‹ La terre et les mers; ou, Description physique du globeChapitre 6 sur 38 · DU GLOBE TERRESTRE · texte numérisé non relu

DU GLOBE TERRESTRE

Forme de la terre. — Preuves de sa convexité. — Histoire des moyens employés pour déterminer les dimensions de la terre. — Aristote. — Possidonius. — Ératosthène. — Ptolémée. — Le calife Al-Mamoun. — Le médecin Fernel, au seizième siècle, mesure un degré du méridien.

— Snellius. — Longitudes et latitudes. — Méthode de triangulation. — L'Académie des sciences de Paris. — Travaux de Newton sur l'aplatissement polaire. — Commissions scientifiques envoyées en 1736 par l'Académie des sciences au pôle et à l'équateur. — Mesures modernes.

— Delambre et Méchain. — Biot et Arago. — Système métrique. — Véritables dimensions du sphéroïde terrestre. — Détermination des longitudes par les observations astronomiques. — Globes et cartes géographiques.

Pour un spectateur placé sur le soleil ou sur une autre étoile fixe, la terre ne serait qu'un point brillant dans le ciel, une étoile parmi les étoiles.

Pour un habitant de la lune, pour un sélénitej la terre apparaîtrait sous la forme d'un disque lumineux, quatorze fois plus grand que nous ne voyons le disque lunaire, et occupant toujours la même position dans le ciel. L'habitant de la lune verrait la terre suspendue au firmament , comme un immense cadran d'horloge , dont la rotation quotidienne indiquerait pour lui les vingt-quatre heures. Les phases delà terre marqueraient les mois pour le sèlênite. La figure 14, qui a été dessinée d'après une gravure du Panorama des mondes de Lecouturier, montre com-

ment on peut se représenter notre globe, en le supposant vu de la lune.

La détermination de la véritable forme de la terre a coûté , depuis l'origine des sciences, bien des travaux et des efforts. Quand on monte sur un lieu élevé, par exemple sur une colline située au milieu d'une vaste plaine, ou bien encore sur le mat d'un vaisseau, la vaste étendue que l'on aperçoit apparaît comme un plateau circulaire , sur les bords duquel semble reposer et s'appuyer la voûte céleste. Aussi, pendant bien des siècles , les hommes se sont-ils représenté la terre comme une sorte de plaine infinie, c'est-à-dire comme une surface plate et horizontale. 11 a fallu la science d'une foule de générations successives pour s'affranchir de cette erreur des sens, pour se placer à un point de vue abstrait, et contempler, avec les yeux de l'esprit, la terre nageant dans l'espace, sous la forme d'un globe librement suspendu dans les régions planétaires.

La première démonstration pratique de la forme arrondie de notre planète a été fournie par les navigateurs qui, en voguant toujours droit devant eux, ou dans une direction invariable, firent sur leurs vaisseaux le tour du monde, et revinrent à leur point de départ.

Le navigateur Magellan est le premier qui ait fait un voyage de circumnavigation. Parti au mois de septembre 1519, des côtes du Portugal, il découvrait, un an après, le détroit qui porte aujourd'hui son nom, et qui est situé à l'extrémité de l'Amérique méridionale. Il découvrit ensuite les îles Philippines, où il périt dans un engagement contre les naturels. Ses lieutenants, continuant de voguer vers l'ouest, comme on l'avait fait depuis le départ, revinrent en Europe. Si la terre était une surface plate, ce retour au point de départ n'eût pas été possible.

Mais les preuves de la rotondité de la terre sont faciles à multiplier. L'une des plus vulgaires est la suivante. Lorsque , marchant dans une plaine, on approche d'un village, on aperçoit d'abord le sommet du clocher, ensuite le toit de l'église, enfin les maisons les plus basses. Il faut conclure de là qu'en marchant vers le village on remonte une ligne courbe, au lieu de rester toujours au même niveau par rapport à ce point.

Quand on se trouve au bord de la mer, et que l'on regarde un navire arrivant au port, on commence toujours par aper-

Fig. 14. La terre vue de la lune.

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FORME DU GLOBE

cevoir les pointes des mâts ; les voiles surgissent ensuite , enfin le corps tout entier du navire se montre à découvert (fig. 15). Le vaisseau, qui ne se révèle ainsi que petit à petit à l'œil de l'observateur placé sur le rivage, remonte donc une surface arrondie.

