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égyptiennes, sont représentes (leux personnages, mais «à peine visibles. Après un examen attentif et prolongé, j’ai cru en saisir les linéaments, déjà observés et entrevus avant moi par d’autres voyageurs. Lepsius prétend que l’un de ces personnages est le dieu Amrnon, et l’autre, Ramsès II. Quant à la neuvième et dernière stèle, arrondie à son sommet, elle contient une figure de roi assyrien assez bien conservée avec tous les insignes de la souveraineté.
Ces différentes stèles étaient autrefois couvertes en partie, soit d’hiéroglyphes, soit de caractères cunéiformes, suivant qu’elles sont soit égyptiennes , soit assyriennes. Actuellement, ces inscriptions sont tellement oblitérées, qu’on peut à peine en apercevoir çà et là quelques vestiges. Toutefois, le
Etablissement des Dames de Nazareth, a Beyrouth.
célébra égyptologue Lepsius affirme avoir pu lire sur les stèles égyptiennes le nom de Ramsès II, de même que le savant assyriologue Layard prétend avoir lu celui de Sennachérib sur l'une des stèles assyriennes. Peut-être les autres stèles assyriennes, comme le suppose Robinson, rappelaient-elles le passage des autres souverains de l’Assyrie dont les invasions sont mentionnées par l’Écriture sainte. Quant aux trous que l’on remarque aux angles des cadres égyptiens, et qui doivent avoir reçu des crampons destinés à fixer des tables de marbre ou de métal, ils s’expliquent assez naturellement, en supposant que les Assyriens ont voulu ainsi faire disparaître les trophées des Égyptiens sous les leurs propres, et emprunter leurs cadres pour y graver sur une plaque superposée la figure de leurs souverains et les inscriptions qui les accompagnaient. Cette plaque aura ensuite été enlevée, et la stèle égyptienne aura reparu avec le roc mis à nu, mais très-effacée, et le relief de ses personnages et de ses hiéroglyphes fortement aplati et écrasé.
Redescendons maintenant du sentier phénicien , et reprenons la voie romaine au point où nous
DE DJEBEIL (BYBLOS) A BEYROUTH
lavons laissée, pour achever de traverser le promontoire. Après y avoir cheminé quelque temps au milieu de dalles desunies qui autrefois pavaient la route, et avant d’atteindre le sommet de la montée, nous observons à notre droite un rocher taillé en forme de piédestal qui portait jadis, dit-on, la figure sculptée d un loup ou d’un chien. Diverses légendes ont cours dans le pays au sujet de cet animal. D apiès les uns, sa bouche béante était tournée vers la mer, et quand le vent soufflait, elle rendait
Bain et café a Beyrouth.
des sons mystérieux qu’on regardait comme des oracles ; afin d’échapper à la funeste influence de ce monstre, les Arabes l’avaient précipité dans la mer au bas du promontoire, où on le montre encore à l’état de masse informe , toutes les fois que la vague se retire. D’autres prétendent que le piédestal en question servait de siège à un sphinx, qui se postait là au-dessus du précipice et qui jetait impitoyablement dans la mer tous les passants cpii ne pouvaient pas résoudre ses énigmes. Pour moi, j’incline assez à voir dans ce piédestal la simple base d’une borne milliaire que l’on retrouve un peu plus loin couchée le long de la route et recouverte d’une inscription latine, actuellement très-fruste,
PHÉNICIE
dont on ne peut déchiffrer avec certitude que quelques mots. Les flancs inférieurs et méridionaux du promontoire ont été partout excavés par la main de l’ homme, qui en a extrait de gros blocs de construction.
A partir de ce point jusqu’au Nahr Antélias, en suivant le bord de la mer, on s avance dans la direction du sud-sud-ouest, l’espace de quatre kilomètres environ. Le Nahr Antélias traverse le village du même nom, arrose de belles plantations de mûriers, fait tourner plusieurs moulins, et près de son embouchure on remarque une vaste papeterie, de fondation assez récente.
