‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 18 sur 100 · S. ANNA — SCA ANNA — ANNA · texte numérisé non relu

S. ANNA — SCA ANNA — ANNA

M. Clermont-Ganneau a fort bien établi que ces inscriptions sont la marque officielle delà concession

JÉRUSALE M.

faite à l’abbaye de Sainte-Anne par les rois de Jérusalem, d’un droit sur les revenus de ce marché. Ces inscriptions prouvent en même temps que ces longues galeries voûtées sont au moins contemporaines des Croisades, si même elles ne leur sont pas antérieures. Les petites échoppes qui s’y pressent à droite et à gauche sont suffisamment pourvues des denrées ou des étoffes nécessaires à la nourriture et à l’entretien de l’homme. Ailleurs, principalement auprès des couvents ou de la basilique du Saint- Sépulcre, on vend des cierges ou divers objets de piété. Ce dernier commerce est naturellement trèslucratif, à l’époque de Pâques, lorsque les pèlerins chrétiens et surtout les Grecs et les Russes affluent par milliers dans la Cité sainte. La population de la ville double presque alors, et l’agitation la plus vive y règne, notamment dans le quartier chrétien. Il ne faut pas, du reste, s’attendre à trouver dans Jérusalem une belle et agréable ville, bien bâtie, industrieuse et commerçante. Elle ne brille, en effet, par aucun de ces avantages. Son aspect est triste, son industrie très-bornée, et son commerce fort peu étendu. C’est la cité des souvenirs et du passé, c’est comme la nécropole du Judaïsme, c’est par-dessus tout le tombeau du Messie, la ville des pleurs et des lamentations, la ville du Golgotha et de l’immolation de l’Homme-Dieu, c’est-à-dire du plus grand crime que les hommes aient jamais commis ; mais comme c’est en même temps la ville de la résurrection du Sauveur et le berceau de la foi nouvelle qui doit désormais régir l’humanité jusqu’à la fin des temps, le monde chrétien tout entier y a toujours été représenté par toutes les différentes Églises particulières qui composent, ou plutôt divisent malheureusement la grande Église du Christ.

Parlons d’abord de l’Église latine :

Jérusalem venait de succomber, en 1187, après la funeste bataille de Hattin. Conformément aux desseins mystérieux de la Providence, cette ville, reconquise par les croisés au prix de tant de sacrifices et de tant de sang répandu, et. conservée seulement par eux quatre-vingt-huit ans, était retombée au pouvoir des musulmans, qui depuis, sauf pendant quelques années, l’ont toujours gardée. C’est alors que Dieu suscita, dans la personne de saint François d’ Assise, le chef d’une légion pacifique et héroïque tout à la fois d’humbles, mais vaillants religieux, qui entreprirent de fonder en Palestine un royaume plus durable que celui de Godefroy de Bouillon. Douze d’entre eux débarquèrent à Ptolémaïs, en 1219, sous la conduite de leur vénérable fondateur. Peu de temps après, quelques pauvres religieux de leur ordre étaient déjà installés à Jérusalem; en 1244, ils y furent tous massacrés par des hordes de farouches Karesmiens, dans l’église même du Saint-Sépulcre, où s’étalent réfugiés avec eux, comme dans un asile inviolable, une foule de femmes, d’enfants et de vieillards.

En 1291, Saint-Jean d Acre, le dernier boulevard de la chrétienté en Palestine, tombe à son tour, et les Franciscains y teignent encore de leur sang les églises confiées à leur garde. De nombreux disciples de saint François remplacent bientôt à Jérusalem leurs frères martyrs, mais leur position est toujours précaire. En 1342, Robert, roi de Sicile, et Sanche, sa femme, achètent du sultan d’Égypte le sanctuaire du mont Sion, et le cèdent au Saint-Siège, qui, par une bulle de Clément VI, datée d’Avignon, le 21 novembre de cette même année, en remet la propriété et le soin de la desservir aux Pères Franciscains. Depuis cette époque, ces religieux n’ont pas cessé de rester fidèlement aux différents postes d’honneur où ils avaient été placés. Ils les ont défendus souvent au péril de leur vie, et les sanctuaires qu’ils ont été obligés d’abandonner leur ont été arrachés par la force, sans qu’eux-mêmes aient jamais abdiqué le droit d’en revendiquer un jour la possession. C’est donc à celte pieuse milice que le monde catholique doit l’avantage inappréciable d’avoir conservé jusqu’à nos jours la propriété exclusive ou partagée de quelques-uns des lieux les plus saints et les plus

vénérés de la terre. Chassés en 15G1 du Cénacle, les Franciscains achetèrent à grands frais, des Turcs, l’église et le couvent de Saint-Sauveur, alors abandonnés, et qui avaient appartenu aux

