‹ La terre et les mers; ou, Description physique du globeChapitre 23 sur 38 · VOLCANS CENTRAUX · texte numérisé non relu

VOLCANS CENTRAUX

Elna. — Le mont Gibel, en Sicile (fig. 89), est le plus remarquable des volcans de l'Europe. Ses éruptions sont de toute antiquité; les historiens et les poètes grecs et latins ont décrit longuement ses paroxysmes.

Une des plus célèbres éruptions de l'Etna est celle de 1669. Un tremblement de terre venait de renverser la ville de Nicolosi, lorsque deux gouffres s'ouvrirent près de cette ville. H en sortit une telle quantité de matières volcaniques que les monts Rossi prirent naissance par l'accumulation de ces matières.

On voit par la figure 96 que le mont Gibel n'offre pas cette apparence conique qui se remarque dans beaucoup de volcans. L'Etna s'étend, en effet, sur une circonférence de près de trente lieues; sa pente s'élève tout à fait insensiblement des ondulations de la plaine. Aussi voit-on se succéder, sur les flancs de l'Etna, les différentes régions botaniques.

Aux assises inférieures de la montagne, est une zone de jardins magnifiques; plus haut, vient une zone de forets; enfin, vient la région des roches nues. Le sommet de l'Etna est situé à 3315 mètres; il dépasse la limite des neiges perpétuelles; aussi est-il presque toujours couvert de neiges ou perdu dans les nues.

L'aspect du cratère de l'Etna est d'un effet saisissant. U n'est pas impossible d'arriver jusqu'au bord même de ce cratère et de plonger ses regards dans ses profondeurs. Un mélange de scories noirâtres, de fragm^ents de lave, de basalte et de soufre jaunâtre , s'offre alors à la vue : la lave bouillonne au fond de ces conduits ténébreux. En 1834, M. Élie de Beaumont, accompagné de Léopold de Buch et de quelques autres savants, visita un petit cratère actif qui forme le point culminant de la montagne.

« Ce fut pour nous tous un moment de surprise assez difficile à dépeindre, dit M. Élie de Beaumont, quand nous nous trouvâmes à l'improviste non au bord du grand cratère , mais au bord d'un gouffre presque circulaire d'environ 80 à 100 mètres de diamètre, qui ne touche au grand cratère que par une petite partie de sa circonférence. Nos regards plongeaient avidement dans cet entonnoir presque cylindrique, mais c'était en vain qu'ils y cherchaient le secret de la volcanicité! Les assises à peu

près horizontales qui se dessinaient dans les escarpements presque verticaux, ne nous révélaient que la structure du cône supérieur. En cherchant à les compter les unes au dessous des autres, on les voyait se perdre peu à peu dans l'obscurité complète du fond. Aucun bruit ne sortait de ce fond ténébreux; il ne s'en exhalait que des vapeurs blanchâtres, légèrement sulfureuses, formées principalement de vapeur d'eau. L'aspect lugubre de ce gouffre noir et silencieux, dans lequel nos regards se perdaient; ses flancs obscurs et humides, le long desquels serpentaient, d une manière languissante et monotone, de longs flocons de vapeur d'une teinte grise

Fig 90. Cralèie de l'Etna.

et mélancolique ; le grand cratère auquel se rattache le gouffre étroit, et dans lequel l'entassement confus de matières diversement colorées en jaune, en gris, en rouge, semblait l'image du chaos, tout présentait autour de nous un aspect funèbre et sépulcral. Le froid du matin, secondé par un vent léger du N. E., augmentait encore pour nous cette impression triste et sauvage. »

Du sommet de l'Etna, on voit avec admiration se dérouler, élagés selon les hauteurs, tous les produits de la flore euro-

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péenne. On aperçoit nettement la région des neiges , la région boisée et la zone cultivée, qui surmontent l'immense tapis des verdoyantes plaines de la Sicile.

Vésuve. — Le Vésuve est, pour l'Européen, le volcan classique. Son origine est moins ancienne que celle de l'Etna , mais ses éruptions sont plus fréquentes; elles ne sont pas séparées par un intervalle de plus de cinq ou six ans.

