‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 90 sur 100 · S A FED · texte numérisé non relu

S A FED

divers pour qui sait les interroger et les comprendre, elles sont là, à moitié ensevelies sous la végétation sauvage qui les recouvre, comme autant de couches superposées et successives des différentes

populations, conquérantes ou conquises, qui ont tour à tour habité le pays.

Dans mon ouvrage sur la Galilée, j’ai décrit avec chacune de ces montagnes les localités, renver-

HAUTE GALILÉE

sées ou encore debout, qu’on y rencontre. Sans les mentionner ici toutes de nouveau, qu’il me suffise d’en signaler quelques-unes.

A onze kilomètres environ au nord-ouest du Kharbet-Kerazeh, 1 ancienne Corozain, les ruines d’Achabara, aujourd’hui Kharbet-Akbara, sont éparses sur une colline dont les pentes étaient jadis soutenues par plusieurs murs. A l’est et au-dessus de l’Oued-Akbara, est le village du même nom, composé seulement d’une vingtaine de misérables habitations. 11 est, à son tour, dominé par une plateforme sur laquelle on distingue les arasements d’une enceinte rectangulaire, construite avec de belles pierres de taille et qui semble avoir été celle d’une ancienne église. L’oued, vers le sud, est bordé par une sorte de muraille gigantesque de rochers taillés à pic. Ce sont là les restes de la place appelée par Josèphe le rocher d’Achabara, et qui fut fortifiée par lui lors de l’insurrection des Juifs contre les Romains.

Une petite heure de marche, dans la direction du nord, conduit de Akbara à Safed.

Cette ville est partagée en plusieurs quartiers, situés tant sur les flancs supérieurs que sur le plateau, lui-même très-accidenté, d’une montagne dont l’altitude au-dessus de la Méditerranée dépasse huit cent dix-huit mètres. Au nord habitent les Juifs, au nombre de sept mille; au sud et à lest, les musulmans, dont le chiffre est de six mille. Quant aux chrétiens, ils atteignent à peine celui de cent cinquante; ce sont des Grecs-unis.

Les Juifs, venus de différentes contrées, ont plusieurs synagogues. La partie de la ville qu ils occupent a été presque entièrement détruite lors du tremblement de terre de 1837. Près de six mille habitants, dont quatre mille Juifs, restèrent ensevelis sous les débris de leurs demeures.

Dans le quartier musulman, qui est lui-même subdivisé en trois groupes distincts d habitations, s’élèvent quatre mosquées, aujourd’hui très-délabrées.

Le sommet de la ville est couronné par les ruines d’une grande enceinte elliptique, qu’entoure un fossé en partie creusé dans le roc vif et aux trois quarts comblé. Cette enceinte était flanquée d une dizaine de tours qui ont perdu, ainsi qu’elle-même, leur revêtement de pierres de taille. Il n’en subsiste plus que le blocage intérieur. En dedans règne un second fossé; puis, au delà, le château proprement dit n’offre plus qu’une masse confuse de décombres; il était flanqué de tours aux angles et était pourvu de grandes et de profondes citernes. On le détruit de jour en jour davantage, et c’est, comme l’enceinte extérieure, une véritable carrière d’où les habitants extraient continuellement des matériaux tout taillés pour bâtir de nouvelles maisons. Une puissante tour isolée, ou donjon, de forme circulaire, dominait le château, qui lui-même commandait toute la ville.

Les approches de Safed étaient, en outre, défendues au nord-est et au sud-est par deux autres forteresses bien moins considérables, d’époque plus récente, qui tombent également en ruine.

Malgré l’importance de sa position, qui semble l’avoir prédestinée de tout temps à être une place forte, Safed n’est mentionnée qu’une seule fois dans l’Ancien Testament, sous le nom de Sephet. ( Livre de Tobie, ch. i, ÿ 1.)

Josèphe cite parmi les villes qu’il fortifia dans la haute Galilée celle de Seph. ( Guerre des Juifs, 1. II, ch. xx, § 6.)

Safed, qui, sauf ces deux mentions, a passé inaperçue dans l’antiquité, joua un grand rôle à l’époque des Croisades. Jacques de Vitry nous apprend que les chrétiens, pour protéger leurs frontières contre les musulmans, érigèrent de puissantes forteresses à Mont-Royal et à Kerak, au sud-est, ainsi qu’à Safed et à Belvoir, au nord-est. La fondation de celle de Safed eut lieu probablement sous le roi Foulques, entre 1138 et 1140.

SA F KD.

En 1157, le roi Baudouin III, après sa défaite près du lac Ilouleh, se réfugia au château de Safed. En 1 188, Saladin, profitant de la grande victoire qu’il avait remportée à Hattin, assiégea en

Ruines du chateau de Safed.

personne Safed, qui, après cinq semaines, capitula. Les habitants obtinrent la permission de se retirer à Tyr.

En 1220, dans la crainte que

la forteresse de Safed ne retombât entre les mains des chrétiens, les musulmans la démolirent.

