De Lanoye, Les grandes scènes de la nature, p
2. Les montagnards appellent les cirques ouie, mot qui signifie marmite.
L'eau de la cascade de Gavarni tombe lentement, comme un nuage qui descend vers la terre ; elle glisse le long du rocher, et semble flotter longtemps, comme un voile de transpa-
rente vapeur. Un silence profond règne dans cette solitude, troublé seulement par le murmure monotone dos cascades. C'est un des sublimes spectacles que la nature nous présente.
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Une autre belle cascade de la France est celle de la Druise, dans le Dauphiné. Elle est formée par la Gervanne, qui, peu de temps après être sortie des gorges d'Omblèze, parvient sur le bord d'un escarpement de 40 mètres de hauteur environ, et s'élance d'un bond dans l'abîme, où ses eaux, tout à l'heure si calmes sous un épais berceau de saules, se brisent en écume avec un bruit de tonnerre.
La magnifique Cascata del 3Iarmore, que forme le Velino près Terni, paraît avoir été créée, en partie du moins, par la main des hommes. Le consul romain Curius Dentatus avait déjà fait amener les eaux de la rivière à ce précipice, en l'an 274 avant Jésus-Christ; mais le lit qu'on leur avait préparé s'était rempli de sédiments calcaires qui le comblaient, et le pape Paul [V(ou, d'après d'autres, Clément YIII) fut obligé de le faire creuser à nouveau. Cette cascade est réputée l'une des plus belles de l'Europe.
Dans les Alpes suisses, la chute d'eau la plus élevée est celle du Staubach (fig. 117). Cette cascade, qui n'a pas moins de 330 mètres de hauteur, est produite par le Hetschbach, dans la vallée de Lauterbrunnen. C'est une énorme masse d eau qui, avant d'arriver à terre, se disperse en une pluie fine, comme l'indique son nom, qui signifie torrent de poussière.
Citons encore la cascade de Reichenbach, dans l'Oberland bernois; celles de Pissevache, dans le Valais; \e Nant-d'Arpenas, dans la vallée de Chamonix; les chutes de la Linthj dans le canton de Glarus; celle de l'Aar (la Handeck); de la Reuss, au Pont-du- Diable ; de la Tosa, dans la vallée de Formazza ; celle des gorges du Taurus, etc., etc.
La plus haute chute qui existe dans les Alpes serait, dit-on, celle de l'Orco, qui se précipite du Mont-Rose, versant italien de cette chaîne, de 800 mètres de hauteur.
La Suède et la Norvège sont riches en magnifiques cascades. La plus considérable est celle de Trollhetta, où la Gotha-Elf, issue de l'immense lac Wénersée, qu'alimentent vingt-quatre rivières, se précipite dans un abîme de plus de 40 mètres sur des blocs de rochers qui la résolvent en une mer d'écume. C'est pour éviter cette chute d'eau que l'on a construit le canal de Trofihetta.
On peut encore citer, en Suède, la cascade d'Elfkaerleby ; en
Norvège, la chute de Rjukandfoss, formée par la Maanelf dans la province de Tellemasken et haute de 310 mètres ; celle de Feinmfossem; celles du Glommen, de Pussoronka et d'ittàhannà, et celle d'Ofthun, dans le Sogne-field. ^
Sur les confins de la Laponie, l'Angermanna-Elf , belle rivière, large comme le Danube et bordée de forêts séculaires, forme une admirable cascade près de Liden; ses eaux s'y précipitent sur un archipel de petits îlots qu'elles semblent vouloir emporter dans leur blanche écume (fig. 116).
Fig. 116. Une chute de l'Angcrmarina.
Citons encore la cascade de la rivière de la Savane, à l'Ile Maurice (Ile-de-France), qui a cela d'intéressant qu'elle tombe sur une muraille de basaltique formée de prismes parfaitement réguliers et formant ce que l'on nomme une chaussée de géant (fig. 118).
Il y a de nombreuses cascades dans l'Himalaya (où nous avons déjà mentionné celle du Satledge). Dans les Andes, les quebradas coulent parfois à une prodigieuse profondeur, entre des murs élevés de plus de 1000 mètres. On cite aussi le Falling- Spring, de l'État de Virginie, arc d'eau magnifique qui s'élance
Fig. 117. Cascade du Staubbach, en Suisse.
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Fig. 118. Cascade de la Savane, à l'ile Maurice.
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en avant d'une muraille de rocher et sous lequel on peut passer à pied sec.
Si le terrain d'où tombe une cascade est étagé, l'eau s'élance de terrasse en terrasse, offrant tantôt une nappe, tantôt une muraille liquide, jusqu'à ce qu'elle arrive sur un plan qui lui rende son cours tranquille. Ce sont ces chutes successives que l'on désigne plus spécialement sous le nom de cataractes : elles abondent en Amérique.
