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elles étroites, des chemisettes à liséré rose où res-
taient encore acuivchés, semblait-il, les rêves, roses aussi, au milieu desquels tout cela avait été exécuté. omme elle avait travaillé, n’est-ce-pas !
—Le jardinet maintenant, il fallut le voir aussi. De la fenêtre entr'ouverte on en suivait les allées bien ratissées, les plates-bandes droites et taillées omme des équerres. Sur les carrés c’étaient des nchevêtrements de petits pois, des alignements oignons à longues queues, raides comme des paraonnerres, des radis qui dressaient leurs panaches erts, et des choux, des groseilles, des pommes verneilles plus loin...
—“Tu n’en veux pas, Jacqueline ?”
Sans attendre la réponse, elle était partie à la ourse, travérsait les allées enjambait les sillons. Déjà, les branches des pommiers abaissées, elle en vait atteint les plus beaux fruits et les entassait récipitamment dans son tablier. Et au retour, en Squissant un sourire fier et gamin, elle signale, de A main restée libre, le faucheur dont on distingue ettement les lourds balancements en cadence, loin, à-bas, dans les champs en pente. “C'était lui, son UCas... un rude travailleur... dans le genre de ves, son frère... Tu le connais celui-là ?. . .”
—“Non, tu ne le connais pas ?” avait repris Marlle avec étonnement, C’est que, l’autre jour, il à si longuement parlé de toi... Tu dois l'avoir ncontré ?... Il demeure maintenant au village, avec n père et sa mère. Il n’a jamais voulu cultiver ln
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terre, lui. Il est dans l’industrie; à l’emploi de grande fabrique de poudre de Beloeil... Il espère aller loin... Mais tu sais, contre des concurren anglais... Un beau grand garçon, l’air doux...” C'était vrai, au fond, que Jacqueline ne co:na: sait pas Yves, qu’elle ne l’avait probablement jamai rencontré. Où avait-elle donc alors puisé les ren seignements si complets qu’elle possédait déjà sui son compte?... Car elle n’ignorait rien à son suje ni son nom, ni sa belle mine, ni son expression dé figure, ni son état, rien... Pourquoi donc s’en êtn cachée et avoir répondu: non, à l’interrogation, « réalité bien indifférente de Marcelle, si ce n’e« qu’elle la supposait tout à coup pleine de sous-e tendus? Et il lui vint la sorte d’embarras qu’ éprouve à être surpris un mensonge aux lèvres. KE ne savait même plus où poser son regard et elle che chait en vain les mots avec lesquels elle eut pu nouer la conversation. Subitement, comme très in téressée : | —“Oh! Marcelle, tu possèdes une cheminée no mande dans ta maison? Que c’est charmant.” “Les chenets, va, ma Jacqueline, ce n’est f là endroit où je pose le plus souvent les pieds.” “Si tu permets, je viendrai moi-même y jets une bûche, l’un des premiers beaux soirs d’automne Jacqueline avait tout de suite été envahie par charme profond, presque sacré, qui se dégage 4 ces anciennes cheminées géantes, si bien placé pour symboliser le foyer, le véritable foyer famili Les souvenirs intimes semblent tous s’y être blott
omme pour se conserver toujours vivants, toujours hauds. On ose pourtant les faire diparaître auourd’hui de nos vieilles maisons de campagne, ces ttendrissantes cheminées. On ose porter sur elles les mains sacrilèges et brutales pour en arracher ane à une les pierres et les éparpiller au hasard. ais est tout l’âme de ces maisons que l’on arrache lors, et si seulement l’on écoutait, l’on entendrait eurs SOUPIrs à travers les lézardes.
—“Toi, Marcelle, tu ne permettras jamais pareille rofanation, n’est-ce pas ?” ajouta Jacqueline.
Et elle se mit à examiner tout dans la vieille deneure : les lourds murs de pierres des champs, solides neore comme des bastions, les étroites fenêtres qui y encastraient, les solives en relief des plafonds, les ortes, portant encore aux rebords de l’encadrure s entailles nombreuses à l’aide desquelles on avait
ccessivement marqué les changements de taille e toute la lignée des de Beaumont. |
—“Tiens, voici la coche qui indiquait la stature e Lucas, à treize ans... Voici celle de Yves, à douze ns, parait-il].”
