CHAÎNES VOLCANIQUES
On possède peu de renseignements précis sur la plupart des chaînes volcaniques, ou volcans en séries. Les volcans du Chili et du Mexique, étudiés par de Humboldt au commencement de notre siècle, sont les seuls qu'on ait observés scientifiquement. Aussi nous bornerons-nous à donner, d'après le mémoire de Léopold Buch, l'énumération des principaux volcans centraux du globe, en insistant un peu plus sur les derniers, c'est-à-dire sur ceux de la chaîne du Chili, de la Bolivie et du haut Pérou, de Quito et du Mexique.
Iles de la Grèce. — Ces îles sont les seules en Europe qu'on puisse classer avec certitude dans les chaînes volcaniques ; l'île de Santaura est la plus remarquable, parce que l'action volcanique n'y subit aucune interruption. En l'an 480 de notre ère, son cratère apparut, et produisit l'île d'Hierara. En 1427, cette île s'accrut considérablement ; la petite Kaméni se forma, en 1573, au milieu du cratère, et sa production fut accompagnée d'une grande éruption de vapeurs et de pierres ponces. De 1707 à 1709, apparut la Nouvelle-Kaméni, qui dégage constamment des vapeurs sulfureuses. Le phénomène volcanique est permanent dans ce groupe, et peut-être une île nouvelle apparaîtra-t-elle bientôt.
Chaîne située à l ouest de V Australie; chaînes des îles de la Sonde , chaînes des Moluques et des Philippines. — On peut grouper ensemble ces chaînes, qui forment un ensemble entourant la Nouvelle Hollande et le continent de l'Asie. Les innombrables volcans des îles de la Sonde s'étendent jusqu'aux îles les plus éloignées de Sumatra et de Java, et se perdent dans le golfe de
THE mmt or tHi
TEMPÉRATURE DU GLORE
Bengale. La chaîne des îles Moluques et des îles Philippines s'élève de même vers le Japon, et entoure le continent de l'Asie.
Chaîne du Japon et des Kurilles. — Les volcans du Japon sont distribués sur toute la surface de ce pays. Le Fusi, situé dans la province de Suraga, est la montagne la plus élevée et le volcan le plus considérable de tous ceux du Japon. Son sommet, constamment couvert de neige, exhale sans cesse des vapeurs volcaniques.
Volcans du Kamtschatka. — Cette chaîne est traversée dans toute sa longueur par deux chaînes différentes; celle qui regarde l'Amérique est formée presque entièrement de cônes et de pics gigantesques qui, presque tous, sont des volcans actifs. Le principal de ces volcans, celui de Klutschew, s'élève sur une des plus hautes montagnes du globe.
Chaîne des îles Aleutiennes. — Ces îles renferment plusieurs volcans actifs.
Chaîne des îles Mariannes. — Il existe 7 volcans dans ce groupe; celui de l'île de l'Assomption est seul en activité.
Passons à différents groupes des volcans de l'Amérique, qui se rattachent aux Cordillères.
Volcans des Antilles. — Les volcans qui composent cette chaîne sont peu élevés. Les cratères de la Guadeloupe, de Saint-Christophe, de la Martinique et de Saint- Vincent semblent se remplacer alternativement pour l'émission de produits volcaniques. Le dernier de ces volcans eut une éruption considérable le 27 avril 1812.
Volcans de Guatimala. — Ces volcans sont très-peu connus; mais comme ils sont placés le long du rivage, ils attirent toujours les yeux des navigateurs- Ces pics, qui semblent partir du fond de la mer, pour s'élancer dans les nues , servent de phare aux pilotes. Le volcan de Fuego, situé à l'ouest de l'ancienne ville de Guatimala, est resté ignivome depuis 1580 jusqu'au commencement de notre siècle. Les affreux tremblements de terre qu'il a occasionnés ont forcé de déplacer la ville de San-Yago ou Nouvelle-Guatimala, qui a été rebâtie dans la plaine, 7 lieues plus à l'est.
Volcans de la Bolivie et du haut Pérou. — Le plateau des Andes, dans cette partie de l'Amérique, est bordé par deux chaînes élevées, dont l'une, celle qui s'étend à l'ouest, présente une série
non interrompue de volcans en activité, située à une altitude supérieure à celles des montagnes les plus hautes de l'Europe. Les pics volcaniques les plus importants de cette chaîne sont le Chipicana, TArequipa et le Pichu-Pichu.
Volcans de Quito. — Un immense dôme volcanique d'environ 500 kilomètres carrés, et qui s'étend du nord au sud, forme la plus grande partie de la haute contrée de Quito. Le Cotopaxi , le Pichincha, le Tunguragua et l'Antisana sont les volcans actifs les plus importants de cette chaîne.
Le Cotopaxi (fig. 98) est le plus beau sommet de la Cordillère des Andes. Sa forme a tant de régularité que les Espagnols disent
Fig. 98. Le Cotopaxi.
qu'il a été façonné au tour. La hmite des neiges perpétuelles y est accusée par une ligne tranchée de la manière la plus nette. En 1471, la Condamine et Bouguer, pendant qu'ils procédaient à leurs mesures trigonométriques dans ces régions équatoriales, contemplèrent une des plus belles éruptions du Cotopaxi, qui lançait des colonnes de feu de 5000 pieds de hauteur. Cette éruption dura trois ans et noya sous des flots de lave- d'immenses étendues de plaines.
Le Pichincha servit de demeure a la Condamine et Bouguer en 1 742. Ils y passèrent trois semaines à une altitude égale à celle du Mont-Blanc. C'est au terrible voisinage de ce volcan que la ville de Quito doit ses tremblements de terre.
TEMPÉRATURE DU GLOBE
Le Pichincha a quatre sommets principaux. C'est dans le sommet placé au sud, et qui porte le nom de Ruas Pichincha (Pere) qu'est placé le cratère d'éruption. Cette disposition fait que le Pichincha (fig. ô9) ressemble plutôt à une chaîne de montagnes qu'à un volcan.
M. de Humboldt fit l'ascension du Pichincha. Il s'approcha jusqu'aux bords du cratère, et vit les bouillonnements de la lave dans les noires profondeurs de l'abîme. Mal dirigé par ses guides, il s'était avancé, au milieu d'un épais brouillard, à quelques pieds de la pente rapide qui descend dans le cratère, et il faillit tomber dans le gouffre enflammé.
L'Antisana, qui se dresse en face du Pichincha, est un volcan éteint depuis trois siècles.
Fig, 99. Volcan du Pichincha.
