Épilre XXXIX
mais elles avaient fourni les moyens de les rectifier. Il résulta, en effet, des opérations géodésiques de la Gondamine, Bouguer et Maupertuis, que la terre est encore plus aplatie vers les pôles que le philosophe anglais ne l'avait estimé par ses calculs.
Cassini s'était distingué, avons-nous dit, parmi les plus violents opposants au système de Newton. On eut quelque peine, en France, à prendre son parti de la défaite de cet homme illustre, qui tenait le sceptre de l'astronomie, et la gaieté parisienne trouva quelque consolation à humilier son heureux rival, Mau pertuis, en lui donnant le sobriquet de grand aplatisseur.
On a, depuis cette époque, singulièrement multiplié les triangulations et les mesures des arcs de méridiens. Lacaiile en a fait au cap de Bonne-Espérance, le père Boscovich entre Rome et Rimini. Mason et Dixon ont mesuré des degrés en Pensylvanie ; Roy etEudge en Angleterre ; Hamilton et Everest aux Indes ; Gauss en Hanovre; Bessel en Prusse; Struve en Russie, etc.
Ce magnifique ensemble de travaux entrepris pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, a fixé avec précision les dimensions de la terre et sa véritable figure générale. Il en résulte que l'aplatissement polaire est de ou que le diamètre qui joint les pôles de la terre est au diamètre de l'équateur comme 299 est à 300. Sur un globe de 1 mètre de diamètre, cette différence correspondrait à un peu plus de 3 millimètres.
Parmi les grands travaux de triangulation, le plus célèbre est celui qui fut exécuté en France à la fin du dernier siècle, par le Bureau des longitudes, pour fixer la base du système métrique actuel. Dans le système nouveau destiné à remplacer toutes les anciennes mesures, on voulait prendre pour unité une fraction exacte de la longueur du méridien. Il fallait donc déterminer avec le plus de précision possible cette circonférence, et par conséquent mesurer pour la troisième fois une portion du méridien de Paris. Delambre et Méchain furent chargés de ce travail.
Ce n'était pas une tâche facile ni sans dangers que l'on confiait à ces deux géomètres au moment où la Révolution française, jetant les esprits dans une fiévreuse effervescence, rendait suspects tout mouvement, toute opération faite en dehors des habitudes de la vie commune. Delambre et Méchain, en menant leurs chaînes sur le terrain, furent souvent appréhendés
FORME DU GLOBE
au corps et incarcérés, comme suspects, dans les prisons municipales, victimes involontaires de la défiance de populations peu instruites dans l'art de l'ingénieur. Tout entiers à leurs travaux, nos deux géomètres restaient étrangers à l'agitation qui régnait autour d'eux, et qui, plusieurs fois, mit leurs jours en péril.
Delambre n'avait pas encore terminé la triangulation de Dunkerque à Rodez, qu'il fut exclu de la commission du mètre, et n'obtint qu'à titre de faveur, de terminer lui-même la portion de travail quïl avait entreprise. Pendant ce temps, Méchain, renfermé dans Barcelone par suite de la guerre qui venait d'éclater entre la France et l'Espagne, déterminait la latitude de cette ville, et il en concluait pour le mont Jouy, une latitude de trois secondes et un quart plus grande que celle qu'il avait fait connaître à l'Académie. Erreur funeste, qu'il n'osa divulguer, craignant de jeter la défaveur sur tout son travail. Méchain garda par devers lui ce pénible secret, dont l'amertume devait abréger sa vie. Mais quand on réfléchit aux conditions difficiles au milieu desquelles Delambre et Méchain avaient dû poursuivre leurs opérations trigonométriques ; quand on considère qu'ils devaient mettre autant de soin à défendre leur vie et leur liberté qu'à conduire leur arpentage et leurs visées angulaires, on excuse sans peine l'erreur qui fit le tourment des derniers jours du géomètre français.
Biotet Arago furent chargés de terminer le travail de Méchain. C'est ce qu'ils firent de 1806 à 1808. On connaît toutes les vicissitudes par lesquelles eut à passer Arago, considéré comme espion dans les îles Baléares, fait prisonnier par les Espagnols, puis emmené comme esclave sur les côtes des États barbaresques, rendu à la liberté par l'intervention diplomatique, et rentré enfin, après tant de péripéties, en possession de ses instruments et de ses papiers.
La nouvelle mesure de l'arc du méridien qui traverse la France avait donné pour la longueur du quart du méridien, 5 130 740 toises ^ Ce nombre a servi de base au système métrique, constitué légalement en 1799.
Le mètre, unité fondamentale du système actuel des poids et
1. La toise est ici la longueur de l'étalon en fer qui avait servi à la mesure du Pérou; on l'appelle toise du Pérou.
mesures, est la dix millionième partie du quart du méridien; sa longueur a été fixée à 0,513 074 toise, ou 3 pieds 11 lignes. Nous sommes forcé d'ajouter que le nombre obtenu pour la longueur du méridien, a dû être légèrement modifié depuis. Si le mètre n'est plus dès lors , à la rigueur, une unité naturelle , il n'en reste pas moins une mesure parfaitement définie par l'étalon fondamental, et le système dont il est la base sera toujours considéré comme une des plus belles conceptions de l'esprit humain.
Le système métrique règne aujourd'hui en France, dans les Pays-Bas, en Italie, en Suisse, en Espagne et en Portugal, et son introduction en Angleterre se prépare en ce moment.
Cassini de Thury, troisième du nom, le même à qui nous devons la grande carte de France, avait conçu le projet de mesurer le parallèle qui s'étend de Strasbourg à Vienne, au moyen de trentehuit signaux à poudre, dont l'emplacement était déterminé; mais cette grande opération n'a été exécutée que de nos jours.