Géorgiens , et ils s’efforcèrent de maintenir intacts les autres privilèges qui leur avaient été octroyés par les Souverains Pontifes. Je n’ai point ici à raconter leur ’ histoire; ce serait l’histoire même de la Jérusalem catholique jusqu’à notre époque. C’est grâce à eux que les pèlerins latins ont pu, pendant longtemps, venir se prosterner devant le saint Sépulcre et le Golgotha ; c’est dans leurs couvents qu’ils trouvaient asile, conseil et protection. Sans eux, la chaîne de ces pieux pèlerinages eût élé souvent brisée; sans eux aussi, la France de Charlemagne, de CodefroN de Bouillon et de saint Louis eût vainement cherché à exercer son protectorat séculaire sur des sanctuaires que les pèlerins latins auraient renoncé à visiter, et il n’y aurait plus eu de garde d’honneur entretenue par l’Église catholique autour du tombeau de son divin fondateur. Les Franciscains ont donc rendu, par leur opiniâtre fidélité que rien ne décourageait, un immense service à toutes les nations latines; ils ont, en particulier, bien mérité de

JÉRUSALEM

la France, dont ils ont, avec les seules armes d’un dévouement et d’une patience invincibles, secondé en Palestine la généreuse et chrétienne influence.

Au commencement du dix-septième siècle, un décret de la Propagande, daté du 22 février 1627, plaça sous la juridiction spirituelle du Père custode de Terre sainte les villes de Jérusalem, de Betliléhem, de Nazareth, et tous les lieux de la Palestine, de la Syrie et de l’Égypte où les Franciscains avaient des couvents. Vers la fin du même siècle, le Père custode fut également nommé préfet apostolique de toutes ces contrées, y compris l’île de Chypre; mais, en 1829, Grégoire NVI restreignit celte juridiction, en la bornant à la Palestine proprement dite et à l’île de Chypre.

Les principaux dignitaires de la custodie de Terre sainte à Jérusalem sont : 1° le Père custode, qui a le titre de Paternité Révérendissime, et qui est toujours un Italien. Jusqu’au rétablissement du patriarcat, le religieux qui était revêtu de cette haute dignité avait des privilèges et des droits quasi épiscopaux; il officiait pontificalement avec la crosse et la mitre, conférait les ordres mineurs et accordait des dispenses.

2° Lé vicaire du Révérendissime; cette dignité, d’après les statuts, doit toujours être donnée à un Français;

3° Le procureur général; chargé de l’administration, il est le caissier de l’ordre en Terre sainte, et doit être Espagnol.

Avant 1847, époque de la restauration du patriarcat latin, les Franciscains avaient à Jérusalem trois couvents. Le plus important était celui de Saint-Sauveur, où résidaient le Révérendissime et tous les dignitaires de l’ordre. Il renfermait trente prêtres et trente-deux frères laïques. Dans l’intérieur de ce vaste bâtiment assez irrégulièrement construit, une chapelle au premier étage servait d’unique paroisse à la population catholique, qui se montait à neuf cent quarante âmes environ. Cette chapelle, du nom de Saint-Sauveur, n’avait absolument rien de remarquable; son architecture était lourde et écrasée; mais les Franciscains, forcés de quitter leur maison du mont Sion, avaient obtenu la faveur, par décision pontificale, d’apporter avec eux et de transférer à l’église de leur nouveau couvent les indulgences et les mêmes privilèges que les Papes avaient accordés autrefois à la chapelle du Cénacle. A ce monastère était attenante une école de garçons, divisée en deux sections et fréquentée par une soixantaine d’enfants.

Non loin de ce grand couvent était un hospice connu de tous les pèlerins sous le nom de Casa Nova, et où les Pères donnaient une cordiale et généreuse hospitalité à tous les étrangers francs qui venaient frapper à leur porte.

Les Franciscains possédaient un deuxième couvent de petites dimensions dans l’intérieur même de la basilique du Saint- Sépulcre, et où une dizaine de prêtres, qui se relayaient de six mois en six mois à cause du peu de salubrité des bâtiments, étaient préposés d’une manière toute particulière avec quelques Frères à la garde du saint Tombeau, à l’entretien des sanctuaires qui appartiennent encore à la catholicité, et à la célébration des processions et des autres services religieux qui s’accomplissent tous les jours dans ce saint lieu.