Le phénomène auquel nous venons de faire allusion, s'observe même sur les lacs d'une certaine étendue, comme le lac de Constance. Un passager placé sur le pont du bateau à vapeur qui traverse cette belle nappe d'eau, peut, à l'aide d'une lunette, voir les barques des pêcheurs émerger peu à peu du lac à sa limite apparente, c'est-à-dire au pied des montagnes.

La hmite où le ciel et la mer semblent se confondre pour un spectateur placé sur le rivage, c'est-à-dire r horizon apparent , s'éloigne d'autant plus que le point de vue est plus élevé, car cette limite se trouve à la distance où la ligne visuelle qui part de

l'œil de l'observateur, est tangente à la sphère terrestre. Un phare , par exemple , est visible à une distance d'autant plus grande qu'il est plus élevé. Un phare haut de 100 mètres domine 35 kilomètres d'étendue en mer.

Une autre preuve de la convexité de la terre résulte de certaines apparences que les astres présentent au voyageur. En allant de l'équateur vers le nord , on voit les constellations méridionales disparaître l'une après l'autre derrière soi. Si l'on va vers le sud, on voit, au contraire, apparaître des étoiles nouvelles, tandis que les étoiles voisines du pôle nord s'abaissent et se cachent au-dessous de l'horizon. Il est donc impossible que la ligne méridienne soit une droite tracée sur une plaine ; elle doit se courber vers le nord et vers le sud.

Une éclipse de lune arrive dans le ciel à un moment déterminé ; mais, si on l'observe à dix heures du soir à Paris , il est près de onze heures à Vienne quand la même éclipse se mani-

feste dans cette ville. Le soleil s'est donc levé à Vienne une heure plus tôt qu'à Paris , d'où il suit que la terre est courbe d'orient en occident.

Disons enfin que, dans une éclipse lunaire, l'ombre de la terre projetée sur le disque éclipsé de la lune, présente la forme circulaire : c'est l'ombre d'un corps sphérique. La terre ressemble donc à tous les autres corps célestes qui se présentent à nos yeux avec une forme sphérique.

Plusieurs philosophes de Grèce, qui avaient compris la véritable figure de notre globe, tentèrent d'en calculer la grandeur. Aristote nous dit que la circonférence de la terre est de 400 000 slades. Ce nombre rond indique suffisamment qu'il ne s'agissait pas d'une détermination géométriquement exacte, mais seulement d'une estimation approximative. Nous ne savons pas, d'ailleurs, de quel genre de stades parlait Aristote. On connaît , en effet, des stades de 600, de 500, de 1111 au degré, etc. Les auteurs grecs donnent pour la circonférence terrestre, tantôt 400 000, tantôt 300 000, tantôt 250 000 stades, et, malgré les recherches les plus profondes de nos géographes, on ignore encore ce que signifient au juste ces anciennes évaluations. Tout ce qui résulte de là, c'est que les anciens Grecs avaient une idée assez exacte de la courbure et des dimensions de la terre.

C'est ainsi , par exemple , que Possidonius ayant remarqué que l'étoile Canopée paraissait à Rhodes à l'horizon, tandis qu'elle se montrait au zénith, à Alexandrie, élevée de la 48^ partie du cercle, en conclut que Rhodes était éloigné d'Alexandrie de la 48« partie du méridien ; et il se servit de cette observation pour déterminer la longueur d'un méridien terrestre. Mais Possidonius se trompait en croyant que ces deux villes sont sur le même méridien.

Ératosthène s'approcha davantage de la vérité. Il savait qu'à Syène le soleil, au moment du solstice d'été, ne produisait, lorsqu'il se trouvait au méridien , aucune ombre au fond des puits; tandis qu'à Alexandrie, le soleil passait, à la môme époque, à 7M2' au sud du zénith. En effet, un gnomon ou style, élevé verticalement au centre d'un hémisphère concave, y projetait, à midi, son ombre sur la 50»= partie du cercle. Eratosthène en conclut que la distance de 5000 slades qui séparait Syène d'Alexandrie, était la 50'" parlie d'un cercle méridien, et que la circonférence d'un méridien entier était de 50 fois 5000 ou 250 000 stades.

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Exprimé en stades de 180 mètres, ce nombre équivaut à 45 millions de mètres, ce qui se rapproche de 40 millions de mètres, nombre adopté aujourd'hui pour la longueur du méridien terrestre. Malheureusement, Syène et Alexandrie ne sont pas sous le même méridien. Malgré l'exactitude relative de son évaluation, Ératosthène a donc fait une erreur de principe.