En 1804, le gouvernement français chargea de ce travail le colonel Henry, qui venait d'exécuter la triangulation de la Suisse. M. Henry mesura, comme point de départ de ses opérations, une base remarquable par sa longueur. Il mena ensuite une chaîne de triangles dans la direction du méridien, par Genève et les Alpes ; ce fut là le commencement des grands travaux sur la triangulation de la France que l'on termine en ce moment.
On voit, par cet exposé rapide, que, depuis Newton, les savants ont fait de constants efforts pour arriver à se rendre un compte exact de la forme de la terre. Toutes les ressources de la géométrie et de l'astronomie ont été mises à contribution; partout on a poussé la précision des mesures à un degré extraordinaire. Les travaux de tous ces hommes, entièrement dévoués à la science, et qui ont consacré une partie de leur carrière à ces arides recherches, sont inconnus du public; une courte mention de leurs travaux est-elle une compensation suffisante pour une vie de dévouement et de sacrifices?
Le résultat de tant de mesures géodésiques et astronomiques faits en différents points du globe, l'ensemble des grandes opérations que nous venons de raconter, a conduit h une évaluation très-rigoureuse des dimensions du globe terrestre. Sans nous attaciier ici à donner des nombres très-précis, nous nous borne-
FORME DU GLOBE
rons à dire que la circonférence du méridien est, en nombres ronds, de 40 millions de mètres (4000 myriamètres), — que le diamètre moyen de la terre est de 1273 myriamètres, — son rayon de 636 myriamètres, — - enfin que la surface terrestre a 5 millions de myriamè'tres carrés.
Les grandes triangulations n'ont pas seulement servi à déterminer les éléments du sphéroïde terrestre, c est-à-dire à fixer la valeur de l'aplatissement et les véritables dimensions du globe ; elles ont encore été d'une immense utilité pour les progrès de la géographie de précision, c'est-à-dire de la topographie. La géodésie a fourni les positions absolues et relatives d'un trèsgrand nombre de points importants du globe, avec une précision jusque-là inconnue. C'est de cette manière qu'ont été obtenues la plupart des données géographiques qui sont insérées tous les ans dans le recueil, à l'adresse des navigateurs et des astronomes, qui a pour titre : Connaissance des temps.
Les longitudes sont quelquefois exprimées en temps. Expliquons cette dernière particularité.
La terre tournant autour de son axe en vingt-quatre heures, dans cet intervalle tous ses méridiens défilent successivement devant le soleil ; leurs différences peuvent donc s'évaluer par le temps qui s'écoule entre le passage de deux méridiens devant le soleil (ou entre les passages du soleil aux deux méridiens, pour parler le langage des astronomes). En conséquence, l'on dit indifféremment : deux méridiens diffèrent de 1 heure, ou bien : ils sont éloignés de 15 degrés (la vingt-quatrième partie de la circonférence). Une heure de longitude équivaut à 15 degrés, 1 minute de temps à 15 minutes d'arc, 1 degré à 4 minutes de temps, etc.
La différence des méridiens (longitudes) peut se déterminer astronomiquement par l'observation de phénomènes instantanés que l'on rapporte à l'heure solaire. Les signaux que l'on détermine par l'inflammation de la poudre, ou par le télégraphe él-ectrique, sont des moyens d'observation instantanés , car la vitesse de la lumière et celle de l'électricité peuvent être considérées comme infinies. Un signal donné à Greenwich, en Angleterre, par le télégraphe électrique, s'observe à Paris, malgré la distance, au moment même de son départ. Dès lors, si l'on
note l'heure de l'arrivée à Paris du signal télégraphique parti de Greenwich, on a, par cela même, la longitude cherchée. Si, par exemple, le signal parti à midi de Greenwich a été observé à midi 9 minutes 21 secondes à Paris, il s'ensuit que le soleil avait déjà, à Paris, quitté le méridien depuis 9 minutes 21 secondes, lorsqu'il était encore au méridien de Greenwich (puisqu'on y comptait midi); Greenwich est donc à 9 minutes 21 secondes ouest de Paris.
C'est par cette méthode que M. Airy, directeur de l'observatoire royal d'Angleterre, et M. le Verrier, directeur de l'observatoire impérial de Paris, ont déterminé, en 1858, la différence des longitudes de Paris et de Greenwich.
On appelle antipodes les lieux placés aux extrémités d'un même diamètre du globe. Les longitudes des antipodes diffèrent de 180 degrés (12 heures); leurs latitudes sont les mêmes, mais de dénominations opposées. L'antipode de Paris est situé à environ 49 degrés de latitude sud et à une longitude de 180 degrés à l'est. ^
Terminons ce chapitre par un mot sur les globes et cartes géographiques.
La manière la plus naturelle de représenter la surface de la terre, c'est de construire un globe artificiel sur lequel on rapporte les divers points de la terre au moyen de leurs longitudes et latitudes. On fabrique ces globes en couvrant une boule en carton de fuseaux imprimés, que l'on colle les uns à côté des autres, et que l'on étire un peu, afin de raccorder parfaitement leurs contours.
Les globes artificiels sont un auxiliaire indispensable pour l'étude de la géographie physique, mais ils sont difficiles à déplacer, et les dimensions que l'on ne peut dépasser pour les construire, ne permettent pas de donner aux différentes parties de la terre un développement suffisant. On a donc cherché des méthodes pour représenter sur une feuille de papier plane, la surface sphérique de la terre, sans trop la déformer et avec le plus de fidélité possible. Les méthodes en usage pour la construction des cartes géographiques sont au nombre de deux : colle des projections et celle des développements.
Distribution des terres à la surface du globe. — Position et contour des continents. — Mappemonde. — Océan et ses divisions.
Trois formes de la matière se partagent la surface de notre planète. La forme gazeuse, représentée par l'air et les nuages, enveloppe sa masse ; la forme liquide, c'est-à-dire l'eau, en couvre à peu près les trois quarts; enfin la forme solide, ou la terre ferme, se montre à découvert sur un quart environ de sa superficie.