—“Et dire que j'aurai bientôt à en ajouter une our celui-là,” acheva Marcelle en désignant son dfant endormi. “C’est si vite écoulé, le temps... vite.”
Fut-ce une vision lointaine de ses jeunes années hi accourut à ce moment l’assaillir? Fut-ce plutôt vision subite, toujours si troublante pour les mès, des années encore inconnues de son enfant, fut-
Es rne etes te = cite
- . “ #4 ns antenne
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ce simplement l’un de ces riens inattendus qui vien nent parfois brusquement heurter certaine fibre d coeur trop prête à vibrer? Elle-même n'aurait p le définir. Mais à peine eut-elle prononcé ces mot: répétés deux fois comme en rêve qu'un spasm:
jailli de l’âme, l’étreignit subitement à la gorge. El se contint cependant et ne se trahit pas. Seule un i.pide crispation de figure lui tordit momentanémen les lèvres.: Se domptant tout de suite, elle reprit, | voix légèrement frémissante :
—“Va, si tu savais, Jacqueline, comme cela m fait plaisir de te retrouver à côté de moi.”
Puis elles n’avaient plus su quoi se dire, ni un ni Pautre. |
A ce moment le soleil commençait à se penche dans son ciel et allongeait par la porte entr'ouvert de grands rayons tranquilles sur les tapis. Partou au dehors, c'était délicieux. On n’entendait auc bruit; seulement le gloussement des poules qui, quetant ça et là, se nromenaien: dans la basse-coi ou faisaient la chasse aux sauterelles dans l’encli voisin. C’était si pur aussi que le versant de mont gne — tout vert par ses sapins, ses épinettes, st fougères — qui délimitait la ferme, au loin, sen blait se prolonger sur elle.
Jacqueline captivée aümirat doucement la majc: . du tableau. Tout à coup elle aperçut Lucas, sa lo gue faulx à l’épaule qui débouchaït du sommet d’ coteau. Il suivait à pas lents un petit sentier ( vaches perdu sous les arbres.
—“Tu as bien raison de dire que le temps passe jite, Marcelle. C’est l’heure de m’enfuir. Bonour,” lui cria-t-elle sans la regarder. Et elle s’en au va.
.. Vu qu’il faisait encore très clair à ce moment, que de grosses mûres d’un aoir-pourpre pendaient entatrices le long du chemin, que d’absorbantes pensées, d’un ordre tout à fait nouveau, persistaient
bourdonner aux oreilles et rendaient les pas incer.
ains, Jacqueline n’atteignit la frontière de son vilage qu’à l’heure de l’Angelus.
Dans le cabinet de travail du docteur Duvert.
La besogne de la journée est terminée... Dans fournaise, une flambée de menu bois lutte contre le premiers frissons d'automne qui sournoisement com mencent à s’insinuer chaque soir dans les pièces d logis. La vieille Marianne a allumé les lampes, rem en place les objets épars, baissé les stores des fené tres, puis discrètement s’est retirée... push, push. push...
Jacqueline s’était mise à lire enfoncée dans immense fauteuil. Le docteur, lui, après un va € vient qui l’avait promené de sa bibliothèque à & table de travail, puis de sa table de travail à 1 petit meuble en vieil acajou qui lui servait de secré taire et auprès duquel il s'était distraitement arrê un moment, avait saisi au hasard une revue médi cale. Il y jeta un rapide coup d’oeil, puis la déposan
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put de suite, il était allé, sans rien dire, s'asseoir xprès du feu. Il demeura un instant songeur, les attachés sur sa fille:
—“Tu ne me parles pas un peu, Jacqueline?
ue lis-tu donc de si abscrbant ?” —“Le volume que tu m’as passé hier, PEmigré > Bourget,” répondit-elle doucement. —“C’est admirable et charmant, n’est-ce pas?... en dis-tu ?...” —“Qui, admirable.” —“Ah! ces romanciers français, quel talent ils it” Tout en parlant, il était allé prendre un siège près de sa fille. “Saisis-tu bien la thèse qui sæ gage de l’œuvre de Bourget?... C’est quand on mpare la puissance de tels écrits à celle des proctions intellectuelles qui éclosent ici de temps à au- 8 qu’on en constate davantage l’étonnante supébrité. Est-ce que cela ne t'a point déjà frap- 2.»