Volcans du Mexique. — Ces volcans sont tous distribués selon une même ligne, de l'est à l'ouest, qui coupe obliquement le continent américain. La plupart sont aussi actifs que ceux de Quito, et leur altitude est considérable. Le Popocatepetl, le Jorullo, le Colima et le Larzaba sont les plus importants de ce groupe.
Le Popocatepetl, qui se dresse non loin de Mexico, a plus de 3000 mètres de hauteur. Il avait autrefois de fréquentes et de terribles éruptions, mais depuis plusieurs siècles il ne lance guère que des vapeurs, non accompagnées de flammes. Ce volcan a été assez souvent exploré dans notre siècle; M. de Humboldt est le premier qui ait mesuré sa hauteur.
Le Cohma, haut de 4000 mètres, est en état d'éruption constante, mais il ne lance que de la fumée et des cendres.
Le Jorullo, qui fait suite au Colima, a cela de remarquable que sa formation est pour ainsi dire contemporaine. Au mois de juin 1759, une plaine fertile de l'État de Valladolid, entièrement cultivée et couverte de plantations, située à six journées de marche de Mexico, éprouva une commotion subite. Un affreux tremblement de terre se manifesta, et se prolongea deux mois entiers. Au bout de ce temps, les inquiétudes des habitants du pays commençaient à se calmer, lorsque dans la nuit du 28 au 29 septembre, la terre s'agita de nouveau, et un terrain de plusieurs lieues d'étendue se souleva lentement, en forme de masse arrondie et boursouflée. Du sommet de la montagne ainsi formée s'exhalaient des émanations volcaniques. Tout le terrain qui s'étendait au pied de ce vaste mamelon ondulait comme les vagues de la mer agitée par la tempête. Des milliers de monticules de 3 à 6 mètres de hauteur, très-rapprochés les uns des autres, s'ouvraient et se fermaient alternativement. Enfin la montagne creva, et par ce gouffre de près de 3 lieues carrées s'élancèrent des flammes, des scories et des roches en fusion.
L'éruption dura près d'une année. Elle diminua graduellement, mais elle n'a jamais entièrement cessé, et le Jorullo lance encore aujourd'hui des tourbillons de feu. Tout autour de la montagne, des milliers de bouches, de forme conique, nommées hanilos^ émettent constamment de la fumée et des gaz. Deux rivières, qui coulaient autrefois dans la plaine, s'engloutissentdans un gouffre profond, et reparaissent à l'ouest, à un point très-éloigné de leur ancien lit. Il est probable qu'elles traversent le conduit volcanique, car elles reviennent au jour avec une température de 53 degrés. La figure 100 représente l'état actuel du Jorullo.
THE imm
OF THE UHIYERSIÎY Oi- nilKOlS
LES EAUX DOUCES
Sources et font.iines naturelles.
Quand l'air humide, poussé par le vent, monte le long des flancs d'une montagne, il se refroidit, et à une certaine hauteur il devient nuage ou brouillard. En s'élevant davantage , ce nuage se résout en pluie. Si cette pluie vient à tomber sur de très-grandes hauteurs,. elle se congèle, et couvre d'une couche de neige le sommet de la montagne. Le refroidissement de l'air parvenu dans ces hautes régions est dû à la raréfaction qu'il subit nécessairement dans les parties supérieures de l'atmosphère. Quelques centaines de mètres suffisent, à cette élévation, pour produire un abaissement de température d'un ou de plusieurs degrés. On comprend dès lors la masse énorme de neige qui doit résulter de la condensation des vapeurs contenues dans ces grands volumes d'air, chargés d'exhalations marines, que les vents portent aux sommets des Alpes, des Cordillères ou de l'Himalaya. C'est pour cette raison que les chaînes de montagnes sont le berceau des plus grands fleuves. Le Rhône et le Rhin, par exemple, doivent leur origine au vent humide du sud-ouest qui passe sur les Alpes; le bassin du Pô s'alimente de la môme manière par les vents du sud, et le Danube par les vents d'est, qui déposent leur humidité sur la grande chaîne centrale de l'Europe.
Ainsi tombée sur les hauteurs, l'eau s'infiltre dans le sol; elle reparaît plus loin et plus bas, sous la forme de sources qui descendent dans les vallées. En même temps, la fonte annuelle des
neiges qui couronnent les tiautes cimes alimente abondamment les petites rivières qui descendent des montagnes ; de sorte qu'après les crues d'hiver qui résultent des pluies de cette saison, arrivent les crues d'été provenant de la fonte des neiges. Ainsi des masses énormes d'eau sont toujours en circulation entre l'atmosphère et la terre ; elles tombent sans cesse en pluie et en neige, pour remonter sans cesse en vapeur; cet éternel échange produit Varrosement du globe, phénomène capital et agent essentiel de sa fertilité.
Ce rôle fondamental des pluies dans l'économie de la nature est exprimé par Lucrèce dans les beaux vers où il nou^ montre les produits de la nature, les fruits, les blés et les forets verdoyantes, naître à la suite des pluies, être pour ainsi dire engendrés par les pluies, par une sorte de fécondation dans le sein maternel de la terre.
Postremo pereunt imbres; ubi eos pater aether
In gremium matris terraï prsecipitavil?
At nitidae surgunt fruges, ramique virescunt
Arboribus : crescunt ipsae, fœtuque gravantur.
Hinc alitur porro nostrum genus atque ferarum,
Hinc lastas urbes pueris florere videmus,
Frondiferasque novis avibus canere undique silvas*....
Les eaux qui se sont condensées au sein de l'atmosphère, et qui retombent en pluie sur la terre, sont chimiquement presque pures : on les nomme eaux douces, par opposition aux eaux salées de l'Océan. Une partie de cette eau qui tombe sous forme de rosée, de pluie ou de neige, s'évapore de nouveau, par la chaleur terrestre ou solaire; une autre portion glisse à la surface du terrain, et ruisselle le long de ses pentes. Ce sont les eaux sauvages, que l'on voit couler sur le sol après une pluie abondante. Une dernière partie s'infiltre dans la terre, y pénètre à des profondeurs variables, et s'y réunit en masses souterraines, qui cheminent entre les couches de terrain superposées. Telle est l'origine de la couche d'eau qui existe à peu de profondeur dans tous les terrains perméables, et qui alimente les puits des maisons
1. (Lib. I.) Enfin les pluies disparaissent; où l'éther les a-t-il précipitées dans le sein maternel de la terre? Ce qui est certain, c'est que l'on voit alors surgir les blés, les arbres se revêtir de verdure, croître et se charger de fruits. C'est delà que notre espèce et tous les animaux tirent leur nourriture; c'est de là que les villes se remplissent d'une florissante progéniture et que les forêts verdoyantes résonnent du chant des jeunes oiseaux.