Lorsque le sol ne présente pas une brusque solution de continuité, mais seulement une déclivité très-sensible, et lorsqu'en même temps, le lit de la rivière est rétréci par des rochers saillants, il se forme un rapide, c'est-à-dire un courant doué d'une telle impétuosité qu'il est impossible aux bateaux de le remonter.
Cependant les rapides ne s'opposent pas toujours à la navigation; dans certains cas, on peut les descendre et les franchir : c'est ce que l'on voit faire assez souvent aux sauvages de l'Amérique dans leurs canots d'écorce, aux créoles hardis qui, dans une barque élégante et légère, bravent les tourbillons et la force effrayante du courant. La figure 119 montre un rapide de la rivière de Montmorency , dans le Canada, à 14 kilomètres de Québec. L'une des rives de ce torrent forme une suite d'assises ou de marches régulières, que l'on nomme V escalier des géants. La cascade de Montmorency elle-même tombe d'une hauteur de 80 mètres, dans un large entonnoir bordé de sombres rochers à pic, dont les pointes se trahissent par les frémissements de l'eau. Un nuage de vapeurs blanchâtres s'élève dans l'air et s'irise aux rayons du soleil. Une fraîche végétation couvre le sommet des rochers, et des filets d'argent serpentent à côté de la chute principale.
On connaît les rapides de la rivière des Amazones, au Ponyo de Manserichi, où elle est encaissée dans un défilé étroit, et ceux de la rivière du Connecticut. Mais, sans aller aussi loin, on peut citer comme remarquables, en Europe, les rapides du Rhône, à Pierre Encise; du Rhin, à Bingen, du Danube, à Orsova, etc.
Parmi les cataractes, celles de Maypures, sur l'Orénoque, ont acquis une grande célébrité; elles sont formées d'une infinité de petites cascades successives On peut les voir très-bien de la
petite montagne de Manimi, d'où Humboldt les a souvent contemplées.
« Arrivé à la cime des rochers, dit le célèbre voyageur, les yeux mesurent soudainement une nappe d'écume d'un mille d'étendue, d'énormes
masses de roches, noires comme le fer, sortent de son sein ; les unes sont des mamelo.is groupés deux à deux, semblables à des collines basaltiques; les autres ressemblent à des tours, à des châteaux forts, à dos édifices en ruine; leur couleur sombre contraste avec l'éclat argenté de l'écume des eaux ; chaque roche, chaque îlot est couvert d'arbres vigoureux et réunis
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par bouquet. Du pied de ces mamelons, aussi loin que porte la vue, une fumée épaisse est suspendue au-dessus du fleuve ; à travers le brouillard blanchâtre s'élance le sommet des hauts palmiers. »
Les autres grandes cataractes de l'Amérique sont celles du Potomac, du James-River, du Niagara, du Tequendama, non loin de Santa-Fé de Bogota ; celle de Yosemity (Californie), qui a 800 mètres de hauteur. Le Rio San-Francisco, au Brésil, cesse d'être navigable sur une longueur de 100 kilomètres, à cause d'une suite de cataractes qui se terminent par la Cachoeira-Grande, et qui sont constamment enveloppées d'un nuage de vapeurs.
Le Niagara (fig. 120) est cette immense chute qui déverse les eaux du lac Érié dans le lac Ontario. Vers le milieu de sa longueur, il est traversé par un barrage naturel de rochers, hauts de 50 mètres, d'où les eaux s'élancent en formant cette immense cascade que l'on appelle le saut du Niagara. Ce nom, qui vient de riroquois, signifie Veau qui tonne.
a Depuis le lac Érié, dit Chateaubriand, jusqu'au saut, le fleuve arrive toujours en déclinant par une pente rapide, et, au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent sur la bouche béante d'un gouffre. La cataracte se divise en deux branches, et se courbe en fer à cheval. Entre les chutes s'avance une île, creusée en dessous, qui pend, avec tous ses arbres, sur le chaos des ondes. La masse du fleuve qui se précipite au midi, s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nap[e déneige, et brille au soleil de toutes ses couleurs; celle qui tombe au levant, descend dans une ombre effrayante; on dirait une colonne d'eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent dans l'abîme. L'onde, frappant le roc ébranlé, rejaillit en tourbillons d'écume qui s'élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes, décorent la scène. Des aigles, entraînés par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond du gouffre, et des carcajoux se suspendent par leurs longues queues au bout d'une branche abaissée pour saisir dans l'abîme les cadavres brisés des élans et des ours. ^
Les deux sections de la cataracte appartiennent, l'une aux États-Unis, l'autre au Canada; elles ont respectivement 330 et 550 mètres de développement. La quantité d'eau qu'elles déversent, à été évaluée à 250 000 hectolitres par seconde. L'île boisée qui se trouve au milieu , porte le nom de Vile des Chèvres. On y a percé des allées, qui dessinent une promenade; un pont récemment construit, réunit l'île à l'une des rives. Dans l'île des Chèvres^
,1. A. de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales , t. VII, p. 170.