On doit à Ptolémée d'avoir réuni et coordonné toutes les mesures essayées avant lui concernant les dimensions de la terre.

Le calife Al-Mamoun, prince éclairé, dont le souvenir sera toujours en honneur dans l'histoire des sciences, voulut, plus tard, vérifier tous ces résultats anciens. Il fit mesurer la longueur d'un degré. Les géomètres, chargés par lui de ce travail, choisirent pour leurs opérations la plaine de Sennaar, en Mésopotamie. Ils se séparèrent en deux groupes, dont l'un se dirigea vers le nord et l'autre vers le sud. Après s'être éloignés d'un degré de leur point de départ, ils mesurèrent la distance parcourue : elle était de 56 milles arabes et demi. Ainsi, d'après cette mesure, la longueur du degré était de 56 milles arabes et demi. Mais quelle est la valeur du mille arabe? Un mille arabe a 4000 aunes de 24 pouces chacune, et chaque pouce a 6 grains d'orge. Mais que vaut un grain d'orge? Quelques savants estiment le mille arabe à 2100 mètres, cela donnerait un peu plus de 42 millions de mètres pour le périmètre de la terre mesuré par les Arabes.

C'est un médecin français qui , au milieu du seizième siècle, reprit la question des dimensions de la terre au point où les anciens l'avaient laissée. Fernel est connu, dans l'histoire de la médecine, comme le restaurateur des écrits des Arabes et de Galien, comme un écrivain élégant et un dialecticien solide; il est connu, dans l'histoire générale, comme médecin d'Anne d(! Poitiers et de Henri II, qu'il accompagna au siège de Calais. Mais ce que l'on ignore généralement, c'est l'opération, vraiment étonnante dans ses résultats, qu'il eut le bonheur d'accomphr pour la mesure du méridien terrestre. Le moyen qi^'il mit en usage est tellement simple, tellement grossier pour mieux dire, que l'on en est encore à se demander quel hasard il peut cacher. Fernel adapta à sa voiture un compteur, pour enregistrer le nombre des tours de roues; puis il mesura la longueur d'un degré sur la route de Paris à Amiens, en notant, au moyen de ce compteur, le nombre des tours de roues de sa voilure. Et,

chose singulière, cet étrange moyen d'arpentage lui donna pour la valeur du degré, 57 070 toises, valeur très-peu éloignée de. celle que devaient fournir les opérations géodésiques modernes.

Au commencement du dix-septième siècle, on commença à appliquer à la mise en œuvre du procédé employé pour la première fois par le philosophe Ératosthène, toutes les ressources d'une science déjà assez avancée. En 1617, l'astronome hollandais Snellius mesura, au moyen d'une suite de triangles contigus, les arcs terrestres compris entre les villes d'Alkmaer, Leyde et Bergen-op-Zoom, et il compara leur longueur avec le nombre de degrés qu'ils contenaient.

Mais nous sommes obligé , pour l'intelligence de ce qui va suivre, de nous arrêter un moment, pour entrer dans quelques détails sur les longitudes et les latitudes, c'est-à-dire sur ce qu'on appelle les coordonnées géographiques d'un lieu.

Que faut-il entendre par la longitude d'un lieu ? Supposons qu'il s'agisse d'indiquer avec précision la position d'un point de la terre situé au-dessus de l'équateur. Il suffira, pour cela, de faire connaître sa distance par rapport à un certain point fixe de l'équateur, adopté une fois pour toutes comme point de départ, en spécifiant si la distance est comptée dans le sens de l'ouest à l'est ou de l'est à l'ouest. Le ceîxle équatorial se divise, comme tout cercle, en 360 degrés, les degrés en 60 minutes, les minutes en 60 secondes. On dira donc : tel lieu est distant du point d'origine de tant de degrés, minutes et secondes, comptés vers l'est ou comptés vers l'ouest. Cette distance , exprimée en degrés, s'appelle longitude ( orientale ou occidentale) de l'endroit que l'on veut désigner.

Faisons passer maintenant une série de cercles par les deux pôles et par les divisions de l'équateur; nous appellerons ces cercles méridiens terrestres (fig. 16). L'un de ces méridiens sera pris pour le premier, et le point où il rencontre l'équateur sera l'origine des longitudes. Tous les points terrestres situés sur le premier méridien ont la longitude de zéro; tous les points situés sous un autre méridien ont la longitude du point où leur méridien rencontre l'équateur.