LES EAUX DOUCES
ans beaucoup de pays. La couche d'eau est très-voisine du soL A Paris, par exemple, on ne peut creuser à 5 ou 6 mètres sans la rencontrer; l'établissement des égouts sous les rues de la capitale exige , comme première opération , l'épuisement de la nappe aquifère du terrain.
Telle est aussi l'origine des sources ou fontaines naturelles. Elles ne sont autre chose que les eaux pluviales réunies dans des cours souterrains, et se faisant jour à un point situé plus bas. L'eau fournie par les sources s'ajoutant aux eaux sauvages, donne naissance aux ruisseaux, qui, réunis, forment les rivières et les fleuves.
Ces deux dernières dénominations servent à désigner des cours d'eau d'un volume plus ou moins considérable. Les bords d'une eau courante s'appellent ses rives. La rive droite et la rive gauche se distinguent en supposant que l'on se place à la source et que l'on regarde couler l'eau. Des rives escarpées se nomment berges; lorsqu'elles s'abaissent en pente douce, on les nomme quelquefois talus. Le lit d'une rivière est l'espace que couvrent ordinairement ses eaux. Les cours d'eau qui se précipitent impétueusement des montagnes, dans des ravins accidentés, se nomment torrents.
L'eau qui ne trouve pas d'issue s'épanche en marais. Ces accumulations d'eaux stagnantes résultent le plus souvent de cours d'eau qui rencontrent un terrain horizontal ; d'autres fois ils se forment sur place, par la stagnation de l'eau des sources qui s'échappent du sol. Si le terrain offre des dépressions dans lesquelles l'eau puisse s'accumuler, on aura les lacs des montagnes ou les étangs des plaines , réservoirs naturels qui se forment à toutes les hauteurs. Il n'est pas rare qu'une rivière traverse ces bassins ; ses flots rafraîchissent et renouvellent constamment celles du lac ou de l'étang.
D'après cette division des eaux douces, nous aurons à considérer successivement : les sources, les rivières ou fleuves et les lacs. Commençons par Texamen des sources, ou fontaines naturelles.
Ces filets d'eau qui s'échappent avec plus ou moins d'abondance des fentes d'un rocher solitaire, ou du sol d'une verte prairie, forment dans un paysage les points de repos les plus poétiques. Par la limpidité de leurs flots sortis des profondeurs
mystérieuses de la terre, par le gai murmure de leurs eaux, qui saluent pour la première fois la lumière du jour, enfin par la végétation qui les entoure et se baigne dans l'onde vivifiante^ les sources exercent sur l'âme humaine un charme tout particulier. La douce impression morale qu'éveille en nous la vue d'une belle fontaine naturelle, avait rendu certaines sources célèbres dans l'antiquité. Qui ne connaît la source de YHippocrène^ située au pied du mont Hélicon, et la fontaine de Castalie, dans le vallon du Parnasse, consacrées l'une et l'autre aux muses du paganisme? Un pauvre et triste village marque aujourd'hui la place où s'élevaient jadis la fière Delphes , et ce mystérieux temple d'Apollon où la Pythonisse allait puiser ses inspirations dans les eaux Gastaliennes. Cette source, immortahsée par les souvenirs de la Grèce , est aujourd'hui dédiée à saint Jean ; une petite chapelle s'élève près de ses bords; un figuier entouré de lierre et de broussailles, ombrage son bassin. La fraîcheur de cette source est telle qu'on est saisi de frisson lorsqu'on y plonge les mains. La Pythonisse ne prenait-elle point pour l'obsession divine la fièvre que devait lui donner le contact glacial de cette onde?
Une autre source célèbre est celle d'Aréthuse, dans l'île d'Ithaque, où les troupeaux d'Ulysse allaient se désaltérer. «Va, dit la déesse à Ulysse, quand il retourne dans son royaume ; va trouver d'abord celui qui garde les troupeaux auprès de la roche Coracienne , où coule l'eau de VArétIiuse aux flots noirs. »
La fontaine d'Aréthuse est située dans l'intérieur de l'île d'Ithaque, à trois lieues de la mer. C'est un bassin étroit, placé au sommet d'un haut ravin, et alimenté par les eaux qui suintent des rochers qui le surplombent. Lorsqu'on s'assied près des ruines d'une route qui recouvrait autrefois ce bassin, on voit les pentes de la vallée toutes tapissées de plantes à larges feuilles et de broussailles odoriférantes; plus loin, à travers une éclaircie, le regard découvre un coin de la surface bleue de la mer. Du sommet du rocher, se déroule un horizon étendu, qui embrasse les îles et les montagnes de la Grèce. C'est dans cette solitude enchanteresse que le héros de l'Odyssée vint, il y a trois mille ans, se reposer et boire à la source qui abreuve aujourd'hui les chevriers Théakiens. Le physicien Dodwell, qui a visité ce lieu célèbre, loue cette eau claire, fraîche, agréable au goût, et qui sort d'une roche couverte de mousse. L'^ bassin a une profon-
LES EAUX DOUCES
deur de plus d'un mètre ; on l'a entouré d'un mur, pour empêcher le débordement des eaux. En sortant d'un , orifice percé dans le mur, l'eau tombe dans une auge où s'abreuve le bétail. En 1798, les Français ont eu cette île en leur possession, et ils ont laissé les traces de leur court passage dans ces inscriptions qui se lisent encore sur le rocher d'Aréthuse et qui portent le cachet de l'époque : Liberté , 'égalité , fraternité.
Partout bienfaisantes, les sources acquièrent une importance particulière dans les arides déserts de l'Afrique; dans ces lieux solitaires, elles donnent la vie aux îles de verdure qu'on appelle oasis. La Bible nous parle déjà des sources de Marah et d'Elim, dans le désert d'Arabie; on corrigeait déjà leurs eaux saumâtres, comme on le fait encore aujourd'hui pour celles du désert, en y exprimant le suc de certaines plantes.
Les sources se rencontrent dans tous les terrains et à des hauteurs très-variables; mais elles sont plus fréquentes dans les terrains stratifiés, qui permettent à l'eau de se rassembler et de se creuser un lit souterrain.