En 1240, les Templiers reprirent possession de Safed et en relevèrent la forteresse. Celle-ci, en 1266, ne put résister aux attaques de Bibars, sultan d’Égypte, qui y laissa une nombreuse garnison. 11 établit aussi dans la ville une colonie venue de Damas, et y bâtit deux mosquées.' L’année suivante, il restaura et compléta les fortifications de cette place, et résolut d’en faire le boulevard de toute la Syrie.

Dans la première partie du dix-huitième siècle, le cheikh Dhaher el-Amer s’empara de Safed et y jeta les fondements de sa puissance.

HAUTE GALILÉE

En 1759, cette ville fut dévastée par un affreux tremblement de terre qui, comme de nos jours en 1837, détruisit la moitié de sa population sous les ruines des maisons renversées.

En 1799, les Français, lors de l’expédition de Bonaparte en Palestine, établirent momentanément une petite garnison dans la forteresse. Après leur retraite, le quartier juif fut saccagé par les musulmans.

En terminant cette courte notice sur Safed, j’ajouterai qu’au moyen âge et depuis on a quelquefois identifié Safed avec Béthulie, la patrie de Judith ; mais c’est évidemment une erreur que contredisent les passages de la Bible où il est question de cette ville célèbre. Celle-ci doit être cherchée, comme je l’ai montré, au sud de la plaine d’Esdrelon, et tout porte à croire qu’il faut la placer à Sanour.

Au bas de la hauteur de Safed, vers le nord-ouest, on remarque sur un monticule le village d’Aïn- Zeitoun. Deux sources y coulent avec abondance; l’une sort d’un petit canal qui paraît antique, à côté d’une mosquée bâtie en partie avec des pierres de taille qui proviennent d’un édifice antérieur; l’autre jaillit non loin de là, et ses eaux arrosent des jardins cultivés par étages successifs. Aïn-Zeitoun est mentionné par plusieurs rabbins juifs du moyen âge sous le nom hébreu d’En-Zetoun (la source de l’Olivier).

A cinq kilomètres à l’ouest de ce village, on arrive à Meiroun par un sentier pratiqué en forme d’escalier. Sur les flancs orientaux de la colline où ce dernier village est situé, plusieurs gros murs, bâtis avec des blocs considérables, soutiennent les terres et constituent différentes terrasses, couvertes les unes de cultures et les autres d’habitations dont on distingue les arasements.

Meiroun paraît avoir été autrefois une ville de quelque importance. Un grand nombre de maisons renversées de fond en comble jonchent partout le sol de leurs débris. Quant au village actuel, il se réduit à une faible population, exclusivement musulmane.

La principale ruine qui attire l’attention est celle d’une ancienne synagogue. Construite sur une plate-forme rocheuse taillée et aplanie par la main de l’homme, elle s’étend du sud au nord; sa largeur est de seize pas, et sa longueur de trente-deux. La façade méridionale, ou façade d’entrée, est percée de trois portes; celle du centre est formée d’un immense bloc horizontal constituant un linteau et reposant, mais de manière à les déborder, sur deux pieds-droits également monolithes et ornés de moulures à crossettes qui répondent à celles du linteau. Cette porte était accompagnée de deux portes latérales, moins larges et plus basses, que décoraient des moulures semblables; celle de droite n’existe plus. Intérieurement s’élevaient des colonnes monolithes, dont les fûts mutilés sont dispersés dans le village. Le mur occidental de la synagogue est formé par les parois de la montagne même, qui a été en cet endroit taillée à pic. Les deux murs septentrionaux et orientaux ont été démolis.

Indépendamment de la ruine que je viens de décrire, de nombreuses excavations sépulcrales, pratiquées dans les lianes rocheux de la colline, méritent d’être visitées. La plus étendue, connue sous le nom de Hillel l’Ancien, ou encore de Merharèt el-Arbaïn (caverne des Quarante), parce qu’elle pouvait renfermer quarante cadavres, se compose de deux chambres, dont les auges funéraires sont actuellement vides; néanmoins, la plupart sont encore munies de leurs couvercles taillés en dos d’âne, avec acrotères arrondis aux angles.

Non loin de là, dans une grande enceinte et sous des coupoles, reposent les tombeaux de Rabbi Eléazar et de Rabbi Ghemaoun, rabbins vénérés, qui sont encore un but de pèlerinage pour les Israélites de Safed.

Meiroun, dans le Talmud Meiron et Méron, est probablement la place appelée Meroth par Josèphe, et qui fut fortifiée par lui dans la haute Galilée, conjointement avec le rocher d’Achabara, Seph et Iamnith. ( Guerre des Juifs , 1. XI, ch. xx, § 6.)

EL-DJICH (GISCHALA).

En quittant Meiroun pour s’avancer dans la direction du nord, on traverse d’abord les ruines de Kaioumeh, jadis Kioumiaj puis on laisse à sa gauche le village de Safsaf et à sa droite un grand bassin elliptique, dit Birket el-Djich, dont les berges, hautes d’une dizaine de mètres, sont formées d’un

Ruines d’une ancienne sïnagogue a Meihon.

