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LA PUISSANCE DU CANADA : LB PATS ET LE PEUPLE

Situation ; étendue. — Borné au sud par les Etats-Unis, à Test par l'océan Atlantique, à l'ouest par l'océan Pacifique, le Canada occupe la moitié nord de l'Amérique septentrionale, à l'exception de l'Alaska, au nord-ouest, qui appartient aux Etats-Unis, et de la côte étroite du Labrador, à Test, qui est une dépendance de Terre-Neuve, colonie anglaise, jusqu'ici restée en dehors de la Confédération canadienne.

Le Canada est aussi étendu que l'Europe, et, par conséquent, il est près de vingt fois plus vaste que la France.

Montagnes, laos et fleuves. — Une longue chaîne de montagnes aussi élevées que les Alpes, les montagnes Rocheuses, traverse le Canada du

nord au sud, couvrant de ses contreforts la Colombie britannique, contrée riante baignée par le Pacifique. A Test, la chaine des Laurentides, dont la hauteur est comparable à celle de nos Gévennes, court au nord du Saint-Laurent. Le reste du pays est de faible altitude.

Le Canada est un pays de lacs. Les cinq grands lacs, Supérieur, Michigan, Huron, Erié et Ontario (1), dont le Canada et les Etats-Unis se partagent les rives, ont une superficie égale à la moitié environ de celle de la France. Ils sont réunis et traversés par le magnifique fleuve Saint-Laurent, dont la[longueur est soixante-dix fois celle de la Seine et dont la largeur à Québec est déjà de deux kilomètres. Le Saint-Laurent reçoit un grand nombre de beaux affluents parmi lesquels nous citerons seulement, sur la rive gauche, la rivière des Outaouais, ou Ottawa, le Saint-Maurice et le Saguenay, déversoir du lac Saint-Jean.

La baie d'Hudson est une immense mer intérieure qui reçoit le puissant fleuve Nelson alimenté par trois grands lacs unis les uns aux autres, Winnipeg, Winnipegosis et Manitoba où se jettent un grand nombre de longues rivières, notamment la rivière Rouge avec son affluent TAssiniboine et les rivières Saskatchewan.

(1) Entre les deux derniers se trouvent les célèbres chutes du Niagara.

Nous ne parlerons point des fleuves immenses qui gagnent l'Océan Arctique au nord, ni des grands lacs, leurs tributaires.

Sur le versant de l'Océan Pacifique, citons seulement le Fraser impétueux.

Régions et olimat. — On peut distinguer au Canada quatre régions principales.

1° La région arctique qui comprend toute la partie septentrionale de la Puissance ; climat très rude, végétation rabougrie, mais sol riche en mines ; c'est là, à l'extrême nord-ouest, que se trouvent les pays de l'or, le Yukon canadien avec les districts du Klondike et l'Alaska voisin, possession des Etats-Unis.

2* La Colombie britannique, à l'ouest des montagnes Rocheuses.

3 e La contrée vulgairement appelée ï Ouest canadien qui s'étend des montagnes Rocheuses aux grands lacs et à la baie d'Hudson et qui est limitée au nord par la région arctique, vers le 60 e degré de latitude ; c'est une immense plaine, en grande partie couverte d'un humus noir et profond, extrêmement fertile, sorte de Beauce gigantesque où se précipite l'afflux des immigrants de tout pays.

4° LEst canadien, sol granitique, vaste forêt échancrée lentement par la colonisation.

On s'imagine encore parfois que le climat du Canada est redoutable, que l'hiver est terrible. Si