Les montagnes granitiques et schisteuses donnent naissance à de nombreuses sources, mais leur volume est généralement faible. Les roches anciennes, telles que les porphyres, les trachytes, etc., en produisent aussi un grand nombre. On en trouve beaucoup, par exemple, dans la chaîne du Mont-Dore, oii elles forment souvent de belles cascades; nous ne citerons que celles du Dorzdj à la base du pic de Sancy, et celle qui existe à peu de distance des bains
On rencontre des sources à la base et aux environs des volcans, mais rarement sur les montagnes volcaniques elles-mêmes, ce qu'il faut attribuer à la porosité des laves et des roches scorifiées, qui livrent à l'eau un passage facile, et les laissent s'échapper ainsi dans les terrains inférieurs.
La fréquence, mais le peu d'importance des sources qui sortent des granits, des gneiss et des micaschistes, s'explique facilement par les fissures et crevasses de ces terrains, qui divisant l'eau d'infiltration en une infinité de filets, la laissent suinter dans tous les sens. Néanmoins, comme les montagnes granitiques sont ordinairement d'une grande élévation, leurs sommets neigeux donnent naissance à des sources volumineuses, qui deviennent de véritables rivières. La Garonne, par exemple, se
forme au moyen des sources qui descendent des Pyrénées; le Rhône, le Pô, le Rhin, le Danube ont leur origine dans les Hautes Alpes. Dans les montagnes calcaires, formées de roches tendres, à couches horizontales, l'eau pénètre facilement à travers les gerçures verticales, et se rassemble dans des réservoirs souterrains ou cavernes, qui se rencontrent en grand nombre dans les terrains calcaires. C'est pour cette raison que les sources y ont quelquefois un si grand volume, et qu'elles donnent immédiatement naissance à de puissants cours d'eau. Alimentées par une infinité de petits tributaires, elles forment des rivières dès leur émergence. Telle est, dans le Jura, la Loire, qui met en mouvement plusieurs usines dès qu'elle sort de terre ; telle est encore la fontaine de Vaucluse, près d'Avignon, et la fontaine de Nîmes.
Immortahsée par les amours de Pétrarque et de Laure, la fontaine de Vaucluse (fig. 101) coule à cinq heues de la ville d'Avignon. Quand on est arrivé au village de Vaucluse, on n'a plus qu'un kilomètre à parcourir pour arriver à la fontaine. On aperçoit au-dessus du village les ruines d'un ancien château qui porte le nom de château de Pétrarque. On entre alors dans un vallon étroit, bordé de rochers escarpés aboutissant h un mur taillé à pic, par lequel le vallon se ferme brusquement comme un cul-de-sac : c'est de là qu'est venu le nom de Vaucluse {vallis clausa). La source sort au pied de ce mur. On voit jaillir de ce point une vingtaine de torrents, de la grosseur du corps d'un homme ; ils se précipitent avec fracas, et forment la rivière de la Sorgue. Au-dessous du mur qui ferme le vallon, est un bassin circulaire de 20 mètres de diamètre, entouré d'énormes blocs de rochers et creusé en entonnoir, dans lequel les eaux de la fontaine se maintiennent à des hauteurs variables. On n'a jamais trouvé le fond de cet abîme. L'excavation du bassin s'étend sous les rochers, et de vastes canaux souterrains y amènent les eaux abondantes qui proviennent de la fonte des neiges. Les blocs entassés en avant du bassin sont couverts d'une mousse d'un vert noirâtre, qui croît sur une terre calcaire blanche et poudreuse déposée par les eaux. Sur le bord du bassin on a érigé, en 1809, une colonne portant cette inscription : A Pétrarque.
La fontaine de Nîmes (fig. 102) sort du pied d'une colline de 70 mètres de hauteur, au haut de laquelle se dresse le phare antique et délabré connu sous le nom de Tour-Magne. La fon~
Of IHE BHWERSITY OF lUWWS
LES EAUX DOUCES
taine de Nîmes était utilisée, par les Romains, pour des bains publics, dont les constructions anciennes se voient encore au-
Fig. 102. Fontaine de Nîmes.
Fig. 103. Temple de Diane.
dessous des bassins réguliers qui ont été construits sous Louis XIV pour transformer les rives de la source en une magnifique pro-
menade décorative. A gauche du grand bassin, se voient les ruines du temple de Diane (fig. 103). La colline qui surmonte la fontaine de Nîmes a été de nos jours plantée d'arbres verts, formant des allées sinueuses qui s'élèvent, en pente douce, jusqu'à la Tour-Magne. Tout cet ensemble, où l'art se mêle si heureusement à la nature, fait de la fontaine de Nîmes une des promenades les plus pittoresques du monde entier.
Parmi les fontaines qui ne tarissent jamais, une des plus belles est la source de Sainte-Winifrède, à Holywell, en Flintshire (Angleterre). La quantité d'eau qu'elle fournit est estimée à 21 000 litres par minute. Cette eau se rend à la mer, éloignée seulement d'une demi-lieue, et sur son parcours elle met en mouvement onze moulins. Au-dessus du bassin" qui reçoit les eaux de cette source, et qui est de forme polygonale, la famille des comtes Stanley a fait élever une chapelle. Les peintures des vitres représentent la vie de sainte Winifrède, dont le sang, versé sur cette place, a donné naissance, selon la légende, à cette source, autrefois en grande vénération, et qui était le but de fréquents pèlerinages.
Dans le sud du Mexique, au bord de la rivière Zuni, ou Riodel-Pescado, est une autre source de grande réputation : elle porte le nom de Fontaine sacrée (fig. 104). Le bassin qui reçoit ses eaux a 8 mètres de diamètre et 4 de profondeur.
Quand l'eau, venant d'une certaine hauteur, s'infiltre dans une couche poreuse, contenue elle-même entre deux couches imperméables qui se relèvent et se redressent peu à peu, elle tend à monter suivant les lois de l'hydrostatique; et si elle trouve une ouverture dans la couche supérieure, elle s'en échappe avec force, et produit ce qu'on nomme une fontaine jailhssante. On en trouve des exemples dans les sources du Loiret et de la Rouvre, qui sortent en bouillonnant de gouffres profonds que les gens du pays regardent comme des abîmes sans fond. Ces sources fournissent assez d'eau pour porter des bateaux à leur sortie de terre. '
Au château de Sozay, près Glamecy, est une fontaine de^ce genre, que l'on nomme V Abîme, et qui sort d'un puits très-profond, de 4 mètres de diamètre.
On voit sur la plage d'Alvarado, dans le golfe du Mexique, une éminence de sable de 30 mètres de hauteur, dont le sommet
LES EAUX DOUCES. 331
donne issue à une belle source jaillissante d'eau potable, où les vaisseaux du port viennent prendre leur eau douce.