Il est digne de remarque que la matière se condense à mesure qu'elle se rapproche du centre de la terre. A l'extérieur, l'océan aérien entoure notre globe d'un manteau transparent et léger; viennent ensuite les eaux, déjà plus pesantes que l'air; enfin les roches; et, fait bien remarquable, la densité des roches qui occupent l'intérieur de la terre augmente à mesure qu'elles s'approchent du centre. On a constaté que les matières des éruptions les plus anciennes, telles que le granit, sont moins denses que les roches éruptives plus récentes, comme les trachytes et les basaltes. On a reconnu enfin que les métaux très-lourds dominent dans les produits des éruptions se rapprochant de notre époque. Ainsi les matériaux qui occupent l'intérieur du globe , augmentent de pesanteur à mesure qu'ils se rapprochent du centre, et le temps réserve peut-être à la terre des éruptions de matières plus lourdes encore que celles que nous considérons aujourd'hui comme les plus denses, telles que l'or et le platine.
La weïeoro%ie étudie les phénomènes si complexes de l'atmosphère; elle interprète pour nous le langage de l'air, qui parle à nos yeux au moyen de la colonne barométrique. La géologie nous renseigne sur la nature des couches qui composent l'écorce terrestre : elle descend dans les profondeurs du globe , pour nous éclairer sur la formation progressive et les modifications diverses de notre planète. La géographie physique a pour
objet spécial la connaissance des continents et des eaux qui couvrent la surface de la terre. Les formes superficielles du giobe, telle est donc l'étude qui doit nous occuper dans cet ouvrage. Nous commencerons par considérer la distribution relative des continents et des eaux.
Comme nous l'avons exposé dans la Terre avant le déluge ^ aux premiers temps et pour ainsi dire dans l'enfance de notre planète, l'eau a couvert entièrement sa surface. La formation des continents par les sédiments marins ou les éruptions venues de l'intérieur, a plus tard resserré les eaux dans les grandes dépressions de l'écorce solide du globe, c'est-à-dire dans les principaux bassins.
Il n'existe, à proprement parler, qu'une seule mer, une seule masse liquide continue, répandue tout autour de la terre, et qui baigne sans interruption les glaces des deux pôles opposés. Toutes les méditerranées, les golfes, les baies, ne sont que des parties détachées, mais non isolées, de cet universel Océan. Ce n'est donc que pour faciliter les usages journaliers, que les géographes distinguent une foule de mers particulières, avec leurs innombrables ramifications : les baies, les détroits^ les fleuves et les rivières.
L'eau forme une sorte de liaison entre l'atmosphère et la terre ferme. En effet, elle change souvent d'état physique et se rapproche de l'une ou de l'autre des deux formes extrêmes : elle se réduit en vapeurs et s'élève vers le ciel, pour y former les nuages, ou bien elle se solidifie, devient glace, et sous cet état, vient s'ajouter aux continents, dont elle accroît l'étendue.
La quantité d'eau qui existe sur la terre ne nous est connue qu'avec beaucoup d'incertitude. On ignore encore quelle est la plus grande profondeur de la mer, car il est des points, tels que l'océan Austral, dans lesquels il a été impossible d'atteindre le fond, bien que dans ces parages on ait fait descendre la sonde jusqu'à 15 kilomètres. Nous parlerons avec détails, dans un autre chapitre, de la question de la profondeur des mers.
On admet, en général, que la hauteur verticale de la couche d'air qui enveloppe la terre, et qui la suit dans tous ses mouvements à travers l'espace, est d'environ 25 lieues, ou 100 kilomètres. Mais cette évaluation n'a rien de précis. Tout ce que l'on
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rique quatre fois plus. L'étendue de l'Europe diffère peu de celle de l'Australie; elle n'est qu'un tiers de celle de l'Afrique, un quart de l'Amérique et un cinquième de l'Asie, enfin, un treizième de l'étendue totale des autres parties du monde.
La distribution de ces grands continents à la surface du globe est très-inégale. Mais un fait bien curieux, c'est qu'une moitié de la terre est presque entièrement couverte d'eau, tandis que l'autre moitié contient plus de terre que d'eau ; de sorte qu'il est permis de parler d'un hémisphère aqueux, en opposition avec un hémisphère terrestre. En jetant un coup d'œil sur un planisphère qui aurait Paris à son centre, on sera frappé de voir que notre capitale est située au cœur même de l'agglomération des continents, tandis que l'espace circonscrit par l'horizon de nos antipodes, ne présente que quelques îles éparses et quelques lisières de côtes au milieu d'une mer immense. C'est ce que représente la carte placée en regard de cette page.
Dans Vhémisphère aqueux représenté sur cette carte, les terres sont comme des îles éparses à la surface de l'eau ; dans Vhémisphère terrestre, les mers semblent des enclos environnés de terres, comme notre Méditerranée et l'océan Glacial du pôle nord. Les géographes du dix-huitième siècle, pour expliquer cette frappante inégalité, supposaient l'existence de quelque grand continent austral, qui devrait contre-balancer la masse des terres boréales. Mais le voyage du capitaine Gook mit fin à ces spéculations. Ce navigateur prouva que ce que l'on avait pris, au pôle sud, pour les promontoires d'un continent, n'étaient que de petites îles, ou des glaces.
