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LIBAN
DESCRIPTION GÉNÉRALE
Le Liban et la Phénicie n’ont pas, il est vrai, fait partie intégrante de la Palestine; néanmoins, comme ces pays ont été en rapports incessants avec le peuple juif, je crois devoir les décrire sommairement, en commençant sur la Terre Sainte ce second volume, cpii va comprendre, outre ces deux contrées, les côtes et la partie méridionale de la Palestine, puis l’Arabie Pétrée et la péninsule Sinaïtique, où les Hébreux ont erré pendant quarante ans. Enfin je jetterai un coup d’œil rapide sur l’Égypte, dont le district connu sous le nom de Terre de Gessen a été le véritable berceau de la nation israélite, puisque la famille patriarcale de Jacob, qui, à l’époque d’une famine, y était descendue du pays de Chanaan, s’y est tellement multipliée, qu’au bout de quatre siècles de séjour elle a formé un grand peuple, capable d’inspirer de la jalousie et de la crainte aux Égyptiens eux-mêmes qui lui avaient jadis offert un asile.
iiasrous, village maronne au-dessus du Nain- Mon cadre ainsi tracé, j’entre immédiatement en matière el-Radicha. “
en traitant d’abord du Liban.
Le Liban, en hébreu avec l’article Ha-I.ebanon , et sans l’article en poésie Lebanon , en grec AtoavGç, en latin Libanus, en arabe actuellement Lebnan 3 est une grande chaîne de montagnes située au nord de la Palestine. Ce nom de Lebanon signifie blanc , et était jadis appliqué à ce long massif,
soit à cause de la neige qui blanchit ses sommets pendant une grande partie de l’année, et qui ne cesse d’argenter ses pics les plus élevés qu’à l’époque des plus fortes chaleurs de l’été, soit en raison de la
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blancheur également éclatante de ses cimes calcaires et dénudées, qui tranche avec la verdure des forets ou des plantations qui couvrent les flancs de ces mêmes montagnes.
Dans les Saintes Écritures, le Liban est représenté comme formant la limite septentrionale du pay s d’Israël. Nous lisons, par exemple, dans le Deutéronome (ch. XI , ^24) :
« Tous les lieux que fouleront vos pieds vous appartiendront depuis le désert jusqu au Liban, depuis le grand fleuve d’Euphrate jusqu’à la mer Occidentale; telles seront vos frontières. »
Deux chaînes de montagnes distinctes portent ce nom de Liban, c’est-à-dire de mont Blanc. L une, vers l’est, s’appelle en arabe Djebel ech-Cherkï (la montagne Orientale). Les écrivains sacrés la désignaient de la même manière, en la nommant le Liban vers le soleil levant. (JosuÉ, ch. xm, ÿ 5.)
« Le Liban vers le soleil levant, depuis Baal-Gad sous le mont Hermon jusqu à 1 entrée de Ilamath. »
Cette chaîne court du nord-est au sud-ouest dans une longueur de cent soixante kilomètres au moins. Elle commence au nord, non loin de Riblah, à l’une des extrémités de la grande plaine de Homs, l’antique Emesa, et aboutit au sud à Banias, jadis Panéas ou Césarée de Philippe, qu’elle domine de toute la masse imposante du Djebel ech-Cheikh, le grand Ilermon des anciens. Le point culminant de la chaîne consiste dans les trois cimes de cette dernière montagne, dont la plus haute atteint deux mille huit cent soixante mètres au-dessus de la Méditerranée. L’altitude du Djebel ech- Ghekif, qui s’élève au nord-est de Blouclan, n’est plus que de deux mille soixante-quinze mètres, et celle du reste de la chaîne ne dépasse guère en moyenne seize cents mètres. Les sommets de l’Anti- Liban sont d’ordinaire dès le commencement de l’été débarrassés des neiges qui les couvrent en hiver; mais le Djebel ech-Cheikh garde beaucoup plus longtemps ce manteau éblouissant, qui ne l’abandonne guère que pendant deux ou trois mois de l’année, et encore, même alors, conserve-t-il çà et là de longues traînées de neige dans