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parts. C’est ainsi que Beyrouth déborde sans cesse de plus en plus en dehors du cercle étroit qui l'enserrait et quelle a brisé; et en même temps qu’elle s’étend toujours davantage le long de la mer, elle s’élève d’une manière non interrompue et progressive sur les flancs doucement inclinés des jolies collines qui naguère encore la dominaient, et qui maintenant sont comprises dans le vaste espace quelle occupe. La vieille jT"^ cité est restée à peu près telle que je l’avais vue, il y a une I trentaine d’années, quand j’y abordai pour la première fois, et qu’elle composait, à elle seule, la ville entière. Elle consiste en un dédale de rues et de ruelles étroites, s’enchevêtrant, sans ordre aucun, les unes dans les autres, et Fau milieu desquelles un étranger a quelquefois de la fi peine à reconnaître sa route. Celles qui sont bordées
de boutiques et qui forment les différents bazars , sont ordinairement encombrées d’une loule bigarrée et confuse , où toutes les langues et tous les costumes se coudoient.
Les échoppes en apparence les plus mesquines renferment souvent des marchandises de prix, par exemple, des objets divers en soie artistement brodés et de ravissants ouvrages en filigrane d’argent. La ville nouvelle est mieux bâtie ; les rues y sont plus larges , et les voitures cuvent y circuler. Les maisons, au lieu d’y être entassées au hasard, sont alignées avec plus de soin, t beaucoup sont espacées les unes des autres, entremêlées quelles sont de jardins, où la rose et le ismin confondent leurs parfums avec ceux de l’oranger, du citronnier et du grenadier. A mesure que on s'éloigne de l’ancienne cité, les vergers s’étendent davantage autour des villas qu’elles environ-
nent, et des bordures de gigantesques cactus servent de haies à de belles plantations de mûriers.
La paroisse catholique de Beyrouth est administrée par des religieux capucins. Fort petite il y a quelques années, elle a été depuis rebâtie sur un plan plus vaste.
Les Franciscains y ont également une chapelle et un couvent. C’est dans leur maison hospitalière que je trouvai un très-bienveillant asile, lors de mon dernier voyage en Syrie, et y étant tombé malade, à la suite des grandes fatigues que j’avais subies en sillonnant en tous sens le Liban par des chaleurs excessives, j’y fus soigné par eux avec un dévouement et une bonté dont je garderai toujours le souvenir.
L’établissement des Lazaristes s’est considérablement agrandi depuis ]8G3, et leur chapelle, malgré son étendue, est à peine suffisante pour contenir les Sœurs de Saint-Vincent de Paul et leurs nombreuses élèves.
L’établissement des Sœurs, contigu au précédent, comprend à la fois un orphelinat, un pensionnat de jeunes filles, des classes d’externes, le tout renfermant près de sept cents élèves, une école normale primaire, destinée à former des maîtresses laïques, un hôpital qui reçoit par an plus de six cents malades, et un dispensaire que fréquentent par jour trois cents individus au moins, de toutes les religions et de tous les rites, et qui viennent quelquefois de fort loin chercher auprès des Sœurs des médicaments, des conseils ou des soins gratuits.
La fondatrice, la supérieure et l’âme de cette grande maison et des succursales qui en dépendent, est la Sœur Gélas, qui depuis 1847 la dirige d’une main si douce et si ferme à la fois, et dont le nom est justement vénéré par tous ceux qui ont pu apprécier son immense amour du bien, sa charité à toute épreuve et la droiture de son jugement. Comme l’hôpital qu’elle a créé, il y a trente-six ans, est devenu beaucoup trop petit, à cause des développements énormes cpi’a pris la ville, les Lazaristes travaillent avec elle à en faire construire un autre qui sera plus vaste et dans une position meilleure à la fois, plus isolée et plus salubre.
Après 1 établissement des Sœurs de la Charité, il faut signaler celui des Dames de Nazareth. De fondation bien plus récente, il est déjà très-prospère et est appelé à le devenir encore davantage. Situé sur une colline qui commande toute la ville, et d’où l’on jouit d’une vue admirable sur la mer et sur le Liban, il attire tout d abord les regards par l’élégance et la grandeur de ses proportions, par la beauté de ses longues galeries et par l’étendue de ses immenses terrasses.