un escalier adossé à la roche, conduit au pied de la cataracte; des gradins glissants permettent même de pénétrer sous l'immense voûte liquide de la cataracte, qui a 6 à 8 mètres d'épaisseur, et ressemble à une masse de cristal verdâtre. Ce dangereux escalier conduit à une petite grotte creusée dans le roc, où l'on peut respirer et se reposer; on la nomme la grotte des Vents ^ parce que l'air y est sans cesse dans un grand état d'agitation. Cette descente sous la voûte liquide est dangereuse, à cause des éboulements de la rive, dont on est toujours menacé. Aussi le guide délivre-t-il un certificat au touriste qui a eu le courage de descendre dans ces ténèbres. Les bords de l'île et les rivages du Niagara ne sont pas, du reste, plus rassurants; chaque jour, des blocs de roches minés par les tourbillons, s'écroulent et entraînent d'imprudents visiteurs.
Le recul lent, mais continu, de la cataracte du Niagara, produit par l'action des eaux qui dégradent et abaissent insensiblement son lit, est un fait connu, et d'ailleurs plus général qu'on ne le croirait au premier abord. Cette excavation de leur lit par les eaux mêmes qui le remplissent , fournit la clef de beaucoup de phénomènes dans l'histoire d'un grand nombre de fleuves.
Le plateau sur lequel s'étend le lacÉrié, s'élève au-dessus d'une plaine d'alluvion qui renferme des roches diluviennes et des blocs de très-grandes dimensions; ce plateau s'étend jusqu'au lac Ontario, dont le niveau est de 100 mètres plus bas que celui de l'Érié. Mais cette plaine n'a pas toujours existé. Le plateau de l'Erié a dû, au contraire, s'étendre jadis jusqu'au lac Ontario, dans lequel les eaux du premier lac se déversaient alors sans aucune chute. Cette conclusion résulte de ce qui s'observe encore aujourd'hui. Il y a plusieurs siècles, la cataracte était située en face de l'emplacement de Lewistown ; mais l'action érosive des eaux l'avait déjà fait reculer de 12 000 mètres, en 1818. Depuis, elle a encore sensiblement rétrogradé, surtout par l'éboulement qui eut lieu en 1828. Cette puissante érosion s'explique d'ailleurs facilement par la nature du terrain qui forme le lit du Niagara., Ce terrain se compose de couches de calcaire reposant sur du schiste. Les tourbillons de la cataracte creusent le schiste, et le calcaire qui le surmonte, ainsi miné, finit par s'écrouler sous le poids des eaux Tout annonce que, dans un avenir plus ou moins éloigné, la chute du Niagara disparaîtra complètement, et qu'il n'y aura plus entre l'Érié et l'Ontario qu'une suite de rapides
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■est ainsi que, suivant Karl Ritter , se sont formés les rapides du Rhin et d'autres fleuves européens. Les géologues ont constaté que beaucoup d'entre les vallées que ces fleuves arrosent, ont été jadis d'immenses lacs, aujourd'hui desséchés. Telles sont les vallées du Rhin, entre Baie et Strasbourg, et entre Ladenbourg et Bingen ; celles du Danube , entre Ulm et Passau , et depuis Pesth jusqu'aux rapides d'Orsova. On peut faire la même remarque sur le cours moyen du Yolga, du Gange, de l'Euphrate, etc. Autrefois ces divers fleuves s'évasaient en lacs qui alternaient avec des étranglements, comme cela se voit de nos jours dans le fleuve de Saint- Laurent, dont le Niagara n'est qu'une partie , et qui relie entre eux les cinq grands lacs du Canada. Tel a été sans doute aussi l'état primitif de nos fleuves, qui ont déjà atteint un degré de développement supérieur, grâce à un nivellement général, qui a remplacé les sauts et les cataractes par de simples rapides. Le fleuve Saint-Laurent arrivera probablement au même état, mais dans un avenir éloigné.
On connaît, en Afrique, les cataractes du Nil, du Zambèse, du Zaïre au Congo , du Sénégal ; en Sibérie, celles de Toungouska ; dans ITnde, celles du Gange et de Garispe; dans la Nouvelle-Zélande , celle de la rivière Waïtangi ; enfin en Europe , les cataractes du Wyg, qui se jette dans la mer Blanche, et les treize porogs ou chutes que forme le Dnieper au-dessous de Katherineslav; la célèbre chute du Rhin, près Schafl'house, celle de FAchen, près Salzbourg, etc., etc.