En France et dans quelques autres pays, on prend pour le premier méridien celui qui passe par l'observatoire de Paris. La ville

FORME DU GLOBE

d'Alger a sensiblement la même longitude que Paris . Le point où le méridien de Paris coupe l'équateur est situé dans l'Atlantique, à peu de distance de la côte de Guinée. A partir du méridien de Paris les longitudes se comptent vers l'est et vers l'ouest jusqu'à 180 degrés. Il est évident que la longitude de 180 degrés, située à la limite, est à la fois occidentale et orientale.

D'autres nations prennent pour leur premier méridien celui qui passe par un autre grand observatoire, par exemple celui de Greenwich. Les Hollandais avaient adopté autrefois le méridien du pic de Ténériffe. La plupart des anciens géographes avaient choisi pour origine des longitudes, le méridien de

l'île de Fer, située à 20 degrés à l'ouest de Paris; mais cet usage, qui n'avait pas de raison d'être, est tombé en désuétude.

Il serait à désirer que toutes les nations s'accordassent pour l'adoption. d'un premier méridien universel; mais la routine et la jalousie nationale s'opposeront longtemps encore à cette simplification.

Passons à ce que l'on entend par le mot latitude. Ce mot exprime la distance de l'équateur évaluée en degrés du cercle. La latitude est septentrionale si elle se rapporte à un lieu situé au nord de l'équateur, et méridionale dans le cas contraire. Tous les lieux ayant la même latitude sont situés sur un cercle parallèle à l'équateur. Le nombre de degrés du cercle indique la distance de l'équateur en latitude septentrionale ou méridionale (fig. 17).

Il est évident que la réunion des deux indications de la lon-

Fig. 16.

Longitudes du globe.

gitude et de latitude indiquent avec précision un lieu quelconque du globe. On nomme coordonnées géographiques la longitude et la latitude d'un lieu.

Les latitudes sont souvent considérées à un point de vue astronomique, sur lequel nous devons donner quelques renseignements, parce qu'il se rattache à la détermination de la figure de la terre, objet spécial de ce chapitre.

La latitude d'un lieu terrestre est égale à la hauteur du pôle céleste au-dessus de l'horizon de ce lieu, ou bien à la distance zénithale de l'équateur céleste. C'est ce que montre la figure 18, dans laquelle on voit le rapport de l'équateur et des pôles terrestres avec l'équateur et les pôles célestes.

Aussi les astronomes déterminent-ils la latitude d'un lieu en mesurant la hauteur de l'étoile polaire au-dessus de l'horizon ; ou bien ils la calculent par les hauteurs des autres étoiles et du soleil au moment où ces astres passent au méridien. Connaissant la hauteur méridienne du soleil par l'observation , (M sa distance de l'équateur céleste par les tables astronomiques, on en déduit la hauteur de l'équateur, et en la retranchant d(3 90 degrés, la distance de l'équateur au zénitli, c'est-à-dire la latitude géographique.

Ce dernier procédé avait fourni à Snellius les latitudes des trois villes hollandaises dont nous avons parlé, et qui sont à peu près sous le même méridien (2 degrés à l'est de Paris). La diilei'ence d(; leurs latitudes aurait été leur distanc(> mesurée

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Fig. 17. Latitudes du globe.

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sur la voûte céleste, si toutes trois avaient eu la même longitude ; mais comme cette condition n'était pas remplie, il fallait encore trouver, par un procédé d'arpentage, la distance absolue qui correspondait à la différence des latitudes de ces trois villes.

Ce procédé s'appelle triangulation. Entrons dans quelques détails sur sa mise en pratique.

Pour exécuter la méthode de triangulation on se procure une première base, en mesurant, aussi exactement que possible, la longueur d'une ligne tracée sur le terrain ; puis on observe les

Zénitli

^adir

I* ig. 18. Equateur, zénith et pôles célestes.

