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mettent pas au voyageur de s'arrêter en route avant Winnipeg et la durée maximum de l'arrêt est de trois jours. Voici quelques-uns des prix actuels (billet d'émigrant),de Montréal à Winnipeg,94 fr.50; Portage la Prairie, 97 fr. 50 ; Brandon, 101 fr. 50; Régina, 113 francs; Prince Albert, 126 fr. 50; Calgary, 138 fr. 50 ; Edmonton, 149 francs.
Pendant les quelques jours de voyage à travers le Canada, les émigrants couchent dans les wagons ; il est commode de se procurer d'un agent, au départ,matelas, rideaux et oreillers pour 12 fr.50. On dépense au minimum 1 fr. 25 par jour aux buffets le long de la ligne.
Si Ton veut s'établir dans l'Ouest canadien, il est avantageux de prendre d'Europe un billet de chemin de fer jusqu'à Winnipeg (ou plus loin), parce que le même billet, acheté au Canada, coûte plus cher.
11 existe des agences de transports où l'on peut se procurer des billets de passage et qui donnent sur les conditions du voyage les détails les plus précis. Moyennant un acompte dont elles indiquent le montant, on peut retenir d'avance ses billets, excellente précaution. Nous citerons notamment les maisons que voici :
P. Canon, 23, Longue rue d'Hérenthals, Anvers, Belgique.
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H. Debenham, 33, quai Jordaens, Anvers, Belgique.
Hernu, Pérou et G l % 61, boulevard Haussmann, Paris, VIII e .
Pitt et Scott, 47, rue Cambon, Paris, I er .
C u Générale Transatlantique, 6, rue Auber, Paris, IX e .
Dans la plupart des grandes villes et notamment des ports, il existe soit des agences, soit des succursales de maisons dont le siège est à Anvers ou à Paris.
La durée du voyage est de 9 à 11 jours jusqu'à Québec et de 12 à 14 jusqu'à Winnipeg.
On ne doit emporter avec soi qu'un peu d'or dont on changera aisément le restant au Canada. Pour les sommes importantes, il convient de se faire donner par une banque solide d'Europe un chèque sur une grande banque canadienne, par exemple la banque d'Hochelaga.
A quelle époque partir ? — On ne doit jamais émigrer au Canada l'hiver : le travail manque à cette époque. Les brochures officielles donnent souvent le conseil de venir fin mars ou avril ; vous trouverez, dit-on, facilement à vous engager dans une ferme au moment des semailles (et ceci est exact) et, si vous préférez vous établir immédiatement sur une concession, vous aurez dès cette année une récolte d'avoine et de pommes de terre.
Mais ce prompt établissement sur le homestead n'est recommandable à aucun point de vue, et, d'ailleurs, si la terre n'a pas encore absorbé l'eau de la fonte des neiges, il sera impossible de circuler dans la campague, d'aller à la recherche d'un lot et de s'installer, sans compter que l'aspect maussade alors de ce pays inconnu produira sur l'esprit du colon l'effet le plus démoralisateur.
On peut arriver au Canada de fin mai à fin août. A partir de mi-juillet, tout homme sérieux est certain de trouver un travail très rémunérateur.
Comment prooéder en arrivant. — Avant tout, l'on doit se méfier des gens qui rôdent autour des immigrés et cherchent perfidement à leur vendre des terres bien au-dessus de la valeur réelle. Ne pas se laisser prendre aux manières aimables et aux airs convaincus de ces flibustiers qui se diront et qui seront peut-être vos compatriotes. Ce n'est pas au débarqué, lorsque l'on n'a aucune connaissance du pays, qu'il convient de conclure une affaire, il faut attendre pour cela d'avoir acquis une expérience sûre. On réservera donc sa confiance aux agents des grandes Sociétés officieuses de colonisation, aux fonctionnaires du gouvernement, ainsi, bien entendu, qu'aux personnes dont on connaît soit directement, soit indirectement l'honorabilité.
Dans le même esprit de prudence, si Ton a
quelques capitaux, on se gardera de le laisser entendre. On évitera ainsi d'être l'objet de manœuvres plus ou moins honnêtes et de faire hausser le prix de propriétés que l'on désirerait acheter, le cas échéant.