ses ravins supérieurs. J’ai décrit dans le premier volume de cet ouvrage les ruines de l’ancien temple, connues sous le nom de Kasr-Antar (château cl’Antar), que l’on remarque sur l’une de ses cimes. J’ai signalé aussi la beauté incomparable du vaste panorama qui se découvre de ce point aux regards, quand on y est une fois parvenu. J’ajouterai seulement ici que de cette montagne célèbre rayonnent, en quelque sorte, vers l’est trois rameaux secondaires dont le plus méridional borne au nord la plaine de Damas, et se prolonge ensuite jusque dans le désert de Palmyre. L’Anti-Liban donne naissance à deux rivières principales, le Nahr el-Aouadj, le Pliarphar de la Bible, et le Nahr-Barada, l’Abanaclu livre sacré. Beaucoup moins peuplé et infiniment moins cultivé que le Liban, il abonde en bêtes fauves. Les sangliers y sont très-nombreux; les panthères n’y sont pas rares non plus, ainsi que les ours; mais les lions et les léopards, qui jadis l’habitaient également, paraissent en avoir disparu. Quant aux gazelles, elles errent par bandes au pied des pentes orientales, dans les vastes steppes qui s’étendent de ce côté. Une multitude d’oiseaux de proie ont élu domicile sur ses hauts sommets , et en les gravissant on voit souvent des aigles , des vautours ou des éperviers planer fièrement dans les airs ou y décrire des cercles sans fin.
L autre chaîne parallèle, le Djebel-Lebnan des Arabes, le Liban proprement dit, se développe vers 1 ouest dans la même direction et dans une longueur a peu près pareille. Ces deux chaînes enferment et dominent au nord une partie de la vallée de l’Oronte, vers le centre la Bekaa ou la Cœlésyrie des anciens, et au sud l’Oued-et-Teim, sorte de prolongement septentrional de la grande vallée du Jourdain.
Mais laissons maintenant de côté 1 Anti-Liban, qui ne rentre pas dans notre sujet, et occuponsnous uniquement du Liban. Il a pour limite naturelle, au nord, la vallée qui de la Méditerranée
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communique avec la plaine clc H oms et où serpente le Nahr el-Kebir, l’Eleutherus des Grecs et des Romains. Cette vallée est désignée dans l’Écriture Sainte sous le nom d 'Entrée de Hamatli, parce quelle conduit également à Ilamah, l’ancienne Hamath de la Bible, l’Epiphania des temps postérieurs. Au sud, le Liban est borné par le profond et escarpé ravin du Nahr-Litany, le Léontcs des anciens, qui aboutit à la Méditerranée sous la dénomination de Nahr el-Kasmieh (le fleuve de la séparation), parce qu’il sépare le territoire de Saïda (Sidon) de celui de Sour (Tyr).
Les principales montagnes qui forment cette chaîne, en descendant du nord au sud, sont : le Djebel Akkar, le Djebel Makmel, le Djebel Menithri, le Djebel Sannin, le Djebel el-Keneiseh, le Djebel Barouk et le Djebel Niha. La hauteur moyenne de la chaîne varie entre mille huit cent cinquante et deux mille quatre cents mètres; mais deux montagnes en atteignent une plus grande. Le Sannin, par exemple, a une altitude de deux mille six cent huit mètres, et d’après d’autres voyageurs, de deux mille sept cent quarante-trois mètres. Le Makmel s’élève jusqu’à trois mille soixante-trois mètres, ou même jusqu’à trois mille cent soixante-huit mètres, selon les plus récents calculs. C’est la plus haute montagne de la Syrie. Les diverses cimes de ces deux dernières montagnes sont rarement découronnées tout à fait de neige; ce n’est guère qu’au moment des plus fortes chaleurs de l’été qu’elles voient fondre et s’évanouir aux rayons du soleil de juin et de juillet l’éclat immaculé de leur blanc diadème, et encore les nombreux ravins, en forme de cuvettes circulaires, que l’on remarque sur leurs sommets et autour desquels s’arrondissent des pitons rocheux, sont-ils toujours remplis dans leur