‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 67 sur 100 · MONT GA RI ZI M · texte numérisé non relu

MONT GA RI ZI M

d’habitude les Samaritains de Naplouse, lorsqu’ils viennent célébrer sur le Garizim les fêtes delà Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles. En continuant ensuite à s’avancer vers l’est, on arrive aux fameux

blocs non taillés connus, sous le nom de Tenacher-Balathali (les douze pierres plates). Les Samaritains prétendent que ces blocs, représentant par leur nombre les douze tribus, sont les pierres non taillées

que, conformément, à leur Pentateuque, .Tosué, d’après l’ordre du Seigneur, aurait placées sur le mont Garizim, afin d’en former un autel destiné aux holocaustes. Mais, comme on l’a observé depuis longtemps, les passages de la Bible relatifs à ce sujet portent dans tous les manuscrits hébraïques, au lieu du mot Garizim, le mot Ebal. C’est donc sur cette dernière montagne, et non sur la première, qu’il faut chercher l’autel de pierres brutes construit par Josué, après qu’il eut franchi le Jourdain. Les douze blocs désignés sous le nom de Tenacher-Balathah n’ont, par conséquent, été établis sur le Garizim qu’à une époque bien postérieure à Josué, sans doute par les Samaritains eux-mêmes, désireux de consacrer en quelque sorte par ce monument le texte erroné de leur Pentateuque.

Un peu au delà vers l’est, sur le point culminant du Garizim, s’étend une grande enceinte encore en partie debout. Elle forme un quadrilatère, flanqué aux quatre angles d’avant-corps ou petites tours carrées. Les faces sud et nord ont un développement de soixante-dix-neuf mètres, et les faces est et ouest de soixante-quatre mètres. La face nord est percée d’une porte, la seule qui jadis donnait accès dans l’enceinte. Au milieu de celle-ci s’élevait un édifice octogone, dont les arasements seuls sont visibles. Une coupole le recouvrait sans doute. 1/ opinion la plus répandue est que les ruines de cel édifice sont celles de l’église Sainte-Marie, fondée par Zénon, et que Justinien, au dire de Procope, avait entourée d’une enceinte fortifiée pour la mettre à l’abri des déprédations des Samaritains, qui en expulsèrent les chrétiens. En effet, l’orientation de ce monument, telle qu’elle résulte de celle de l’abside qu’on y remarque, prouve que nous foulons là les débris d’une ancienne église chrétienne. M. de Saulcy, au contraire, a cru y reconnaître les vestiges du temple samaritain fondé par Sanaballète, sous le règne d’Alexandre le Grand, et dédié plus tard, sous Antiochus Epiphane, à Jupiter Hellénien. Pour accorder ces deux opinions, en apparence contradictoires, je pense avec ce savant académicien que l’enceinte en gros blocs à bossage est bien le téménos du temple samaritain bâti par Sanaballète, téménos qui fut ensuite restauré par Justinien, à qui Procope en attribue la fondation. Par conséquent, l’édifice octogone en question occupe lui-même l’emplacement de l’ancien sanctuaire des Samaritains; mais les vestiges que nous voyons là ne sont pas, évidemment, ceux de ce sanctuaire; car nous savons d’abord qu’il fut rasé par Jean Hyrcan. Nous possédons, en outre, de magnifiques médailles d’Antonin le Pieux, frappées à Neapolis, et qui représentent le mont Garizim avec un temple, celui qui avait été bâti par Adrien en l’honneur de Jupiter Très-Haut. Or, ce temple, qui avait dû succéder à celui de Jupiter Hellénier, identique lui-même avec celui des Samaritains et rasé par Jean Ilyrcan, est figuré sur ces médailles avec une forme rectangulaire et deux portiques, surmontés l’un et 1 autre d’un fronton triangulaire. 11 est à présumer, en outre, que Sanaballète, qui avait voulu fonder sur le Garizim un temple rival de celui de Jérusalem, avait dû imiter la forme de ce dernier, c’est-à-dire celle d’un rectangle, et non point d’un octogone. Les vestiges de l’édifice ainsi construit ne sont donc pas les restes du temple samaritain de Sanaballète, mais ceux de l’église Sainte-Marie5 élevée par Zénon sur les ruines du temple de Jupiter Très-Haut, successeur lui-même, vraisemblablement, du temple de Jupiter Hellénien, et par conséquent de celui des Samaritains. Quant à l’enceinte extérieure, on l’appelle encore aujourd’hui El-Kalah (le château), à cause de l’épaisseur des murs qui la délimitent et des tours qui la flanquent. L’une de ces tours a été transformée par les musulmans en un oualy dédié au cheikh Abou-Rhanem, qui a donné son nom à la montagne tout entière. Des fenêtres de ce petit sanctuaire, on jouit d’une vue admirable, aussi variée qu’étendue. Comme on est là sur le point le plus élevé du Garizim, l’une des plus hautes montagnes de la Samarie, on embrasse du regard celte ancienne province tout entière, depuis les montagnes qui bordent la vallée du Jourdain à l’est, jusqu’à la Méditerranée à l’ouest. Au sud les monts de la Judée, au nord ceux de la Galilée, ferment et

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