Les chutes de Félou, sur le fleuve Sénégal, sont situées à 150 kilomètres en amont de son confluent avec le Falémé. On y arrive du village de Médina, en gravissant une pente douce, qui conduit à un plateau très-étendu, à surface polie comme l'asphalte de nos boulevards. Après une marche de quarante minutes, on se trouve en face du fleuve et sous la cataracte (fig. 121). La différence des niveaux n'est alors que de 30 mètres; le plan vertical sur lequel les eaux se répandent en tombant, est parsemé de blocs de grès que l'eau attaque et façonne sans cesse en formes bizarres. On y voit des trous assez profonds, qui ont été creusés par les infiltrations et par de petits fragments de quartz, qui ont fait l'office de ciseau. Les eaux ont miné la roche en dessous, et ce sont les parties déjà affaissées qui ont découpé des écluses ou trouées dans le mur de grès qui barre le fleuve du sud au nord.
Les formes singulières que présentent, par suite de leur altération par les eaux, les roches qui entourent la chute de Félou, ont donné lieu, parmi les Nègres, à une foule de légendes.
M Livingstone a découvert les chutes du Zambèse, que les indigènes appellent (fig. 122) Mosi-oa-Tounya (la fumée tonne). Elles produisent, en effet, cinq colonnes de vapeur que l'on aperçoit à plus de 10 kilomètres, et qui, blanches à la base, prennent une teinte plus sombre en haut, ce qui augmente leur ressemblance avec de la fumée. D'énormes Boababs et de gracieux bouquets de
Fig. 121. Chute de Felou (Sénégal).
Palmiers, couvrent les rives du fleuve et les îles qui le parsèment. On peut atteindre, en canot, l'une de ces îles située tout près de l'abîme. On voit alors le Zambèze, large ici de 1600 à 1700 mètres, s'engouffrant dans une fissure béante de la chaussée de basalte qui vient croiser son lit. Cette fente, qui a 100 mètres de profondeur, se prolonge ensuite du côté du nord , sur une longueur de 6 à 7 myriamètres. L'eau du fleuve, tombant d'un seul jet dans ce gouffre, est rejetée d'une anfractuosité à l'autre, tourbillonne , rebondit, et lance des nuages épais d'écume et de vapeur qui retombent sur les bords de la crevasse. Les feuilles des arbres
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mouillées, produisent un grand nombre de petits filets d'eau, qui vont se jeter dans l'abîme ; mais le jet de vapeur les fait remonter : ils sont ballottés sans cesse sans pouvoir atteindre le fond.
La masse écumante du fleuve se dirige ensuite vers la gauche, et on pQut voir couler ses eaux au fond de la crevasse effrayante où elles se sont précipitées.
Cours moyen des fleuves et rivières. — Inondations.
Les cataractes, rapides, etc., se produisent surtout aux confins du cours supérieur et du cours moyen des fleuves. Dans le cours moyen la pente s'adoucit notablement. Le Yolga ne présente plus, dans son cours inférieur, qu'une déclivité de 1 mètre sur 7500 mètres; cette déclivité est encore moindre dans d'autres rivières. Les eaux coulent alors en cédant à leur propre pression. Elles corrodent leurs rivages du côté où elles éprouvent le moins de résistance, et changent de cours suivant la nature des rives opposées, en dessinant de capricieux méandres. Les sinuosités du cours moyen des fleuves suivent, en général, la direction des massifs hydrographiques. C'est dans cette partie de leur cours que les rivières aiment à former des îles, comme on en voit tant sur le Rhin. Dans le Saint-Laurent (Amérique), à l'entrée du lac Ontario, les îles forment un véritable archipel: on les appelle les Mille îles, mais en réalité leur nombre est de 1692.
Quelquefois le lit d'un fleuve coupe transversalement une chaîne de montagnes, qui s'ouvre devant lui comme par enchantement, et ménage au voyageur les plus charmantes surprises, en déroulant subitement de magnifiques points de vue. Ces trouées, qui donnent lieu aux efl'ets les plus pittoresques, se rencontrent en grand nombre dans le cours du fleuve Hudson (Amérique).
Une autre cause qui peut contribuer à ralentir l'écoulement des eaux, c'est la marée océanique, dont les flots refoulent les fleuves vers leur origine, ou du moins, les arrêtent momentanément dans leur cours. Cette stagnation augmente la pression latérale que les eaux exercent sur leurs rives; aussi l'industrie humaine est-elle souvent forcée d'opposer des digues au débordement des fleuves et de les maintenir dans leur lit par des moyens artificiels. Une conséquence naturelle de cette grande
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pression latérale, aussi bien que de la mobilité des terrains dans les plaines, c'est le déplacement fréquent du cours inférieur que l'on observe sur le Pô, le Gange, le Nil, le Rhin, et d'autres fleuves importants. Les bifurcations et les embouchures, ou bouches multiples de quelques fleuves, doivent également leur origine à la tendance d'épanchement des eaux, engorgées dans leurs cours inférieurs.