La côte s’arrondit ensuite vers le sud-ouest, puis vers l’ouest, pour former la baie de Saint-Georges, où se jettent plusieurs ruisseaux, et entre autres le Nahr el-Mout. Chemin faisant , nous traversons les magnifiques plantations des villages de Zelka, d’Ain-Djedeideh et de Bochrieh. Après avoii franchi le Nahr Beyrouth, le Magoras de Pline, sur un pont de plusieurs arches attribué à Fakhreddin, nous laissons bientôt à notre droite les débris d’une vieille et épaisse construction a laquelle la tradition du pays rattache la légende de saint Georges et du dragon; c’est là que le monstre aurait été mis à mort. Une ancienne chapelle dans le voisinage, transformée par les musulmans en oualy, avait été consacrée par les chrétiens à la mémoire du héros vainqueur.
Les premières maisons de Beyrouth ne tardent pas ensuite à se montrer, et nous entrons dans ses faubourgs, deux heures de marche environ après avoir quitté Antélias.
BEYROUTH (BERYTUS)
Il est peu de villes qui soient aussi agréablement situées que Beyrouth. C’est de sa rade surtout qu’il faut la contempler, pour l’ embrasser tout entière d’une même vue d’ensemble et saisir à la fois es divers avantages que la nature et l’homme lui ont donnés. Il est difficile alors de n’être point frappé d’admiration, en présence de cette jolie cité qui s’élève en amphithéâtre au-dessus de son port, et dont les édifices, les maisons et les villas sont groupés ou disséminés sur les pentes de riantes collines parsemées d’arbres, de fleurs et de verdure; derrière ces collines, d’autres , apparaissent plus hautes et cultivées également d’étage en étage. Çà et là, elles sont tachetées de points blancs, qui indiquent autant de villages, de hameaux ou de couvents. A l’horizon, enfin, se montrent les gigantesques cimes du Liban, aux formes les plus majestueuses et les plus imposantes, et auxquelles une éblouissante couronne de neige sert comme dume parure argentée pendant les trois quarts de l’année. Tous les détails de ce vaste panorama s’animent dès l’aurore, et resplendissent sous la voûte azurée d’un ciel profond et au sein d’une atmosphère diaphane, qui semble rapprocher les distances et dessine merveilleusement les contours de chaque objet. Au coucher du soleil, le spectacle change et devient encore plus sublime, car tout alors se revêt de couleurs qu’aucun pinceau ne saurait reproduire, et où les nuances les plus délicates de la rose et du lilas se marient d’abord ensemble pour se fondre ensuite dans une teinte violacée qui s’assombrit de plus en plus, jusqu’à ce qu’ enfin, après un court crépuscule, la nuit arrive avec ses ténèbres, que percent bientôt les lueurs lointaines et scintillantes des innombrables étoiles dont se peuple le firmament.
Ainsi mollement adossée à ces montagnes et à ces collines, au milieu d’une riche végétation qui descend presque jusqu’à la plage, les pieds baignés par les vagues, Beyrouth, selon l’expression des Arabes, ressemble à une gracieuse sultane accoudée sur un coussin vert et contemplant les flots dans sa rêveuse
BEYROUTH (BERYTUS).
indolence. Le port, malheureusement, ne répond pas à l’importance actuelle de la ville. La jetée qui le piotege aurait besoin d être prolongée, et il n’offre, pendant les mauvais temps, qu’un asile peu sûr aux navires qui y cherchent un refuge.