l'on excepte la région arctique où seuls vont de hardis mineurs ou d'intrépides aventuriers» rien n'est plus faux que ce préjugé. Sans doute, l'hiver est long et froid ; mais il est sec et sain, les Canadiens qui voyagent en Europe et les Français qui s'établissent au Canada le préfèrent de beaucoup à l'hiver pourri et insalubre que nous subissons dans la plus grande partie de notre pays ; il y a unanimité sur ce point. Si le froid canadien est non seulement supportable, mais très agréable, c'est qu'il n'y a pas d'humidité dans l'air et qu'il fait très rarement du vent (lorsque le vent souffle, on reste chez soi). Aussi l'hiver est-il au Canada l'époque du repos et des plaisirs. On va se voir souvent à de grandes distances, en traîneau, sur les « chemins d'hiver », et banqueter; le soir, on ne craint pas de sortir, avec des froids de trente degrés et plus, femmes, vieillards et enfants compris, chaudement couverts, par un splendide « clair d'étoiles », et d'aller à la veillée chez des amis causer, chanter et danser. A la ville, à Montréal par exemple, il y a foule aux « ronds à patiner », et le soir, c'est plaisir de voir, à la lueur des flambeaux, jeunes gens et jeunes filles descendre à une [allure folle l«s flancs de la montagne dans ces légers traîneaux appelés toboggans ou « traînes sauvages ». L'été vient vite, il est chaud et fait hâtivement mûrir les récoltes.

Bref, le climat du Canada, très favorable à la végétation, est très agréable et extrêmement salubre.

Coup d'œil sur l'histoire du Canada. — Bien qu'il y ait en des explorations antérieures aux siennes, le véritable découvreur du Canada est Jacques Cartier, pilote de Saint-Malo. Il visita la baie de Oaspé en 1534 et remonta le Saint-Laurent, Tannée suivante, jusqu'au village indien d'Hochelaga dont il changea le nom en celui de Mont- Royal, aujourd'hui Montréal. A partir de cette époque, les expéditions françaises se succédèrent et nous primes possession d'une grande partie de l'Amérique du Nord qui reçut le beau nom de Nouvelle-France. Ge mouvement fut à la fois religieux et national, et il est bien caractérisé par le geste de Cartier plantant, avec la croix, l'étendard du roi. On brûlait du désir de porter aux sauvages la civilisation chrétienne ; les fondations religieuses, hôpitaux et écoles, se multipliaient, les missionnaires évangélisaient les tribus indiennes au milieu desquelles ils couraient de grands dangers et trouvaient parfois, comme le père jésuite Jogues, une mort accompagnée de cruels tourments. C'est Samuel de Champlain, né à Brouage en Saintonge, qui jeta les bases de la colonie, fondant en 1605 Port-Royal, en Acadie, aujourd'hui Annapolis dans la Nouvelle-Ecosse, et Québec en 1608. Sous l'impulsion de grands mi-

nistres, Richelieu, Colbert, avec une suite de gouverneurs habiles, de Montmagny (sous lequel eut lieu en 1642 la fondation de Montréal par de Maisonneuve), deCourcelle, de Frontenac (en 1673, Jolliet et le père Marquette et, en 1682, Gavelier de la Salle explorèrent la vallée du Mississipi dont ils prirent possession et à laquelle ils donnèrent le nom de Louisiane en l'honneur de Louis XIV), de Gallière et un intendant de grande valeur, Talon (1665-1672), la domination de la France s'affermit puissamment au Canada. L'histoire de ce pays à cette époque est l'histoire des luttes qu'il eut à soutenir contre plusieurs nations sauvages, principalement les Iroquois, et contre les Anglais. Au sud, des établissements français, des colonies anglaises s'étaient en effet constituées grâce surtout à l'immigration de puritains persécutés en Angleterre par les protestants de la secte dominante. Leur but, qu'elles poursuivirent avec ténacité et par des moyens dépourvus de scrupules, fut d'expulser les Français du Canada. Malheureusement, nous songions plus à retirer des bénéfices commerciaux du pays qu'à y implanter une forte population ; aussi les Canadiens-Français étaient-ils bien moins nombreux que leurs ennemis et, malgré leur héroïsme, ils devaient tôt ou tard succomber. Par la paix d'Utrecht en 1713, nous abandonnions à l'Angleterre Terre-Neuve, la baie d'Hudson et

l'Acadie. En 1755, les Acadiens, par une mesure perfide et abominable, furent déportés en bloc dans les colonies anglaises, maris, femmes, enfants séparés les uns des autres ; ce fut le grand dérangement ; beaucoup périrent; un certain nombre d'entre eux purent regagner leur pays, et leurs descendants y sont aujourd'hui 150 000, toujours français.