L instruction la plus variée et 1 éducation la plus complète et la plus soignée sont données aux jeunes filles des premières familles de la Syrie et de la Palestine par des maîtresses extrêmement capables.
Les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, qui, depuis 1848, rendent tant de services à la Palestine, où Mgr Yalerga les a appelées, ont également une maison à Beyrouth, où elles rivalisent de zèle avec les Sœurs de la Charité et avec les Dames de Nazareth, en concourant au soin des malades et à l’éducation chrétienne de l’enfance.
Cn dernier établissement, enfin, efface tous les autres en magnificence et en ampleur, c’est celui des Pères Jésuites. Pour lutter avec plus de succès à Beyrouth contre l’influence protestante, qui va sans cesse grandissant, secondée qu'elle est à la fois par l’Angleterre, par l’Amérique et par la Prusse, ils ont transféré leur collège de Ghazir dans cette ville, et sur un emplacement vaste et dominant ils ont su clever, avec une rapidité singulière et dans des dimensions colossales, un lycée et un séminaire modèles. L’architecte a été un des leurs, le Iî. P. Pailloud, qui non-seulement en a conçu le plan, mais qui encore a surveillé et dirigé tous les travaux, se faisant même maçon au
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besoin, pour mieux former et façonner ses ouvriers. C’est ainsi qu’en une année a surgi, comme par enchantement, une construction gigantesque, où tout a été distribué intérieurement avec un art des plus intelligents; de nombreuses colonnes, provenant pour la plupart des ruines de Dcir el-Kalah, ornent la chapelle, qui est 1 une des plus belles de la Syrie et a la grandeur d’une église.
Les Pères possèdent une imprimerie, où l’on peut imprimer en douze langues différentes, et qui est, sans contredit, la mieux montée de tout l’Orient. Elle est sous la direction d’un Maronite extrêmement habile, qui est venu à Paris se perfectionner dans son art à T Imprimerie nationale, et qui maintenant est lui-même un maître accompli.
Au lycée est adjoint un séminaire, et bientôt s’ajoutera une école de médecine, le tout à la fois réuni et séparé dans la même enceinte, et portant le nom d’Université de Saint-Joseph.
Il est inutile de dire que de pareils établissements, qui, avec les dogmes de la religion et de la morale, propagent en même temps dans l’une des villes les plus importantes de la Syrie la langue, les sciences et l’amour de notre pays, font le plus grand honneur à la France, et méritent d’être puissamment encouragés par notre gouvernement.
Les Maronites ont à Beyrouth plusieurs églises dont quelques-unes sont anciennes. Mgr Debs , qui est leur archevêque, vient d’achever la construction d’un collège et commence celle d’une cathédrale.
Les Grecs, tant catholiques que schismatiques, y ont pareillement des églises et des écoles secondaires.
Quant aux écoles primaires, elles abondent ; mais il y aurait néanmoins place, à mon avis, pour une école tenue par des Frères, qui pourrait servir de modèle aux autres et contribuerait encore à la diffusion de notre influence par celle de notre langue et de nos méthodes d’enseignement.
Les protestants, de leur côté, sont loin de rester inactifs à Beyrouth. La mission américaine a fondé, dans le faubourg de Ras-Beyrouth et dans une position admirable, un très-beau collège avec une école de médecine et un observatoire; les Anglais ont aussi créé des écoles, et les Prussiens un hôpital et un orphelinat.
Le chiffre de la population totale de la ville dépasse actuellement celui de quatre-vingt mille habitants, parmi lesquels vingt-trois mille seulement sont musulmans; les autres sont Maronites , Grecs catliolique-s, Grecs schismatiques, Arméniens-unis ou non unis, Juifs et Européens. Les principales nations chrétiennes y sont représentées par des consuls généraux. J’ai eu le bonheur de retrouver là, comme consul général de France, M. Patrimonio, que j’avais connu autrefois à Jérusalem, où il était revêtu des mêmes fonctions. Dans ces deux postes importants, M. Patrimonio a toujours su allier beaucoup de prudence à beaucoup de fermeté, et maintenir intacts les graves intérêts, à la fois politiques et religieux, dont la défense lui avait été confiée.
