‹ La terre pour rienChapitre 1 sur 7 · RUB MADAME · texte numérisé non relu

RUB MADAME

Reproduction et Traduction intcrditt*

Iz A**** te fif $— ^

(//LàA^eAA vO\4am^%^^ f*****J<^

L'auteur de ce petit livre est partisan résolu de l'émigration française au Canada, au triple point de vue du colon, du Canada et de la France ellemême.

Du colon. Il suffira de parcourir les pages qui suivent pour se convaincre que son établissement est facile et son succès assuré dans des conditions autrement favorables qu'en notre vieille Europe au sol morcelé, usé, grevé d'impôts.

Du Canada. On y désire une forte immigration qui hâte la mise en valeur de ses merveilleuses ressources. Des gens de tons pays y affluent : quel meilleur élément peut-on souhaiter que le nôtre ? Deux peuples seulement sont chez eux au Canada, les Anglais et les Français. En fortifiant la nationalité canadienne-française, c'est le Canada tout entier dont on prépare et assure la grandeur.

De la France enfin. Ici, à quels préjugés, à quelles objections superficielles mais tenaces ne se heurte-t-on point. « Est-ce bien le moment, dirat-on, de pousser à l'émigration, alors que la population de notre pays reste stationnaire et que ce fait inquiète vivement tous ceux qui ont le souci

de notre avenir ? » C'est précisément, répondrai-je, cette situation qui nous impose d'éclairer nos compatriotes sur l'urgence et sur les bienfaits d'une émigration bien comprise. La principale cause de l'arrêt de notre population réside dans la difficulté d'assurer aux enfants une situation en rapport avec nos prétentions et notre genre de vie. Pour un pays donné et dans des conditions sociales et morales déterminées, il existe un chiffre d'habitants qui ne peut être dépassé. Et le cri général qui s'élève contre la pénurie des situations prouve suffisamment que ce chiffre est atteint en France, pour les Français. Pour les Français, car des voisins plus rudes, des Belges, des Italiens envahissent les régions frontières ou les grandes villes et viennent exercer des métiers modestes dont nous ne voulons plus. Il n'y a donc pas de place actuellement en France pour plus de Français ; et, si nous voulons mettre fin à la gène qui se manifeste* permettre à notre race de reprendre son rang dans le monde, il faut lui ouvrir de nouveaux horizons, il faut montrer à nos cultivateurs l'héritage magnifique qui, à dix jours d'ici, attend leurs fils au Canada et rend inutile le partage du lopin de terre paternel ; à nos bourgeois inquiets du sort de leurs filles maigrement dotées, le pays béni où Ton se marie sans dot ; à nos industriels, à nos capitalistes ces multiples industries naissantes et prospères suspendues à tous les « pouvoirs d'eau » des innombrables cascades bouillonnant dans les forêts de sapin. Voilà l'avenir de notre race, voilà où elle doit essaimer 1 Et, réveillée enfin de sa léthargie, refaite à des mœurs plus saines, reprise par

son optimisme naturel, elle retrouvera en France même un nouvel essor, bénéficiant ici, par une sorte de choc en retour, de l'activité vivifiante dont elle aura fait preuve là-bas !

€ Yous oubliez nos colonies, poursuivra-t-on, pour une colonie anglaise. »

Certes, de ce mouvement d'expansion nos colonies doivent profiter ; mais malgré leur étendue elles n'offrent à nos énergies qu'un médiocre dé* bouché.

1° Le climat de la plupart d'entre elles y rend pour nous le travail manuel impossible.

2° Nos petits cultivateurs ne peuvent supporter en Algérie ou en Tunisie la concurrence des Espagnols ou des Siciliens et des Maltais qui, déjà acclimatés, sont par surcroit habitués à une vie dénuée de toute commodité.

3° A moins de trouver un emploi chez un particulier ou dans une société, un capital est nécessaire qui, dans les conditions les plus modestes et pour un avenir bien médiocre, doit s'élever au moins à une dizaine de mille francs (en Algérie* Tunisie).