La guerre de Sept ans amena, sous le gouverneur de Vaudreuil, la perte du Canada insuffisamment secouru par le gouvernement français. Chez nous, en effet, l'opinion publique, conduite par Voltaire, se désintéressait du sort de notre colonie et le célèbre écrivain usait de son influence pour la faire livrer à l'Angleterre. Le nombre des soldats anglais était aussi considérable que celui de la population canadienne entière, vieillards, femmes, enfants compris. Cependant, tels furent le courage des Canadiens et des soldats envoyés de France et l'habileté des chefs que nous remportons de brillantes victoires à Monongahélaen 1755, à Carillon avec Montcalm en 1758. Mais nous perdons en 1759, devant Québec qui tombe aussitôt, la bataille des Plaines d'Abraham où Montcalm et le général anglais Wolfe trouvèrent la mort. L'année suivante, le marquis de Lévis remporte, dans une campagne d'hiver où les souffrances de l'armée furent terribles, une dernière et admirable

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victoire à Sainte-Foye, en vue de Québec ; mais, faute de ressources, la résistance ne peut continuer, Montréal capitule, et, en 1763, la perte du Canada était ratifiée au traité de Paris qui laissa néanmoins aux Canadiens quelques garanties pour l'exercice de leur religion et l'usage de leurs lois.

Pendant de longues années, le nouveau gouvernement s'efforce d'anglifier les Canadiens ; et ceuxci luttent avec acharnement pour la défense de leur foi religieuse et de leur nationalité. Abandonnés par la France, devenus malgré eux et sans retour possible sujets britanniques, ils en exigent du moins les droits en échange de leur loyauté. Un clergé dévoué, des hommes politiques avisés, dignes fils des Normands, conduisent cette campagne qui, du gouvernement despotique de 1763, aboutit à l'autonomie du pays. L'insurrection des anciennes colonies anglaises en 1773, la constitution définitive des Etats-Unis en nation indépendante en 1783, voilà les graves événements grâce auxquels l'Angleterre comprit le danger qu'il y avait à mécootenter trop vivement les Canadiens; c'était courir le risque de les jeter dans les bras de leurs voisins, leur» ennemis d'autrefois» et de perdre ainsi le reste de l'Amérique du Nord. Aussi, moitié raison politique, moitié esprit de justice, la Grande-Bretagne fit aux Canadiens de» concessions successives ; elle en fut récompensée par l'appui

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qu'ils lai prêtèrent contre les Américains des Etats lors de la guerre de l'Indépendance et de la guerre de 1812-14- CTést, en 1774, l'Acte de Québec qui Assure aux catholiques le libre exercice de leur religion, rétablit les lois françaises et constitue un Conseil législatif. En 1791, le gouvernement constitutionnel est accordé au Canada divisé en deux provinces, Haut et Bas-Canada. Cependant, en raison des garanties insuffisantes dont il était entouré, des troubles éclatent en 1837, et 1838, facilement réprimés. L'Union des deux provinces est proclamée en 1841, et le gouvernement responsable bientôt établi, dans le but de mettre les Canadiens- Français à la merci des immigrés anglais et des c loyalistes », anciens colons des Etats-Unis venus se fixer au Canada pour rester sujets britanniques. Ces projets sont déjoués et, par l'alliance des Canadiens français et des libéraux auglais, des ministères de conciliation accomplirent une œuvre remarquable. Si rapide que soit cet aperçu, il est impossible de ne pas citer les noms du patriote Papineau et des habiles ministres Lafontaine et Morin.

Le 1 er juillet 1867 fut proclamée la Confédération des provinces du Canada à laquelle la Grande- Bretagne accordait l'autonomie. Aux quatre provinces, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse réunis d'abord, vinrent s'ad-

joindre, en 1870, le Manitoba, formé d'une petite partie des Territoires de l'Ouest achetés h la Compagnie de la Baie d'Hudson ; en 1871, la Colombie britannique ; en 1873, l'Ile du Prince-Edouard et en 1905, les provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta ; le reste des terres appartenant au Canada forme divers Territoires. Deux partis existent dans la Confédération, les libéraux et les conservateurs ; leurs querelles sont surtout d'ordre économique. Toutefois, dans les questions qui intéressent la nationalité canadienne-française, les ennemis les plus violents de notre race sont les Orangistes, secte de francs-maçons protestants qui appartiennent en majorité au parti conservateur anglais. Le développement du pays est l'objet principal de l'attention du gouvernement. Le transcontinental a Pacifique Canadien » a été l'œuvre d'un ministère conservateur ; c'est le ministère libéral Laurier qui vient de décider la création d'un nouveau transcontinental par la compagnie du « Grand Tronc ».