Le contour de Vhémisphère terrestre n'est interrompu que deux fois par la mer, dans le voisinage du pôle sud et du pôle nord. Ce contour forme, pour ainsi dire, une vaste ceinture de rivages autour du globe, une zone amphibie, participant à la fois aux conditions chmatériques des continents et des mers. En partantdu cap de Bonne-Espérance, cette ceinture va croiser l'équateur, elle frise les bords sud et est de l'Asie, contourne le pôle nord, et descend le long de la côte occidentale de l'Amérique, jusqu'au cap Horn. Elle forme sur la terre un grand cercle incliné sur l'équateur, comme l'écliptique sur l'équateur céleste. Son rôle est, en quelque sorte, analogue à celui des zones tempérées, qui représentent le passage du climat torride au climat glacial ; la zone riveraine est la
FORME DU GLOBE
peut affirmer, c'est qu'il est impossible de s'élever dans un aérostat au-dessus de 10 kilomètres de hauteur
L épaisseur de Técorce solide du globe est, comme nous l'avons dit dans la Terre avant le déluge, d'environ 12 lieues (45 kilomètres). Le rapport de cette épaisseur au diamètre entier de la terre, est celui de la coque d'un œuf à son diamètre moyen. La plus grande profondeur à laquelle l'homme ait pu descendre ne dépasse pas 900 mètres, c'est-à dire un sept millième du rayon terrestre. Ce que l'on connaît de notre planète n'équivaudrait, sur un globe de 1 mètre et demi de diamètre, qu'à un dixième de millimètre, c est-à dire à lepaisseur d'une feuille de papier. La terre ne nous est donc que bien imparfaitement connue. Ajoutons néanmoins que les roches vomies parles volcans proviennent de profondeurs très-considérables, et que ces produits d'éruptions sont pour nous de véritables échantillons des couches du globe peu distantes du noyau central.
La surface totale de la terre est d'environ 5 millions de myriamètres (500 millions de kilomètres carrés), ou de 41 000 degrés carrés, dont l'eau occupe 30 000 et la terre ferme 11 000, c'est-à-dire un peu plus d'un quart. D'après M. BalachofT, la superficie de l'île de Chypre serait à peu près égale à un degré carré. Ces nombres sont utiles à retenir.
En général, il règne encore beaucoup d'incertitude sur la véritable étendue territoriale des continents; les travaux des géomètres modernes introduisent tous les jours des changements importants dans les évaluations qui courent les traités de géographie. C'est ainsi, par exemple, qu'au commencement de notre siècle, la carte de l'empire ottoman fut tellement modifiée par les astronomes Beauchamp et de Zach, que l'empire du sultan y gagna 50 000 kilomètres carrés de terrain. Nous ignorons si le grand Turc sut témoigner sa reconnaissance aux deux géomètres qui lui faisaient un si beau cadeau, et qui lui gagnaient ainsi des territoires sans coup férir.
Lorsqu'on regarde avec attention une mappemonde du système homolographique de Mollweide, vulgarisé par M. Babinet, qui a l'avantage de conserver exactement les vrais rapports de superficie, tels qu'ils existent à la surface du globe, on reconnaît que l'Asie est environ cinq fois plus grande que l'Europe ; que l'Afrique est trois fois plus grande que l'Europe, et l'Amé-
rique quatre fois plus. L'étendue de l'Europe diffère peu de celle de l'Australie; elle n'est qu'un tiers de celle de l'Afrique, un quart de l'Amérique et un cinquième de l'Asie, enfin, un treizième de l'étendue totale des autres parties du monde.
La distribution de ces grands continents à la surface du globe est très-inégale. Mais un fait bien curieux, c'est qu'une moitié de la terre est presque entièrement couverte d'eau, tandis que l'autre moitié contient plus de terre que d'eau ; de sorte qu'il est permis de parler d'un hémisphère aqueux, en opposition avec un hémisphère terrestre. En jetant un coup d'œil sur un planisphère qui aurait Paris à son centre, on sera frappé de voir que notre capitale est située au cœur même de l'agglomération des continents, tandis que l'espace circonscrit par l'horizon de nos antipodes, ne présente que quelques îles éparses et quelques lisières de côtes au miheu d'une mer immense. C'est ce que représente la carte placée en regard de cette page.
Dans Vhémisphère aqueux représenté sur cette carte, les terres sont comme des îles éparses à la surface de l'eau ; dans Vhémisphère terrestre, les mers semblent des enclos environnés de terres, comme notre Méditerranée et l'océan Glacial du pôle nord. Les géographes du dix-huitième siècle, pour expliquer cette frappante inégalité, supposaient l'existence de quelque grand continent austral, qui devrait contre-balancer la masse des terres boréales. Mais le voyage du capitaine Cook mit fin à ces spéculations. Ce navigateur prouva que ce que l'on avait pris, au pôle sud, pour les promontoires d'un continent, n'étaient que de petites îles, ou des glaces.
Le contour de Vhémisphère terrestre n'est interrompu que deux fois par la mer, dans le voisinage du pôle sud et du pôle nord. Ce contour forme, pour ainsi dire, une vaste ceinture de rivages autour du globe, une zone amphibie, participant à la fois aux conditions climatériques des continents et des mers. En partantdu cap de Bonne-Espérance, cette ceinture va croiser l'équateur, elle frise les bords sud et est de l'Asie, contourne le pôle nord, et descend le long de la côte occidentale de l'Amérique, jusqu'au cap Horn. Elle forme sur la terre un grand cercle incliné sur l'équateur, comme l'écliptique sur l'équateur céleste. Son rôle est, en quelque sorte, analogue à celui des zones tempérées, qui représentent le passage du climat torride au climat glacial ; la zone riveraine est la
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FORME DU GLOBE
réunion des climats continentaux et des climats maritimes des îles. Cette situation intermédiaire fait naître une vie organique plus riche et plus variée que dans les autres points du globe.
