‹ La terre-sainteChapitre 4 sur 44 · MM · texte numérisé non relu

MM

Comte DE L^TODBViLLE (Paris).

Comte Çaiollb w Mbblb (A-

mieiia).

L'abbé du Mdb (Paris).

Marquis de Montecler (Mayenne).

Joseph Petit (Troyes).

Retoobbabd (Vosges).

EbNBST BB SAIHTilOSt (PBS^de*

Calais).

DE SouLAiNE fParîs).

L'abbé Vam Tbotbb ^oolios).

LOBIS ïltAOliT'

DE PARIS A JAFFA

DE PARIS A JAFFA

Kn reniât

r Depuis la mort du Christ, le monde chrétien eut toujours les yeux tournés vers Jérusalem : on y Tenait de

partout, on y venait toujours. Ni les persécutions des empereurs violents, ni les profanalloos des débauchés ne pnrent refroidir le zèle des pèlerins qui Toulaient s'agenouiller et prier sur un tombeau.

Leur affluence s'accrut encore quand, avec Constan* tin , la religion s'assit sur le trOne de César, et que Jérusalem sembla renaître plus brillante et plus belle sous les mains pieuses de sainte Hélène : alors, suivant retpression de saint Jérûme , la ville était remplie de

DE PARIS A JAFFA

toutes les races d*hommes. Ceux qui ne pouvaient entreprendre le voyage envoyaient iems olTrandes au Saint-Sépulcre.

Les pèlerins des premiers siècles appartenaient, pour la plupart, aux Tles-Britanniques, et surtout à TÉcosse. « L'habitude de faire des pèlerinages ^ dit un historien, est devenue pour les Ecossais comme une seconde nature. »

Les pèlerins des Gaules ne tardèrent pas à les sui -

vre : ils eurent un itinéraire qui, des bords de FOcéan, les conduisait aux rivages de la mer Morte, à travers les Alpes, Tlllyrie» le Bosphore, TAsie Mineure et la

Syrie.

l\ïais déjà Tempire ne pouvait plus étreindre ce qu'il avait embrassé; les provinces lointaines se détachaient de la métropole, comme un fruit trop lourd tombe de la branche épuisée. Omar prit Jérusalem; le croissant remplaça la croix : Mahomet régna au lieu du Christ.

Les pèlerinages devinrent plus difficiles, souvent même ils furent périlleux; mais ni les difficultés ni les périls ne purent jamais les interrompre. L'Occident s'inquiétait de l'Orient asservi ; la piété croissait avec les malheurs. Le nombre de voyageurs intrépides s'accrut d'année en année depuis la conquête jusqu'à Gharlemagnc. Ciiarieniaj^ne, qui, le premier, devina le rôle et pressentit les destinées de la France, noua des relations nombreuses et entretint des rapports actifs avec l'Asie. Les traditions de la Palestine rapportent que Hai oungi^RoMchid voulait céder Jérusalem au puissant empe-

reur (rOccideiit. Depuis cette époque, dans ses ilaiigers comme dans ses malheorSi l'Orient tourna toujours ses yeux et ses prières vers la France. Notre protectorat date de loin : il est ijuii qu on le sache. Des iuipùls d'argent, plus tard des impOts d'hommes furent consatarës au rachat et à la délivrance des chrétiens de la Terre-Sainte. Les chrétiens d'Orient se donnaient aloi*s le titre de sujets de Gharlemagne et de ses iUs.

Les ratages des Sarrasins, des Normands et des Hongrois diminuèrent le nombre des pèlerinages , sans toutefois les abolir.

Un Tœn prononcé dans un accès de dérotion ou dans un danger imminent, une vision , la lecture d un passage de la Bible, que Ton considérait comme un avertissement du ciel, tels étaient le plus souvent les motifli qui décidaient un pèlerinage en Terre-Sainte. Souvent les évêques et les abbés entreprenaient le voyage d'Orient pour rapporter à leurs églises des reliques précieuses. Souvent de grands pécheurs allaient y chercher Texpiation volontaire de leurs erreurs, ou bien y accomplir la pénitence imposée à leurs crimes. Quand un homme avait tué par le fer un de ses proches parents, et qu'il s'était dévotement confessé, l'évéque, avec la . matière du glaive qui avait servi an meurtre, faisait forger des chaînes : on les attachait au cou, à la ceinture et aux bras du coupable, puis on chassait le maiheureux hors du pays et, pour obtenir son pardon, H devait, sans quitter ses fers, visiter Rome et Jéi iisalem. Souvent aussi des âmes austères et mélancoUques , amoureuses de la douleur, allaient vivre dans les lar-

DE PABIS A lAFFA.

mes et attendre la mort aux lieux qui furent tâaoiui

des soufl5rances d'un Dieu.

