autour des glaciers, courent un grand nombre de ruisseaux, qui s'y forment par la fonte des glaces pendant la saison chaude. Ces ruisseaux ne circulent guère que pendant la journée; la nuit ils tarissent, et leur bruit cesse de se faire entendre. Ces cours d'eau s'engouffrent dans des troncs verticaux nommés communément puits ou moulins. Ces puits présentent quelc[uefois une grande profondeur.
Ce que l'on nomme dans les Alpes les trous méridiens, sont des dépressions produites par la présence d'un corps étranger, tel que du sable noir, un bloc erratique, etc. Échauffé .par les rayons du soleil, ce bloc fait fondre sous lui la glace, et s'enfonce dans l'excavation ainsi creusée, et dont la profondeur augmente de plus en plus par l'action de l'eau écliauffée qui descend de la surface exposée au soleil.
Un effet tout opposé se produit lorsque des blocs erratiques ou de grands amas de gravier blanc, disposés à la surface d'une partie du glacier, garantissent ce point de la radiation solaire. La glace ne fond alors qu'alentour de ce point; et quand ce phénomène se produit avec quelque intensité, il reste debout, au milieu, un cône de glace et de gravier dont la hauteur dépasse quelquefois un mètre. Il se forme ainsi un piédestal de glace supportant un bloc de pierre. On donne au bloc ainsi suspendu le nom de table de glacier (fig. 64). On en voit un grand nombre sur le glacier de l'Aar. vSelon l'influence du rayonnement solaire, ces gigantesques champignons prennent une inclinaison trèsprononcée vers le sud, si bien qu'ils indiquent en quelque sorte la direction du méridien. Il est même certain que leur pente varie pendant la journée, suivant la position du soleil; mais ce mouvement d'oscillation, qui ferait des tables de glaciers un nouveau genre de cadrans solaires, est, en réalité, peu sensible.
Le soleil ronge, à la longue, le piédestal de glace du côté du midi; dès lors le tablier de pierre finit par glisser, et tombe sur la glace inférieure, où il se creuse quelquefois un nouveau piédestal.
Parlons d'un dernier phénomène dépendant de la fonte des glaciers. Quand l'eau provenant de la liquéfaction des glaces ne peut s'écouler, faute d'issue, elle se creuse un lit sur le bassin du glacier, et de l'i résulte un véritable lac. Un des plus grands lacs ainsi formés est celui de Mœrill ou Merjelen (fig. 65), sur la rive gauche du glacier d'Aletscli. Placé à 2350 mètres d'Aletsch,
Fig. 6(1. Table de glacier.
il a 1 kilomètre et demi de longueur, 350 mètres de largeur, et une profondeur de 7 à 8 mètres.
« Il présente, dit M. E. Colomb, dans son régime, un phénomène remarquable : il est intermittent, il se vide et se remplit alternativement dans l'espace de quelques années. Le glacier d'Aletsch, qui borde sa rive occidentale, le barre par une falaise verticale de glace d'environ. 10 mètres de hauteur. De temps en temps, de grands blocs s'en détachent ; ils viennent flotter sur la surface du lac, et présentent la forme caractéristique, analogue à un champignon, des glaces flottantes de la baie de Bell-Sound au Spitzbcrg. Quand la pression de l'eau l'emporte sur la résistance des parois de glace, le lac se vide tout à coup, il se fait un passage sous le glacier; il en résulte une inondation désa.^treuse dans la vallée du Rhône, qui se fait sentir particulièrement dans les environs de Viôge. Trois millions de' mètres cubes ajoutés subitement aux eaux du Rhône rendent alors son voisinage dangereux. Quand j'explorais cj lac, le 28 août 18^8, il était
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couvert de glaces fTottantes ; Tannée suivante, le 18 aoûl, il venait de se vider; les blocs de glace gisant sur le >ol n'étaient pas encore complètement fondus'. 3>
On a construit récemment un canal destiné à donner un écoulement constant à une partie des eaux du lac de Mœrill, afin de diminuer les ravages que ces eaux produisaient autrefois parleur
Fig. 65. Lac de Mœrill.
éruption, qui arrivait périodiquement tous- les six ou sept ans.
La Gouille de Vassu, autre lac glaciaire formé entre deux branches du glacier du Yalsorei, se vide tous les ans, d'après Saussure. On connaît encore comme lacs glaciaires, le lac Uofiier,