La presqu'île de Morée offre un grand nombre de fontaines de ce genre; nous ne citerons que celles de Skala, de Lerne, etc.
Les eaux jaillissantes se font jour quelquefois au-dessus de
la surface de la mer, comme dans la baie de Jagua, sur la côte méridionale de Cuba
« A deux ou trois lieues de la terre, dit de Humboldt, des sources d'eau douce sortent du milieu de l'eau salée.... Leur éruption se fait avec tant de force, que l'approche de ces lieux fameux est dangereux pour les
petites embarcations, à cause des lames qui sont très-larges et se croisent en clapotant. Les navires côtiers approchent quelquefois de ces sources pour y puiser de l'eau qui est d'autant plus douce qu'on la puise à une plus grande profondeur. »
Un des plus beaux exemples de fontaine jaillissante au milieu de la mer, est celle du golfe de la Spezzia. L'eau s'élance audessus de la mer, en formant un mamelon de plus de 20 mètres de diamètre sur 3 à 4 décimètres de hauteur; on voit, à son centre, un grand nombre de jets verticaux tellement impétueux qu'un bateau ne s'arrête que difficilement au milieu de cette proéminence liquide, distante de 50 mètres de la terre. Spallanzani put en sonder la profondeur : le plomb toucha le fond à 15 mètres.
Quelques sources, surtout les fontaines jaillissantes, offrent des intermittences périodiques. On attribue ce phénomène à la présence de cavités souterraines, dans lesquelles l'eau s'accumule et revient par des canaux recourbés en forme de siphons. Si la quantité d'eau qui s'écoule est plus grande que celle qui descend des régions supérieures, il arrive un moment où le niveau dans le réservoir s'abaisse au-dessous du sommet du siphon, alors la source cesse de couler jusqu'à ce que le réservoir soit empli de nouveau.
Ces interruptions et retours suivent quelquefois des périodes aussi régulières que les marées de l'Océan. Pline a décrit la fontaine périodique de Côme, dans le Milanais actuel, dont les intermittences sont d'une heure. Il existe à Colmar, en Provence, une fontaine qui s'élève huit fois par heure. Celle de l'abbaye de Haute-Combe, en Savoie, paraît toutes les vingt minutes, dans l'intérieur du mont de la Dent-du-Chat, par un canal vertical qu'elle a tapissé de concrétions calcaires. Elle est située à 1 27 mètres au-dessus du lac du Bourget.
On cite encore, à peu de distance de Chambéry, la source du Puits-Gros^ qui coule au lever et au coucher du soleil, à midi et à minuit, c'est-à-dire par intervalles de six heures.
La fontaine de Boulaigne, près Fressinet, dans les monts Coyrons, reste quelquefois vingt ans sans couler; puis elle donne de l'eau pendant plusieurs mois, s'arrête ou reprend d'heure en heure, et finit par disparaître encore pour un temps assez long.
La mare de Siloam est un bassin situé au pied du mont Zion,
LES EAUX DOUCES
dans la célèbre vallée de Josaphat, et alimenté par les eaux de la fontaine de la Vierge, qui y descendent par un canal souterrain percé dans la roche. Le bassin est entouré d'une maçonnerie ayant 17 mètres de long sur 6 de large. Les eaux qui en sortent vont arroser les jardins fruitiers situés le long de la vallée. Cette fontaine tarit et reprend à des intervalles irréguliers. Les gens du pays disent qu'elle est habitée par un dragon, et qu'elle ne coule que pendant le sommeil du dragon. On peut désirer une théorie moins orientale.
Nous pourrions encore signaler la source de Fontestorbe; celle de Belesta, dans les Pyrénées ; le Bullerborn, en Westphalie, qui tarit deux fois par jour; la source de Fonzanches, dans le Languedoc; celles de Madame et du Boulidou (36 accès en 24 heures), sur les bords du Gardon ; celles de Phalsbourg, d'Engstler, dans le canton de Berne; de Torhay, de Buxton^ de Giggleswick, en Angleterre; de Disconspring et de Northwilly en Amérique, qui dégagent des bulles d'air, etc., etc.
On pourrait aussi ranger dans cette catégorie les puits naturels qui débordent à certaines époques; tel est le Frais-Puits, près Yesoul. En 1557, la ville de Yesoul, assiégée, fut délivrée grâce à un débordement de cette source, qui, en six heures, inonda toute la campagne et emporta les travaux des assiégeants.
Il existe près de Brest, à 25 mètres de la mer, un puits dont le niveau s'élève lorsque la mer baisse, et tombe lorsque la mer monte. Dans les îles Bermudes, au contraire, les sources douces, aussi bien que les sources salées, s'élèvent et s'abaissent avec la marée.
Ce dernier fait semble indiquer que les sources sont quelquefois dues aux infiltrations capillaires des eaux de la mer. Les anciens et même quelques modernes, tels que Descartes, croyaient que toutes les sources tiraient leur origine de la mer, dont les eaux pénétraient dans des cavités souterraines. Arrivées à ce point, elles s'échauffaient par l'action du feu central et se réduisaient en vapeur, lesquelles, parvenues dans les couches supérieures, s'y condensaient, pour s'écouler au dehors sous forme de sources. C'était une théorie finement raisonnée, comme tout ce qu'a produit l'imagination de Descartes, mais une hypothèse superflue, car les quantités de pluie qui tombent annuellement sur la terre suffisent, et au delà, pour nous rendre compte de l'origine des cours d'eau.
Bernard Palissy est un des premiers observateurs qui aient soupçonné la véritable origine des eaux de sources.
« La cause, dit l'immortel potier de terre dans son livre sur les Eaux et fontaines^ pourquoi il y a plus de rivières et fontaines procédantes des montagnes, que non pas du surplus de la terre, n'est autre chose sinon que les roches ès montagnes retiennent les eaux des pluies comme ferait un vaisseau d'airain ; et lesdites eaux tombant sur lesdites montagnes, au
Fig. 105. Source du Rhône dans les Alpes.
travers des terres et fentes, descendent toujours et n'ont aucun arrêt, jusqu'à ce qu'elles aient trouvé quelque lieu formé de pierres ou roches, bien contigu et bien condensé; et lors elles se reposent sur un fond tel, et ayant trouvé quelque canal ou autre ouverture , elles sortent en fontaines ou en ruisseaux et fleuves, selon que l'ouverture et les réceptacles sont grands. »
Les eaux souterraines qui reparaissent au jour en suivant les couches du terrain superposé, sont dues, comme nous l'avons dit au début, à la condensation des vapeurs sur les montagnes,
LES EAUX DOUCES
aux pluies et à la fonte des neiges. On voit quelquefois sortir une rivière directement de dessous un glacier, ainsi que cela a lieu, par exemple, pour l'Arve, dont la source est, comme nous l'avons déjà dit, au pied du glacier des Bois. Le Rhône a également sa source à la base d'un glacier des Alpes (fig. 105).