La nationalité canadienne-française. — Les anciennes provinces de la France présentent une diversité de caractères à laquelle on songe en parlant de Bretons ou de Provençaux, de Bourguignons ou de Vendéens ; mais personne ne penserait à ce propos à une différence de nationalité. Au contraire, nous faisons une plus grande distinction

entre les Suisses français et les Suisses allemands ; nous savons qu'il y a des Belges wallons et des Belges flamands ; et, surtout, nous connaissons la rivalité violente des nationalités en Autriche-Hongrie. En Amérique, il existe aussi diverses nationalités caractérisées chacune par ce double fait, communauté d'origine et d'aspirations, fidélité à l'Etat, c'est-à-dire absence d'idées séparatistes.

La nationalité canadienne -française est faite d'attachement à la religion catholique, de la conscience et de la fierté d'un passé glorieux, de la foi dans un noble idéal, qui est l'épanouissement d'une France d'Amérique, généreuse, chevaleresque, éprise de beauté dans l'empire matérialiste du roi dollar. Son foyer est la province de Québec, mais elle rayonne au nord-est des Etats-Unis et jusque dans les prairies lointaines de l'Ouest canadien. Les Canadiens-Français ont leurs églises, leurs écoles, leurs journaux ; on trouve au Canada et aux Etats-Unis depuis de grands quotidiens français, à douze pages et plus, des revues de famille» des journaux spéciaux d'agriculture, de commerce, de sciences, jusqu'à des journaux de modes et des journaux amusants. Quelques-uns ont adopté, en le transformant, un drapeau national, l'ancien et glorieux drapeau de Carillon qui évoque le souvenir de la brillante victoire de 1758 ; ils aiment et vénèrent le drapeau tricolore français, qu'ils

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font joyeusement claquer au vent les jourg de fête» et surtout le jour de leur fête nationale» le 24 juin. Ce jour-là, à la Saint-Jean-Baptiste, il n'est pas de petit groupement canadien-français perdu dans quelque coin de l'Amérique du Nord, où Ton ne se réunisse pour célébrer les héros disparus et pour se promettre de rester fidèles à la nationalité.

Géographie politique du Canada. — Le Canada comprend neuf provinces et cinq districts.

La capitale fédérale est Ottawa, sur la rivière de même nom, 60 000 habitants (1).

Les provinces sont :

La. Nouvelle Ecosse 460000 habitants ; capitale, Halifax, 41 000 habitants.

L'Ile du Prince-Edouard, 103 000 habitants ; capitale Charlottetown, 12000 habitants.

Le NouveaumBrunswisck, 331 000 habitants ; capitale Fredericton, 7 000 habitants ; ville principale Saint-Jean (Saint-John), 41 000 habitants.

Ces trois provinces forment ce que Ton appelle les provinces maritimes ; elles correspondent à peu près à l'ancienne Acadie ; leur superficie totale est à peine le tiers de la France.

La province de Québec, 1649000 habitants; capitale Québec, 69 000 habitants ; ville prin-

(i) Les chiffres donnés pour la population correspondent à Tannée 1901.

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cipale Montréal, 268000 habitants, la plas grande cité do Canada.

L y Ontario, 1 183000 habitant! ; capitale Toronto, 908000 habitants ; villes principales Ottatoa, la capitale de la Confédération, Hamilton, 53000 habitants et London, 38000 habitants.

La Colombie britannique, ±79 000 habitante; capitale Victoria, 21 000 habitants; ville principale Vancouver, 26000 habitants.

Enfin les provinces de l'Ouest canadien :

Le Manitoba, 255000 habitants; capitale Winnipeg, 42 000 habitants.