Un troisième couvent, près du sanctuaire de la Flagellation, servait de succursale à la Casa Nova, quand cet hospice surabondait de pèlerins à l’époque de Pâques.

Tel était 1 état des choses, au point de vue religieux, à Jérusalem, lorsque Pie IX, de glorieuse et sainte mémoire, conçut et exécuta le projet de rétablir dans celte ville, après tant de siècles d’interruption, 1 ancien patriarcat latin. Le but de ce grand pontife était de relever par cette éminente dignité 1 Eglise latine de Jérusalem, et de lui donner un chef égal en autorité et en prestige à ceux des com-

JÉRUSA L EM.

mimions dissidentes. Il voulait aussi, tout en combattant d’une manière plus énergique, au berceau même du catholicisme, l’influence schismatique sans cesse grandissante sous le patronage de la Russie, opposer également une barrière plus forte à l’influence protestante qui commençait à naître, grâce à 1 appui de l’Angleterre et de la Prusse. Le choix de Pie IX tomba, le 10 octobre 1847, sur un prêtre du diocèse de Gênes, jeune encore, mais doué d’un esprit très-distingué; possédant parfaitement la plupart des langues de l’Orient, le grec, l’arabe, le turc, le persan, l’arménien, et ayant déjà parcouru comme missionnaire apostolique plusieurs provinces de l’Asie, principalement la Syrie, la Mésopotamie et la Perse. Il avait en outre une physionomie imposante, un grand air de majesté,

Use échoppe

COIIDOSNIÈR A JÉRUSALEM.

malgré ses trente-quatre ans, un regard pénétrant et ferme, et dans le caractère une rare énergie dont il avait déjà donné plusieurs preuves dans ses difficiles et périlleuses missions.

Son entrée à Jérusalem, le 18 janvier 1848, fut saluée, comme celle d’un souverain, par les canons de la tour de David, et il fut escorté jusqu’à la modeste maison qui devait lui servir de résidence provisoire non-seulement par la population latine accourue à sa rencontre, mais par une foule considérable de Turcs, d’hétérodoxes et même de Juifs. 11 n’entre pas dans mon sujet de raconter ici les vingt-cinq années de son glorieux patriarcat, les nombreuses difficultés qu’il eut à briser et la manière dont il en triompha pour asseoir définitivement son autorité. Je me bornerai à dire qu il est mort pauvre, le 2 décembre 1872, après avoir fondé beaucoup d’établissements remarquables, et entre autres le beau séminaire de Beit-Djalla, le palais patriarcal et la cathédrale qui l’avoisine. C est là qu il repose, dans la chapelle de Saint-Joseph, son patron. Une maladie foudroyante avait soudain abattu ce tempérament robuste et enlevé à l’Eglise de Jérusalem, à toutes les missions qu’il avait fondées dans la Terre sainte et à toutes les maisons religieuses anciennes ou nouvelles qu’il dirigeait dans la vaste étendue de sa juridiction, le chef vénéré qui en était l’âme et la vie.

Dès la première année de son installation à Jérusalem, il avait appelé dans la Ville sainte les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, qui furent chargées en même temps d’un hôpital français, dit hôpital Saint-Louis, et d’une école de filles. Ces pieuses religieuses, toutes Françaises, mais parlant presque toutes l’arabe, se sont bien vite identifiées, à force de dévouement et de patience, avec la double mission qui leur était confiée. Par les soins empressés qu’elles donnent indistinctement à tous les malades qui viennent réclamer leur secours, elles contribuent singulièrement à faire aimer la France, dont elles sont les dignes enfants et dont elles se plaisent à propager les bienfaits et aussi la langue en instruisant les jeunes filles qui suivent leurs leçons.

En 1855, d’autres religieuses de l’ordre de Nazareth, et dont la maison mère est à Oullins près de Lyon, furent également encouragées par Mgr Valerga à venir fonder une école à Nazareth, puis une seconde à Caiffa, ensuite une troisième à Saint-Jean d’Acre, une quatrième à Chefa-Amar et enfin une cinquième à Beyrouth. En décrivant ces différentes villes dans mon ouvrage sur la Galilée, j’ai été heureux d’avoir eu l’occasion de signaler les grands services rendus pareillement par ces saintes femmes, dont quelques-unes m’ont paru non moins éminentes par l’esprit que par le cœur.