Un autre fait très-digne d'être remarqué, c'est la structure des grands continents en quelque sorte radiée vers le sud : « la forme pyramidale de leurs extrémités, » comme le dit Alexandre de Humboldt. Vers le nord, les grandes masses de terres se concentrent, s'entassent; au contraire dans la direction du sud. elles s'ouvrent, divergent en éventail et se terminent en pointes, ou en péninsules coniques. Le midi de l'Europe offre une disposition analogue : il est déchiqueté en lambeaux effilés dans le sens du sud. On a émis beaucoup d'hypothèses pour expliquer cette configuration singulière de la grande agglomération de continents groupés autour du pôle nord ; mais il est sage d'avouer que la cause de cette disposition est inconnue.
La direction générale des terres diffère toutefois dans le nouveau et dans l'ancien continent. L'Amérique s'étend d'un pôle à l'autre, tandis que l'ancien monde est plutôt parallèle à l'équateur. La plus longue hgne droite qu'on puisse tracer sur l'ancien continent, en restant, autant que possible, sur des terres, commence, selon Bergmann , sous le 6P degré de latitude boréale, près de l'embouchure de la rivière de Ponaschka, traverse la ville de Nargun, le lac Aval et la partie méridionale de la mer Caspienne, passe près du golfe Persique et au nord du détroit de Bab-el-Mandeb, parcourt l'Afrique, en suivant les monts Lupata, que l'on appelle quelquefois V Épine du monde, et se termine au cap de Bonne-Espérance. Elle est longue de 148 degrés ou 1640myriamètres, et coupe la ligne équinoxiale sous un angle de 65 degrés, en partageant l'ancien continent en deux moitiés presque égales. Sur le nouveau continent, il est plus difficile de tirer une ligne analogue, elle aurait une longueur de 1275 myriamètres; en allant sur une ligne brisée, on aurait un parcours de 1660 myriamètres depuis le nord jusqu'au sud de l'Amérique.
On est peu d'accord sur la division géographique des mers. Voici la classification la plus simple. v
Vocèan Glacial arctique s'étend du pôle nord jusqu'au cercle polaire. Situé entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique, il comprend une foule de golfes ou de baies. Ce n'est guère qu'une mer de glace.
Uocéan Atlantique va du cercle polaire arctique jusqu'au cap
Horn. Séparant l'Amérique de l'Europe et de l'Afrique, il comprend la mer du Nord, la mer Baltique, le golfe de Gascogne, la Méditerranée avec la mer Noire, le golfe du Mexique et les Antilles, enfin le golfe de Guinée.
L'océan Indien, au sud de l'Asie, s'étend entre l'Afrique et la Nouvelle-Hollande ; il comprend la mer Rouge, le golfe Persique, la mer de Bengale.
Vocéan Pacifique s'étend entre les deux cercles polaires; il sépare l'Amérique de l'Asie et de l'Océanie; au delà du cap Horn, il fait tout le tour du globe. On y comprend le détroit de Behring, la mer Jaune et la mer Bleue, la Sonde, la mer des Moluques, les golfes de Californie et de Panama.
L'immense nappe d'eau qu'on appelle Vocéan Atlantique et qui est aujourd'hui parcourue en tous sens par des navires du commerce des deux mondes, fut, pour la première fois, franchie par le hardi Génois Christophe Colomb. Mais Colomb ignorait que les terres qu'il venait de découvrir fissent partie d'un monde nouveau ; il croyait avoir atteint l'extrémité de l'Asie. Pour lui l'océan Pacifique n'existait pas. Quelle énorme étendue de terre fut donc retranchée des mappemondes, lorsque le Portugais Magellan, après avoir atteint l'Amérique, la côtoya vers le sud, et traversant le redoutable détroit qui porte aujourd'hui son nom, entra, toutes voiles dehors, dans l'océan Pacifique. H alla jusqu'aux Moluques, dont il prit possession au nom de l'Espagne. On sait qu'il périt dans ces îles, et que ses compagnons retournèrent en Europe par la route que Vasco de Gama avait ouverte entre les Indes et l'Afrique, en contournant le cap de Bonne-Espérance. Cette nouvelle route avait changé la face du commerce, en privant de leurs marchés Alexandrie, Venise et tout le littoral de la Méditerranée. Il faut s'attendre a un retour de la prospérité commerciale dans ces parages, quand l'isthme de Suez parcouru par un canal de navigation fera communiquer la mer des Indes avec le lac français , selon le mot employé par Napoléon, pour désigner la Méditerranée. Une révolufion analogue s'accomplira dans la navigation et le commerce, quand on sera parvenu à percer également l'isthme de Panama qui sépare les deux Amériques, et en fait presque deux mondes distincts.
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RELIEFS DU GLOBE
Les raont;ignes. — Principales chaines de monlagnes du globe. Formes diverses des monlagnes.
Les montagnes, qui hérissent en divers points, et suivant une direction linéaire multiple, la surface de la terre, ont été formées, comme nous l'avons expliqué dans la Terre avant le déluge, par deux effets géologiques tenant chacun à la même cause : le refroidissement progressif du globe. Le refroidissement de la masse terrestre, le passage à l'état solide d'une partie du noyau liquide intérieur, en diminuant le volume de la masse intérieure, a rendu trop grande son enveloppe consolidée. Dès lors, cette enveloppe s'est affaissée en certains points et relevée en d'autres ; elle a produit des rides, des plis, des bosses, à la surface de la terre. Ces rides et ces plis sont les montagnes ou chaînes de montagne. Quand une pomme se dessèche, c'est-à-dire diminue de volume par suite de l'évaporation de l'eau, sa peau se ride, se boursoufle : voilà l'image de la formation des montagnes sur Técorce terrestre contractée par le refroidissement.