En raison de l'immense affluencc de colons» ces chiffres sont déjà inexacts pour le Manitoba (on évalue en 1906 la population de Winnipeg à 90000 ou 100000 habitants). A plus forte raison est-il impossible de donner des chiffres précis pour les deux provinces de la Saskatchewan et de YAlberta où se portent principalement les colons et qui d'ailleurs n'ont été érigées en provinces qu'à la fin de 1905. La capitale de l'Alberta est Edmonton ; celle de la Saskatchewan est Régina. Au début de 1906, la population totale de ces deux provinces atteignait vraisemblablement 350000 habitants.

Les districts sont YYukon, Mackenzie, Franklin, Keewatin et Ungava.

Organisation politique. — Le Canada est une

Confédération à laquelle l'autonomie a été accordée en 1867 pour toutes les questions intérieures par la Grande-Bretagne. Ce pacte fondamental porte le nom d'Acte de CAmérique britannique du Nord (1).

L'autorité fédérale s'exerce notamment sur les sujets suivants : les finances, l'armée et la marine, le commerce, les postes, l'état civil, les lois criminelles. Elle est constituée par :

1° Le gouverneur général, représentant le roi d'Angleterre et nommé par lui ; il règne, mais ne gouverne pas. Il peut dissoudre, convoquer et proroger les Chambres.

2° Le conseil privé formé des ministres (ou aviseurs).

3° Le Sénat dont les membres sont nommés par le gouverneur général.

4° La Chambre des Communes qui possède en réalité le pouvoir législatif et, indirectement, le pouvoir exécutif. Le nombre des membres élus par chaque province est proportionnel à sa population, celui des députés de la province de Québec étant fixé une fois pour toutes à 65.

Au Parlement fédéral, les débats peuvent avoir

(1) Cet Acte a confirmé les droits de la population française reconnus par le traité de Paris de 1763 et rétablis par Y Acte de Québec en 1774. En particulier, l'usage de la langue française au Parlement fédéral est de droit.

lieu soit en français, soit en anglais, mais tons les documents doivent être imprimés dans les deux langues.

Les affaires particulières de chaque province, soustraites au pouvoir central, sont gérées par une Législature provinciale. Les Législatures provinciales sont organisées sur le modèle du Parlement fédéral ; lorsqu'elles outrepassent leurs pouvoirs et violent par exemple les droits des minorités, le gouvernement fédéral peut adopter une loi rémédiatrice.

Les habitants d'une € ville », d'un « village », d'une « paroisse », d'un « canton » forment une corporation locale et le territoire correspondant constitue une municipalité dont les affaires sont administrées par un conseil municipal. Plusieurs municipalités composent un comté dont le conseil est formé par les maires de la circonscription ; ces derniers élisent un président qui porte le titre de préfet. Toute cette organisation est caractérisée par un large esprit décentralisateur.

Quelques droits et usages du Canada. — Le droit de tester. Au Canada, on est libre de disposer par testament de ses biens selon sa volonté; d'ordinaire, on avantage l'aîné parce qu'il a à supporter des charges plus considérables que les autres enfants auxquels il doit aide et protection.

Naturalisation. Les aubains (étrangers) peuvent ee faire naturaliser, après trois ans de résidence ; ils doivent être [munis d'un certificat de bon caractère et prêter le serment d'allégeance que voici :

c Je promets sincèrement et je jure (ou affirme) que je serai fidèle et observerai une véritable allégeance à Sa Majesté Edouard VII, comme souverain légal du royaume de la Grande-Bretagne et d'Irlande et de la puissance du Canada, dépenj dante du, et appartenant au, dit royaume, et que je le défendrai du mieux de mes capacités contre toute conspiration de trahison ou attentat quelconque qui pourrait être fait contre jsa personne, sa couronne et sa dignité, et que je ferai tout en mon pouvoir pour découvrir et porter à la con<naissance de Sa Majesté, de ses héritiers, ou de leurs successeurs, toutes les trahisons ou conspirations et tentatives de trahison que je saurai être tramées contre lui, ou Tune quelconque d'entre elles ; ce à quoi je m'engage sans aucune équivoque ou aucune réserve mentale ou secrète. Que Dieu me soit en aide. »

Sous sa forme ancienne et pittoresque, ce serment constitue, de la part du nouveau citoyen, un engagement bien simple et bien naturel : être loyal envers l'Etat, ne prendre part ni à une attaque ni à une révolte contre le gouvernement

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du pays. Hais, de l'avis général, cet acte n'implique pas la répudiation de la nationalité d'origine.