Ce qui prouve le peu d'ancienneté du Vésuve, c'est que les écrits des anciens naturalistes romains n'en font aucune mention.

Fig. 91. La Somma avant le premier siècle.

Jusqu'au premier siècle de notre ère, on ne connaissait que la montagne à laquelle on donnait le nom de Somma (fig. 91), dont la cime était couverte de bosquets, de buissons et de petits lacs. On sait, par la description que Strabon en a donnée, que la Somma était cultivée sur toute sa hauteur, à cause de sa fertilité. Rien n'avait fait présager l'éruption effroyable qui, au premier siècle de notre ère, bouleversa la Somma, jeta dans la mer la plus grande partie de cette montagne, et fit naître dans la concavité résultant de sa chute, le cône volcanique qui prit le nom de Vésuve.

Tout le monde sait que, pendant l'éruption de l'an 79, qui coùla

la vie au naturaliste Pline, les villes d'Herculanum et de Pompéi furent ensevelies sous une immense quantité de matières pulvérulentes, lancées par le nouveau cratère.

Pompéi fut ensevelie sous des matières assez meubles ; Herculanum fut couvert d'une espèce de tuf, ou boue épaisse, qui l'enterre aujourd'hui sous une couche dure et compacte. Pompéi a pu être de nos jours déblayée en grande partie. Les fouilles, qui sont poussées avec beaucoup plus d'activité depuis quelques années, grâce à la sollicitude du nouveau gouvernement d'Italie, ont fini par mettre au jour la ville presque entière.

Fig. 92. Le Vésuve après l'éruption de l'an 79.

La figure 93 représente, d'après une photographie, la rue des Tombeaux à Pompéi.

Les premières éruptions du Vésuve ne produisirent aucune coulée de lave ; elles ne donnèrent que des matières pulvérulentes. Les premières laves n'ont apparu que dans l'éruption de 1036. En 1500 se manifesta une grande éruption qui lança des matières pulvérulentes en abondance. Le cratère resta dans un repos absolu jusqu'au 16 décembre 1631, époque à laquelle il se ralluma tout à coup. La montagne avait eu le temps de se couvrir de bois et de taillis dans lesquels paissait le bétail. Tout cela fut soudainement lancé en l'air ou consumé. Sept torrents de lave coulant du cratère couvrirent plusieurs villages. Sur ces laves mêmes

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furent reconstruits les villages qui portent les noms de Torre deir Annunziata, Torre del Greco, Résina, Portici, etc.

Depuis cette époque, il se passa rarement plus de dix années sans que le Vésuve donnât signe de vie. Le 27 février 1 730, le cratère s'était peu à peu élevé, par l'abondance des matières, de telle sorte que son sommet formait une plaine. Le 15 mai 1737, nouvelle éruption, avec courant de lave. Le 2 décembre 1754, le cratère lance des blocs de lave de 4 mètres de diamètre. L'éruption de 1766 dura neuf mois, et la lave forma un grand lac de matières fondues. L'aspect du cratère était alors remarquable; il formait un cône, et de cette sorte de cheminée s'échappaient des gaz, des flammes et des scories. De la base sortaient des matières laviques en fusion. L'ambassadeur d'Angleterre, Hamilton, a publié de trèscurieuses planches représentant l'état du Vésuve pendant l'éruption de 1 766 ^ L'éruption de 1 767, qui a été aussi figurée et décrite par Hamilton, fut remarquable par la grande quantité de lave qui sortit du volcan. Le Vésuve, loin de diminuer de hauteur, s'éleva, pendant cette éruption, de 185 pieds. Le 20 octobre, la lave s'ouvrit une issue à cent pas au-dessous de l'ancien cratère. Dans l'éruption du 29 juillet 1779, les colonnes de feu lancées par le Vésuve s'élevèrent à une hauteur prodigieuse.

D'autres éruptions remarquables ont eu heu en 1790, 1794, 1804, 1810, 1817, 1820, 1822, 1831, 1834, 1839, 1858 et 1861.

Iles Lipari. — Les îles Lipari, situées en face de la Sicile, renferment deux centres d'action volcanique: leStromboli et le Volcano. Mais le Stromboli est le plus actif, et on peut le considérer comme le volcan central de ce groupe.