Le refroidissement de la masse intérieure du globe n'a pas seulement produit des rides sur notre globe , il a aussi déterminé des fentes et des fractures. Les immenses fentes qui, à un certain moment, se sont ouvertes dans l'épaisseur de la croûte terrestre, ont été bientôt remplies par l'irruption, lente ou subite, des matières contenues dans l'intérieur, par le granit, les porphyres, les basaltes, enfin par les laves. Les Alpes orientales, par exemple, ont été produites, à une époque assez ré-
cente, par l'éruption de la protogine qui constitue le Mont- Blanc, à travers les terrains de transition et secondaires qui formaient autrefois les plaines de la région des Alpes. Les Pyrénées ont été formées par l'éruption de masses de granit et d'ophite; ces roches, surgissant au dehors, ont soulevé et renversé les terrains crétacés et tertiaires qui s'étendaient autrefois dans cette région en bancs horizontaux, et ont ainsi produit la chaîne des Pyrénées.
Les deux phénomènes dont il vient d'être question s'étant manifesté à diverses époques, dans toutes les parties des deux hémisphères, ont donné au globe terrestre ses reliefs principaux, c'est-à-dire formé les montagnes que nous avons à considérer' dans ce chapitre.
Donnons d'abord , d'une manière très-générale , une idée d'ensemble de la direction de toutes les montagnes du globe.
Plaçons-nous, pour un instant, au milieu de l'océan Pacifique, à une grande hauteur au-dessus de la Nouvelle-Zélande, et dirigeons nos regards vers le nord de la terre. Nous aurons à notre droite l'Amérique, à notre gauche les côtes de lAfrique et de l'Asie. En partant du cap de Bonne-Espérance, une immense chaîne de montagnes, la chaîne de Lupata, dite V Épine du monde, borde les côtes orientales de l'Afrique, jusqu'au cap de Guardafui, qui fait face au golfe d'Aden, au sud de l'Arabie. Les monts de l'Arabie heureuse, très-élevés et escarpés, peuvent être regardés comme une chaîne qui lie les monts Lupata aux plateaux élevés de la Perse, où commence la chaîne principale de l'Asie, laquelle s'étend dans la direction du sud-ouest au nord-est. Cette chaîne traverse le Tibet, où elle s'élève à une grande hauteur sous le nom des monts Himalaya ; elle s'étend à travers la Mongolie, vers Ochotsk et vers le cap Tchutchi; sa pente est rapide vers la mer des Indes et vers le Pacifique , tandis qu'elle descend à la mer Glaciale en plaines et collines secondaires. Le détroit de Behring coupe cette chaîne, en séparant l'Asie de l'Amérique du nord; mais, à Test, les montagnes se relèvent et suivent les côtes occidentales de l'Amérique jusqu'au cap Horn, en formant une chaîne non interrompue, qui de temps en temps se relire un peu à l'intérieur, mais le plus souvent borde immédiatement l'Océan par d'immenses falaises. De l'autre côté, les
RELIEFS DU GLOBE
terrains s'inclinent peu à peu vers l'océan Atlantique, ainsi qu'on le reconnaît par la direction des grandes rivières.
Il existe donc une immense ligne de montagnes groupées en arc de cercle autour du Grand océan, et formant pour ainsi dire les falaises du Pacifique et de la mer des Indes. Cette chaîne, si l'on peut l'appeler ainsi, rattache le nouveau continent à l'ancien, et en fait un tout d'une structure symétrique.
Les plus hautes montagnes du monde entourent un vaste bassin dont le milieu est occupé par un amas d'îles plates. Les flots de ce bassin baignent souvent le pied de la chaîne qui borde ses rives; mais, sur quelques points, les montagnes sont encore séparées de la mer par des terrains en pente douce. Les régions de l'Inde et de la Chine s'étendent entre la ceinture rocheuse et le Grand océan ; les presqu'îles du sud de l'Asie sont comme des tronçons de l'isthme qui joignait ces parages à ce groupe de pays brisés et morcelés qui remplissent le milieu du grand bassin, et dont le morceau le plus important est l'Australie. Ils ressemblent aux débris d'un continent écroulé.
Lne ramification importante des grandes chaînes de l'Asie se propage dans l'Europe, où elle a ses points culminants dans les Alpes ; de là , les terrains descendent doucement vers la mer. Les couches qui forment le sol des continents s'enfoncent graduellement sous les océans, vont reparaître de l'autre côté, et dans l'intervalle elles forment le fond des grands bassins du Pacifique et de l'Atlantique.
Les rives de l'océan Atlantique sont loin d'offrir des escarpements aussi roides que les falaises orientales et occidentales du Pacifique, avec leurs chaînes des Cordillères, des Andes, etc. La pente générale des plateaux qui entourent l'Atlantique est bien plus douce, et ce bassin sinueux, tout vaste qu'il soit, ne paraît que comme un grand canal ou comme une sorte de méditerranée.
Après ce coup d'œil général, occupons-nous de la hauteur et de la forme des diverses montagnes du globe. Les explorations récentes d'une foule de savants voyageurs de tous pays, nous fourniront les matériaux de cet exposé.
Les montagnes de la terre sont loin d'être aussi élevées que celles de la lune ou que celles de la planète Vénus; toutefois,
une hauteur de 9 kilomètres, comme celle du Gaurisankar, en Asie, n'est pas à mépriser. Seulement il ne faut pas s'imaginer que le relief des montagnes altère sensiblement la forme sphérique de la terre. Nous avons déjà comparé les montagnes , sous le rapport de leur relief sur le globe , aux rugosités de la peau d'une orange: mais il faut convenir, pour être exact, que la surface terrestre est bien plus unie que ne l'indiquerait cette comparaison. La plus grande hauteur des montagnes de notre globe est de 9 kilomètres, c'est-à-dire à peu près 1-^0 du diamètre de la terre. Or, le diamètre d'une orange étant en moyenne de 7 à 8 centimètres, ce chiffre correspondrait à une rugosité vingt fois plus petite qu'un millimètre, c'est-à-dire de l'épaisseur d'une feuille de papier. Mais n'oublions pas que ce calcul repose sur la considération de la plus haute montagne du globe. Que seraient les montagnes ordinaires, représentées, en proportion de leur grandeur véritable, sur un globe de la grosseur d'une orange? Elles seraient nulles. Malgré ses montagnes et ses vallées, la terre est donc parfaitement arrondie; le tourneur le plus habile ne réussirait pas à produire une sphère aussi parfaite ^
En parlant des montagnes, nous avons toujours employé le mot chaîne. Que faut-il entendre par ce terme? Une chaîne est une suite de montagnes qui s'étendent principalement dans une direction longitudinale. Quand les dimensions transversales d'un
1. Quand on parle de la hauteur d'une chaîne de montagnes, il est bon de distinguer l'élévation des cimes et l'élévation moyenne des passes ou cols, laquelle représente la hauteur du dos des montagnes. De Humboldt a calculé comme il suit ces deux données pour les principales chaîneb du globe; il y ajoute l'élévation de la base de ces montagnes au-dessus du niveau prolongé de la mer :
Himalaya. Alpes.