Les cours d'eau souterrains qui glissent entre deux couches imperméables peuvent être amenés à la surface, par de profonds et étroits orifices que l'on creuse dans le sol, non sans d'extrêmes difficultés. Les puits forés, ou puits arlésicns, tirent leur nom delà province d Artois, où ils ont été, de temps immémorial, en usage. La force ascensionnelle de l'eau dans ces puits est d'autant plus grande que le réservoir souterrain est plus élevé; leur abondance dans certaines contrées prouve l'existence de véritables rivières souterraines.
Les terrains formés de lits alternativement poreux et imperméables, sont ceux dans lesquels on aie plus de chances de succès lorsqu'on y pratique des forages. Il existe souvent dans ces couches profondes plusieurs nappes d'eau à des hauteurs différentes et douées de forces ascensionnelles très-inégales.
L'art empirique de découvrir les sources a donné lieu aux étranges pratiques des sourciers, fort en faveur pendant les derniers siècles. Nous n'avons pas à raconter ici la longue histoire des chercheurs de sources, que nous avons exposée, au point de vue historique et critique, dans un de nos ouvrages K Disons seulement que l'art de découvrir les sources est aujourd'hui une simple application de la géologie et de l'hydraulique. Il faut toutefois, pour pratiquer cet art avec succès, une habileté spéciale, une sorte de coup d'œil, comme celui que possède un bon médecin pour l'exercice de son art. De nos jours, l'abbé Paramelle fait de l'hygroscopie une véritable profession. En examinant la direction et la nature des couches superficielles, la végétation qui les couvre, l'emplacement des puits ou cours d'eau naturels, il arrive souvent à deviner le trajet des eaux souterraines, et bien des fois les forages pratiqués sur ses indications ont satisfait les consultants. Un émule de l'abbé Paramelle, c'est l'abbé Richard, qui, depuis quelques années, est entré dans la même carrière,
1, Histoire du merveilleux dans les temps modernes, 2" édition, 1860, tome II.
et qui a déjà porté en plusieurs pays étrangers son talent d'%droscope.
On appelle eaux minérales naturelles les eaux qui tiennent en dissolution de notables quantités de substances minérales dont elles se sont chargées pendant leur trajet souterrain. On les divise en quatre classes : 1° eaux salines (Garlsbad, Kissingen, etc.); 2° eaux alcalines (Vichy, Tœplitz , etc.) ; 3° eaux ferrugineuses (Spa, Pyrmont, etc.); 4° eaux sulfureuses (Baréges, Aix-la-Chapelle, etc.). Les propriétés médicales de ces diverses catégories d'eaux minérales sont connues de tout le monde.
Quand les eaux minérales naturelles sont au-dessus de la température ambiante, on les nomme eaux thermales. Leur degré de chaleur est quelquefois très-élevé. Celles de Yichy, en France, marquent 40 degrés; celles du Mont-Dore, 44 degrés; celles de Bourbonne, au delà de 50 degrés; les eaux de Dax (Landes), 60 degrés ; celles de Chaudes-Aigues, 88 degrés ; celles de Carlsbad, en Bohême, vont jusqu'à 73 degrés; celles de Bath, en Angleterre, jusqu'à 47 degrés. De Humboldt a trouvé près de Valence, en Amérique, une source marquant 90 degrés. M. Boussingault a observé en Amérique trois sources étagées à des hauteurs différentes : celle de Frincheras, près Puerto-Cabello, presque au niveau de la mer, était à 97 degrés; cehe de Mariana, qui émerge à 676 mètres de hauteur, avait 64 degrés; celle d'Onoto, à 702 mètres d'altitude, 45 degrés seulement.
Les eaux thermales sortent de tous les terrains; on en voit surgir du milieu des fleuves et même de la mer. Le golfe de Naples et le Rhône (près de Saint-Maurice) présentent des exemples de ces émersions d'eaux thermales.
La chaleur des eaux thermales provient de ce que ces eaux ont pénétré fort bas dans l'intérieur de la terre, et se sont échauffées au contact des roches rendues brûlantes par le voisinage du feu central. A la profondeur de 1 kilomètre, avons-nous dit dans un autre chapitre, les roches ont une température de 100 degrés; dès lors, si, par une fissure d'une longueur suffisante, les eaux pluviales pénètrent jusqu'à cette profondeur, elles s'échauffent jusqu'à 100 degrés; devenues ainsi légères, elles s'élèvent à la partie supérieure de la colonne d'eau, et si elles trouvent sur leur passage un libre écoulement au dehors.
LES EAUX DOUCES
elles apparaissent au jour avec une température plus ou moins élevée. Voilà comment il faut s'expliquer la thermalité des eaux minérales.
Les eaux thermales sont abondantes dans les terrains volcaniques, parce que les éruptions de matières ignées, venues de Tintérieur du globe, ont laissé à demi libres des trajets verticaux ou sinueux, par lesquels les eaux pénètrent à de grandes profondeurs, s'échauffent en ces points, et ressortent dans une autre partie du sol, avec la température élevée qu'elles ont empruntée aux couches profondes, et les composés sulfureux qu'elles ont dissous, pendant leur contact avec les produits volcaniques. C'est dans les Pyrénées, dans l'Auvergne et dans les Alpes, en France ; aux environs de Naples et dans la Sicile, en Italie, qu'existent surtout les eaux thermales sulfureuses.
Le capitaine Burton, dans un voyage fait aux grands lacs de l'Afrique orientale, a rencontré des sources thermales dans le district du Zoungoméro, pays insalubre, humide et sulfureux, que l'on traverse avant d'arriver à la chaîne de l'Ousagara. A quelques kilomètres sur la gauche de la route, s'élèvent des éminences du sol disposées irrégulièrement; du pied de l'un de ces mamelons, jaiUit la Fontaine qui bout. Le bassin de cette fontaine thermale n'a pas moins de 60 mètres de diamètre. La chaleur et la mobihté du sol empêchent d'approcher du point où l'eau semble bouillir, et s'élance parfois en jets d'une grande hauteur.
