JARDINS DE SALOMON
ment de plus haut, et il doit y avoir une correspondance souterraine entre elle et l’Aïn-Atlian, qui
elle-même paraît se relier à des sources supérieures situées dans l’Oued el-Biar. Quant au village d’Ourthas, qui s’élève sur les pentes occidentales de la vallée ainsi appelée, il compte à peine trois
Vallée d'Ourthas, anciens jardins de Salomon.
NORD DE LA JUDÉE
cents habitants. La plupart des maisons sont à moitié renversées ; plusieurs paraissent avoir été construites avec d’anciens matériaux. Quelques grottes taillées dans le roc accusent également une époque antérieure à l’occupation arabe. Ce village est souvent considéré comme occupant l’emplacement de l’ancienne Étham. Peut-être en dépendait-il 5 mais je croirais plus volontiers que cette ville elle-même se trouvait à une faible distance de là, vers l’ouest-sud-ouest, auprès de l’Aïn-Athan, dont le nom est une réminiscence de celui d’Étham, et qui domine un monticule couvert de ruines, qui semble avoir été l’acropole de cette petite ville fortifiée jadis par Roboam.
Pour en revenir aux jardins d’Ourthas, ils sont regardés généralement comme les successeurs des antiques vergers de Salomon où ce prince aimait «à se rendre de Jérusalem, au lever de l’aurore. Nous lisons à ce sujet dans Josèphe :
« Escorté de ses gardes armés et munis d’arcs, le roi, monté sur un char et revêtu d’un manteau blanc, avait coutume, à l’aube naissante, de sortir de Jérusalem. Or, il y avait un endroit éloigné de deux schènes de la ville, et appelé Étham. Grâce à ses jardins et à l’abondance de ses eaux courantes, ce lieu était à la fois plein de charme et de fertilité. C’est là que Salomon se faisait transporter. » (Antiquités judaïques, 1. VIII, ch. vu, § 3.)
La distance d’un scbène étant évaluée à trente stades, deux schènes égalent soixante stades, ou un peu plus de dix kilomètres, intervalle qui est précisément celui qui sépare Jérusalem de la vallée où nous sommes. Celle-ci, à cause de la richesse naturelle de son sol qu’arrosent des eaux intarissables, a dû de tout temps attirer l’attention des souverains de Jérusalem, et devenir pour eux un véritable lieu de plaisance. Rien donc de plus vraisemblable que d’y reconnaître avec la tradition les jardins enchantés, but des promenades matinales de Salomon, ainsi que les Arabes eux-mêmes, et non pas seulement les Juifs et les chrétiens, le répètent encore de nos jours, en appelant ces vergers Bestan Souleïman (jardins de Salomon). D’ailleurs, non loin de là coule l’Am-Athan, dont le nom, je le répète, est, sauf une légère altération, le même que celui d’ Étham. Conformément à la tradition, j’incline donc, avec tous les indigènes de la Palestine et avec la plupart des voyageurs, à voir dans l’Oued-Ourthas YHortus conclusus (le jardin fermé) qui plaisait tant à Salomon, et auquel il comparait sa bien-aimée dans le Cantique des cantiques :
« Hortus conclusus, soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus. »
Comme le remarque Quaresmius, ce jardin est appelé fermé, non qu’il fût entouré d’un mur, mais parce qu’il avait été environné par la nature elle-même d’une ceinture de collines et de montagnes.