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Où! les tristes heures, les minutes atroces pour le mères, que celles dont les secondes sont rythmée non sur le balancement monotone de la pendu, mais sur le halètement précipité d’une poitrine d'en. fant. Combien de temps cette vaine chasse au méde cin avait-elle duré? Une heure peut-être, deux a plus, et cependant elle avait paru interminable ? l'esprit de Marcelle. Aussi s’était-elle redressée, dé. livrée subitement d’un poids qui lui broyait les épaules, en entendant le pas connu de Lucas sur le perron. Elle s’était précipitée à sa rencontre, mais s’apercevant que personne ne l’accompagnait :
—“Seul? Tu es seul... Et le docteur?” s’exchma-t-<lle dans un sanglot étouffé qui lui avait bris la voix.
—“Absent” avait sourdement répondu Lucas, e cherchant tout de suite d’un regard craintif à de viner l’état de son enfant.
L’espoir d’un secours efficace avait jusque-là seul soutenu le courage de Marcelle. Si, dans l'horreur de la nuit, penchée sur le souffle saccadé de son en.
fant, elle avait parfois tremblé, elle n’avait cependant pas eu peur. Mais voilà que semblable au naufragé, qui voit s'éloigner le flambeau sauveur auquel il adressait désespérément ses signaux de détresse, voilà que pareillement elle voyait s’éteindre la lueur de salut sur laquelle elle avait tant compté !
Elle était retournée s’abattre au côté du petit malade.
—“Et tu n’as point couru ailleurs ?. .. Chez Verneuil?” reprit-elle dans le silence, impuissante a æ séparer de tout espoir. |
—“J’y euis allé... oui...”
—“Absent, lui aussi ?”
—“Non”, reprit Lucas.
Déjà relevée à cette consolante parole, elle persistait à arracher les réponses par bribes.
—“Et alors?... dis donc... parle...”
Lucas avait en effet résolu en route de ne rien relater à Marcelle du sauvage refus opposé par Verfeuil. Ce n’était pas toutefois sa fierté blessée qui lui avait dicté cette détermination, Non. Sans colère contre Personne, il s'était tout simplement jusé et condamné lui-même. Il se refusait le droit de se plaindre et de récriminer. Il expierait tout bas.
Mais en sentant de nouveau peser sur lui l’atmo:- Phère morne de son foyer, entrer dans ses chairs les tûles stridents de son enfant, lorsqu'il entendit les rémissement étouffés de Marcelle, il perçut que Je châtiment n’atteignait point le coupable et que c'était ‘ somme sur le pauvre petit qui agonisait sous ses
yeux que retombait entièrement l’inhumaine hosti té de Verneuil.
Sans mentir, mais en mêlant à sa réponse le rict de mépris écoeuré qu’il aurait eu pour peindre triomphe brutal qu’un colosse aurait remporté « un enfant, il ajouta:
—“Verneuil a refusé de venir.”
—“T a refusé?... Je sais...” roprit avec 1me tume Marcelle, sans rien expliquer. “Il ne va aime point, vous, les de Beaumont... Oh! le lâche... le lâche.”
Elle avait enfoui sa tête sous les draps et s’éte blottie contre son enfant comme pour mourir ave lui et ne plus rien voir, ne plus rien apprendre de laideurs et des hontes humaines que la vie ne cessi de lui dévoiler.
Lucas, lui, était resté debout, immobile, roulan sa pensée dans je ne sais quel vertige. Dans son an goisse d’approcher, il se contentait de suivre (t loin, sur le coin de lit où se débattait son enfant, l
mouvement d’ondulation des draps. Il pensait à L fois à Verneuil.
—“Le lâchel... le misérable lâche!” avait mn bout d’un temps repris Marcelle à travers ses larme désespérées et en échangeant avec ucas un regari d’impuissance. Quant au petit Gérard lui-même, « pèle charpente sans cesse soulevée et disioquée rs la tension respiratoire, il avait pareillement promeni un regard de détresse infinie sur les choses autour de lui, puis il e’était abattu dans les mêmes creux (?
ss orcillers. Dans la nuit et le silence, tout cela était suprêmement poignant.
Lucas n’osait remuer. Il se tenait toujours debout, +pparemment impassible, Mais en lui-même une voix le torturait; il entendait le bruit de galop de plus en plus préripité qui, de sa poitrine, moatait lui heurter les tempes. Le condamné, qui dans sa soif d'existence rumine secrètement en lui-même s’il va étrangler son bourreau ou tendre docilementt ses mains aux fers, doit avoir un peu Cette attitude de mystère
‘B farouche.