Mètres. Mètres.
Faîte 8300 Mont-Blanc 4810
Passes 6000 Passes 2400
Pied (à Delhi) 300 Pied 400
Cordillères. Pyrénées.
Chimborazo 7000 Maladetla 3570
Passes 3300 Passes , 2700
Pied (mer) 0 Pied (mer) 0
Ainsi, dans les Alpes (etaussi dans le Caucase) , la hauteur du laite est le double de l'élévation moyenne des passes, dans les Cordillères, de Quito et les monts Himalaya, le rapport est celui de U à ô, dans les Pyrénées celui de 3 à 2. Les Pyrénées sont le rem[)art le moins accessible de l'Europe; les Alpes, au conti-aire, qui ofl'rent des dépressions plus profondes, sont beaucoup plus faciles à traverser.
f'ig. 20. Àiguille de Dru et Aiguille verte, dans la chaîne du Mont Bhinc.
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tel système deviennent aussi considérables que la dimension de la longueur, on l'appelle un massif. Citons comme exemple de massifs les montagnes des Vosges, de la Forêt-Noire, des Ardennes, etc.
Un fait à remarquer, c'est que, plus un système de montagnes est élevé , plus son faîte présente d'irrégularités , plus les fentes et les vallées sont profondes, les précipices abrupts, et les pentes rapides.
Les flancs d'une chaîne de montagnes se nomment versants ^ parce qu'on les considère comme le point de départ des eaux qui descendent ou se déversent dans les vallées et les plaines. Les deux versants d'une même chaîne offrent très-souvent de grandes différences : tandis que l'un s'abaisse doucement, l'autre est, au contraire, roide et escarpé. Les Alpes, par exemple, descendent beaucoup plus rapidement du côté de l'Italie que du côté de la France et de la Suisse. Le mont Liban offre une pente très-douce vers l'Euphrate, et oppose une falaise escarpée à la Méditerranée. Cette circonstance générale de structure s'explique d'ailleurs fort bien par la théorie que nous avons présentée de la formation géologique des montagnes. Le point sur lequel s'est faite l'éruption de la matière lancée de l'intérieur du globe, présente un côté abrupt et escarpé, tandis que les terrains qui ont été soulevés sur une grande étendue, à partir de ce point, s'abaissent en une pente douce et graduée, selon leur éloigne ment du centre de soulèvement : de là un versant abrupt et même à pic, et un versant à pente prolongée. Le même effet s'est encore produit quand les montagnes résultent d'un simple plissement de l'écorce terrestre : il y a dans le pli d'une étoffe un côté abrupt et une pente.
Les sommets des groupes de montagnes offrent des aspects très-variés. Ainsi les Pyrénées, vues du côté de la Gascogne, ressemblent aux dentelures régulières d'une scie; de là le nom de Sierra donné à beaucoup de chaînes de montagnes par les peuples espagnols. La crête des Alpes, au contraire, est bizarrement et irrégulièrement découpée. Faisons remarquer que les formes aiguës de ces sommets proviennent de l'action de l'air et des pluies, qui ont diversement altéré les roches et fait naître, postérieurement à la formation des montagnes, ces apparences souvent bizarres.
On distingue, dans une même montagne : le pied, qui repose sur les ondulations de la plaine, ensuite les flancs , enfin la cime, le sommet ou le faîte; si l'élévation s'étend en forme de toit, cette cime se nomme crêie.
La dénomination de montagne ne s'accorde généralement qu'à des gibbosités hautes de plus de 500 mètres; mais le sens de ce mot varie selon les habitudes et la patrie des voyageurs qui l'emploient.
Les habitants des plaines appellent montagne ce qui, pour d'autres, n'est qu'une butte, et les montagnards désignent dédaigneusement parle nom de collines ou monticules, des élévations de terrain fort respectables.
Rien n'est plus varié que la forme des montagnes : leur sommet présente le roc, tantôt taillé en angle aigu, s'élançant en aiguilles droites ou renversées, tantôt arrondi en coupole. De là l'immense variété de dénominations que l'on donne à ces cimes, selon leurs formes particulières : pics, aiguilles j dents, quilles , dômes, puys , cornes, tours , mamelons, trompes, ballons, brèches, etc. Pour mieux faire apprécier la variété de ces formes caractéristiques, nous en donnerons ici quelques exemples, accompagnés de figures à l'appui.
Un exemple frappant des sommets effilés des montagnes, c'est le mo7it Aiguille, dans le Dauphiné.
Dans la chaîne du Mont-Blanc, on voit une série de pics désignés sous le nom même d'aiguilles : Vaigtdlle de Charmoz, Y aiguille de Dru, V aiguille verte, etc. La figure 20 représente V aiguille de Dru et V aiguille verte qui dominent la Mer de glace.
Un autre mont taillé en pic dentelé, c'est le Cervin, qui domine le revers italien des Alpes. La figure 21 représente le mont Cervin, ainsi que les glaciers qui accompagnent ce magnifique échantillon des sommités alpestres.
