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INTRODUCTION. 7
dirigés par laiguille aimantée , la grande et féconde conquête du seizième siècle, les navigateurs portugais se confient intrépidement à la haute mer, et finissent par toucher, non sans gloire, au cap de Bonne-Espérance. En 1492, Christophe Colomb découvre le nouveau monde, qui va bientôt doubler l'étendue des terres connues, et l'on voit s'ajouter aux cartes géographiques des continents immenses qui, jusque-là, avaient été aussi peu accessibles à l'homme que le soleil ou la lune.
Le génie humain peut dès lors s'exercer sur l'étendue entière du globe, et les efforts réunis d'innombrables voyageurs ne laissent pas sans l'explorer un seul coin des régions habitables de sa vaste étendue. Après les calculs faits par les géomètres qui avaient déduit ia forme précise de la terre, c'est-à-dire sa sphéricité et l'aplatissement polaire, la mesure directe de deux méridiens pris à l'équateur et aux pôles, prouve , avec éclat, que la terre est bien un sphéroïde aplati. Enfin, pendant le dernier siècle, le relief des montagnes, la profondeur des mers, la nature géologique et minéralogique des couches successives et la cause des grands accidents de l'écorce terrestre, la véritable configuration du fond des mers, etc., sont scrutés de la manière la plus rigoureuse. Tout cela, dans le siècle actuel, nous est parfaitement connu quant à l'ensemble ; il ne reste à notre génération qu'à approfondir les détails topographiques.
Ce qui, de nos jours, contribue le plus aux progrès de la géographie, c'est que l'immensité des distances, qui autrefois arrêtait les grandes explorations du globe, a pour ainsi dire disparu. L'espace n'est plus une insurmontable barrière. Grâce à la facilité et à la rapidité des communications, la terre a été parcourue jusque dans ses derniers replis, et l'homme est devenu un être cosmopolite. Par le contact mutuel et réciproque des peuples , les nationalités s'évanouissent; le genre humain, comme l'individu, tend de plus en plus à s'affranchir de la glèbe natale, pour s'unir dans un type uniforme de caractère et de pensée. Prenons un exemple. Au temps du peuple romain, les Alpes formaient un rempart infranchissable, qui séparait l'empire des Césars du pays des barbares. Aujourd'hui, le touriste venu de toutes les parties du monde, parcourt avec bonheur ces sites pittoresques qui, pendant tant de siècles, avaient été le domaine non disputé des Chamois et des Aigles. Bientôt des voies
ferrées perceront de part en part les flancs granitiques de ces montagnes, ouverts par la science et l'industrie, et à travers l'épaisseur des Alpes, la jeune Italie tendra la main aux nations ses voisines. La chaîne de l'Oural va devenir aussi une porte ouverte au passage de la civilisation, prête à pénétrer au cœur de l'Asie. Les mers, qui ont longtemps opposé le plus grand obstacle aux communications entre les peuples, sont aujourd'hui le plus commode intermédiaire de leurs rapports. Le cap de Bonne -Espérance, que la puissante marine du Portugal au seizième siècle, avait mis cent ans à atteindre, n'est plus pour nos paquebots, qu'une station de relâche : une frégate parcourt en deux mois ces 4000 lieues. A la fin du siècle dernier, le voyage de la Chine exigeait dix mois; aujourd'hui, un navire à vapeur accomplit en quatre mois ce trajet, qui représente la moitié du tour du monde ; et ce temps sera abrégé de près de moitié quand le canal de Suez sera ouvert à la grande navigation. Les détroits, ou bras de mer, qui séparent deux pays, ne sont plus que les ports de chacun d'eux. Londres touche Paris, Marseille est voisine d'Alger, Stockholm de Pétersbourg. Les grands fleuves de l'Amérique, comme le Mississipi et l'Amazone, sont couverts de bâtiments à vapeur qui promènent sur leurs eaux les pavillons mêlés des nations des deux mondes ; tous ces navires se confondent et s'unissent, comme sont unis aujourd'hui les intérêts des hommes, partout corrélatifs et solidaires. Il est impossible de deviner les transformations et les prodiges que la société humaine verra se réaliser lorsque, dans un avenir plus ou moins prochain, la science, en possession de moyens plus puissants encore que ceux dont elle dispose aujourd'hui, aura ouvert de larges et commodes routes à travers les montagnes des Cordillères et de l'Himalaya, à travers le Caucase et l'Oural, à travers les isthmes de Suez et de Panama ; lorsque enfin la navigation aérienne, découverte et régulièrement établie, aura réalisé le vœu enthousiaste du poëte : des ailes y des ailes!