Tout à coup, srisissant sa casquette, ji: s'était glissé en silence auprès de son enfant et l'avait embra:sé au front au milieu des mèches moites; puis sans rien dire il s’était emparé d’une petite bourse, — dédai. mée et perdue dans les replis des oreillers — avec kquelle Marcelle avait
C'est que cette naïve petite chose c'était le trésor sacré de Gérard; linviolable dépôt, où, depuis sa Ï tassait et faisait tinter les gros sous et les pièces blanches que le grand-père de Beau- Lucas lui-même, y avaient Avec la sorte de serrerhent rouver, il semble, ceux qui les soirs de bataille, Lucas
tn avait retiré le contenu.
—"“Que fais-tu ?”* murmura tout bas Marcelle in
endite. de.
Lucas n’avait Hioint fait de réponse, mais un geste
seulement, un geste implacable de la main et des épaules comme pour dire: — “Ne m'interroge point” et assourdissant ses pas il avait disparu par la porte de sortie. En entendant aussitôt sous la fenêtre un roulement rapide de roues qui s'éloignait, Marcelle comprit, et de nouveau elle se sentit plus forte. (C'était bien vers le village, en effet, que Lucas retournait.
Allait-il éprouver un nouveau refus? Verneuil affichera-t-il sa même dureté sauvage? Non, Lucas s'était disposé à le supplier si humblement, cette fois, à lui offrir jusqu’aux pauvres gros sous de sou enfant, s’il le fallait, qu’il sourait bien Vattendrir Mais à mesure qu'il approchait, sa détermination de vaincre prenait une autre forme, se raffermissait en s’appuyant sur d’autres motifs. .. Eh! quoi, n’est-ce | Pas, Personne n’a le droit de laisser sous ses yeux Férir un enfant sans le secourir!
C’est le tintement douloureux de ces naïves petites pièces, presque volées, qui pardessus tout le poursuivait et l’aigrissait. Et lorsqu'il sauta de voiture pour tenter un nouvel appel, il sentit dans sa poitrine son souffle frémir comme dans un halètement de lutte.
Peut-être pour reculer le moment décisif ; peut-être simplement pour deviner d'avance, à expression seule de la figure, la réponse qu’il allait recevoir. Lucas était resté debout à lentrée de l’officine et, sitôt que Verneuil eut lui-même paru, il n’avait at. taché sur lui qu’un regard tenace et pénétrant, char. gé de toute l’ardeur de l'appel qu'il apportait.
Verneuil comprit sans doute la portée de ce regard,
et des point” Jorte de un rou.
le com- C'était rnait.
erneuil , Lucas , Cette de son endrir.
ion de sait en est-ce s yeux
petites Jursuie pour ne sn 1t-être ession voir, ne ei, it at char-
gard,
sar il répliqua tout de suite comme à une interrogetion véritable :
—“Je vous ai pourtant déjà formellement déclaré, de Beaumont, que je n’irais point”, et il fit le geste insultant de clore la porte.
Sans bouger, Lucas reprit d’un ton glacé, quoique très doux :
—“Verneuil, per pitié pour mon enfant, je vous demande de venir... Je le demande aussi pour vous, Verneuil, pour vous” répéta-til comme sous l’empire d’une résolution inflexible. .. “J’ai réfléchi en route. On ne laisse Pas s’accomplir ce que vous projetez d’accomplir. . .”
—“Sont-ce des menaces? Voyons, auriez-vous l'insolence d’ajouter des menaces?” répliqua Ver. neuil avec aTTOgance.
—“Non, ce ne sont le temps ni le coeur d
... Mon Dieu ! jy étais prêt à ce rôle. prêt à me jeter à vos pieds... Je vous aurais donné cette
—“Allons, à quoi bon parlementer inutilement ?” reprit ce dernier,
En.
—“Alors c’est vrai, Verneuil, que tu ne visais qu me darder plus à fond en me reprochant tantôt m dénûment?... Tu ne te souciais point du paieme de ta cours, hein?... Tant mieux, tu m’épargn un acte honteux; j'allais t’offrir le contenu de la p tite bourse de mon enfant... Voyons, viens, Ve neuil.” Et de nouveau adouci il s’était avancé ve lui les mains suppliantes.