angles que la base fait, à ses deux extrémités, avec deux rayons visuels qui aboutissent à un même point éloigné. On connaît alors la ligure du triangle ayant pour côtés la base et les deux rayons visuels; on peut le tracer sur le papier, et y lire, par une simple proportion , la distance du point de mire aux deux extrémités de la base (fig. 19). Supposons, par exemple, que la base soit de 1 kilomètre; si, dans le tracé du triangle, l'un des côtés se trouve égal au double de la base, nous en conclurons que la distance vraie du sommet à l'un des bouts de la base est de 2 kilomètres. Sur l'un des deux côtés, on construit ensuite un second triangle ayant pour sommet un autre point de mire éloi-

gné, par exemple un clocher ou une pyramide bâtie dans ce but ; en continuant de la sorte, on arrive à former un canevas ou une chaîne non interrompue de triangles qui s'étend dans la direction du méridien. On n'a plus ensuite qu'à chercher les points où la méridienne rencontre les côtés de ces triangles , dont la longueur a été calculée , et l'on obtient par un procédé trèssimple la longueur d'une portion de cette méridienne ellemême. Ayant, en môme temps, déterminé astronomiquement les latitudes de quelques-uns des points de mire qui forment les sommets des triangles , on en déduit la distance en latitude des deux extrémités de la méridienne mesurée sur le terrain, et cette distance, évaluée en degrés, et comparée avec le nombre de kilomètres qui lui correspond, fait connaître la valeur d'un degré

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Fig. 19. Triangulation.

du méridien. Supposons, par exemple, que les latitudes extrêmes de la méridienne soient 48*' 10' et 5P 25', et que la distance, mesurée entre ces points éloignés de 3 degrés i, soit de 360 kilomètres, on en conclura que le degré vaut environ 1 1 1 kilomètres.

C'est par l'emploi de la méthode des triangulations que Snellius, pour en revenir à cet observateur, trouva, pour la valeur du degré, 55 020 toises. Peu après, l'Anglais Richard Norwood obtint, par la mesure du méridien entre Londres et York, 57 300 toises, nombre beaucoup plus rapproché de la vérité.

Mais TAcadémic des sciences est créée en 1665, et son installation correspond à un grand mouvement scientifique , en même temps qu'à l'époque de la renaissance des lettres françaises. De toutes les questions qui agitaient alors les esprits , aucune n'é-

FORME DU GLOBE

tait plus digne d'occuper la jeune compagnie savante que celle de la figure de la terre. Les membres de la nouvelle académie crurent, pour ainsi dire, leur honneur engagé à lever toute incertitude sur les dimensions de notre globe. L'un d'entre eux, Picard, fut chargé de mesurer en France un arc du méridien. Il conduisit un réseau de triangles de Malvoisine à Amiens , et il trouva, comme résultat final de ses opérations, 57 060 toises pour la valeur d'un degré de méridien , c'est-à-dire un chiffre peu éloigné de celui qu'avait trouvé le médecin Fernel , un siècle auparavant, par sa bizarre méthode. La base employée par Picard avait une longueur de 5663 toises (11 kilomètres), elle avait été mesurée sur le chemin de Villejuif à Juvisy.

Cette détermination nouvelle de la longueur du méridien terrestre, qui inspira beaucoup de confiance, eut un résultat qui mérite d'être rapporté, car le fait est peu connu. Elle sauva, pour ainsi dire, du néant, le principe de la gravitation universelle. Pour vérifier, par des mesures directes , la loi de l'attraction que la terre exerce sur la lune , Newton s'était servi d'une très-fausse mesure du degré terrestre (49 540 toises), et comme ce nombre conduisait à un résultat incompatible avec la loi de la gravitation (la loi du carré inverse des distances ), Newton avait déjà renoncé à cette loi. Quand Picard eut publié ses nouvelles mesures, l'illustre géomètrcr anglais reprit ses calculs avec cet étalon rectifié. Cette fois, ils se trouvèrent justes, et la loi de l'attraction universelle, un moment perdue pour la science, lui fut ainsi et pour jamais rendue.

Cependant l'Académie des sciences de Paris n'était encore qu'au début de sa tâche et, on peut le dire, de ses triomphes. Elle avait envoyé , en 1672, l'astronome Richer à Cayenne , pour y faire difi'érentes observations de physique. Or, cet astronome reconnut avec une grande surprise qu'un pendule, réglé à Paris, retardait à Cayenne de 2 minutes et demie par jour. Ce fait causa un étonnement universel.