Le même voyageur a visité en 1860, en Amérique, les Hot- Springs ou sources chaudes (fig. 106), eaux thermales sulfureuses, situées à 5 kilomètres environ de la ville des Saints, capitale du pays des Mormons, dans l'Utah-Youtah (Amérique du Nord). Ces eaux sortent du versant occidental des montagnes voisines. Une nappe abondante s'échappe du roc et tombe dans un bassin, d'où elle s'écoule et va former un petit lac, dont la circonférence est de 2 à 6 kilomètres, suivant la saison. Au point d'émersion, l'eau est assez chaude pour cuire un œuf; elle marque, un peu plus bas, 50 degrés. A une grande distance de la source , elle conserve encore une certaine chaleur. Elle est fréquentée, en hiver, par des bandes d'oiseaux, qui viennent s'y réchauffer, et par les enfants des Indiens, qui s'accroupissent sur ses bords pour se dégourdir. Les Mormons prétendent que cette eau surpasse en vertus purifiantes les rivières de l'ancienne Judée.
Quelques eaux minérales ont la propriété de déposer sur les corps un sédiment calcaire provenant du carbonate de chaux qu'elles tiennent en dissolution. On les ^\)pe\\e eaux incrustante3 . G est à la faveur du gaz acide carbonique libre qu'elles renferment, et par l'effet de la pression à laquelle elles sont soumises à l'intérieur de la terre , que le carbonate de chaux est dissous dans ces eaux. Mais quand elles arrivent à la surface du sol, cet excès d'acide carbonique se dégage, par suite de la diminution de pression ; dès lors, le carbonate de chaux se dépose à l'état de sédiments terreux, qui forment des incrustations. C'est par ce
Fig. 106. Sources chaudes du pays des Mormons (Amérique du Nord).
mécanisme chimico-physique que les eaux de Saint-Allyre, à Clermont-Ferrand (Auvergne), pélrifienty c'est-à-dire recouvrent d'une croûte de carbonate de chaux les corps étrangers que l'on dépose dans leur bassin, et qu'elles ont pro luit jadis le pont sous lequel elles coulent aujourd'hui. Les eaux de Carlsbad, qui déposent aussi beaucoup de carbDnate^de chaux, se sont construit leur propre bassin. On cite encore les eaux incruslantcs de Saint-Yignone, en Toscane, les cascatelles de Tivoli, les eaux de Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme), etc. Les vapeurs de
LES EAUX DOUCES
la source chaude du Mont-Dore déposent un enduit siliceux sur la voûte qui couvre le bassin.
Il existe au Pérou une source incrustante calcaire, qui dépose une telle masse de carbonate de chaux, qu'elle forme de véritables moellons dont on se sert pour la bâtisse.
Une des plus belles sources incrustantes du monde entier est
Fig. 107. Cascade de Pamboukalise.
celle d'Hiérapolis, célèbre dans l'antiquité. Ses eaux chaudes produisent, en sortant du sol et coulant le long de la montagne, une série de cascades pétrifiantes. La figure 107 représente les rochers calcaires formés par le dépôt de ces eaux qui descendent dans la vallée de Pamboukalise (Asie Mineure).
Les grottes et les cavernes.
Nous pouvons placer à la suite des eaux souterraines les grottes et les cavernes. Les cours d'eau souterrains jouent en effet un grand rôle , non dans la formation primitive de ces cavités, mais dans leur agrandissement, résultant de l'érosion de leurs parois par des rivières souterraines.
Les cavernes se composent ordinairement de plusieurs salles, quelquefois d'une incroyable étendue. Les ramifications tortueuses qu'elles forment ne sont pas toujours parallèles au sol. Il en est qui descendent, comme par des gradins, ou qui s'enfoncent verticalement, comme des puits.
On donne le nom de grottes aux petites cavernes.
Il n'est pas rare de rencontrer dans les cavernes, de vastes réservoirs d'eau, et même des rivières, qui les traversent dans une partie de leur étendue. Les parois des cavernes sont tantôt lisses et unies, tantôt creusées, fracturées et parsemées d'aspérités, selon la nature de la roche qui les compose.
Le silence de mort qui règne dans ces vastes et ténébreuses solitudes ; leur architecture étrange ; leurs murailles tapissées de quartz (cristal de roche), qui brillent à la lueur incertaine des torches; les colonnes immenses, qui se dressent de loin en loin, et semblent les piliers destinés à supporter ces fantastiques édifices ; leurs couloirs sans issues ; leurs salles spacieuses qui répercutent et renforcent le son de la voix ; l'air pesant et peu respirable qui les remplit; tout dans ces sombres lieux est une cause de superstitieuse terreur. Aussi, bien des légendes sinistres se rattachent-elles à ces antres mystérieux. Dans l'antiquité, les prêtres païens y célébraient leurs rites sanguinaires ; c'est ce que la tradition rapporte, par exemple, do la caverne du dieu T/ior. Dans l'Inde, à Ellora, à Eléphanta, à Salsette, les cavernes sont encore aujourd'hui consacrées à la célébration des mystères religieux. En
LES EAUX DOUCES
France, pour ne pas sortir de notre pays, les cavernes et les grottes qui s'étendent sous le massif des montagnes des Cévennes, donnèrent asile, aux temps de la persécution protestante (1670-1700), aux religionnaires proscrits. Sous Louis XIV, un fanatisme farouche condamnait à l'exil ou à la mort les protestants qui voulaient rester fidèles à leur foi. Pendant la guerre de paysans qu'amena cette inique persécution, les nombreuses cavernes qui existent sous diverses montagnes de la chaîne des Cévennes servirent aux insurgés pour cacher leurs blessés, leurs munitions, leurs armes et leurs greniers de réserve. Dans ces antres ignorés, on célébrait en commun les cérémonies du culte proscrit ; la terre cachait dans son sein les simples rites qu'un fanatisme impitoyable empêchait, sous peine de mort, de se produire à la clarté du jour.
Quelle est l'origine, le mode de formation géologique des cavernes et des grottes? Ces grandes excavations souterraines sont le résultat des fractures ou fissures du globe occasionnées par son refroidissement. Les grands vides qui demeuraient béants par suite des fissures du globe ont été pour la plupart remplis par des éruptions de matières granitiques, basaltiques ou autres; et c'est ainsi que se sont formés les amas et les filons. Mais toutes ces cavités ne se sont pas remplies : ces dernières ont formé des cavernes. Leurs dimensions, souvent médiocres dans l'origine, se sont plus tard considérablement agrandies par le courant des eaux et rivières souterraines qui ont érodé leurs parois. Les dimensions de beaucoup de cavernes ont été encore accrues par les eaux du déluge à l'époque quaternaire. C'est ce dont témoignent leurs contours arrondis, les surfaces lisses que présente leur intérieur, et surtout les dépôts de limon, mêlé d'ossements fossiles et de cailloux roulés, que l'on y découvre au-dessous d'une croûte de stalagmites.