4° Elles ne sont pas propres à l'établissement d'un peuple de notre sang à cause de leur climat débilitant ou des populations indigènes qui s'y développent déjà rapidement.

a Le Canada est une colonie anglaise ! » Que d'idées fausses derrière ce cri de répulsion ! Les régimes les plus divers sont désignés par ce mot de colonie. Le Canada n'est pas, comme l'Inde, soumis à une sujétion étroite ; il jouit de l'autonomie la plus large. « La Puissance du Canada », tel

est son titre officiel, est une République fédérative dont le président, sous le nom de gouverneur général, est nommé par le gouvernement britannique, mais n'a pas plus de pouvoirs que notre président en France. Elle ne dépend que pour les relations extérieures de la Grande-Bretagne avec laquelle elle conclut même des traités de commerce ainsi qu'avec les nations étrangères. D'ailleurs, les Canadiens sont « loyaux » à l'Angleterre ; ils lui sont reconnaissants de la liberté qu'elle leur a accordée, ils apprécient aussi la sécurité que sa protection leur assure dans le monde et dont leur jeunesse encore frêle a besoin.

Mais si le Canada n'est pas une dépendance politique de la France, il est le sol où, vigoureux et plein de vie, grossit depuis longtemps un rameau de notre race. Les Canadiens-Français forment près du tiers de la population totale de la Puissance et ils sont un nombre presque égal au nord-est des Etats-Unis ; profondément catholiques, tiers de leur origine et de leur histoire, ils ont dans la grandeur de leur avenir une confiance tranquille. Ne nous laissons pas aller à ce faux et étroit patriotisme qui rejette hors de la patrie tout ce que les vicissitudes de rhistoire en ont artificiellement séparé, et qui se fait le gardien vigilant et imprévu des traités funestes que nous avons subis. Certes, nous devons espérer que nos colonies seront utiles à notre prospérité. Mais, peuplées trop souvent de races étrangères, qu'ont-elles, pour la plupart, de français, hors le drapeau, et qu'en resterait-il en cas de guerre malheureuse ? On ne peut songer sans angoisse à une telle perspective même pour cette

PRÉFACB 9

Algérie-Tunisie, objet de notre prédilection et de nos espoirs, dont la population indigène est six fois plus considérable que la population européenne, cette dernière étant à peine à moitié française. Oui, l'Algérie même est-elle plus française que le Canada entier où l'élément canadien-français compte pour près d'un tiers, où la langue française est officielle à côté de l'anglais, où plusieurs ministres — et aujourd'hui le premier-ministre, sir Laurier, — sont canadiens-français ? Nos colonies sont-elles plus françaises surtout que cette province de Québec, étendue comme la France et la Belgique, où la nationalité canadienne-française est représentée par plus de 1 300 000 personnes sur moins de 1700000 habitants ? Ici les ministres — sauf un ou deux sièges abandonnés par esprit de justice et de bonne entente aux autres nationalités — sont français. Ils s'appellent Turgeon, Gouin, Prévost... Dans les maisons d'éducation comme dans les nôtres, les élèves font des versions anglaises et des thèmes anglais : ils étudient une langue étrangère...

Comprenons donc enfin que notre vigilance patriotique, que nos affections nationales doivent s'attacher moins aux territoires où s'exerce présentement le pouvoir de l'Etat et que limitent des frontières provisoires capricieusement tracées par le destin qu'au domaine où vît, où évolue, où doit prospérer notre Race. De ce domaine, le Canada fait partie ; un solide point d'appui nous y est donné : sachons profiter des chances d'avenir échappées au naufrage de nos anciens espoirs 1 Une seconde patrie, sœur de la nôtre, s'offre à nous, climat sain, sol fécond, pays libre : nul Fran-

10 PRÉFACB

çais n'en saurait rêver ni aimer de pins belle l L'objet de cet opuscule est d'en faire brièvement connaître les ressources au point de vue de la colonisation agricole française. Au sujet de l'émigration même, on trouvera ici, non des conseils, mais des renseignements destinés à éclairer le lecteur et à lui permettre de prendre, s'il y a lieu, une détermination en connaissance de cause; c*est à chacun de réfléchir sur sa situation et sur ses aptitudes et de décider, en homme libre et responsable, de sa destinée, A celui dont le parti est pris, au futur colon l'auteur ne craint plus de donner pour son établissement quelques conseils très nets afin de lui éviter de commettre certaines fautes qui pèseraient lourdement sur son avenir.

Page 1