La montagne de la Table, au cap de Bonne-Espérance, présente a forme d'un immense autel.
L'une des formes les plus curieuses est celle de la montagne de Pierre Bott (fig. 22), dans l'Ile-de-France (autrefois Ile-Maurice). Elle porte le nom d'un certain Peter Bott qui, après avoir réussi à escalader son sommet, périt en redescendant. Un énorme bloc de pierre posé en surplomb, couronne la cime de ce pic, élevé de plus de cent mètres au-dessus de sa base. En 1832, un voya-
Fig. 21. R:orit-Ccrv>, sur le revers italien des Alpes.
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geur, plus heureux que Pierre Bott, s'éleva au sommet de cette aiguille et en redescendit sans accident.
On trouve en Chine des sommets de montagnes qui offrent l'image grossière d une tête de dragon, de tigre ou d'ours. On rencontre quelquefois un labyrinthe de rochers élevés comme des quilles, c'est ce qui existe à Adersbach, en Bohême. Auprès d'Envionne, dans le Valais, il y a des mamelons qui rappellent les anciennes perruques moutonnées ^
Fig. 22. Montagne de Pierre Bott, à l'Ile- Je-France.
Une forme des plus remarquables est celle des montagnes basaltiques. Quand on contemple les rangs serrés de ces piliers immenses formant des montagnes entières, on croit voir des constructions sorties des mains des géants. Aussi désigne-t-on,en général, les dépôts de basalte sous le nom de chaussée des géants.
La figure 23 représente l'une des îles CyclopéenneSj qui se trou-
. De Saussure, Voyages dans les Alpes, § 1061.
vent non loin de la Sicile et ne sont que des montagnes volcaniques résultant d'éruptions de basalte.
Les exemples de mamelons ou croupes montagneuses sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en tracer aucune vue particulière.
Les montagnes percées à jour sont une des plus curieuses bizarreries de la nature. La Pierre permise, dans le Jura, le Pausilippe, près de Naples, le Mont-Artica, en Corse, le Torghat, en Norvège, nous en offrent des exemples remarquables.
La montagne de Pausilippe, site antique et célèbre, parce que
Fig 23. Ile Cyclopéenne.
la tradition y place le tombeau de Virgile, forme un promontoire près de Naples. Elle est percée de part en part, et la route de Naples à Pouzzoles la traverse en entier : c'est une sorte de tunnel de dimensions gigantesques. C'était, à l'origine, une carrière de pierres, et c'est en continuant l'exploitation que l'on a fini par percer la montagne d'un bout à l'autre. Vers le milieu du quinzième siècle, Alphonse, roi de Naples, la fit élargir; plus tard on l'a encore élargie et munie de soupiraux à la voûte, pour y faciliter le mouvement de Tair. Longue de près d'un kilomètre, la voie souterraine de Pausilippe a trente
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mètres de hauteur et une largeur qui varie de huit à dix mètres. Au miheu du souterrain est une chapelle dédiée à la Vierge. C'est au-dessus de la grotte que se voit, avec les débris d'un aqueduc, ce que l'on nomme le tombeau de Virgile.
La figure 24 représente le montTafanato, l'un des plus élevés de la Corse.
Formé de beau porphyre rouge, le mont Tafanato (mont troué), a 2315 mètres de hauteur; il sert de contre-fort au mont Buclia-Orba, qui a 2630 mètres. Près de son sommet est une ouverture qui a plusieurs mètres de largeur et de hauteur. Lorsque le soleil a déjà disparu derrière les montagnes environnantes,
Fiy. 24. Mont Tafanato.
on voit tout à coup ses rayons percer à travers cette ouverture.
Nous ne saurions dire exactement la cause de cette singulière perforation du porphyre au sommet du mont Tafanato. Dans son Histoire illustrée de la Corse, en cours de publication, M. l'abbé Galetti ne nous donne qu'une légende pour toute explication de ce phénomène géologique. En général, on ne saurait rien imaginer de plus plat et de plus nul qu'une légende. Dans tous les pays du monde, les légendes sont toujours et invariablement la même histoire, ce qui doit introduire une étrange monotonie dans les ouvrages où l'on s'est proposé de réunir la collection de ces récits populaires. Le diable en est le personnage obligé : le diable a bâti un pont remarquable par sa hardiesse; le
diable a élevé un rocher pesant au sommet d'une colline, etc., etc L'abbé Galetti nous raconte que le trou du monte Tafanato a été creusé d'un coup de marteau par le démon, dans un moment de mauvaise humeur contre saint Martin. Le pire de la légende en cas pareil, c'est qu'elle fait négliger l'explication scientifique. M. l'abbé Galetti croit nous avoir contenté avec sa vieille histoire
Fig. 25. Le Thorgat.
du diable et de saint Martin; M l'abbé Galetti a tort : un peu de géologie n'aurait rien gâté.
Un l)eau spécimen de montagne percée à jour est représenté dans la figure 25. C'estle Thorgat, énorme masse granitique percée assez régulièrement en arche naturelle ; Atkinson en a donné dans son Voyage en Norvège la figure que nous reproduisons ici.
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Près des rivages de la Nouvelle-Zélande se trouve une série de rochers disposés en arches sous lesquels les flots passent aux heures des marées. Le capitaine Cook nous a laissé les vues de ces curieuses montagnes percées à jour, de ces rochers aux formes bizarres, qui se rencontrent dans les mers de la Nouvelle-Zélande*
Fig. 26. Rochers de l'ile Thoulou (golfe de Siam).
Nous représentons ici (fig. 26) un beau spécimen du même genre : ce sont des rochers qui se dressent aux bords de l'île de Thoulou, dans le golfe de Siam, et sous lesquels passent les plus grands navires.