Jusqu'au ix** siècle , les pèlerins qui venaient de la Gaule financhiftsaioit les Alpes » et après s'être qudqua temps reposés dans les hospices des hauts-lieux , gagnaient à la hâte quelque port d'Italie, où ils s embarquaient pourFOrient Depuis la eonymion des Hongrois on suivit de préférence, jusqu'à Constantinople, la route de teixe, pleine de longueur et de fatigues, tant on redoutait la mer or ageuse» ee chemin des wAmcieux, eemme l'appelle le prudent Alcuin. De Constantinople on se rendait à Antioche. Là, deux roules s'oûraient : la terre, par la Haijri»-Syrie , la vallée du libaa» la PbéniGie et le Garmelî la mer, avec Chypre pour relâohe et Joppé comme port de débarquement Une foi^ en Asie , les pèlerins rencontraient les persécutions qadqueft^ ^ des privations souvent et des dangers toujcMirs.

Qu'importe, on arrivait î Jérusalem joyeuse s'ouyrait devant les pas des fidèles : on se prosternait dans 1 église de Sainte-Hélène et de Constantin , et le chrétien adorait son Dieu au pied même du Calvaire où soji Dieu voulut mourir.

Tout changea quand les Tures-Ortoiddes , conduite par un lieuieiiant du sultan Melek-Schah , eurent dépossédé les Fatimites de Mwalera. Alors s'ouvriA pour tes chrétiens une ère de persécutions nou^eUes. La cruauté s ajouta à l'humiliation, ils ne purent enlrer désonnais dans la vitte sainte qu'en payant une pièoe d'or ; ceux que les infidèles avaient dépouillés sur la route devaient eipirei^ de iaim et de mis^ devant ses

JBN BOUTE

pertes, Bans avoii^ la joie suprême de fixer leius yeux mourants sur le Golgottia. Aux époques .de Taouée rameBaient les pëleriBs plus nombreux» les chrétiens de la ville De suffisaient pas à eaterrar les morts. Sur mille ptieriBS, dit on efaroniqueuTt un seul à peine ponvail suffire à ses besoins, «car ils avaient perdu en route leurs provisions de voyage et, à travers des périls et des fatigues sais nombre, n'avaient sawé que teun corps. «

Le danger ne cessait pas dans Jérusalem ; les chré* Ums qui s'y promenaient seuls et sans précaution, itatent frappés, outragés ou nris à mort

Aussi, dès le commencement du xi"" siècle, on u alla plus à Jérusalem que par troupes nombreuses; des * princes, des évéques, des clercs, des chevaliers se joiguaiexil aux pèlerins. On compta des caravanes de sept miUe iMMmiûes. L'Surope apprenait ainsi peu à peu le càemin de FAsIe. La toix de Pierre l'Hennite et du pape Urbain l'y poussèrent plus ardemment: « Diex et tfoUlB Les croisades furent des pèlerinages armés. On portait la croix sur les cuirasses et les coquilles sur les cottes de mailles. On sait rhistoire de ces U^ois siècles béroîques pendant lesquels la France se montra le âoltht de Dieu : on sait 1^ gloire et leurs revers. La croix tomba de nouveau. Un musulman s'assit à la port^ du Baiirfrâ^pulcre. D'autres préoooipations emportèrrat le monde; et bientât riidaoa arbora l'éten*dard de Mabomel &ur la brèche de Consianiinople, et campa en Burope.

Depuis kars , la diplomatie remplaça les armes ^ et les

B dë paris a jaffa.

capitulations succédèrent aux batailles : Hères malgré la défaite , ces capitulations voulurent du moins sauvegarder l'honneur et garantir les droits de la civilisation chiétienne. 11 y eut encore de vrais pèlerins, des princes, portantla panetière et le bourdon, se mâiè* rent à la foule des chrétiens obscurs. On dte Albert IV, duc d'Autriclie, Henri-le-Lion , duc de Bavière, Tempereur Frédéric III, et un Radâwill, prince de Lithoa* nie , riche comme un roi. Puis Tinrent les siècles de doute : la loi ne s éteignit pas, mais elle se refroidit Les touristes succédèrent aux pèlerins, les savants aux chevaliers. On ne rapporta plus de reliques deTenre- Sainte, mais des mémokes, des notes et des collections.

Jusqu'à ces derniers temps, les longueurs, les difficultés , les eîiibaiias, et, puisqu'il faut tout dire, les dépenses d'un voyage en Orient semblaient réserver la TerreSamte, comme un privilège exclusif -, aux loisirs opulents de quelques-uns. Aujourd'hui la ^ apeur supprime le^s distances et rapproche les rivages , tandis que r association bien entendue diminue à la fois et les

dangers des voyages cL ces frais de route, qu'il faut trouver le moyen de faire entrer dans les dépenses d'im budget souvent réduit. Les voyages perdent la poésie de rimpossible. Partout les caravanes s'orçanisent : honunes religieux, artistes, poètes, tous bientôt pourront accomplir cette excursion, à la fois lointaine et facile, demeurée longtemps à l'état de rêve et de désir pour tant d'imaginations ardentes.

Maintenant, en effet, tout vous invite; le rail com-

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