DE S OU 11 AU RAS EN-NAKOURA
Lu cheminant dans cette dernière direction le long du rivage, nous rencontrons, à cinq kilomètres <i pai tii de Palætyr, dont ces puits célèbres marquent l’emplacement, les vesliges d’une localité antique qui formait une grande rue bordée de maisons, dont les arasements sont seuls actuellement \isiblcs. Une petite anse servait de port à cet établissement maritime, auquel on donne maintenant le nom de Kharbet-Medfouneh.
Un peu plus loin vers le sud, les débris d’un autre village, à travers lequel la charrue a souvent passé depuis longtemps , sont épars sur les flancs et sur le sommet d’ une colline ; une crique s arrondit au bas du monticule qu’ils recouvrent. Us s’appellent Kharbet-Hamra.
Nous gravissons bientôt après le promontoire dit Ras el-Abyadh; c’est le Promontorium Album de Pline. Le sentier est taillé dans le roc, en forme d’escalier; là où le roc manque, des marches en pierre ont été placées. Les flancs du promontoire sont d’un calcaire crayeux très-blanchâtre. Un garde-fou a été ménagé du côté de la mer, le long du sentier; il consiste en un petit mur qui s’interpose entre le voyageur et les précipices, presque verticaux, et d’autant plus profonds qu’il s’élève davantage, qui s entr ouvrent sous ses pieds. Quand la mer est violemment agitée par les vents d’ouest, les vagues rebondissent avec fracas contre les flancs escarpés du Ras el-Abyadh, et leur blanche écume monte parfois, comme un brouillard, jusqu’à la moitié de sa hauteur; celle-ci dépasse quatre-vingts mètres.
Après avoir descendu les pentes opposées du promontoire, nous atteignons, à un kilomètre plus au sud, les ruines qui sont désignées sous le nom de Kharbet Aïn-Scanderouna.
L’emplacement qu’occupait cette ville est tout entier perforé de nombreuses excavations, qui y ont été pratiquées pour en extraire des pierres provenant de maisons ou d’édifices renversés. Au milieu des tas de matériaux qui gisent encore sur le sol, on observe plusieurs fûts de colonnes, la plupart brises. Une voûte pointue, en forme de pain de sucre, y recouvre un bassin circulaire qui doit être antique, et où l’on descend par quelques marches. Un conduit mène de là l’eau de la source abondante qui jaillit du fond de ce réservoir, à deux fontaines. L’une alimentait autrefois une puissante tour, aujourd’hui en grande partie démolie.
Scanderouna est l’ancienne Alexandroschcne mentionnée dans Y Itinéraire de Bordeaux comme une Mutatio entre Tyr et Ecdippa, à douze milles de l’une et de l’autre.
D’après une tradition rapportée par Guillaume de Tyr, Alexandre le Grand aurait campé en cet endroit, et aurait donné son nom à la ville qu’il y aurait élevée, pendant qu’il assiégeait la ville de
Ty*-
Quoi qu il en soit, Baudoin 1", lors de la première Croisade, dans l’année 1116, y construisit un château fort dont il subsiste encore quelques restes dans ceux de la tour que j’ai signalée.
A trois kilomètres à peine au sud-ouest de Aïn-Scanderouna, d’autres ruines plus importantes appellent notre attention; elles sont connues vulgairement sous la dénomination de Kharbct-Oumm el-Aamid, situées à une faible distance du rivage, qui forme en cet endroit une crique, sorte de petit port naturel ; elles s’étendent de l’ouest à l’est sur les pentes et sur le plateau accidenté d’une colline, tout entière couverte de débris, dans une longueur d’un kilomètre au moins, sur huit cents mètres de large. Au pied méridional de cette colline serpente l’Oued el-Hamoul, dans une étroite vallée plantée de caroubiers, de térébinthes, de lauriers-roses et de lentisques. La hauteur où s’élevait en amphithéâtre la ville dont ces débris nous offrent les restes, est elle-même envahie en grande partie par des broussailles et par des arbres divers; quelques-uns de ceux-ci tombent de vétusté, et prouvent que les édifices et les maisons au milieu desquels ils ont pris racine et sa sont développés, ont
été abandonnés depuis des siècles, et peut-être même à une époque bien antérieure à celle des Croisades car aucun débris du moyen âge n’y a été découvert. Tout y paraît antique, et si une population chrétienne ou musulmane a jadis habité en cet endroit, elle n’y a laissé aucun vestige de son passage et de son culte.
Plusieurs âges différents peuvent être assignés à ces ruines. A une époque très-reculée, contempo¬
raine, sans doute, de la fondation même de la ville, appartiennent, je crois, de gros murs de soutènement construits avec d’énormes blocs assez mal équarris, et dont il subsiste encore de nombreux spécimens à différents étages de la colline.
Parmi les édifices encore reconnaissables, il en est trois dont les ruines méritent une attention particulière.
L’un, situé au centre à peu près de la ville, est le monument égypto-phénicien que M. de Yogüé a signalé le premier en 1853. L’enceinte qui le délimite est encore en partie debout. Les deux jam-