En 1856, un troisième ordre de religieuses, celui des Dames de Sion, arriva à Jérusalem pour y travailler, sous l’habile et active direction du P. Marie de Ratisbonne, à la conversion des Juives. Juif lui-même de naissance, ce prêtre zélé, depuis qu’il a abjuré à Rome les erreurs de sa nation, n’aspire qu’à faire partager ses nouvelles croyances à ses anciens coreligionnaires. Dans ce but, il a, avec 1 appui de Mgr Valerga, et inspiré par une généreuse pensée, cherché à acquérir au moyen d’une somme très-considérable un terrain attenant à l’arc de YEcce Homo sur la Voie Douloureuse, pour y bâtir un monastère de femmes. Son dessein était double : il voulait d’abord, à l’endroit même où le Sauveur avait été condamné à mort et où tout un peuple en délire avait prononcé ces mots exécrables : Qu il soit crucifié, qu il soit crucifié ! et ceux-ci : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! établir une sorte de monument expiatoire et un oratoire spécial où des prières ferventes, qui ne cesseraient ni jour ni nuit, appelleraient la miséricorde du Seigneur sur la nation déicide qui avait commis jadis cet horrible attentat. 11 voulait aussi, par une éducation sincèrement chrétienne donnée aux jeunes filles juives qui pourraient lui être confiées, contribuer, autant qu’il serait en lui, à amener aux pieds du Messie quelques-unes des nombreuses brebis égarées d’Israël. Afin de réaliser un pareil projet, il avait besoin de beaucoup d’argent et de patience : car les fonds lui manquaient pour acheter le terrain et pour bâtir, et de sérieux obstacles l’attendaient. Enfin, à force de persévérance, de voyages, de négociations et de quêtes, il est parvenu, au bout de plusieurs années, à édifier le beau monastère

qui fait maintenant 1 un des ornements de la 'Cité sainte. Les travaux de déblayement et de construction ont commencé en 1859. Dans les fouilles qu’on a exécutées pour asseoir les fondations de ce couvent, on a trouvé plusieurs grandes citernes, deux tunnels parallèles, parfaitement construits et voûtés en plein cintre, un ancien aqueduc pratiqué dans le roc et se dirigeant vers le Haram ech-Cherif, une

source jusque-là inconnue, de larges dalles appartenant au Litliostrotos, enfin le petit arc septentrional qui accompagne le grand arc central au-dessous duquel passe la Voie Douloureuse. Ce petit arc, ainsi que le pied-droit attenant du grand arc avec la niche qui y avait été ménagée, ont été enclavés par le P. Marie de Ratisbonne dans sa chapelle et laissés heureusement tels qu’il les avait découverts. Ces vénérables reliques du passé parlent ainsi plus éloquemment aux yeux et à l’âme, que si des enjolivements malencontreux en avaient déparé l’austère et grave physionomie. Les travaux commencés en 1859 furent quelquefois interrompus, faute de ressources suffisantes qui n’arrivèrent que plus tard,

Un café a Jérusalem.

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et ne furent terminés qu’en 1868. Ce magnifique établissement renferme actuellement un pensionnat, un externat et un dispensaire. Le pensionnat est composé en grande partie d’orphelines, la plupart Maronites; l’externat est spécialement fréquenté par de petites Israélites ou musulmanes. Quant au dispensaire, il est chaque jour assiégé, depuis son ouverture en 1874, par une foule de malades, de blessés ou d’infirmes, les trois quarts Israélites, qui y viennent chercher des remèdes, des pansements ou des consultations gratuites.

Indépendamment de cet établissement, le P. Marie de Ratisbonne en a fondé un autre, également très- important, aux portes de la Ville sainte, à un kilomètre environ de distance et non loin du Birket- Mamillah. Situé dans une position très-salubre, sous le titre d 'Institution Saint-Pierre , il est appelé à devenir l’un des instruments les plus efficaces de l’influence catholique à Jérusalem. Ses vastes proportions, le nombre considérable de jeunes garçons qu’il pourra contenir quand il sera achevé, le but utile et civilisateur qui y est poursuivi (car il est destiné à devenir une école d’arts et métiers où des centaines d’orphelins, retirés de la misère, apprendront à se suffire à eux-mêmes et à rendre un jour des services à la société), tout cela fait le plus grand honneur au P. Marie de Ratisbonne, qui n’a pas hésité, avec ses dignes collaborateurs, à entreprendre, avec les ressources toujours précaires de la charité, une œuvre réellement colossale qui ferait la gloire d’un gouvernement. Je n’ai pas parlé du troisième établissement qu’il a créé à Saint-Jean in Montana, à deux lieues de Jérusalem, pour servir de succursale au monastère de YEcce Homo , et qui, comme ce dernier, est actuellement très-florissant, grâce au zèle et à l'intelligence éclairée des Dames de Sion qui les dirigent l’un et l’antre.