Le Stromboli, qui s'élève au bord de la petite île volcanique de ce nom, est sans doute en communication avec les vastes foyers souterrains qui ont fait surgir le Vésuve et l'Etna. C'est le volcan le plus remarquable de l'Europe, par sa continuité. Connu de toute antiquité, signalé par Homère, le Stromboh n'a pas cessé un moment ses resplendissantes éruptions, qui lui ont fait donner le nom de Phare de la Méditerranée, ou de la mer Tyrrhénienne. Depuis deux mille ans, on n'a jamais vu s'éteindre son panache de flammes; aujourd'hui, comme au temps d'Homère, la gerbe

1. Campi phlœgrœi. Observations sur les volcanos des Deux-Siciles ^ texte anglais et français, avec 95 planches, in-folio, Naples, 1776.

enflammée qui sort de son cratère sert aux pilotes des environs pour se diriger pendant la nuit.

Toute Fîle de Stromboli a été formée par les déjections volcaniques, par des scories et de la lave. Elle forme une sorte de cône, fendu du haut en bas par une large crevasse. Le cratère est placé à 200 mètres au-dessous de la montagne, la lave s'écoule par le haut de l'énorme fissure qui la divise.

Il n'est pas difficile d'arriver au sommet de la montagne, et

Fig. 94. Le Stromboli.

comme les précipices qui descendent vers le cratère sont presque verticaux, on peut plonger ses regards dans le sombre orifice sans être incommodé par les vapeurs sulfureuses ou les roches lancées en l'air, car on domine les bouches d'éruplion d'une assez grande hauteur. Toutefois, comme le sommet de la montagne est formé de matériaux mouvants, il y a quelque danger à s'approcher des bords du précipice.

La perspective de ce danger n'a pas arrêté les observateurs. On possède plusieurs descriptions du cratère du Stromboli. La plus

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exacte est celle qui a été donnée par le géologue prussien Frédéric Hofmann. En 1828, Hofmann s'étant couché sur le bord du précipice, se fit tenir par ses compagnons, de manière à pouvoir avancer la tète au delà des bords, et voici comment il décrit ses impressions :

« Trois bouches actives se voyaient au fond du cratère. La moyenne principale avait 200 pieds de diamètre; elle ne montrait rien de particu-

Fig. 95. Cratère du Stromboli.

lier; elle umait légèrement et de nombreuses croûtes jaunes de soufre couvraient les parois de sa cheminée. A côté de cette bouche on en trouvait, plus près du précipice, une autre large seulement de 20 pieds, dans laquelle je pouvais observer le jeu de la colonne liquide de lave, dont le niveau se balançait par intervalles.

« La lave ne se montrait point comme une imagination ardente se la dépeint quelquefois, sous forme d'une masse brûlante, vomissant des flammes; mais elle paraissait luisante comme du métal fondu, comme le fer sortant du haut fourneau, comme l'argent au fond du creuset.

« Cette masse fondue oscillait en montant et en descendant. Elle était

poussée évidemment par la tension terriblement élevée de vapeurs élastiques renfermées dans son intérieur, et on pouvait facilement voir Teffet du balancement entre le poids des masses fondues et la pression des vapeurs d'eau qui les soulevaient. La surface montait et descendait régulièrement par intervalles rhythmiques. On entendait un bruit particulier, semblable aux décrépitations de l'air entrant par un soufflet par la porte d'un fourneau de mines. Un ballon de vapeurs blanches sortait à chaque décrépitation, en soulevant la lave, qui retombait après sa sortie. Ces ballons de vapeur arrachaient à la surface de la lave des scories chauffées au rouge, et ces morceaux dansaient comme ballottés par des mains invisibles, dans un jeu rhythmique, par-dessus le bord de l'ouverture. Ce jeu si régulier et si attrayant était interrompu de quart d'heure en quart d'heure par des mouvements plus tumultueux. La masse des vapeurs tourbillonnantes resta alors immobile pendant un moment en faisant même un mouvement saccadé de retour, comme si elle était aspirée par le cratère, du fond duquel s'élevait plus fortement la lave comme pour aller à sa rencontre. Le sol tremblait alors, les parois du cratère tressaillaient en s'inclinant. C'était un tremblement de terre manifeste. La bouche du cratère faisait entendre un mugissement sourd et roulant, et à la fin un bal- Ion immense de vapeur crevait à la surface de la lave, soulevée avec des craquements sonores et tonnants. Toute la surface de la lave réduite en esquilles incandescentes était alors lancée en l'air.