—“C’est inutile d’insister, vous dis-je, de Bea mont... Ne suig-je point libre à la fin?...Attend le docteur Duvert,” acheva-t-il impitoyable.
—“Attendre?... lorsque mon enfant se meurt?
Je vous en supplie, Verneuil, venez tout de suit venez avant qu’il ne soit trop tard. . .”
Mais voyant que Verneuil conservait toujours so même masque satisfait et dur, un sursaut de révol subite le fit se cabrer lui-même contre sa prop attitude de prière. Il s’exclama farouche, ses rude poings de laboureur tendus comme des massues:
—“A quoi bon supplier, en effet?... Les brute ce n’est pas par le coeur qu’on les prend... On ke mène par le cou, comme les bêtes de nos champs.”
D’un élan il avait bondi sur Verneuil et Pavait à L fois empoigné à la gorge et à la ceinture,
—“Suis-moi,” lui hurla-t-il sauvagement, en l'en: traînant comme il venait de dire.
Verneuil possédait de la vigueur et de l’orgueil. I rugit à son tour en sentant ses talons crisser malgn lui sur le plancher, ses doigts s’écorcher en vain au murailles et aux meubles, Car ce n’était plus une main, mais une griffe féroce qui l'avait happé, k
— 195 — À tenaiïllait à la gorge, le tirait, le soulevait avec une force surhumaine.
—“Tu viendras, te dis-je, misérable, ou je t’étrangle”, hurlait Lucas emporté par une véritable frénésie.
Verneuil avait tenté de résister à l'étreinte et il s'était accroché un instant au chambranle, mais la même griffe avait continué de serrer, de serrer impitoyablement, et l'avait tiré, arraché, hissé au dehors. Ses talons inertes avaient battu les marches du perron. Ii s’était mis à râler.
Lucas ne le vo
++. C’est bon.
petit Gérard râlait lui a Au has
tage les doigts; une était simplement écroulée
lui cria de tout près sur lui et appela de
Ni un mot, ni un souffle. Verneuil n’était plus qu'un cadavre.
Cela avait été Pareillement sinistre Je retour et la entrée de Lucas au foyer. Après avoir longtemps Foué comme un halluciné autour du logis, il avait à
nu a CRE
En
la fin en tremblant poussé la porte et plongé so regard avide à l’intérieur. Mais rien n’avait remu dans le petit lit; des creux et les replis des drap étaient demeurés inertes et froids comme découpé dans le marbre; plus de râlements non plus, plus à hoquets, rien qu’un silence morne traversé de long sanglots étouffés qui faisaient mal à entendre.
Et alors comme si un calme apaisant se fut tout coup substitué à l’état d’hébétude et d'égarement 0 il se débattait l'instant d’avant, Lucas s'était coul æuprès de Marcelle et l'avait longuement étreint dans ses bras, puis avec mystère :
—“N'en veux plus à Verneuil, Marcelle... Nou sommes quittes...”
Eee rime ne
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Bts 25
= PE nent Es EE ons aomemnm À uns d
Chez les Duvert, le docteur était pareillemen: atterré, autant par la mystérieuse nature du drame que par le désarroi douloureux qu’il soupçonnait exister au même moment dans l'esprit de s fille et qu’il faisait mine de ne point percevoir. Souvent c’est là le pire tourment des pères de se croire tenus, en de telles circonstances et par secrète gêne de coeur, de ne rien laisser transparaître de leurs propres obsessions. De son. côté, tout en poursuivant la conduite tranquille de son ménage, la vieille Marianne avait aussi longuement réfléchi, retourné et analysé la situation dans tous ses aspects. Jacqueline n’étaitelle pas, en effet, un peu son enfant et ne l’avait-elle pas de tout temps entourée de ses soins comme une véritaile mère? Bien que rien, même en son temps lointai1 de jeunesse, n’eut en réalité jamais battu d’amour dans sa pauvre poitrine, elle s’était, malgré son inexpérience de coeur, formé de ce sentiment une conception très juste. Toutes les femmes d’ailleurs possèdent sur ce point une intuition spéciale presque instinctive. (C’est pourquoi, en récapitulant les impressions confusément entassées dans sa mémoire, elle avait toujours trouvé dans l'attitude de Jacque line un côté étrange, inexpliqué et mystérieux, qri démentait justement cette conception qu'elle s’était faite de l’amour vrai. Alors, aux bonnes voisines qui tristement s’attendrissaient en ea présence, s’empressait-elle de répliquer un peu aigrement, en cor. rigeant leurs doléances et comme pour mettre Ja
queline au-dessus des atteintes d’un Verneuil: “Ah'
vs bonnes dames, la Providence sait bien ce qu’elle ait, allez.” Chez Jacqueline ellemême, rien n’avait effacé expression songeuse et toujours un peu voilée de physionomie. Sa même mélancolie absorbée sub-
ouvent M Et comme on commençait, avec une persis-
tenus, D, de plus en plus tenace, à mêler au drame le
OUT, Dom de Lucas, la pensée de Yves, de Marcelle, du
Se ob Er de Beaumont, — de tous ceux-là qu’elle chécon-
issait, Mais dans la vie desquels elle ee retrouvait ns cesse comme un être malfaisant — cette rait encore assombri et compliqué son état d’âme.