Pour rétablissement définitif, choix du homestead ou achat d'une terre, ne s'écarter sous aucun prétexte des centres français de colonisation,commQ pourraient le conseiller certains agents même officiels, qui en ont reçu la consigne de leurs chefs dési~ veux d'anglifier les colons de langue française.
Celui qui veut être engagé dans une ferme, mais qui ne sait pas exactement où aller, doit, s'il s'agit de la province de Québec, prendre son billet pour Québec ou Montréal et s'adresser au bureau officiel d'immigration de l'une de ces deux villes. S'il compte se diriger vers l'ouest, il devra avoir pris son billet pour Winnipeg, et là, près de la gare, à l'Immigration house, il fera sa demande aux agents français.
Celle qui veut être servante dans une ferme et qui se trouve dans les mêmes conditions, agira de la même façon.
Le colon qui rCa pas les ressources nécessaires pour s'établir sur son lot ou qui, les possédant, a la sagesse de vouloir se former aux habitudes du pays, s'adressera soit à des personnes sûres, soit aux employés locaux du gouvernement pour être
engagé dans une ferme. La situation de stagiaire pour les fils de famille désireux de s'instruire n'existe point ; ils s'engagent donc au service d'un fermier et seront payés dès le début, plus ou moins, cela va sans dire, selon leur travail.
Dans la province de Québec, un cultivateur ayant de l'aisance peut louer immédiatement une petite propriété et apprendre la manière de travailler avant de s'installer définitivement sur une ferme.
Un ménage sans enfants trouve aisément à se placer chez le même fermier, l'homme comme engagé, la femme comme servante.
Un ménage avec de grands enfants peut agir de même, les enfants se plaçant de leur côté comme engagés ou comme servantes dans une ou plusieurs fermes. Dès que le père a réuni le capital nécessaire et acquis l'expérience voulue, il s'installe sur son lot après avoir eu le soin de prendre d'un seul tenant les concessions de toute la famille. Pendant une ou plusieurs années, les grands garçons travailleront sur les fermes du voisinage, mettant ainsi chacun un millier de francs de côté par an.
Un ménage avec de jeunes enfants et peu de ressources aura des difficultés pour s'engager dans une ferme, la place pouvant faire défaut.
Si plusieurs jeunes gens pauvres ne disposent que du prix de passage pour un ou d'eux (Tentre eux, ceux-ci iront à Winnipeg, économiseront
facilement 1000 francs chacun en an an et, avec cet argent, les autres viendront les rejoindre. À ce moment tous travaillent un an, prennent des concessions voisines et, pendant qu'un ou deux commencent à les exploiter, les autres restent comme engagés sur des fermes jusqu'à ce que le capital acquis leur permette à tous de s'installer définitivement, mais en ayant soin de remplir les conditions des homesteads.
Si plusieurs jeunes gens disposent ensemble d'une vingtaine de mille francs^ ils pourront prendre des concessions contigûes dans l'Alberta sud pour y faire de l'élevage, après avoir acquis de l'expérience et fait quelques économies pendant une année.
Quelques familles pauvres peuvent s'associer soii pour permettre à Tune d'elles d'aller la première au Canada et de faire des économies dans les fermes du Manitoba, ce qui facilite l'arrivée des autres, soit afin de prendre des concessions voisines, de s'aider et de diminuer les dépenses communes.
Un colon riche ou aisé et un colon pauvre peuvent être très utiles l'un à l'autre. Le premier paye au second le droit de passage (si ce dernier n'a même pas de quoi y pourvoir) ; le colon pauvre, après avoir acquis l'expérience voulut, mettra en état, moyennant un bon salaire, le lot du colon aisé et fera ainsi les économies nécessaires pour
LA TERRE POUR RIEN lit
s'établir à son tour ; de son côté, le colon aisé aura évité les ennuis, les fatigues du début et il aura pris au contact de son associé, sans avoir eu besoin de s'engager dans une ferme, l'habitude des travaux agricoles du pays. Dans cette combinaison, d'ailleurs susceptible de formes diverses, le colon riche doit partir un an après le colon pauvre. Elle repose évidemment, comme plusieurs des précédentes, sur une grande confiance mutuelle des associés. À ce propos, il est très important d'observer qne ni la lot française, ni la loi canadienne ne reconnaissent le prêt du prix de passage et qu'elles interdisent formellement rengagement d'un ouvrier avant sa venue au Canada. Ainsi tout contrat fait à ce sujet en Europe est illégal. Il ne peut donc être question que d'entente tacite entre plusieurs personnes sur l'association qu'elles feront dans un but d'aide mutuelle, mais, bien entendu, rien ne les empêcheraà leur arrivée, de transformer cette entente en contrat formel.