Sans s’être jamais sérieusement mêlé au mouveent intellectuel de son pays, le docteur Duvert n’en ait pas moins toujours suivi la marche avec intérët. Sa femme mrte, la tenue réservée et un peu sauge qu’il avait depuis adoptée, son isc!. ment à la mpagne, tout l’avait naturellement amené à recher. dans les livres, dans les revues scientifiques, ns la lecture-et l’étude des veuvres littéraires noues, les quelques distractions intellectuelles qui aument lui eussent totalement fait défaut. (C’est psi que, au hasard de l'inspiration, — soit pour
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répandre une idée qu’il considérait juste, soi pour raconter quelque délicieuse scène chan pftre saisie au cours de ses courses le long du Rich lieu, soit simplement pour s’amuser à laisser flotte son esprit dans de naïves fictions — ii avait tou à tour livré à la publicité et des articles sur diverse questions sociales, et des communications scienti fiques et de pures nouvelles littéraires. Et nain tenant que sa fille grandissait, qu’il retrouvait ch4 clle une partie de ses propres goûts, il en avait fi son confident, souvent même son conseiller.
Rien de charmant et de naïf comme cette soudui étroite qui, rajeunissant le père et vieillissant la fill avait fini par en faire presque deux camarades.
Aussi que d’étiquettes latines à coller sur les bc teilles, que d’onguents, que de poudres n’avaient-i point préparés de concert, par des soirs comme 0 lui-ci, tout en discourant familièrement sur mi choses, aussi bien sur les cas de médecine traités cours de la journée que sur les incidents politiqu rapportés par les journaux.
Jacqueline était autour de lui la seule personne laquelle il put s'adresser tout haut; c’était à elle q soumettait ses opinions, exposait ses théories, col muniquait ses idées et ses projets. Il la consult comme on consulterait un ami de son âge; moi peut-être pour obtenir son avis, que pour l'ame à accepter et à approuver son propre sentiment. s’en servait en quelque sorte comme d'un sujet d'
périmentation.
PS
pmpte, dans une telle atmosphère, il en avait étonmment développé la précocité, prématurément meué et mûri l’intelligence.
—“Vois-tu,” continua-t-il, “il y a un véritable aidoyer dans ce livre de Bourget, de même qu’il y un factum dans son Divorce. Combien j'aime ce enre que les écrivans français modernes adoptent jour d’hui de plus en plus. C’est de la fiction et de l’histoire. L’auteur, conscient de sa responbilité, écrit pour le triomphe d’une idée, Il ne tend s uniquement à amuser, il entreprend de convain- —“Et"La terre qui meurt”, de Bazin sur lequel t’extasiais tant, père, l’autre jour !” —“C’est surtout un ouvrage délicieux par le charme ocateur qui y plane, mais il est vide de toute docuentation, de toute subtilité d’analyse. Je trouve e le livre n’ajoute rien à son titre. Quelle image rêmement attendrissante il s’en dégage toutefois: bte bonne vieille terre française qui succombe faute bras. Cela vous empoigne. La leçon y est pareilment bien présentée... on y défend une idée, là ore.”?
—“T1 n'existe rien de ce genre, ici?” demanda queline, - “Rien... je ne connais rien. Cela s'explique en nme. Vois-tu, ici, ce n’est pas toujours le talent i manque, ce sont surtout les situations, le milieu. éléments, la matière première, quoi, si absolunc essentielle pour l'inspiration et la composition
PS en
du livre... Je parle des oeuvres de fiction, tu con prends ?”
—“]I] me semble pourtant que. . .”
—“]Il te semble...” Le docteur se leva tout fis des objections que Jacqueline paiuissait vouloir soi lever... “Tiens, suis-moi bien, je vais te le déma trer. Tu lis présentement l’Emigré de Bourget eh ! bien, dissèques-en chacun des chapitres ; tu déco vriras immédiatement qu'aucun de personnages 1 se peut transplanter ici. Fais le même travail d’an lyse pour tout autre roman français, tu constate presque toujours que les éléments qui le constituen et en font la puissance ou la beauté, manquent ab lument dans notre pays...”