C’est également sous le patriarcat de Mgr Valerga qu’a été fondé à Jérusalem le bel hospice autrichien réservé aux pèlerins de cette nation, et que madame la princesse de la Tour d’Auvergne a relevé sur les flancs occidentaux de la montagne des Oliviers deux anciens oratoires, l’un rappelant l’endroit où Jésus avait enseigné le Pater noster à ses disciples, et l’autre celui où ses apôtres avaient composé le Creclo. Ces deux sanctuaires, voisins et renfermés dans la même enceinte, ont été confiés par elle à de pieuses Carmélites et donnés à la France. On remarque dans le premier un joli cloître de style gothique, dont les murs sont tapissés de grandes plaques de faïence peinte, sur lesquelles l’Oraison dominicale a été gravée en trente-deux langues différentes. Près de là, dans une chambre mortuaire, on admire un beau sarcophage en marbre blanc, où reposera plus tard la fondatrice, après sa mort, et sur lequel, comme sur un lit funèbre, est déjà étendue sa statue, qui, les bras immobiles et les yeux fermés, la représente couchée sur sa tombe.

Telles sont, en résumé, les principales œuvres qu’a créées, suscitées ou encouragées Mgr Valerga. Les vingt-cinq années de son patriarcat ont donc été fécondes en résultats pour l’Église de Jérusalem, et le nombre des catholiques y a presque doublé. En dehors de la Ville sainte, il a fondé successivement les missions de Beit-Djalla, de Djifneh, de Ramallah, de Bir-Zeit, de Beit-Sahour, de Thaybeh, de Naplouse, de Sait et de Iafa. Sous lui, en outre, a été construit à Koubeibeh le monastère dû à la munificence de mademoiselle de Nicolaï, et cette pieuse émule des Paule et des Eustochie y repose en paix à l’ombre du sanctuaire qu’elle avait relevé.

Mgr Valerga a eu pour successeur Mgr Bracco, né à Torrazza en 1835, et qui depuis 1860 habitait la Palestine, où il avait professé la philosophie au séminaire de Beit-Djalla, dont il était devenu bientôt le supérieur. En 1866, nommé évêque de Magida, il était resté attaché au patriarche, en qualité de vicaire général. Très-instruit dans les Saintes Écritures, simple et modeste dans ses goûts, très-conciliant dans les manières, d’une piété exemplaire, étant, en outre, fort au courant, depuis douze ans qu’il était en Palestine, de toutes les questions relatives aux Saints Lieux et de

toutes les œuvres fondées par son glorieux prédécesseur, Mgr Bracco était naturellement désigné au choix de Pie IX, cpii s’empressa de le faire monter, malgré son humilité et sa jeunesse, car il avait à peine trente-huit ans, sur le siège patriarcal de Jérusalem.

Elu en 1873, ce vertueux prélat ne démentit pas le choix et les espérances du Saint-Père, et, avec l’aide des divers membres si dévoués de son chapitre, il songea aussitôt non-seulement à continuer les

Une boutique d’épicier a Jérusalem.

œuvres dues à Mgr Valerga, mais encore à en créer de nouvelles. C’est ainsi qu’il fonda en 1874 la mission de Kerak, transférée récemment à Medaba, en 1875 celle de Rememim, en 1877 celles d’El-Fahez et de Reyneb, en 1879 enfin celle de Gaza. C’est depuis son avènement que l’église de Kiriet el-Enab, appelée vulgairement église de Saint-Jérémie, sur la route de Jaffa à Jérusalem, a été concédée à la France et, par conséquent, au catholicisme, grâce à la puissante intervention de M. le comte de Vogüé, alors ambassadeur à Constantinople. C’est lui aussi Jqui a appelé à Jérusalem les Frères des Écoles chrétiennes, dont l’établissement, voisin du patriarcat, renferme dans son enceinte les ruines du Kasr el-Djaloud, l’ancienne tour Psephina. A peine installés dans ce local, les Frères ont vu immédiatement accourir à leurs classes presque tous les enfants de la ville, à quelque nation et reli-

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gion qu’ils appartinssent. Le pacha de Jérusalem vient lui-même de leur envoyer ses deux fils, en même temps qu’il amenait en personne ses deux filles aux Dames de Sion. Le Frère Évagre, directeur de cette maison qui fait beaucoup d’honneur à la religion et à la France, s’est partout concilié 1 estime et la sympathie, et la considération très-méritée dont il jouit rejaillit sur notre nation tout entière.