Lorsque le colon est en mesure d'entreprendre une exploitation pour son propre compte, il va à l'automne, époque de « la chasse à la]terre», choisir une concession ou acheter un lot. Nous l'avons dit, en aucun cas il ne doit s'écarter des paroisses françaises. Souvenons-nous, en effet, que tous, Français, Belges, Suisses, Canadiens-Français,nous ne formons là-bas qu'un seul peuple ; souvenons-
nous que nous ne sommes et ne serons longtemps encore dans l'Ouest qu'une minorité. Restons donc étroitement unis ; n'allons point nous perdre au milieu de groupes étrangers où ni nos enfants ni nous-même ne serions heureux, abdiquant notre chère langue, nos habitudes, nos mœurs, la nationalité que nos ancêtres nous ont faite au prix de leurs souffrances et parfois de leur sang. Nous ne venons point au Canada pour faire de nos enfants des Anglo-Saxons. Restons nous-mêmes, installonsnous les uns auprès des autres, afin d'être forts, d'avoir nos municipalités, à nous, nos écoles, nos églises, nos sociétés, nos bonnes réunions qui nous rappeleront notre chez nous, notre vieux pays, ce village ou cette ville qui nous a vus naître et grandir. Tout cela est simple, facile et très important* Les prêtres de langue française ont joué un grand rôle dans le mouvement de colonisation ; leur initiative est aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Les postes existant dans le Canada central sont tous occupés; mais Mgr Langevin, archevêque de Saint -Boniface, est prêt à recevoir tout prêtre de langue française, dévoué, encore jeune» qui voudrait fonder une nouvelle [paroisse et se sentirait les qualités nécessaires pour cette entreprise. D'autre part, les congrégations françaises du Canada favoriseraient volontiers de telles tentatives: notamment les Pères de la Salette à Aima et les mis-
sionnaires de Ghavagnes à Saint-Hubert, dans la Saskatchewan, accueilleraient avec plaisir les jeunes prêtres ou séminaristes qui désireraient se vouer aux missions. M. l'abbé Gaire, de son côté, missionnaire colonisateur à Wauchope, Saskatchewan, donnerait à ce sujet de précieux avis.
Après avoir fait part de son intention à Mgr Langevin et s'être mis en rapport avec des prêtres ou des religieux de l'Ouest-canadien, le prêtre, désireux de se consacrer à la fondation de paroisses devrait, par la vulgarisation autour de lui des choses du Canada, s'être assuré le concours d'un certain nombre de futurs colons. Ils pourraient partir tous ensemble et tandis que le nouveau missionnaire étudierait le pays et choisirait le site du village, ses compatriotes passeraient une année dans les fermes à se mettre au courant des travaux agricoles et feraient des économies. L'année suivante ils commenceraient à établir leur paroisse qui s'accroîtrait rapidement par la venue de parents ou d'amis. Selon M. l'abbé Gaire, un menuisier-charpentier qui aurait passé un an à travailler à Saint-Boniface (salaire 12 à 15 francs par jour) serait très utile dans la colonie.
11 est essentiel de ne pas établir la nouvelle paroisse au hasard de la plaine, sans appui, là où elle ne tarderait pas à être entourée par des centres anglo-saxons, qui arrêteraient net son avenir! l'an*
nihileraient et pourraient finalement l'absorber ; c'est une faute grossière qui a déjà éfé commise et qu'il faut éviter à tout prix. On se placera donc auprès de centres français déjà existants de manière à ce qu'ils se soutiennent les uns les autres et forment un noyau \ solide.