—“Mais de Gaspé, Lajoie, de Boucherville, M mette, Lemay, n’ont-ils pas produit de jolies choses! reprit vivement Jacqueline... “Jean Rivard, exemple ?”
—“En effet, de jolies choses, c’est bon. Ils n°0 donné cependant que ce que notre milieu permet de donner. Tu ne vas pas, je présume, établir { parallèle entre leurs oeuvres et celles... Non, ile impossible que tu ne sentes pas autrement. Je si content quand même de t’entendre ; j’aime ça que m’objectes ton opinion.”
—“Alors tu considères que c’est le manque d ‘ ments constitutifs, selon que tu dis, qui entravei la production des oeuvres de fiction ?”
—“Certes, oui. Mais note donc, Jacqueline, l'écrivain canadien — je vais tout te dire, puisque sujet t'intéresse et que nous n’avons, d'ailleurs, ri
mieux à faire, ce soir, n’est-ce pas? — que lécriin canadien doit commencer par écarter de son prit toutes les thèses fécondes et fines susceptibles reposer sur le divorce, l’adultère, les liaisons pres, vu que rien n’existe suffisamment de cela dans js moeurs pour en tirer parti avec vérité dans un re. Il est pareïllement tenu de se priver des situans intéressantes qu’il pourrait songer à faire naître s crises religieuses et sociales, des conflits entre ément laïque et clérical, entre la libre-pensée et rthodoxie, car cela aussi manquerait d’à-propos. 4 as-tu jamais réfléchi là-dessus ?” Et le docteur «à vert souriait narquoisement en arpentant la pièce. 5 Ï reprit: “Maïs en face de quelles maigres dones se trouverait-il de plus s’il désirait sonder notre he militaire, analyser nos guerres et nos révolutions A ns le dessein d'en faire surgir quelque émotion issante... Nous n’avons pas d'histoire depuis un le... Rien non plus à extraire d’original et de fort s moeurs ou opinions publiques de ce pays, où les bats se livrent sur les chiffres, rarement sur les où nul sentiment, nulle passion ne dérive, nive er "rance et aïlleurs, des conflits constants et datuut de siècles lointains — qui existent entre : s diverses classes sociales et qui ont fini par morer les populations en une infinité de groupements litiques ennemis...” 11 alla empoigner le volume e Jacqueline tenait encore entre ses mains, et le ndissant: “Toute l'inspiration de la thèse puisnte qui est ici exposée ne découlet-elle pas, voyons, ces seuls mots: des groupements politiques enne-
mis?... Ici, les conflits sociaux tiennent dans 1 fait divers.”
Comme Jacqueline exprimait la hâte d’émett une observation... “Non, ce n’est pas tout, repri ... Laisse-moi aller jusqu’au fond de la question. Pas de théâtre non plus, pas de peinture, pas d’h titut, pas de prix littéraires, pas de musées, pas de boratoires, pas de salles d’armes, pas de bibliothèq publiques, pas de Légion d’honneur, pas de duel, p de conscription militaire, pas d’écoie de marine; conséquent, pas de comédien pour personnage livre, pas de peintre, pas d’artiste, pas d’immo pas d'hommes de lettres de carrière, pas de décoi pas d’homme d’épée, pas de conscrit, pas de mari rien, rien... Qu'est-ce que tu voulais me dire, tan Jacqueline ?.. .”
—“Mais au moins, il nous reste la terre et l’amo — pareils partout, féconds et intéressants partout. Regarde donc Marcelle... N’y a-t-il pas un ch mant chapitre de livre à tire de sa vie ?”
—“Tu dis juste, en effet... L’amour et la terne reprit le docteur en songeant. “Mais si l'écriva canadien ne possédait pas ça?... Encore est-il te de ne s’en servir que d’après certains clichés.”
—“Oh! je saurais bien, moi, il me semble, tirer un plan original et franchement canadien ajouta Jacqueline en riant.
Le docteur reprit souriant à son tour:
—“Je le connais, va, ton plan indigène... Veu tu que je te le détaille? Cela a été écrit vingt foi Elle, la beauté personnifiée, une madone de Rap
Sais-tu e soir?