Beyrouth est l’ancienne Bv}pi>T(5ç des Grecs, la Berytus des Latins. Quelques auteurs ont cru devoir l’identifier avec la Berothaï du livre II des Rois (ch. vm, ÿ 8), la Bcroth de la Yulgate et la Berothah du livre d’Ézéchiel (ch. xlvii, ÿ 16); mais, comme plusieurs savants critiques l’ont déjà observé avant moi, il faut chercher cette ville de Berothaï ou de Berothah, non sur la côte, mais dans l’intérieur des terres, attendu que dans les deux passages où elle est citée, elle est mentionnée avec les villes de Hamath et de Damas, ce qui nous force, malgré la ressemblance des noms, à ne pas admettre l’identification proposée. Mgr Mislin incline à tirer la dénomination de cette place, comptoir maritime trop important pour n’avoir pas été fondé par les Phéniciens, du mot hébreu beeroth (puits) ; mais M. Renan fait remarquer qu’une pareille étymologie est en contradiction manifeste avec la nature des lieux, où l’eau est mauvaise et rare, et il suppose plus volontiers que la ville avait ainsi
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été appelée à cause clu bois de pins qui l’avoisine encore maintenant, bois dont on attribue quelquefois la fondation à Fakhr-eddin, mais qui est certainement antérieur à ce prince, car il est déjà mentionné par Guillaume de Tyr et parEdrisi au douzième siècle. En chaldéen, en effet, le mot berouth signifie cyprès et aussi pin. Peut-être également est-on fondé à établir un rapprochement entre le nom de Berouth et celui de Berith , donné dans la Bible à une divinité chananéenne , appelée Baal- Berith, qui avait un temple à Sichem. {Juges, ch. ix, f 4.)
Quoi qu’il en soit, la ville qui nous occupe en ce moment est citée pour la première fois sous sa forme grecque dans les fragments de Seylax, vers l’an 350 avant Jésus-Christ.
Saccagée par Tryphon, elle tomba ensuite au pouvoir des Romains, qui la relevèrent de ses ruines.
Sous l’empereur Auguste, elle devint une colonie militaire, avec le titre de Félix Julia.
Hérode le Grand y construisit des exèdres, des portiques, des temples et des places publiques.
C’est dans cette ville que, devant un tribunal de cent cinquante juges, il accusa ses deux fils Alexandre et Aristobule, fils de Mariamne, et qu’à force de les charger d’imputations qu’ils ne pouvaient réfuter, puisqu’il leur était interdit de comparaître et de se défendre, il arracha contre eux un décret de mort, qu’il fit exécuter à Samarie, où ils furent étranglés par ses ordres.
Agrippa Ier bâtit à Berytus des thermes, des portiques, un théâtre et un amphithéâtre.
Agrippa II l’embellit encore en la décorant de nombreuses statues qui représentaient tous les chefsd’œuvre des grands maîtres.
Après la prise de Jérusalem, Titus s arrêta quelque temps à Berytus, où il célébra l’anniversaire de la naissance de son père par des jeux somptueux, dans lesquels des milliers de captifs s’entre-tuèrent au milieu de l’amphithéâtre pour amuser la multitude.
A 1 avènement du christianisme, cette ville devint le siège d’un évêché qui était soumis à la juridiction du patriarche d’Antioche. De savantes écoles y florissaient depuis longtemps, et l’on quittait quelquefois Athènes et Alexandrie pour venir se perfectionner à Berytus dans l’étude des lois et de
la littérature grecque.
Sous le règne de Justinien, elle passait pour l'une des plus belles villes de la Phénicie; mais elle fut alors détruite par un violent tremblement de terre; ses palais, ses temples et scs autres édifices publics furent renversés, et beaucoup d’habitants furent ensevelis sous les ruines de leurs maisons. Rebâtie ensuite, elle ne retrouva jamais son ancienne splendeur.