Un étranger qui vient se fixer an Canada n'est nullement tenu de se faire naturaliser ; il a le droit de traiter toutes sortes d'affaires et notamment de posséder des biens- fonds; mais, s'il veut voter, bénéficier des concessions gratuites de terres, jouir encore d'autres avantages, la loi exige de lui nne garantie nouvelle, elle lui demande de devenir citoyen canadien.

Service militaire. Il n'y a pas d'armée permanente, pas de service militaire obligatoire. Il existe une milice formée de volontaires.

Tout citoyen du Canada peut être appelé sous les armes de 18 à 60 ans pour la défense du territoire, mais dans ce cas-là seulement.

Il n'y a plus de troupes anglaises dans la Puissance.

Dot. On a l'habitude de se [marier sans dot au Canada. Il est aisé de constater que cet usage est extrêmement favorable aux familles tant soit peu nombreuses (quatre enfants) ; car, si, en France, un jeune ménage se décide à ne pas toucher aux intérêts de la dot de la femme, les sommes ainsi accumulées et jointes au capital permettront, au bout de 25 à 30 ans, de constituer seulement pour deux filles des dots égales à celle que la mère a reçue. Ainsi, si la famille ne fait que doubler,

l'institution de la dot est indifférente ; elle devient désastreuse si la famille s'accroit vite, elle n'est avantageuse que dans les familles restreintes ; c'est là une des causes de la stagnation de la population en France, ce doit être un puissant motif pour décider des parents soucieux de rétablissement de leurs enfants à se fixer au Canada. Combien de jeunes filles françaises ne se marient pas, faute de dot, et qui trouveraient dans la Nouvelle-France des partis honorables !

Libertés religieuses. Elles sont très satisfaisantes, surtout dans la province de Québec.

Les diverses Eglises, notamment l'Eglise catholique, sont indépendantes de l'Etat qui les laisse s'organiser à leur volonté. Cela ne veut pas dire qu'il les ignore ; il existe entre elles et lui des rapports nécessaires, par exemple et surtout dans les questions d'enseignement ; ces relations sont extrêmement courtoises et les dignitaires de l'Eglise reçoivent les honneurs officiels qui leur sont naturellement dus. Lés frais du culte sont couverts par les cotisations des membres des diverses paroisses, par la location des bancs et par des dotations.

Au point de vue catholique, le Canada est divisé en huit provinces gouvernées par 29 archevêques ou évéques pour la plupart canadiens-français ou français. Un grand nombre de congrégations y

sont établies ; la majeure partie sont originaires de France où beaucoup d'entre elles avaient leur maison-mère il y a quelques années.

Un nonce apostolique réside au Canada.

Nul n'est inquiété, soit par le gouvernement, soit par des particuliers, en raison de sa foi religieuse.

Impôts. Us sont bien moins lourds qu'en France. Les principales ressources du gouvernement sont les droits de douanes et les contributions indirectes.

Les communes s'imposent elles-mêmes pour subvenir à leurs dépenses.

Prospérité du Canada. — Une grande partie du sol est très fertile ; d'innombrables lacs et cours d'eau sont extrêmement poissonneux et le gibier est en abondance. Le sous-sol est en maints endroits riche en mines. Nous ne pouvons, dans ce bref aperçu, étudier d'une manière un peu détaillée les admirables ressources du Canada; quelques chiffres suffiront à montrer l'exactitude de nos affirmations. Nous exprimons les valeurs en millions de francs :

Pêcheries. — Valeur commerciale

En 1887 ... . 94

Mines. — Valeur des produits

En 1886 53

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Forêts. — Valeur de l'exploitation

En 1868 94

Commerce extérieur

En 1878 770

Agriculture. — Etendue des terrains cultivés

En 1881 9700000 hectares

Immigration. — Nombre des immigrés

En 1901 49000

Le budget canadien se solde chaque année par un excédent des recettes sur les dépenses.

11 est superflu d'ajouter que la sécurité est parfaite au Canada tant pour les personnes que pour leurs biens.

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