« La chaleur frappait vivement nos visages , une gerbe enflammée montait toute droite en l'air et retombait en pluie de feu sur les environs. Quelques bombes s'élevaient jusqu'à 1200 pieds de haut et décrivaient, en passant par-dessus nos têtes, des paraboles de feu. Immédiatement après une éruption pareille, la lave se retirait dans le fond de la cheminée, qui s'ouvrait noire et béante ; mais bientôt on voyait remonter le miroir luisant de la surface de lave qui recommençait alors le jeu rhythmique des dégagements ordinaires moins violents. »

Islande. — Bien que les anciens traités de géographie ne signalent en Islande que le mont Hékla comme montagne volcanique, il existe dans cette île plus de 20 volcans, dont 8 sont en activité. L'Hékla n'est ni le plus grand ni le plus formidable de ces volcans. Si on le cite de préférence, c'est qu'il est situé près de la côte méridionale de l'île, partie le plus souvent visitée par les voyageurs. L'Islande elle-même, comme le montrent les cartes géologiques, est tout entière un terrain d'éruption; les volcans doivent donc y être nombreux.

Les principales bouches volcaniques sont, au nord, celles de Krabla, Leirhnukur, Trolladyngur, Skapta-Jockiil ; au sud, l'Hékla, Eyaliall etKottigia; à l'est, Orofa-Jockûl. En 1783, le Krabla et le Skapta-Jockûl vomirent une pluie de cendres, ou plutôt de matières pulvérulentes, qui, lancées sans interruption

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pendant six mois, et chassées par les vents sur toute l'Europe, produisirent une coloration anomale de l'atmosphère et obscurcirent momentanément le soleil.

Presque tous les volcans de l'Islande sont situés sur une large bande de trachyte qui traverse l'île du sud-ouest au nord-est; elle est sillonnée par d'immenses crevasses et recouverte par des masses de laves d'une si grande étendue en longueur et en largeur qu'on n'en trouve de semblables dans aucune contrée volcanique. Les actions volcaniques ont une telle énergie dans ce pays, que certains paroxysmes de l'Hékla ont duré six ans sans interruption.

On ne peut parler des volcans de l'Islande sans citer le célèbre volcan d'eau, connu sous le nom de Creyser (fig. 97). On donne ce nom à d'immenses jets d'eaux bouillantes, chargées de silice, qui s'élancent du sol à des hauteurs considérables, en déposant sur leurs parcours d'énormes quantités de silice qui forment des sédiments et des terrains nouveaux.

Iles Açores, Canaries, et îles du Cap-Vert. — Ce groupe d'îles situées à l'ouest de l'Afrique est tout aussi volcanique que l'Islande.

Le principal volcan des îles Açores est le Pico, remarquable par son cône d'éruption parfaitement régulier et formé de trachyte.

Nous avons déjà parlé du pic de Ténériffe à propos des montagnes de l'Afrique'. C'était jadis un volcan terrible; mais ses éruptions ont cessé depuis le commencement de notre siècle. Le cône d'éruption du pic de Ténériffe s'aperçoit à 50 lieues en mer. Le célèbre géologue allemand, Léopold de Buch, est descendu jusqu'à plus de 2000 mètres de profondeur dans le cratère éteint, pour étudier la structure de cette masse éruptive et la succession des terrains que cette fissure met à nu.

Les îles du Cap-Vert ne contiennent qu'un seiil volcan en activité: le Fuelgo.

Iles Gallapagos. — Ces îles renferment 12 volcans en activité. Iles Sandwich. — Le volcan principal de ces îles se trouve dans l'île d'Owaihi : le Mowna-Woraway.

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