énorme amas de laves et de blocs basaltiques, et qui paraît être le cratère d’un volcan. Un peu plus loin, au bout de cinq . quarts d’heure de marche, on descend dans un ravin planté de figuiers, de grenadiers et de vignes, et au fond duquel coule une belle source, appelée Ain el-Djich. Ce ravin est surplombé, vers l’ouest, par la haute colline d'El-Djich. Au bas de la colline et au-dessus de la source, s’étend une petite plate-forme en partie naturelle et en partie artificielle, comme le prouvent les arasements d’un mur de soutènement en pierres de taille. Sur cette plate-forme gisent les débris d’une ancienne synagogue. Cet édifice était tourné du sud au nord et mesurait vingt-deux pas de long sur treize de large. Trois bases de colonnes sont encore enfoncées dans le sol à l’endroit qu’elles occupaient ; plusieurs fûts brisés sont, en

outre, épars çà et là, ainsi que les fragments de deux pieds-droits et d’un linteau de porte que décoraient des moulures à crossettes. Quant à la hauteur d’El-Djich, elle sert d’assiette, sur ses pentes méridionales, au village ainsi nommé, qui est partagé en deux quartiers : celui des musulmans à l’ouest, au nombre de trois cents âmes, et celui des chrétiens à l’est, se composant de deux cents Grecs-unis et de soixante-dix Maronites. Si l’on continue à monter, au moment d’atteindre le plateau supérieur, on distingue les vestiges d’un mur d’enceinte construit en pierres de taille. ïl en subsistait encore, en 1863, des restes considérables; mais aujourd’hui il est presque entièrement démoli, les matériaux qui en ont été tirés ayant servi à bâtir une nouvelle église. C étaient les traces delà muraille qui environnait jadis l’acropole de l’ancienne Gischala, dont El-Djich a conservé le nom. Le plateau qu’elle entourait est à huit cent neuf mètres au-dessus delà mer; il est actuellement planté de vignes, de figuiers et d’oliviers, et divisé en plusieurs enclos. On y voyait, il y a peu d années, les débris d’une seconde synagogue qui ont disparu depuis.

Les flancs inférieurs de la colline sont en beaucoup d’endroits percés de grottes sépulcrales. lies morts y étaient déposés dans des foui’S à cadavres, dans des auges funéraires creusées en evidant le roc, ou dans des sarcophages mobiles, dont les cuves et les couvercles ont été dispersés ou brisés.

El-Djich est incontestablement la ville de Gischala mentionnée plusieurs fois par Josèphe. Get écrivain nous raconte dans sa Vie (§ 10) que Gischala, ayant été incendiée et rasée par les peuples voisins, fut relevée de ses ruines par Jean, fils de Lévi, et entourée de remparts, afin d être mise à l’abri de nouvelles attaques. Le même Jean chercha ensuite à soulever ses compatriotes contre les Romains. Vespasien envoya aussitôt Titus pour s’emparer de cette ville, avec une troupe de mille cavaliers. Jean s’échappa alors de la place pendant la nuit, et prit la route de Jérusalem. Les habitants, pour conjurer leur propre perte, se hâtèrent d’ouvrir leurs portes aux Romains.

Saint Jérôme nous dit quelque part, mais sans attacher une foi entière. à la tradition qu’il rapporte, que les parents de saint Paul étaient originaires de Gischala, et qu’ils avaient été ensuite transportés à Tarse, en Gilicie, par les Romains.

El-Djich, ou la Gischala de Josèphe, est la même ville que les rabbins appellent Gouch-Halab et qui, suivant eux, était renommée pour l’abondance de ses huiles.

Du village d’El-Djich à celui de Kefr-Beram, la distance est de quatre kilomètres et la direction celle du nord-ouest. Kefr-Beram compte cinq cents Maronites, la plupart très-pauvres. L’église, rebâtie depuis une trentaine d’années, est desservie par trois prêtres, qui sont eux-mêmes de simples cultivateurs, comme leurs paroissiens. Dans la maison de l’un d’entre eux, on m’a fait observer une belle pierre sculptée, imitant une coquille et provenant d’une ancienne synagogue. Celle-ci est précédée d’un vestibule dallé, orné de colonnes doriques. Sa façade principale est tournée vers le sud et percée de trois portes. Les portes latérales sont rectangulaires, avec moulures à crossettes. La porte centrale, plus grande naturellement que les deux autres, est surmontée d’un magnifique linteau qui est décoré de feuilles de vigne et de grappes de raisin élégamment exécutées. Au-dessus règne une corniche, puis s’arrondit un arc cintré. L’intérieur de cet édifice est actuellement occupé par deux familles et divisé en deux habitations particulières. 11 avait été construit avec des pierres de taille très-régulièrement agencées entre elles, et on peut le considérer comme datant, soit du premier, soit du second siècle de notre ère.

En dehors et au nord du village, se trouvent les restes d’une deuxième synagogue. Celle-ci, malheureusement, est presque entièrement renversée, à l’exception d’une grande porte avec son architrave, dont la façade antérieure est décorée de rinceaux, de torsades et de crossettes, et au centre d’une

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