C'est seulement plus tard, lorsque les missionnaires agissant de concert disposeront d'une grosse émigration, que l'on pourra constituer de nouveaux groupes français isolés. Il faudrait pouvoir diriger une armée de 4 ou 5 000 colons au moins; on s'emparera ainsi aisément de la majorité des homesteads dans une grande région. Ici encore, on ne devra pas opérer au hasard. Il conviendra de disposer les paroisses sur une ligne étendue, médiocrement profonde, mais appuyée soit à une forêt, soit à une contrée montagneuse, de manière qu'elles ne puissent pas être tournées, ni coupées, et qu'elle se développent commodément. 11 va de soi que, en Europe, des amis de la colonisation catholique et française, et particulièrement les prêtres, pourraient faciliter singulièrement l'exécution de ces projets en répandant autour d'eux des connaissances exactes sur le Canada encore si méconnu et en provoquant ainsi indirectement un mouvement d'émigration vers les jeunes paroisses. Pour obtenir le maximum d'effet utile, il faut que les missionnaires colonisateurs et leurs amis
LA TERRE POUR RIEN il5
d'Europe se tiennent en relations permanentes. Un moyen puissant et efficace, pour travailler à l'expansion canadienne-française,
consisterait dans la fondation de Sociétés foncières. On sait que les Sociétés qui font des spéculations Sur les terrains pullulent au Canada ; il y a lieu de distinguer plusieurs opérations de cette nature: 1° achats de lots de terrains (généralement 7 ou 8 mètres de large sur 30 de profondeur) dans les villes, grandes ou petites ou naissantes à peine, qui paraissent devoir prendre une extension rapide. D'ordinaire on ne verse qu'une faible partie comptant, le reste devant être payé par acomptes successifs avec intérêt de 6 ou 7 0/0. Quelque temps après, la hausse se poursuivant, le lot est revendu avec majoration, l'acheteur prenant à son compte la partie non acquittée de la dette, Il n'est pas rare d'obtenir 100 0/0, et parfois bien davantage, du capital effectivement en jeu dans la spéculation. Hais si l'emballement, le « boom », élève les prix d'une manière déraisonnable, l'effondrement se produit et les derniers acheteurs sont les victimes de leur folie. Il faut pour ce genre d'affaires beaucoup de réflexion, de sang-froid et de prudence ; après une étude sérieuse des conditions économiques de la ville naissante, on prendra des lots au début seulement de son développement ; 2° achat de terrains agricoles. Moins fructueuse que la pré-
cé dente, mais encore très belle, cette opération offre une grande sécurité. Voici pourquoi : les bonnes terres de l'Ouest canadien, et on sait si elles sont nombreuses, ne valent que de 40 à 50 fr. l'hectare tant qu'elles sont très éloignées des voies de communication. Au fur et à mesure que les lignes de chemin de fer se rapprochent, que les colons viennent prendre des concessions gratuites, qu'enfin ils sont en état d'arrondir leur domaine en achetant les terres voisines, le prix s'élève par bonds jusqu'à 300 francs. Ceci est de V histoire , une histoire récente, achevée pour les terrains les mieux situés du Manitoba, en voie de s'accomplir pour les parties de la Saskatchewan, et de l'Alberta où se porte la masse des émigrants, commençante dans les régions où se devine la venue prochaine de la locomotive. Partout, elle se répète identique à elle-même. Aussi est-on certain, en achetant des lots actuellement éloignés, de voir quadrupler, puis sextupler son capital en un temps variable sans doute, mais qui ne dépassera pas une dizaine d'années. On ne s'en tient pas là. Dès qu'il y a des fermiers établis sur les homesteads du voisinage, on loue sa propriété aux conditions suivantes : le fermier se charge de tous les frais de culture, moisson, battage, et garde pour sa part les trois quarts des grains. Or, une terre qui aurait été achetée 100 francs l'hectare rapporte alors au propriétaire
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10 0/0 au minimum (beaucoup rapportent de 15 à 20 0/0).
L'achat comptant avec vente immédiate à crédit et légère plus-value est une bonne opération. Le fermier qui fait l'acquisition se libère par exemple au moyen de la moitié de la récolte annuelle et paye un intérêt de 5 à 7 0/0 sur le restant de sa dette.
Enfin, le placement sur première hypothèque (mortgage) est très fréquent. La plupart des colons, dès que la possession de leur homestead est devenue définitive, s'empressent de se procurer quelques milliers de francs pour activer la mise en valeur de leur terre. Ils trouvent toujours à emprunter à 8 0/0 environ, mais sur première hypothèque.