C’est également depuis que Mgr Bracco est assis sur son siège patriarcal, que le sanctuaire de Sainte-Anne a été concédé à Mgr Lavigerie, archevêque d’Alger, qui en 1878 est venu y installer lui-même trois de ses missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Ceux-ci, pleins de zèle et de science, tout en desservant l’auguste sanctuaire, témoin jadis de la nativité de la Sainte Vierge et dont la Papauté et la France leur ont confié la garde, doivent ouvrir, dit-on, prochainement une école spéciale de hautes études orientales, parmi lesquelles l’Écriture sainte naturellement tiendra la première place.

C’est de même sous les auspices et avec le concours de Mgr Bracco que Dom Belloni a singulièrement agrandi à Bethléhem le grand établissement qu’il avait fondé du temps de Mgr Valerga. Cette maison, connue sous le nom de la Sainte Famille de Bethléhem 3 contient maintenant deux cents élèves, dont soixante-dix internes, qui, sous l’infatigable et paternelle direction de ce saint prêtre, apprennent non-seulement les principaux éléments des connaissances humaines, mais encore un état qui leur permettra de gagner un jour honorablement leur vie, une fois qu’ils seront sortis de cet orphelinat. D’autres enfants sont élevés par lui dans une ferme-école, située à Beit-Djemal, où ils se forment aux rudes, mais si utiles travaux de l’agriculture. Je ne dois pas non plus oublier de mentionner quatre autres fondations plus récentes et déjà importantes, bien qu’encore inachevées : celle d'un couvent de Carmélites à Bethléhem, due à la générosité d’une pieuse Française de Pau, mademoiselle de Saint-Criq d’Artigau, et dans la même ville celle d’une maison dite des missionnaires du Sacré- Cœur de Betharam, créée pareillement par cette noble bienfaitrice; enfin deux hôpitaux, qu’élèvent en ce moment, à leurs frais, deux charitables Lyonnais, M. le comte de Piellat à Jérusalem et M. Guinet à Jaffa.

Les Pères Franciscains, de leur côté, ne sont pas restés inactifs. Ils ont achevé leur sanctuaire de Koubeibeb ; ils ont restauré la plupart de leurs autres monastères, ils ont construit et fait des fouilles importantes sur le mont Thabor ; à Tyr et à Sidon, ils ont fondé de nouveaux couvents; à Jérusalem, ils agrandissent en ce moment leur église de Saint-Sauveur, devenue beaucoup trop petite pour la population latine dont elle est la paroisse.

Au milieu de ce grand mouvement religieux que le rétablissement du patriarcat latin a produit en Palestine, les consuls de France, chargés de patronner les intérêts catholiques en Terre sainte, se sont montrés dignes de leur haute mission. Je citerai particulièrement MM. Botta, de Barrère, Sienkiewitch et Patrimonio. Eu défendant les droits des Latins, ils ont suivi les conseils d’ une politique éminemment nationale et française. Us ont compris que la France a toujours pour mission providentielle sur cette terre sacrée d être la fille aînée et la protectrice officielle de l’Église, et que, si elle venait à 1 abdiquer, elle abdiquerait en même temps les plus glorieux souvenirs de son passé; elle abdiquerait aussi le reste d’influence et de prestige que ses défaites et ses malheurs lui ont laissé en Orient. En outre, elle cesserait d avoir pour alliés naturels tous les catholiques de ces contrées, qui tourneraient immédiatement leurs ; eux vers une autre puissance occidentale, pour en tirer aide et secours.