L'engorgement des fleuves se fait surtout sentir à l'époque des crue&, auxquelles beaucoup de rivières sont soumises, et qui proviennent, soit de la fonte des neiges et des glaces, soit de pluies torrentielles. Dans quelques rivières, ces crues ne sont qu'accidentelles, et se produisent à la suite d'un orage ou d'une pluie abondante. L'Arve, en Savoie, est sujette à des crues subites. On a vu cette rivière s'enfler à tel point que, ne pouvant plus s'écouler assez promptement entre les collines qui la resserrent au-dessous de sa jonction avec le Rhône, les eaux du torrent refluent dans le lit du fleuve, le forcent à remonter avec elles, et font tourner à contre-sens les roues des moulins construits sur le Rhône. Ces crues accidentelles et imprévues peuvent causer des débordements et des inondations désastreuses.
Dans les rivières où elles ont moins d'importance, les crues se reconnaissent encore par la modification qu'elles produisent sur la couleur de l'eau. De là une observation intéressante que l'on peut faire sur la Seine. Les eaux de la Marne et de la Seine, qui se réunissent à la hauteur de Charenton, possèdent des nuances différentes, que l'on peut encore distinguer sous le Pont-Neuf, à la pointe de l'île de la Cité. S'il a plu en Bourgogne, et qu'il n'ait pas plu en Champagne, les eaux jaunâtres de la Seine laissent voir une ligne de démarcation sensible avec celles de la Marne.
Les hautes eaux de la Seine et de la Loire s'élèvent de 6 à 7 mètres vers le milieu de leur cours. Le Rhin s'élève beaucoup moins; ces différences tiennent à la nature des affluents qui alimentent ces rivières.
Les crues du Rhône, quelquefois si désastreuses, sont causées principalement par les eaux pluviales qui descendent des deux vallées de la Côte-d'Or et du Jura , qui forment le bassin de la Saône. La fonte rapide des glaciers de la Suisse produit quelquefois, au printemps, de redoutables inondations dans le bas-
sin du Rhône. La terrible inondation qui désola Morayshire (Ecosse), en 1829, était due à une longue humidité qui avait imbibé et saturé d'eau de grandes surfaces de terrains poreux et spongieux, de sorte que les eaux des orages n'étant plus absorbées, se déversèrent dans les ruisseaux et les grossirent d'une manière extraordinaire.
La fonte annuelle des glaciers donne aussi lieu à des crues régulières dans les ruisseaux ou les rivières qu'ils alimentent.
Beaucoup de nos rivières, qui ne sont pas très-rapides, se congèlent pendant l'hiver et se couvrent d'une nappe de glace, qui acquiert parfois une grande épaisseur. A l'époque de la débâcle, au printemps, la glace se rompt dans les points où elle offre la moindre résistance; les eaux charrient alors d'immenses glaçons qui peuvent, lorsqu'ils rencontrent un obstacle, s'accumuler et s'entasser, barrant le chemin aux flots, qu'ils forcent à se répandre dans les campagnes, en causant de terribles ravages. Telle est la cause des inondations que la Vistule produit de temps en temps, malgré les digues entre lesquelles on a enfermé son lit.
Les cours d'eau situés sous la zone torride, sont soumis à des crues périodiques pendant la saison des pluies, et produisent alors des inondations extraordinaires. L'Egypte doit sa fertilité au débordement périodique du Nil, qui répand sur les campagnes une masse incroyable de fange et de limon gras. Des jaugeages exécutés à Syout, ont donné 680 à 10 250 mètres cubes d'eau par seconde, pour débit minimum et maximum du Nil, différence énorme qui montre bien toute l'importance des crues, puisqu'elles peuvent donner à ce fleuve un volume quinze fois plus grand qu'à l'époque des sécheresses. Le Nil monte alors de 10 à 12 mètres dans la Haute-Egypte, de 8 mètres au Caire, et de plus de 1 mètre dans le nord du Delta. L'inondation du Nil, du mois d'octobre 1 863, a pris des proportions désastreuses.
Le Sénégal et le Niger sont sujets à des crues semblables. En Asie, le Brahmapoutre et le Gange, qui descendent des hauteurs neigeuses de l'Himalaya, et en baignent le pied, l'un au nord, l'autre au sud, pour se jeter ensuite tous deux dans le golfe du Bengale, sont célèbres par les inondations qu'ils produisent à des époques déterminées, ces débordements, réunissant les deux fleuves par d'innombrables canaux, mettent sous l'eau toute la contrée basse. Le Brahmapoutre inonde encore à lui
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seul tout le haut Hassam, depuis la mi-juin jusqu'à la mi-septembre. Les débordements du Hoang-Ho et du Yan-tse-Kiang, en Chine, sont presque aussi considérables.