Ainsi, il y a et il y aura pendant quelques années encore des placements fonciers de premier ordre au Canada central pour les capitalistes. La raison de ce fait est dans l'afflux de colons pauvres, la richesse du sol et l'absence de capitaux. Bref, le Canada est un beau pays et un pays neuf qui, pour être mis en valeur, a besoin d'argent, et qui le rémunère largement. Les Américains des Etats- Unis le savent ; aussi les trouve-t-on à la tête de presque toutes les Sociétés foncières. Jusqu'ici les Français d'Europe ont été sourds et aveugles; persisteront-ils dans leur inertie, leur indolence et leur ignorant scepticisme ?
Il est grand temps pour eux d'y songer et d'agir.
Or, ces sociétés foncières peuvent être dirigées de manière, non seulement à rapporter de gros bénéfices, mais encore à aider très efficacement la cause de l'expansion canadienne-française. Et voici comment : sommes-nous en danger d'être débordés en tel ou tel endroit? Elles saisissent toutes les occasions pour racheter comptant à des personnes d'autre nationalité leurs terres et les revendre à crédit à des colons de notre race. A ces mêmes colons, lorsqu'ils sont pauvres et sérieux, elles consentent partout, à des conditions raisonnables, des prêts hypothécaires. Dans les districts où nous avons des chances sérieuses de nous implanter, elles achètent les terres, à longue échéance au besoin, les louant seulement, dans le but de les revendre à nos compatriotes. Dans cet ordre d'idées on voit de quelle utilité elles seraient en concertant un plan avec les missionnaires colonisateurs, supposés organisés en association ou en communauté. Lorsque les deux sociétés, société religieuse et société commerciale, se seraient mises d'accord pour franciser une région encore inhabitée, les missionnaires y dirigeraient, comme nous l'avons dit plus haut, une armée de colons qui prendraient le plus de homesteads possible, pendant que les hommes d'affaires achèteraient un grand nombre de lots.
Ainsi serait constituée une forte réserve de terres en même temps que Ton supprimait toute possibilité d'invasion. M. l'abbé Gaire, qui défend énergiquement ee programme» propose encore la formation de sociétés ayant pour but de prêter du bétail aux colons pauvres et la fondation de fermes-écoles pour les fils de famille auxquels répugne l'idée de s'engager comme garçons de ferme.
Toutes ces sociétés, que nous aussi nous préconisons vivement, doivent offrir un double caractère : financier et patriotique. Les résultats que l'on obtient au Centre canadien sont si beaux que l'on peut même au prix d'un léger sacrifiée (occasions manquées auprès de colons d'autres races, conditions raisonnables offertes à nos compatriotes) joindre au désir légitime du gain l'ambition d'être utile à la cause française et catholique. On sera sûr d'atteindre ce résultat en insérant des articles ad hoc dans les statuts (ventes de terre, prêts, exclusivement à des colons catholiques et de langue maternelle française) et en émettant des actions nominatives non négociables sauf autorisation du Conseil, ce qui assurera la permanence du caractère de la société. Mais il ne suffit pas qu'une affaire soit en elle-même excellente pour qu'elle apporte les bénéfices attendus ; il est encore nécessaire, vérité théoriquement acceptée de tous mais si souvent négligée dans la pratique I qu'elle
soit honnêtement et habilement conduite. Gomme ses opérations se feront au Canada, la société devra avoir son siège social au Canada, à Winnipeg ou plus à l'ouest, et être organisée conformément à la loi canadienne. Un bon avocat du pays sera nécessaire ; il est désirable qu'il possède quelques actions et qu'il fasse partie du Bureau des directeurs (conseil d'administration). Ce bureau comprendra les principaux agents de la Compagnie, qui seront en même temps des actionnaires et que l'on aura le soin de choisir parmi des Canadiens ou des Européens de langue française immigrés depuis plusieurs années, connaisseurs en terre, prudents et avisés. La plus grosse partie du capital venant d'Europe, il conviendra d'organiser statutairement une sorte de Conseil des actionnaires de France, Belgique et Suisse, qui sera en rapports constants avec le Bureau des directeurs et limitera ses pouvoirs. Enfin, et pour la même raison, un large mode de représentation des absents devra être prévu pour les Assemblées générales au Canada. Ainsi se trouveront assurés, avec l'autonomie indispensable au Bureau canadien, le contrôle et l'autorité de la masse des actionnaires. Ce plan n'est nullement chimérique ; il a été adopté par quelques Sociétés et est exécuté à la satisfaction générale.