En face de la France catholique se dresse en Palestine le colosse de la Russie. La Russie, depuis une vingtaine d années principalement, s’est solidement installée à Jérusalem. Elle a, aux portes mêmes de la Ville sainte, sur le plateau qui la domine vers le nord et d’où ceux qui l’ont envahie l’ont

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tour à tour assiégée, demandé et obtenu de la Sublime Porte un terrain immense qu’elle a environné d’un mur et où elle a construit, au prix de sommes énormes, un palais épiscopal, une cathédrale, un consulat général, de vastes hospices pour les pèlerins, des citernes, des bassins, en un mot une petite ville russe complète qui, à l’époque de Pâques, est assez étendue pour contenir les milliers de pèlerins qui affluent alors de tous les points de la Russie. Ces pèlerins, la plupart fort pauvres, y trouvent un asile assuré. Delà ils se répandent par longues bandes dans la ville, pour en visiter les sanctuaires. Leur piété naïve, mais grave, leurs chants harmonieux, les belles et puissantes voix des hommes, qui se marient si bien aux voix plus douces et plus argentines des femmes et des enfants, contrastent avec la piété moins sincère et moins respectueuse et avec les chants nasillards des Grecs. Toutefois leurs dogmes religieux sont les mêmes, et la Russie est la commune patronne de toute l’Église prétendue orthodoxe.

Les Grecs de Jérusalem, au nombre de deux mille huit cents environ, sont sous la juridiction d’un patriarche qui a sous sa dépendance dix évêques et un nombre considérable de moines répartis entre dix couvents ayant chacun une ou plusieurs chapelles. Le plus considérable de ces monastères est celui de Saint-Constantin, résidence du patriarche grec et adossé, du côté de l’ouest, à la basilique du Saint-Sépulcre. Il OCCUpe RUE de la Porte de la Chaîne.

une partie de l’ancien patriarcat latin

et renferme une bibliothèque importante. Les Grecs possèdent aussi trois couvents de religieuses grecques, non cloîtrées.

Les Arméniens non unis ne dépassent pas à Jérusalem le chiffre de cinq cents individus; néan-

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moins, ils sont fort riches, et ils habitent sur le montSion l’un des plus beaux quartiers de la ville. Us ont également à leur tête un patriarche qu’assistent quatre évêques. Ils possèdent un collège ou séminaire, un grand couvent, dit couvent de Saint-Jacques, plusieurs autres, moins considérables, soit d’hommes, soitde femmes, et un hospice pour les pèlerins de leurrite. Leur cathédrale date, dit-on, du onzième siècle; mais elle a subi des restaurations modernes. Elle est à trois nefs et à coupole. Ornée de peintures, de mosaïques, de marbres divers et de tapis, elle est entretenue avec soin. On y monlre

dans une chapelle à la vénération des fidèles l’endroit où saint Jacques le Majeur aurait eu la tête tranchée, par ordre d’IIérode Agrippa, après son retour d’Espagne, où il avait été porter la lumière de 1 Evangile. Dans le chœur on remarque deux trônes, l’un vide, consacré à la mémoire de ce grand apôtre, 1 autre où siège le patriarche. Les Arméniens sont, comme on le sait, monophysites, c’est-àdire qu’ils n’admettent qu’une nature en Jésus-Christ, la nature divine, doctrine qui a été condamnée, en 451, au concile de Chalcédoine dans la personne d’Eutychès.

Les Jacobites ou Syriens non unis, de la secte également des monophysites, sont seulement au nombre de quinze. La chapelle de leur petit couvent passe pour avoir été bâtie sur l’emplacement de

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la maison de Marie mère de Jean, surnommé Marc, dans laquelle saint Pierre se réfugia après avoir été délivré de sa prison par un Ange. ( Actes des Apôtres , ch. xii, if 12.)

Les Coptes non unis, au nombre de cent trente, logent dans deux couvents, 1 un voisin de la basilique du Saint-Sépulcre, l’autre situé près du Birket Hammam el-Batrak.

Les Abyssiniens, dont le chiffre atteint à peine celui de soixante-quinze, sont très-pauvres et habi-

Champ des Pasteurs, près de Bethlêhem.

tent quelques misérables cellules au milieu des ruines qui entourent la petite coupole de la chapelle de Sainte-Hélène.

A une demi-heure à l’ouest de Jérusalem, le couvent de Sainte-Croix mérite pareillement de ma part une mention particulière. Par ses murs hauts et épais flanqués de contre-forts, il offre, comme presque tous les couvents de la Palestine, l’aspect d’une forteresse plutôt que d’un monastère. Sa forme est celle d’un carré peu régulier, au-dessus duquel s’élève la coupole centrale de l’église. Celle-ci est intéressante à étudier, tant à cause de son ancienneté que des peintures à fresque dont ses murs sont revêtus et des belles mosaïques qui ornent son pavé. Derrière le maître-autel, une ouverture circulaire indique l’endroit où, d’après une tradition, aurait été jadis planté l’arbre qui servit à faire la croix de Notre- Seigneur; de là serait venu le nom du monastère. La bibliothèque de ce couvent est actuellement

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l’une des mieux pourvues de la Palestine, depuis qu’il a passé des mains des Géorgiens dans celles des Grecs, qui l’ont transformé en séminaire.