n’était . . . . . . . . . . . .
ait-elle D «Ah1 mon bon monsieur, la Providence sait ne UD Bin ce qu’elle fait, allez.”
temps
Cette fois, c’était au docteur Duvert lui-même que ianne avait jeté sa phrase énigmatique. Préocpé de découvrir jusqu’à quelle profondeur sa fille ait atteinte et dissimulait sa souffre ace, souvent il iterrogeait la vieille servante à son sujet.
—“Oui, tu es de cet avis, Marienne?... Tu te vnsoles ainsi?... Pourvu que Jacqueline ne s’atriste pas trop amèrement... car avec 60n extrême msibilité d’âme, vois-tu. ..”
—"Mon Dieu! oui, je la Plaindrais avec larmes i je partageais vos soucis et si je la croyais, comme vus, aussi véritablement éprise.” Puis dans un brusx retour d’idées, après un moment d’hésitation :
D'abord est-ce vrai ce qu’on raconte: le refus
uvage de Verneuil de secourir Penfant mourant ? Lucas ?”
Êre
—“Ce serait bien vilain, en tous cas” acquie ça distraitement le docteur.
—“Car lorsqu'on ne met pas de coeur dans sm métier, on n’en met point dans sa vie, n’est-ce pas” appuya aussitôt Marianne, avide d’amener son mat tre à l’approuver. |
—“Tu n’as pas fait de pareilles réflexions dev Jacqueline, au moins ?”
—“Non, je n’ai pas osé. Mais qui sait si elle n’e. tretivnt pas le, même sentiment.”
—“Je ne te croyais pas aux prises avec d’ausi bizarres idées, ma pauvre Marianne... Veux-tu m dire que Jacqueline n’aimait point Verneuil ?”
—“Depuis longtemps, en effet, je roule: dans vieille caboche l'idée que Jacqueline n’acceptait 1 en amoureuse, mais subissait en victime, comm mystérieuse rançon, le poids des obséquieuses atta tions de Verneuil. Comment? Pourquoi? A ca de qui? Je me le suis souvent demandé; j'auni souvent désiré le demander à elle-même. . .”
—“Tu te plonges dans le roman, ni plus ni. moin Marianne” réplique en souriant le docteur Duve “Va, c’est le caractère si fermé de Jacqueline qu t'a évidemment mystifiée et déroutée. .. Je crai au contraire qu’elle ne souffre profondément e secret et c’est pour en découvrir le degré que jet poursuis parfois de mes questions...
simuler l’amour.” Sentant qu’elle trahisait quelqu'un ou quelq chose, Marianne aurait voulu couper court à ce nm
ment, mais pour atténuer un peu aussi la peine qu’elle
myait-flotter dans l’âme de elle reprit :
... Je ne contredis Pas... Peut-être -..” Elle suspendit sa Phrase, avec un air
de vouloir interroger à son tour, mais n’osant pas le faire elle disparut dans la pièce voisine,
Un long hiver avait passé sur les tragiques év&r ments que nous venons de relater.
Les champs de la terre paternelle avaient de 2 veau reverdi et, à travers les foins et les pommier on voyait s’agiter comme autrefois la laborieuse # houette du père de Beaumont.