Les os d'animaux antédiluviens qui remplissent tant de cavernes ont été, selon toute probabilité, introduits dans ces cavités par des orifices verticaux, par des puits, dans lesquels s'engouffraient les flots du déluge.
Dans les cavernes à ossements, le sol est ordinairement couvert d'une croûte épaisse de stalagmites (amas de carbonate de chaux formés par les eaux d'infiltration). Si l'on enlève à la pioche cette couche, on arrive à l'assise d'argile et de cailloux roulés qui renferme les os fossiles. Là où cette croûte de stalagmites n'existe
pas, les ossements font défaut, peut-être parce que ce- sont précisément les stalagmites qui ont préservé les os de la décomposition. Au-dessus de ces stalagmites, dont l'origine paraît remonter à une époque fort reculée, on rencontre généralement des dépôts d'alluvion beaucoup plus modernes, qui se composent d'une argile grise ou noirâtre, mêlée de débris organiques. Toutes ces couches de sédiment, qui dans les cavernes à osse- ments recouvrent les débris organiques, ont empêché longtemps de soupçonner les richesses fossiles de certaines cavernes, pourtant bien connues.
Les plus renommées parmi les cavernes à ossements sont celles de Gailenreuth, en Bavière; de Baumann, dans les montagnes du Harz ; d'Adelsberg, en Carniole (Illyrie) ; du pic de Derbyshire, de Kirkdale, en Angleterre, etc.; de Lunel-Viel (Hérault), d'Echenoz et de Fouvent ( Haute- Saône ) , etc., en France ; Mammoth's Gave, dans le Kentucky (Amérique), etc.
La caverne de Gailenreuth, qui a fourni un nombre immense d'ossements fossiles, est située près du village de ce nom. Son entrée n'a que 2 mètres et demi de hauteur et 4 de largeur. Une première salle, d'une étendue de 27 mètres, communique, par un couloir de 60 centimètres seulement, à une seconde sahe, qui a 43 mètres de long sur 13 de large. Haute d'abord de 6 mètres, cette salle s'abaisse de plus en plus, jusqu'à n'avoir plus que 2 mètres de haut. Un passage étroit et plusieurs petits couloirs conduisent à une troisième chambre, large d'environ 10 mètres et haute de 2. A l'entrée de cette grotte, une cavité de 5 à 6 mètres, oii l'on descend à l'aide d'une échelle, débouche dans une voûte de 5 mètres de diamètre sur 10 de hauteur. Tout près de cette voûte est une grotte dont le sol est jonché d'ossements d'Ursus spelœus. Un peu plus bas, un nouveau corridor conduit à une autre salle de 13 mètres de longueur, et qui se termine par un puits profond de 6 mètres, par lequel on arrive encore à une grotte d'environ 14 mètres de hauteur. Deux couloirs mènent h deux nouvelles chambres, assez spacieuses. On arrive à une grande salle qui a 27 mètres de large sur 4 de haut. Il faut encore traverser une septième et dernière salle pour être au bout de ce dédale'.
I. Voir dans la Terre avant le déluge, 3"" édition, p. 382, une coupe verticale de la caverne à ossements de Gailenreuth.
LES EAUX DOUCES
Deux autres cavernes de la même nature existent dans le voisinage de Gailenreuth.
La caverne de Baumo'nn (fig. 108), dans le Harz, est composée de cinq salles situées à des niveaux très-différents. De la première tà la seconde, on descend 10 mètres; pour arriver à la troisième, il faut se hisser à une certaine hauteur; puis l'on
Fig. 108. Caverne de Baumann.
descend et l'on monte alternativement jusqu'à ce qu'on arrive à un couloir plein d'eau, ou l'on trouve des ossements d'ours, d'hyènes et de tigres en grande quantité. La caverne de Baumann porte le nom d'un infortuné mineur qui s'y égara en 1670, et après avoir erré trois jours et trois nuits dans ce labyrinthe obscur, en sortit dans un état d'épuisement tel, qu'il mourut presque ihimédiatement après.
La caverne d'Adelsberg, à trois lieues de Trieste, se compose de trois immenses salles situées au-dessus l'une de l'autre. La rivière de la Poyk s'y perd et reparaît à plusieurs reprises. Un naturaliste l'a parcourue sur une étendue de trois lieues, mais il rencontra un grand lac qui l'empêcha de pénétrer plus loin dans cette énorme excavation.
Le géologue Buckland a étudié avec le plus grand soin la grotte qui fut découverte en 1821, à Kirkdale, dans le Yorkshire. L'orifice de cette caverne était, de temps immémorial, caché par les buissons et les herbes : des ouvriers terrassiers en découvrirent l'entrée par un heureux hasard. Elle a 82 mètres de longueur, mais elle est si basse, que ce n'est guère qu'en deux ou trois endroits qu'un homme peut s'y tenir debout. Quand la grotte fut ouverte pour la première fois, on y trouva un dépôt de sédiment à surface presque unie et horizontale, composée d'un limon argileux micacé mêlé de calcaire. Sous cette couche on découvrit un véritable cimetière d'animaux antédiluviens. On trouva les débris d'environ trois cents hyènes'.
Une autre caverne zoolithique est celle de Kent, près de Torquay, creusée dans le calcaire du Devonshire. On lui attribue une longueur de 200 mètres ; sa largeur varie de 1 à 23 mètres, sa hauteur de 1 à 6 mètres. On y trouve sous une couche de stalagmites des ossements d'espèces éteintes. Cette grotte fut autrefois un repaire de brigands.
On cite encore les cavernes à ossements de Hutton, de Balleye, de Wirksworth, de Glifton, d'Oreston, de Paviland. Dans cette dernière localité, un rocher très-élevé, qui fait face à la mer sur la côte de Glamorganshire, présente deux orifices que les vagues atteignent quelquefois quand elles sont agitées par l'orage.
Les cavernes dont nous venons de parler intéressent le géologue, en raison des quantités considérables d'ossements fossiles qu'elles ont fournis, et des difficultés que soulève l'explication rigoureuse de la présence de tant d'ossements dissemblables accumulés dans le même lieu. Mais il en est qui, pour ne renfermer aucun débris des animaux de l'ancien monde, n'en présentent pas moins un intérêt très-vif pour le géographe ou