C'est à Newton qu'était réservée la gloire de trouver la cause de cette anomalie imprévue et d'en déduire une magnifique conséquence. Dans son livre des Principes, publié en 1687, on trouve la célèbre explication donnée par le géomètre anglais* du retard ou de l'accélération du mouvement du pendule selon les différents points du globe. Le pendule ralentit ses mouve-

ments lorsqu'on approche de 1 equateur, parce que la pesanteur est moindre à l'équateur qu'aux pôles, et cela pour deux raisons : d'abord, à cause de la force centrifuge qui croît en allant vers l'équateur; ensuite, parce que la surface terrestre y est plus éloignée du centre du globe qu'elle ne l'est aux pôles. La force centrifuge agit en sens contraire de la pesanteur; due à la rotation du globe, elle est plus petite sur un parallèle que sur l'équateur, parce que la vitesse du déplacement des points d'un parallèle quelconque est moindre que la vitesse des points équatoriaux. La deuxième raison du retard d'un pendule transporté à l'équateur, c'est-à-dire l'accroissement de la distance au centre de la terre, fut déduite par Newton de sa théorie, suivant laquelle la terre a été fluide à l'origine, et par l'effet de sa rotation s'est aplatie aux pôles en se solidifiant, ainsi que cela s'observe sur des masses globulaires pâteuses que l'on fait tourner rapidement.

C'est ainsi que Newton arriva à soutenir que la terre était un sphéroïde légèrement aplati aux pôles et renflé à l'équateur.

Cette belle déduction mathématique ne fut pas acceptée d'emblée. Elle trouva, au contraire, de violents contradicteurs. Les mesures de Cassini, qui en 1G83 avait étendu ses triangulations de Paris jusqu'aux Pyrénées, avaient fait supposer qu'un degré était plus petit dans le nord que dans le midi de la France , et l'on en concluait naturellement que la terre était renflée aux pôles et aplatie à l'équateur, c'est-à-dire précisément l'inverse de l'hypothèse de Newton. Le P. Riccioli, en Ralie; en France, les trois Cassini, Fontenelle et son école, se distinguèrent parmi les adversaires de Newton et de sa théorie de l'aplatissement polaire. La difficulté demeura longtemps pendante; les Anglais tenaient pour l'aplatissement, les Français pour l'allongement du sphéroïde terrestre ; les uns lui attribuaient la forme d une orange, les autres celle d'un œuf. R follait pourtant vider cette question, qui avait dégénéré en une véritable querelle nationale.

En 1736, h) gouvernement envoya une expédition scientifique au Pérou et une autre en Laponie, avec mission d'y mesurer un arc du méridien. La Condamine et Bouguer dirigeaient le groupe de géomètres qui se rendit à l'équateur. Le physicien Maupertuis, qui avait embrassé avec chaleur le système de Newton, et qui même souffrait volontiers qu'on lui en attribuât la découverte , fut le chef de la commission envoyée au pôle

FORME DU GLOBE

nord. Voltaire célébra, dans une épître adressée au comte Algarotti, cette belle expédition scientifique :

Lorsque ce grand courrier de la philosophie ,

Gondamme l'observateur, De l'Afrique aa Pérou, conduit par Uranie,

Par la gloire et par la manie.

S'en va griller sous l'équateur , Maupertuis et Clairault vont au pôle du monde. Je les vois d'un degré mesurer la longueur,

Pour ôler au peuple rimeur

Ce beau nom de machine ronde Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers, Donnaient à l'aventure à ce plat univers

La commission envoyée au cercle polaire, sous les ordres de Maupertuis, souffrit beaucoup du froid ; mais elle était dédommagée par les belles aurores, dont les feux de mille couleurs éclairent les longues nuits de ces sombres climats. On attendait impatiemment leur retour, et Voltaire écrivait :

Revole, Maupertuis, de ces déserts glacés , Où les rayons du jour sont six mois éclipsés ; Apôtre de Newton, digne appui d'un tel maître, Né pour la vérilé, viens la faire connaître! Héros de la physique, Argonautes nouveaux. Qui franchissez les monts, qui traversez les eaux, Dont le travail immense et l'exacte mesure De la terre étonnée ont fixé la figure, etc.

11 est vrai que le môme Voltaire, impatient peut-être de toute espèce de bruit qui ne se faisait pas pour lui-même, se ravisa plus tard, et, après le succès des Argonautes de l'Académie, chanta cette palinodie :

Vous avez confirmé, dans des lieux pleins d'ennui, Ce que Newton connut sans sortir de chez lui , Vous avez arpenté quelque faible partie Des flancs, toujours glacés, de la terre aplatie....

Ici, Voltaire était injuste. Non-seulement les nouvelles mesures, quoique entachées de quelques erreurs, avaient confirmé les calculs de Newton, ce qui était déjà bien quc]({ue chose ;

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