Ces questions de placements fonciers sont fré-
quemment traitées dans le Défenseur du Canada et dans le Bulletin de la Canadienne. Nous renverrons, pour plus ample informé, le lecteur à ces publications.
Homesteads dans la Province de Québec.
— Chaque lot est de 40 hectares. Pour faire l'acquisition d'un lot, il faut s'adresser à l'agent local du ministère. L'acheteur doit prendre possession de sa terre dans les six mois, y résider ou y faire résider quelqu'un pendant deux ans, en défricher et cultiver au cours des quatre premières années un dixième, y construire une maison d'habitation.
Ce patrimoine (pourvu qu'il ne comprenne pas plus de deux lots) est insaisissable tant que vit le concessionnaire ou l'un de ses descendants en ligne directe. Mais il peut être vendu avec le consentement du conjoint ou, en cas de décès de ce dernier, du conseil de famille. Tant que le patrimoine n'a pas été aliéné par son propriétaire, sont également insaisissables les lits, literies, bois de lits, vêtements à l'usage de la famille, le combustible et la nourriture pour trois mois, un mobilier, des animaux, des voitures et instruments d'agriculture, dont le détail est fixé par la loi, les grains de semence et les matériaux de construction.
Tels sont les principaux avantages et les principal es obligations de celui qui achète des terres du
gouvernement pour le prix infime que nous ayons dit.
Homesteads dans l'Ouest canadien. — Un canton (ou township) a la forme d'uu carré divisé en 36 sections d'un mille (1609 métrés) de cûté,nu. mérotées comme il suit.
nord
ouest
est
Les sections qui portent un numéro pair, autre que 8 et 26, sont destinées aux concessions gratuites.
Chaque section est divisée en quatre carrés
égaux*
sud
(une section)
Ce sont ces quarts de section, d'une superficie un peu supérieure à 64 hectares» qui sont offerts comme homestrads aux colons.
Tout colon peut faire enregistrer sa concession soit lui-même au bureau local des terres, soit par l'intermédiaire d'une autre persopne après en avoir demandé l'autorisation à l'agent local ou au commissaire de l'émigration à Winnipeg ou bien au ministère de l'Intérieur à Ottawa. Les droits d'enregistrement de la concession sont de dix dollars (environ 52 francs). Le titre de propriété n'est remis au colon qu'au bout de trois années après qu'il a satisfait aux obligations suivantes.
1° Résidence (1) de six mois au moins sur la terre, chaque année, et la culture du lot, pendant trois ans à partir de la prise de possession, avec minimum du dixième à la fin ; la culture peut être remplacée par l'élevage, avec 40 têtes de bétail au moins.
2° Si le père (ou la mère, en cas de décès du père) réside sur une ferme du canton ou du canton voisin, la condition précédente sera considérée comme remplie en ce qui concerne la résidence, si le colon habite avec son père (ou sa mère).
3* Au cas où le colon tiendrait feu et lieu (vivrait) sur une terre lui appartenant dans le même canton on dans le canton voisin, la condition de résidence serait aussi considérée comme remplie.
(1) Arec maison sur ton lot seul ; une seule m a won construite sur la ligne de séparation de deux homesteads pour deux colons & la fois ne satisfait pas aux exigences de la loi.
4° Dans ces deux derniers cas où il n'y a pas ré. sidence effective, le colon est tenu de mettre en culture 30 acres (un peu moins de 13 hectares), ou bien, s'il préfère l'élevage, d'avoir sur sa concession 30 têtes de bétail, les bâtisses pour leur logement et la moitié du lot clôturée.
5° Le colon, après l'inscription faite, a six mois de délai avant de prendre possession de sa terre et d'être soumis aux obligations qui précèdent.
Les six mois de résidence auxquels il est annuellement tenu ne se suivent pas forcément. Ce qui est nécessaire, c'est que, chaque année et pendant trois années de suite, la totalité des journées où il a habité sur sa terre fasse au moins six mois. Cependant, et pour des motifs graves, il peut obtenir un congé plus étendu ; mais cette année-là ne compte point dans la période des trois années.
Seuls les hommes âgés de plus de dix-huit ans et les veuves à la tête d'une famille ont droit à un homestead et d'ailleurs à un seul. D'après ce qui a été dit plus haut, un colon peut prendre une concession pour lui et une pour chacun de ses fils (âgés de plus de dix-huit ans), s'il y est autorisé par eux et s'il en a fait la demande comme nous l'avons indiqué ci-dessus. Il lui est également loisible de prendre, dans les mêmes conditions, une concession pour un ami.Tous les membres d'une même famille (père et enfants), possesseurs de homes-
teads, ont le droit de vivre chez le père (voir n°2).