partie inférieure d’une neige profonde et durcie où, tant que les chaleurs durent, des muletiers viennent chercher de gros blocs de glace qu’ils transportent à Beyrouth, à Tripoli et sur d’autres points de la côte. On dirait des cratères de volcans dont ces ravins ont la forme; mais, au lieu d’être des réservoirs de feu d’où s’échappent des laves, de la fumée et des flammes, ce sont de vastes entonnoirs où la neige s’engouffre et s’accumule, sans que le soleil parvienne jamais à la résoudre en eau complètement, sans que les hommes non plus puissent l’épuiser, chaque hiver ajoutant de nouvelles couches superposées à celles qui existaient déjà. On ne peut franchir la chaîne que par quelques gorges, ellesmêmes très-âpres et en certains endroits si étroites, qu’un petit nombre cl’hommes déterminés pourrait y arrêter toute une armée. Les pentes supérieures des différentes montagnes dont elle se compose et qui constituent comme la grande charpente osseuse et, si je puis dire, l’épine dorsale de la contrée, sont ou lisses ou hérissées çà et là de rochers; un peu plus bas, elles sont parsemées de bois de chênes, de genévriers, de cyprès et de pins, auxquels il faut ajouter quelques milliers de cèdres dispersés par groupes de quatre ou cinq cents, dans plusieurs localités différentes, et qui sont les restes des antiques forêts de ces arbres si vantés dont’ jadis se glorifiait le Liban.
A partir et au-dessous de cette longue chaîne qui s’abaisse brusquement vers l’est et est peu cultivée de ce côté, parce qu’elle n’appartient plus aux Maronites, on voit s’incliner, au contraire, progressivement vers l’ouest, jusqu’à la mer où elles se projettent parfois en promontoires, une foule de montagnes moins hautes, aux formes variées et que séparent de profonds ravins au fond desquels serpentent entre des rives très-encaissées et souvent infranchissables de nombreux torrents dont les eaux jaillissent du pied ou des flancs de la grande chaîne. Parmi les petits fleuves qui y prennent leur source et qui, après avoir sillonné de l’est à l’ouest toute la largeur du massif dans des gorges presque toutes plus ou moins abruptes , vont se perdre dans la Méditerranée , je mentionnerai , en allant du nord au sud, le Nahr cl-Arka, qui, avant de se jeter à la mer, coule non loin d’Arka, cheflieu des anciens Arkites, peuplade chananéenne signalée dans la Bible; le Nahr el-Berid, près de l’embouchure duquel gisent les ruines peu distinctes d’Artousi, jadis Orthosia; le Nahr el-Kadicha,
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la rivière sainte des musulmans comme des chrétiens, dont l’origine se trouve sur les pentes de 1 un des plus hauts sommets du Liban , et qui , après avoir longtemps mugi et roulé torrentueusement ses eaux dans une vallée très-étroite et très-profonde dont les berges latérales ressemblent à d immenses murailles rocheuses, traverse la ville et les jardins de Tripoli et aboutit à la mer, un peu au nord d’El-Mina, le faubourg maritime de cette cité; le Nahr-Ibrahim, ou le fleuve d Adonis, qui, sortant
d'une grotte voisine des ruines d'Aphaca, consacrée jadis à Vénus, qui y avait un temple célèbre, a son embouchure à six kilomètres au sud de Djebeii, l'ancienne Byblos ; le Nahr el-Kelb, le Lycus flwnen des Romains, comme le prouve une inscription latine bien connue, gravée à l'entrée d'un passage fameux pratiqué dans le roc sur le bord de la mer, et où des stèles fort antiques, les unes égyptiennes, les autres assyriennes, sollicitent depuis de longs siècles l’attention de tous les savants ; le îsabr Beyrouth, un peu au nord de cette ville; c'est le Magoras de Pline; entre Beyrouth et Saïda, jadis Siclon, le Nahr-Damour, le Tamyras de Strabon, le Damouras de Polybe ; puis le Nahr el-Aoualy,