Les protestants, à Jérusalem, comptent trois cents adeptes. Grâce aux ressources intarissables de la Société biblique, la mission protestante, anglicane et prussienne, fondée dans cette ville en 1840, y a créé beaucoup d’établissements : un évêché entretenu aux frais communs de l’Angleterre et de la Prusse, et dont le titulaire doit être alternativement nommé par l’une et par l’autre puissance; un temple élégant et bien construit, bâti en face de la tour de David sur le mont Sion; une église pour les indigènes chrétiens convertis au protestantisme, un hôpital pour les Juifs, un autre pour les chrétiens indigènes, deux orphelinats de garçons, un orphelinat de jeunes filles, deux écoles, un hospice de l’ordre des Jobannites pour la réception des pèlerins prussiens, enfin une bibliothèque ; et de même que le consul de France seconde officiellement les établissements latins, le consul de Russie ceux des Grecs et spécialement des Russes, ainsi les consuls de Prusse et d’Angleterre rivalisent également, de zèle et d’influence pour patronner et propager les efforts de la mission protestante.

Les Juifs, au nombre de dix mille environ, sont entassés dans des maisons très-pressées les unes contre les autres sur les pentes orientales du mont Sion et dans l’ancienne vallée du Tyropœon. Leur quartier est mal tenu et sillonné par des rues très-étroites. Aussi la mortalité est-elle grande parmi eux. Ils sont divisés en plusieurs sectes, dont les principales sont les Sephardim, les Achkenazim et les Caraïtes ; ces derniers ne reconnaissent pas l’autorité du Talmud. Us ont plusieurs synagogues, des écoles et deux vastes hôpitaux, l’un sur le mont Sion, l’autre en dehors de la ville, sur les pentes occidentales de la vallée de Ben-Hinnom; ce dernier est dû aux libéralités de MM. de Rothschild et Montefiore.

Les musulmans enfin, dont le nombre peut être évalué à sept mille cinq cents, possèdent à Jérusalem, indépendamment de la mosquée d’Omar et de celle d’El-Aksa, une dizaine d’autres mosquées moins împoi tantes, auxquelles sont attaches plusieurs etablissements de bienfaisance et des médresehs ou écoles publiques. Chaque jour, aux heures réglementaires, retentissent du haut des minarets les voix des muezzins chargés d’annoncer la prière. Tous les vendredis, les disciples de Mahomet se réunissent dans la vaste enceinte d’El-Aksa, pour y assister à une prédication et à la prière générale.

En résumé, la population totale de Jérusalem se monte à peine maintenant à vingt-trois mille âmes. Néanmoins, tous les peuples, toutes les langues, toutes les religions monothéistes y sont représentés. Le judaïsme y a ses synagogues, l’islamisme ses mosquées, toutes les principales communautés chrétiennes leurs églises, leurs chapelles, leurs temples et leurs couvents. C’est donc toujours la Ville sainte par excellence, la ville que se disputent toutes les croyances, où la Croix s’élève partout en fiice du croissant, où les ministres de la vérité coudoient sans cesse ceux de l’erreur. Si depuis longtemps elle continue à gémir sous le joug des musulmans et si la mosquée d’Omar s’y dresse toujours debout, toujours triomphante, sur l’emplacement du temple de Salomon, cela tient à un dessein particulier de la Providence, qui, pour punir et humilier la cité déicide, l’a soumise à une servitude dont l’Europe tout entière n a pu 1 affranchir que temporairement à l’époque des croisades, et dont personne ne peut prévoir la fin; mais, en même temps que le temple delà loi ancienne y est condamné à une ruine irrévocable, comme figurant un passé à tout jamais évanoui, le sépulcre du Sauveur, d’où est sortie la vie du monde avec le Christ ressuscité, recevra jusqu’à la consommation des siècles les hommages empressés des peuples chrétiens, conformément à la parole du prophète qui a dit : Sepulcrum ejus erit gloriosum, son sépulcre sera glorieux.

NORD DE LÀ JUDÉE

Bois d’oliviers ad-dessous dü Bir-Ayoub.

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