C’est que le pauvre vieux, incapable de se décide à laisser son ancienne ferme tomber entre des mai étrangères, en avait repris l'exploitation. 11 lui se blait de plus qu’il ne s’acquittait que de son sim] devoir. Car il se rappelait sans cesse ce sinistre sui d’automne où son fils Lucas lui était apparu avec telle figure d’angoisse et de douleur que snontank ment, sans interroger, il s'était exclamé on l'ane cevant:
-—“Malheureux! C’est donc vrai q'ie tu las tué
—“C'est vrai”, avait tout droit répondu Lue en prêtant l’oreille aux bruits du dehors. Puis nl prenant solennellement: “Et si je ne me suis poi livré, crois-moi, vieux père, ce n’est pas que ji
beaucoup à cacher... Marcelle dira tout d’ailleurs et 'établira s’il le faut... La justice, la vraie, ce n’est as celle-là que je redoute; c’est laveugle justice les hommes qui me répugne et que je veux fuir. et pourquoi je venais vous confier Marcelle et ous embrasser avant de partir.”
—“Partir, toi aussi, Lucas ?”
—“Oui, car pour honneur des de Beaumont, je ke veux ni d’arrestation, ni de prison, ni seulement ur mon épaule la main flétrissante de la police.”
—Tu as raison”, acquiesça douloureusement le re de Beaumont.
Pays projettes-tu de te e -t-il, avec la voix hésitante et mblée des vieillards chez qui l'émotion a comme ut à coup barré la poitrine, —“Je l’ignore encore... Je sais seulement que je a pourrai jamais revenir... jamais...” répéta "++ avec un regard qui révélait que à ce moment D cherchait à y fixer, pour la retenir éternellement, dernière vision vivante de son père, de même que rage confuse de tout ce qui lentourait.
—"Et Marcelle ?” —“Oui, Marcalle. Vous voyez, Pauvre, qui est la plus atteinte...
quelque coin reculé — et où je pourrai à la fois ré.
pandre un peu de soleil sur la sienne, selon que je lui ai juré sur les lèvres glacées de son enfant, — je saurai bien l’en avertir et l’y amener secrètement... Je viens vous la confier en attendant... elle ne vou sera guère à charge, allez, vieux père... Comme tou. jours elle pensera d’abord à essuyer vos larmes avant . de sécher les siennes. . .”
Ils étaient restés silencieux, égarés tous deux dans un chaos inextricable d’idées. Tout à coup il leu avait semblé entendre dars le lointain un bruit souri qui se rapprochait, se rapprochait, sur la route pierreuse.
—“Embrassez-moi, vieux père,” reprit vivement ‘Lucas en s’arrachant à un cauchemar qui l’entraînait dans des abîmes sans fin... “J’ai confiance qu
vous me plainèrez toujours plus fort que vous n m’accuser’
Ils s’étregsurent alors longuement dans la nuit sans proférer aucune autre parole.
Puis Lucas s’était dégagé doucement et, sans brui en amortissant ses pas dans les herbes, il avait dit paru derrière une haie de l’enclos.
Ce qui pesait maintenant aux épaules du vieux i Beaumont, ce n’était point de manier de nouveau 1 charrue, de s’être remis à brandir la fourche ou faulx, c’était, la journée de travail finie, de reprend toujours seul le chemin du logis.
Dans l’âpreté du labeur quotidien, il s’étourdissai en quelque sorte à la besogne ; il oubliait le vide mo ne qui planait autour de lui; mais, le soir, de:
plus voir personne des siens surgir, ainsi que naguère, des sommets des coteaux voisins, pour redescendre du champ avec lui, le long des fossés ou des haies, tout en discourant des choses de la terre... cest à c moment que toutes ses pensées noires venaient fondre sur lui.
Heureusement que Marcelle lui restait et que, en la retrouvant à la maison familiale, — disposant en tâte la nappe et le couvert, les lèvres tendues pour un accueil plein de tendresse et de charme enfantin. — il sentait aussitôt se répandre en lui comme un effluve passager des jours d'autrefois.
Quant à Marcelle elle-même, si elle portait toujours bien cuisante au coeur la trace des meurtrissures que h vie y avait faites, elle avait par contre pour la soutenir la jeunesse, c’est-à-dire tout ce qui s’y rat. tache d'espoir, de force et d’amour. A Pimitation des jeunes pläntes que les orages ont tordues sur le sl et qui bientôt, de leur seule sève, se redressent sous le premier souffle vivifiant, elle s'était de même relevée, décidée à parcourir sa route jusqu’au bout.
Jusqu'au bout, c’était là-bas son Lucas, qu’elle uivait saïis cesse en esprit, qu’elle protégeait en iêve, de ses bras autant que de ses prières, contre toutes sortes de rencontres chi riques, et dont il
. QE me me Te on ques De