Le colon fait bien de tenir un journal de ses occupations afin de prouver facilement qu'il s'est acquitté de ses engagements envers le département des terres.
Lorsque le colon veut obtenir son titre de propriété (appelé patente) il en fait la demande six mois à l'avance (à l'agent des terres ou à l'inspecteur des homesteads). 11 est bon de le réclamer sans retard, c'est-à-dire dès qu'on y a droit ; et il est nécessaire de s'y prendre avant l'expiration de cinq années suivant l'inscription.
Tant que le colon n'a pas reçu sa patente, il n'a le droit d'aliéner son homestead ni en totalité ni en partie, ni de l'hypothéquer.
Tout concessionnaire qui n'a pas de bois sur son lot peut obtenir l'autorisation de couper dans le voisinage le bois nécessaire pour construire et chauffer sa maison et clôturer son terrain.
Le coût de la vie. — Les denrées sont bien meilleur marché qu'en France, sauf le beurre, le fromage et les œufs dont les prix sont comparables aux nôtres.
Les outils, les meubles coûtent moins cher qu'ici, les vêtements ordinaires autant, le linge fin, les objets de luxe davantage.
Voici quelques indications relatives aux villes d'au moine 10 OOO habitante t
500 grammes de bœuf de • • « » veau (devant) de
» mouton de * «
» porc frais de. .
» beurre frais de .
» pain blanc. . .
» fromage de . .
» thé de ... .
» café
* sucre de . . .
1 litre de lait de
» pomme de terre (par bois seau de 34 litres) de .... .
1 litre de haricots (meilleur marché dans l'ouest)
francs
0,13 en moyenne
Mesures canadiennes. — Le système métrique est légal au Canada et il sera probablement bientôt rendu obligatoire. En attendant, il est utile de donner l'équivalence des principales unités métriques et canadiennes.
Principales mesures canadiennes.
La piastre ou dollar (i) vaut 5 fr. 20 et contient cent cents ou sous.
Le pouce
Le pied (12 pouces) . .
Le verge ou yard (3 pieds) La brasse (2 verges) . , La perche linéaire (5 verg. 1 /*») lia chaîne ou furlong (&
verges)
Le furlong (10 chaînes) .
Le mille (80 chaînes) . .
vaut
cm. 54
cm
(1) Cette unité se note au moyen d'un S barré de deux traits verticaux ($) et placé devant le uembrt*
Le mille marin (120 nœuds
ou 5280 verges) . , . . » 1852 m.
Le pouce carré » 6 cent. car. 45
La perche carrée .... » 25 centiares 29
La chaîne carrée .... » 4 ares 04
L'arpent « 34 ares
Lfacre » 40 ares 47
Le mille carré » 259 hectares
La chopine * litre 568
La pinte (2 chopines) ... » ï litre 136 Le gallon (4 pintes) ... » 4 litres 546 Le boisseau ou minot (8 gallons) » 36 litres 37
Le baril (25 gallons) ... » 113 litres
La corde (mesure du bois) . * 3 stères 624
Le drachme » l gr. 772
L'once (16 drachmes) ... * 28 gr. 35
La livre (16 onces) .... » 453 gr. 59
Le quintal (100 livres). . . » 45 kilog. 035
La petite tonne (20 quintaux). > 907 kilog. 200
La grosse tonne > 1016 kilog. 048
Quelques mesures métriques
Le centimètre vaut pouce 39
L'hectare » 2 acres 477
Le litre » gallon 220
Le kilogramme » 2 livres 205
Certaines denrées ont un poids légal au minot.
Mesures thermométriques. Au Canada on fait généralement usage du thermomètre Fahrenheit.
Ce thermomètre marque respectivement 32 degrés et 212 au-dessus de son zéro lorsque le thermomètre centigrade indique et 100, c'est-à-dire dans la glace fondante et dans l'eau bouillante ; 9 degrés Fahrenheit Talent 5 degrés centigrade. Les deux thermomètres marquent en même temps 40 degrés de froid.
Voici un tableau de comparaison des deux thermomètres.
Fahrenheit Centigrade