De 1 antique Berytus, il ne subsiste plus que de nombreux fûts de colonnes, soit en marbre, soit principalement en granit, qui sont dispersés de tous côtés; le long de la mer, des restes de quais, de murailles et de magasins, des excavations pratiquées dans le roc, qui peuvent avoir été des bains ou de simples caves recouvertes jadis par des constructions depuis longtemps démolies, des hypogées funéraires, des sarcophages brisés ou intacts, des débris de mosaïque, et une quinzaine d’inscriptions grecques ou latines, mutilées pour la plupart. Lorsque les Sœurs de la Charité construisirent leur vaste établissement, elles découvrirent, en jetant les fondations de leur maison, les vestiges d’un grand édifice antique, orné de colonnes et pavé de belles dalles. C’était probablement un temple consacré à Jupiter, comme cela semble résulter de l’inscription suivante, gravée sur une base qui fut déterrée en cet endroit, et qui maintenant porte une statue de saint Vincent de Paul; la voici :
T . P O N TI VS . MAXI MVS . Q . F . PROTO CTETVS
La première ligne, qui doit se lire ainsi :
Joui Optimo , Maximo , Heliopolilano ,
prouve qu’à Berytus, une statue en l’honneur de Jupiter très-bon et très-grancl, Héliopolitain , avait été érigée, en vertu cl’un vœu, par un certain Titus Pontius Maximus.
Elle était placée dans un temple, consacré lui-même, selon toute apparence, à Jupiter cl’Héliopolis. Ce dieu, comme on le sait, avait dans la ville de ce nom un sanctuaire magnifique, dont les débris excitent encore l’admiration de tous ceux qui les visitent, et qui avait ailleurs plusieurs succursales.
A la cité du moyen âge et de l’époque des Croisades se rapportent deux monuments transformés en mosquées, lors de l’occupation musulmane. L’un est l’ancienne cathédrale de Saint-Jean-Baptiste. Elle est presque intacte, avec son clocher quadrangulaire isolé, devenu un minaret, son porche, ses trois nefs, ses trois absides, scs piliers ornés de colonnes engagées et ses arcades ogivales. Malheureusement, les chapiteaux ont été recouverts par une épaisse couche de badigeon et de couleurs grossièrement appliquées, qui en dissimulent tous les détails. Cette cathédrale avait elle-même succédé à une église plus ancienne, remontant à l’époque byzantine, et dont il subsiste encore une inscription grecque qui marque l’emplacement du baptistère.
L’autre monument, beaucoup moins considérable, et qui, par suite de remaniements successifs, a complètement perdu sa forme primitive, passe pour être une ancienne synagogue. Devenu plus tard une église et rebâti plusieurs fois, il est actuellement, comme le précédent, au pouvoir des musulmans, qui y célèbrent leur culte. Ce sanctuaire était sous le vocable de Saint-Sauveur.
Il est raconté dans les actes du second concile de iXicée que les Juifs de Berytus, l’an 4(55 de notre ère, ayant trouvé un crucifix laissé par mégarde dans la maison d’un chrétien achetée par l’un d’eux, renouvelèrent contre cette image du Christ suspendu en croix toutes les insultes de la Passion. Quand ils lui eurent percé le côté, il en découla aussitôt de l’eau et du sang, qu’ils recueillirent dans un vase
et portèrent dans leur synagogue. Là, un grand nombre de malades s’étant réunis, tous ceux que toucha cette liqueur sacrée furent, à la stupéfaction générale, miraculeusement guéris. Convertis par
un tel prodige, les Juifs présents embrassèrent presque tous la religion chrétienne, et leur synagogue, changée en église, re<;ut le titre de Saint-Sauveur, et fut entourée de la vénération publique.
Il est permis également d’attribuer au moyen âge une sorte de fort ou de tour carrée qui servait de défense a la ville du côté du port, et qui a été criblé de boulets en 1860, pendant le bombardement qu’elle subit alors.
De la même époque aussi dataient une partie des fortifications qui, il y a vingt-cinq ans à peine, enfermaient. Beyrouth dans une enceinte continue: car
Ilot rocheux habité par de nombreux pigeons, une autre partie de ces remparts et des tours qui les près de Beyrouth. 1 1
flanquaient avait été relevée bien antérieurement.
Depuis 1860, la ville a triplé d’étendue, et cette enceinte a été aux trois quarts démolie, pour faire place à des habitations, dans la construction desquelles on a employé les matériaux provenant des rem-