En 638, elle tomba sous le joug des musulmans. Lorsque les Croisés, en 1099, passèrent près de ses murs, en longeant la côte de Phénicie pour se rendre à Jérusalem, ses habitants obtinrent par des présents et en fournissant des vivres, que les Francs traverseraient leur territoire sans le ravager.
En 1110, Baudoin 1“ s'en empara. Cette place était alors défendue par- une puissante enceinte. Pour battre en brèche ses remparts et les tours qui les flanquaient, les Croisés construisirent des tours mobiles et des machines au moyen desquelles ils accablaient jour et nuit les assiégés de traits incessants. Guillaume de Tyr nous apprend qu'ils avaient profité pour cela du voisinage d'une forêt de pins.
L’existence de cette forêt est également constatée par le géographe arabe Edrisi, qui vivait dans le même siècle. C’est celle que l’on voit encore aujourd’hui, mais beaucoup moins étendue qu’ alors.
Enlevée aux musulmans, Beyrouth devint le siège d'un évêché latin dépendant de l’archevêché de Tyr, sous la juridiction du patriarcat de Jérusalem.
En 1182, Baladin la pressa très-vivement par mer et par terre; mais elle résista avec courage à
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tous les efforts qu’il fit pour la prendre d’assaut ; néanmoins, elle aurait sans doute fini par succomber sans l’approche de l’armée chrétienne, qui accourut de Sepphoris à son secours. L ennemi se hâta
alors de lever le siège, après avoir préalablement saccagé les vignobles et les fertiles jardins qui environnaient la ville.
En 1187, Saladin s’avança de nouveau contre cette place, qu’avait complètement découragée la sanglante défaite essuyée par les chrétiens à Hattin, et qui lui ouvrit ses portes, au bout de quelques jours seulement d’investissement.
Dix ans plus tard, les chrétiens, vainqueurs, à leur tour, de Malek-Adel, dont ils avaient presque anéanti les troupes entre Tyr et Sidon, reprirent Beyrouth sans coup férir. Elle resta depuis entre leurs mains jusqu’en 1291, année où Malek-Achraf préluda par la conquête de Saint-Jean d’ Acre à celle de toutes les autres villes que
Khan de N eu y Yod nés.
possédaient encore les Latins en Palestine et en Syrie. Dévastée par ce prince, elle se releva peu à peu de ses ruines, grâce aux avantages de sa position, qui en fait le port naturel de Damas, à l’extrême fertilité de son territoire et à l’industrie de ses habitants, qui trouvaient depuis longtemps dans la culture du mûrier et dans le commerce des étoffes de soie une source précieuse de richesses.
Au commencement du dix-septième siècle, l’émir druse Fakhreddin lui donna une nouvelle importance, et y résida d’ordinaire. Le palais qu’il s’y fit bâtir était très-vaste; il en subsiste encore une partie, mais très-dégradée et en fort mauvais état.
De nos jours, Méhémet-Ali fut quelque temps maître de la Palestine et de la Syrie. Beyrouth notamment était occupée par une garnison égyptienne; mais celle-ci fut expulsée en 18'iO, à la suite d'un bombardement que la ville subit, le 10 octo-
brc, de la part d'une flotte composée à la fois de navires turcs, anglais et autrichiens.
En 1860, les horribles massacres du Liban amenèrent, comme on le sait, une intervention française en Syrie, et Beyrouth devint le quartier général de nos troupes. Elle vit alors se réfugier dans son sein une foule de malheureux échappés à la mort. En même temps, elle reçut des améliorations notables, et sa population chrétienne s’accroissant de plus en plus, elle prit bientôt un aspect presque européen. Une route carrossable la relia à Damas, et devenue le centre d’un commerce plus considérable, elle fut contrainte d’abattre ses vieux remparts, aBn de pouvoir s’étendre à l’aise en tous sens. 11 est a desirer néanmoins que ces agrandissements continus finissent par s’arrêter, et qu’elle cesse d’attirer vers elle, pour les transformer en ouvriers, en hommes de peine, en cochers, en garçons de café ou en commis de magasin, les bons et honnêtes montagnards du Liban, qui perdent peu à peu, dans son sein, leurs mœurs patriarcales, leur simplicité première et leur foi sincère.