Les fleuves d'Amérique sont sujets à produire des inondations diluviennes qui, selon l'expression d'Ovide, « font de tout une mer. »
Exspatiata ruunt per apertos flumina campos, Cumque salis arbusta simul, pecudesque virosque Tectaque, cumque suis rapiunt penetralia sacris. Jamque mare et tellus nullum discrimen hahebant, Omnia pontus erat, deerantque littora ponto
Les pluies tropicales font grossir le Paraguay, le Parana, l'Orénoque, etc., et leurs eaux s'épandent dans les pampas qu'elles changent en d'immenses marais, où périt alors beaucoup de bétail. L'accroissement de ces fleuves est proportionnel à la quantité d'eau tombée, et 1 on peut, pour cette raison, les considérer comme de véritables imbromètres. On peut admettre qu'il tombe plus de 2 mètres et demi d'eau par an, au centre des forêts de l'Amérique méridionale.
1. a Les fleuves débordés se précipitent à travers les champs qu'ils recouvrent. Ils entraînent à la fois les arbres et les grains, les troupeaux et les hommes, les maisons et les temples avec leurs tabernacles. Déjà la terre et !a mer se confondent; tout est devenu une mer, et une mer sans rivages. » {Métamorphoses ^ I, V. 286.)
Cours inférieur des fleuves et rivières. — Atterrissements. — Deltas. Estuaires. — Marées des fleuves. — Mascarets et barres.
Les débris que les fleuves détachent des terrains qu'ils traversent, sont entraînés dans les plaines, là où commence leur cours inférieur. On reconnaît ce dernier point à ce que la pente devient de moins en moins sensible . Le fleuve Sénégal n'a plus, à son embouchure, que 3 millimètres de pente par kilomètre. Il en résulte que le mouvement des eaux d'un fleuve, se ralentit à mesure qu'elles se rapprochent de l'Océan ; elles abandonnent alors le sable et les fanges qu'elles charrient, leur lit s'exhausse, et c'est ainsi que se produisent les atterrissements, les deltas, les barres de sable, etc.
Les dépôts qui se forment à l'embouchure des fleuves, donnent quelquefois naissance à de vastes contrées, qui augmentent l'étendue des continents. Le sol de la Hollande a été formé, en partie, par les dépôts du Rhin, de l'Escaut et de la Meuse. Ces mêmes fleuves laissent encore déposer tous les jours, pendant les calmes qui accompagnent la marée montante, des sédiments terreux considérables, qui exhaussent peu à peu leurs rivages. En les protégeant par des digues contre les marées, les habitants assurent la conservation des terres nouvelles qui se forment ainsi. Ces terres sont d'une grande fertilité : on leur donne, en Hollande, le nom de polders.
Les atterrissements riverains finissent par séparer, par diviser les eaux au sein desquelles ils ont pris naissance, et la terre prend entre les deux courants, une forme triangulaire ; de là le nom de delta (A), qu'on donne aux terrains ainsi divisés. Le plus célèbre est le delta du Nil, qui s'accroît encore tous les jours. Toute la vallée du Nil (fig. 1 23) s'exhausse de 9 centimètres par siècle, ainsi que l'on a pu le constater par l'enfoncement progressif des monuments. Des forages exécutés par M. Horner, sous la statue de Rhamsèsà Memphis, ont montré que le sédiment du Nil a 9 mètres d'épaisseur sous les fondations du monument, qui, elles-mêmes, sont à 3 mètres au-dessous de la surface actuelle du sol. 11 semble
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résulter de là que le Nil aurait commencé d'inonderrEgypte 1 0 000 ans avant l'ère de Rhamsès, c'est-à-dire, il y a 13 500 ans. On a découvert à une profondeur de près de 12 mètres un tesson de poterie. Faudra- t-il conclure de cette trouvaille, que l'existence de riiomme remonte à plus de 140 siècles?
Le Pô forme, à son embouchure, un delta analogue à celui du Nil, mais beaucoup plus variable que ce dernier. Aux deux côtés de cette embouchure s'étendent les lagunes de Venise et de Gomacchio.
Le delta du Rhône ^ en France, est bien connu. C'est là qu'existent ces plaines entrecoupées de marais, ici fertiles par suite de l'abondant dépôt limoneux du fleuve, là submergées par
Fig. i23. Le Nil.
les eaux stagnantes, et bonnes seulement, comme aux environs d'Aigues-Mortes, à produire des roseaux de marais.
En Asie, l'Euphrate et le Tigre ont formé une grande terre d'alluvion. Le Hoang-Ho, ou fleuve Jaune, charrie dans la mer de Péking, une quantité de limon qui suffirait à combler cette mer dans un intervalle de 24 000 ans.
