S OU 11 (TYR
Un autre roi de Tyr, nommé Élidée* nous est signalé par Josèphe, d’après Ménandre d’Éphèse ; il commença à régner l’an 780 ayant Jésus-Christ, et eut à soutenir la guerre contre Salmanasar.
Plus tard, Tyr fut assiégée pendant treize ans par Nabuchodonosor.
« Ce roi, dit saint Jérôme, voyant qu’il ne pouvait attaquer cette ville dans les formes, ni en faire approcher ses machines de guerre pour en ruiner les fortifications, employa ses nombreuses troupes à combler le canal étroit qui séparait l’île de la terre ferme. Il dressa sur cette jetée toutes ses batteries, ruina toutes les défenses de la ville, et l’emporta, comme l’avait prédit Ézéchiel. >- ( Commentaires sur Ezéchiel, ch. xxix.)
Après le départ de ce conquérant, les Tyriens, qui avaient fui sur leurs navires, rentrèrent dans leur île et coupèrent, comme on le suppose, la chaussée de Nabuchodonosor.
L’an 332 avant Jésus-Christ, Alexandre, maître déjà de toute la côte phénicienne, vint mettre le siège devant Tyr, qui refusait de lui ouvrir ses portes. La largeur du détroit qui la séparait du continent était de trois stades selon Scylax, de quatre stades suivant Diodore de Sicile et Quintc-Curce, de sept cents pas d’après Pline. Les Tyriens, qui savaient qu’on ne pouvait pas aborder dans leur île vers l’ouest, s’étaient attachés à fortifier le côté qui faisait face à la terre ferme, le seul qui fût d’un accès facile. iVussi, de ce côté, le mur flanqué de tours qui entourait la ville avait-il une hauteur extraordinaire, puisqu’il atteignait cent cinquante pieds grecs d’élévation, avec une épaisseur proportionnée.
Alexandre résolut d’abord de rattacher l’ île au continent, afin de l’attaquer ensuite plus facilement vers l’est. Pour cela, il rasa Palætyr, et profita ainsi des matériaux qu’il avait sous la main pour combler le détroit. En même temps, secondé par une flotte cypriote et par une Hotte phénicienne, il bloqua au moyen de la première le port du nord ou port sidonien, et au moyen de la seconde le port du sud ou port égyptien. Les Tyriens se hâtèrent aussitôt, pour empêcher les ennemis de pénétrer dans leur ville par l’un ou l’autre de ces ports, d’en fermer les entrées, en y plaçant des galères serrées les unes contre les autres. Enfin, après plusieurs assauts et sept mois d’efforts continus, Alexandre parvint à pratiquer des brèches dans la muraille entre la chaussée et le port égyptien, et il s’élança l’un des premiers dans la place à la tête de ses troupes, qui se précipitèrent sur ses pas. Pendant qu’il envahissait la ville par le sud-est, les Phéniciens brisaient tous les obstacles qui obstruaient l’ouverture du port égyptien, et détruisaient tous les navires qui s’y trouvaient; les Cypriotes, de leur côté, forçaient l’entrée du port sidonien. Les habitants, se voyant perdus, se réfugièrent dans l’ Agenorium, où ils essayèrent une inutile résistance.
Les Sidoniens qui combattaient dans l’armée macédonienne sauvèrent, au dire de Quinte-Curce, quinze mille Tyriens, à cause de leur commune parenté, et réussirent à les soustraire à la fureur du vainqueur. On peut juger, ajoute cet historien, tout ce qu’il y eut de sang répandu, en songeant que, dans l’enceinte seule du rempart, six mille combattants furent massacrés. La vengeance du roi donna ensuite un triste spectacle aux vainqueurs eux-mêmes, en faisant attacher à des croix, le long du rivage, deux mille hommes qu’avait épargnés la rage fatiguée du soldat.
L’an 313 avant Jésus-Christ, Tyr, après un nouveau siège qui dura quatorze mois, tomba au pouvoir d’Antigone, ce qui prouve qu’elle s’était très-promptement relevée de ses ruines, et qu’elle avait bientôt reconquis une grande importance.
L’an 64 avant Jésus-Christ, Tyr, avec toute la Syrie, passa de la domination des Séleueides sous celle des Romains. A l’époque de Pline, les faubourgs de cette ville étaient immenses et renfermaient probablement des champs cultivés, des jardins et de nombreuses villas, puisque cet écrivain en