DE SOUR AU RAS E N -N A K O U R A
bages cle la porte sont, maintenant découronnés de leur linteau. A côté de l’un de ces jambages, gît sur le sol un bloc mutilé, décoré de moulures à crossettcs, sur lequel est représenté un personnage tenant à la main un bâ!on recourbé, et la tête surmontée de la coiffure égyptienne connue sous le nom de pschent.
Dans 1 intérieur du monument, on remarque, près d’un fût de colonne, un magnifique bloc brisé, où a été sculpté un globe ailé flanqué de deux uræus, et au-dessous un croissant renversé, c’est-à-dire les pointes en bas, embrassant un petit globe. Nous avons donc là un édifice dont le caractère égyptophénicien ne peut être méconnu, et dont la fondation première doit être j
Tyii, vue du Ras ek-N ako uha.
certainement antérieure à l’époque où, avec la conquête d’Alexandre, l’art grec commença à se répandre en Syrie et en Palestine.
A cette dernière époque, au contraire, semble appartenir un monument qui touche au précédent, et dont il ne subsiste plus que des vestiges très-confus ; mais les beaux blocs, tres-regulierement tailles, avec lesquels il avait été bâti, paraissent indiquer un travail grec.
A cette même époque également, il faut rapporter les ruines très-considérables qui, à l’extrémité occidentale de la ville, couvrent une grande plate-forme artificielle.
Là s’élevait autrefois un vaste monument, dont le plan est aujourd’hui impossible à saisir, et que décoraient des colonnes monolithes en pierre de différents diamètres, surmontées pour la plupart de chapiteaux ioniques, et quelques-unes de chapiteaux doriques. Ce sont ces colonnes, dont plusieurs se dressent encore debout, et qui attirent de loin les regards du passant, sur le monticule en question, qui ont fait donner par les Arabes, aux ruines de la ville dont il s’agit en ce moment, le nom de Kharbet Oumm el-Aamid (ruine, mère des colonnes). Quel était le nom primitif de cette ville, qui, à l’époque des Séleucides, ainsi que cela semble ressortir d’une inscription phénicienne, irouvée et déchiffrée par M. Renan, paraît s’être appelée Laodicée?
.l’ai déjà avancé en 1871 que ce nom était celui de Hainmon, nom qui s’est conservé très-légèrement altéré dans la désignation d’Oued el-Hamoul, donnée à l’étroite vallée où coule le ruisseau ainsi appelé, au pied méridional de la colline que couvrent les débris de la cité antique. Cette ville de Hammon, en latin Ilamon, est signalée dans le livre de Josué, comme faisant partie de la tribu d’Aser. (Ch. xix, i 28.)
.le persiste dans cette opinion, qui me semble justifiée à la fois par la position des ruines de Oumm el-Aamid, et par le nom de Hamoul, donné encore aujourd’hui à la source, qui autrefois fournissait aux habitants l’eau dont ils avaient besoin. Or ce nom, sauf la lettre finale / qui a remplacé la lettre 72, est identique avec le nom antique.
A cinq kilomètres plus au sud-ouest, une montagne s’avance dans la mer en forme de promontoire. On l’appelle Ras en-Nakoura, du nom d’un village voisin. Le sentier qui la traverse doit remonter à la plus haute antiquité; taillé dans un roc tendre et friable, d’une blancheur éclatante, il a été élargi il y a quelques années. Sur le point culminant du promontoire est une petite tour ou maison de garde à moitié ruinée. Construite en partie en belles pierres antiques, elle a dû succéder à une autre plus ancienne. A cet endroit, en effet, a dû exister de tout temps une tour d’observation, et peut-être aussi un poste de douane, les caravanes et les voyageurs qui suivent la côte étant nécessairement contraints de passer par cet unique sentier, que l’on peut, par conséquent, attribuer aux habitants primitifs du pays. C’est, selon toute apparence, la S cala Tyriorum3 l’Échelle des Tyriens, que plusieurs critiques placent à tort plus au nord, au Ras el-Abyadh, qui est le Promontorium Album 3 ou le cap Blanc de Pline.
L’Échelle de Tyr terminait au sud les possessions des anciens Tyriens, et en même temps formait, près de la mer, la limite méridionale de la Phénicie. Nous allons donc, après avoir franchi ce promontoire, rentrer dans la Terre sainte, dont nous sommes un instant sortis, et en parcourir les parties que nous avons laissées de côté dans le premier tome de cet ouvrage.