Le Gange et le Brahmapoutre réunissent leurs deltas de manière à produire la forme d'un W, dont les pointes regardent la terre La surface de ce double delta est entrecoupée d'un véritable labyrinthe de canaux et de criques d'eau salée. Malgré leur terrible insalubrité, ces régions sont habitées par
l'homme, mais une grande partie de leur étendue, connue sous le nom des Sunderbunds, n'est qu'un désert abandonné aux alligators et aux tigres. C'est un véritable foyer de pestilence. De ces marais funestes partit, il y a un demi-siècle, le choléramorbus qui s'étendit rapidement sur l'Asie , et de là dans tout notre hémisphère. Il ne faut pas oubher, en effet, que les deltas formant un mélange des eaux douces et des eaux salées, le tout en présence d'une grande quantité de matières organiques (représentées par les détritus végétaux que les fleuves amassent à leur embouchure), réunissent toutes les conditions capables de vicier l'air, et de le rendre insalubre. La réaction entre les matières organiques et les sulfates dissous dans l'eau de la mer, ramène ces sels à l'état de sulfures ; ces sulfures sont décomposé^ par l'acide carbonique de l'air, et l'hydrogène sulfuré provenant de cette décomposition, se répand dans l'atmosphère et lui communique des propriétés méphitiques. Des fièvres intermittentes, plus ou moins graves, sévissent toujours sur les côtes qui présentent réunies les conditions que nous venons d'énumérer ; et quand ces conditions sont poussées très-loin, comme dans le delta du Gange, elles peuvent donner naissance aux épidémies les plus graves. La génération du choléra-morbus dans cette contrée pestilentielle, a fourni la triste démonstration de cette vérité.
L'Orénoque a aussi un delta, et l'on en trouve plusieurs autres dans l'Amérique du Nord. Le plus curieux est celui du Mississipi. L'ouverture de ce delta est de 320 kilomètres. Il est souvent inondé par les hautes eaux, de sorte que l'entrée du Mississipi n'est qu'une suite de marécages où la fièvre jaune a élu domicile. Pendant les crues du printemps, ce fleuve gigantesque se change en une mer boueuse, qui dépose du limon sur ses rives et sur tous le pays adjacents. On a calculé que les ahuvions du Mississipi s'avancent de 100 mètres par an.
Tous ces atterrissements qui se forment sous nos yeux, nous donnent une idée de la manière dont se sont produits, dans les temps géologiques, les terrains d'eau douce au moyen des sédiments des fleuves.
On pourrait appeler les estuaires des deltas négatifs. Les estuaires sont des lacs d'eau douce et d'eau salée que forment les embouchures de quelques fleuves, quand ils s'élargissent
LES EAUX DOUCES
tout à coup, avant d'atteindre la mer. Le Bio de la Plata est un véritable ^olfe, large de 200 kilomètres, dans lequel débouchent l'Uruguay et le Parana.On connaît encore les estuaires que forme la Gironde, à partir de Blaye ; ceux du Dnieper, de l'Ob, du Jénisei, du Saint-Laurent, de la rivière Columbia, etc. Ils permettent aux grands navires de pénétrer au cœur des continents. Les Chinois appellent ces vastes élargissements des fleuves, les fils de r Océan. L'embouchure du fleuve des Amazones (Orellana) qui a 40 kilomètres de large, peut aussi être regardée comme un estuaire. Dans la saison des pluies, le fleuve s'élance dans l'Atlantique avec une telle force que, sur une distance de 200 lieues en ligne droite, ses eaux ne se mélangent pas avec celles de l'Océan. On les reconnaît à leur teinte verdâtre et au courant rapide qui continue de les entraîner. Un phénomène semblable s'observe aux bouches du Danube, et à l'embouchure de la rivière Syre, en Norvège.
Malgré l'énorme impulsion donnée à ces grandes masses d'eau, elles ne peuvent pas toujours s'écouler librement dans l'Océan ; la marée montante les refoule, et il se livre alors une lutte gigantesque entre les flots d'eau douce qui descendent du continent et les ondes salées que soulève le flux de la mer. A l'entrée du fleuve des Amazones, la marée pénètre jusqu'à plus de 200 Ueues à l'intérieur; elle met plusieurs jours à parcourir cette énorme distance. Aux époques des plus fortes marées, c'est-à-dire à la nouvelle et à la pleine lune, la mer atteint en deux minutes la hauteur qu'elle n'atteint ordinairement qu'en six heures. On voit alors une vague de 4 à 5 mètres s'avancer avec une incroyable vitesse; elle est bientôt suivie d'une seconde, puis d'une troisième et d'une quatrième inonlagne humids, pour parler comme Racine, qui se répandent sur toute la surface du fleuve. Le choc de ces masses d'eau douce et d'eau salée fait trembler les îles d'alentour ; les navires s'éloignent avec effroi du lieu de ce conflit terrible, dont le bruit se fait entendre jusqu'à 2 lieues de distance.
a Les eaux de l'Orellana et celles de l'Océan, dit Malte-Brun , se précipitent au combat comme deux armées; les rivag-es sont inondés de leurs flots écumeux; les rochers, entraînés comme des galets légers, se heurtent sur le dos de l'onde qui les porte; de lon^^s majisiements roulent d'ile en ile; on dirait que le génie du fleuve et le dieu de l'Océan se disputent l'un à l'autre l'empire des flots. »
Dans rOrénoque, les marées se font sentir, en avril, jusqu'à plus de 75 lieues de l'entrée du fleuve ; leur hauteur est d'un mètre à l'embouchure, elle décroît lentement vers l'intérieur. On observe des phénomènes analogues sur le Saint-Laurent, sur la rivière Colombia, etc. Dans l'Indus et dans l'Ougly, l'un des bras du Gange, les flots remontent à plus de 25 lieues, avec une vitesse de 30 kilomètres à l'heure.
Dans les rivières de l'Europe, ce reflux de l'Océan à l'embouchure des fleuves est moins violent. On l'appelle mascaret dans la Seine et dans la Dordogne. Dans cette dernière rivière, le phé-
F;g. 124. Effet du mascaret de la Seine.
nomène consiste seulement en trois ou quatre lames très-élevées et très-rapides, qui se suivent, occupant toute la largeur de la rivière. Ces lames remontent le cours du fleuve avec une vitesse de 4 à 5 mètres par seconde, en bouillonnant à leurs sommets et renversant tout ce qu'elles rencontrent.
La Seine présente, àl equinoxe de septembre, le phénomène du mascaret ; et il existe aussi dans deux petites rivières de France, la Vire etl'Aure. La figure 124 représente le phénomène du mascaret de la Seine, à la Bouille.
Les eaux de la Tamise sont aussi arrêtées dans leurs cours par la
LES EAUX DOUCES
marée montante; on voit alors pénétrer dans Londres un courant d'eau salée, au-dessous duquel on peut puiser de l'eau douce.
Les fleuves de la Chine s'élèvent quelquefois de 10 à 15 mètres par l'eff^et des marées qui les font rouler en arrière, surtout lorsque le vent souffle de la mer. Dans le fleuve Zaïre, en Afrique, les eaux du milieu continuent de rouler dans la mer, pendant qu'il s'établit sur ses deux rives deux courants contraires qui remontent en ondulant vers sa source. On remarque, en général, que l'action de la barre est plus énergique aux bords qu'au milieu des rivières.
Les trois fleuves qui se jettent dans des mers intérieures, le Nil, le Danube et le Volga, n'offrent point le phénomène de la ba7Te, parce que la Méditerranée, la mer Noire et la mer Caspienne n'ont pas de marées sensibles. On pourait les appeler des fleuves essentiellement continentaux.
Certaines rivières n'ont pas d'embouchure. Elles vont se perdre dans de vastes marais, qui par leur évaporation abondante, peuvent recevoir sans déborder, de nouvelles eaux. Tel est le Zenderoud, en Perse, qui termine son cours dans un marécage. On rencontre beaucoup de ces marais absorbants en Afrique et au centre de l'Asie.
On connaît aussi des rivières qui se perdent dans des cavités souterraines, mais le plus souvent pour reparaître au delà de ce point. Le Rhône s'engouffre sous le fort de l'Écluse, à l'ouest de Genève, et reparaît à quelque distance de là. La rivière de la Lys, en Belgique, se précipite dans la grotte de Han, d'où elle sort à 500 mètres plus loin.
La Meuse disparaît près de Bazoilles, et renaît à Noncourt, après un cours souterrain d'un myriamètre. Des phénomènes analogues ont lieu pour la Rille, le Suzon, l'Eure, l'Aros, etc. La Venelle, dans la Côte-d'Or, et la Guadiana, en Espagne, s'absorbent dans des prés marécageux, d'où elles sortent plus abondantes. Voilà pourquoi les Espagnols parlent de leur grand pont « où peuvent paître cent mille bêtes à cornes. »
La Dromme, qui se réunit à l'Aure dans le Calvados, se jette, à quelque distance de la mer, dans un trou de 1 2 mètres de diamètre, qui est connu sous le nom de la Fosse de Suucy. Avant d'y arriver, elle perd une partie de ses eaux dans d'autres cavités qui existent dans son lit. On trouve, sur le bord de la mer, des sources que Ton attribue au cours souterrain de cette petite rivière.
Si les cavernes, dans lesquelles les eaux disparaissent, ont peu d'étendue et sont ouvertes des deux côtés, elles forment des ponts naturels. Ces sortes d'arcades se rencontrent d'ailleurs aussi en des endroits où il n'existe aucun cours d'eau. L'un des plus hediux ponts naturels est celui de la vallée d'Icononzo ou de Pandi, au Mexique (fig.I25). Il réunit les bords d'une crevasse profonde
Vi^. 125, 1 ont naturel de la vallée u'icononzo, au Mexique.
de 100 mètres, au bas de laquelle coule un petit torrent, le Rio de la Summa-Paz, encaissé dans un lit presque inaccessible. Le pont principal a 15 mètres de longueur sur 12 de large, et une épaisseur de 12 mètres. A 20 mètres au-dessous de ce premier pont, il en existe un second formé de trois blocs qui se soutiennent mutuellement; à son milieu, il est percé d'un trou qui permet de voir le fond de l'abîme.
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