‹ La terre sainteChapitre 6 sur 128 · DISTRICT DE KOUR A-S ÜPÉRIEUR · texte numérisé non relu

DISTRICT DE KOUR A-S ÜPÉRIEUR

ont à la fois moins considérables et moins soigneusement équarris. Il date cependant de la même

cpoqne que le précédent; mais, n’étant pas destiné à frapper les regards comme celui-ci, d avait été plus négligé que ce dernier.

Cette belle enceinte renferme un temple qui, de même que le premier, avait été bâti avec des pierres d’appareil moyen, mais parfaitement agencées ensemble. Il repose pareillement en retraite sur un soubassement que couronne une corniche. Il était précédé aussi d un vestibule orné de colonnes corinthiennes dont il n’existe plus que des fûts et des chapiteaux mutilés. Une tête radiée que j’ai trouvée au milieu d’un tas de blocs accumulés semble indiquer que ce temple avait été dédié à Baal-Chemech ou à Baal- Soleil. Alentour on remarque que le roc a été taillé sur beaucoup de points , soit pour en extraire des pierres, soit pour y creuser des tombeaux.

Le nom antique de la ville à laquelle appartenaient ces deux beaux sanctuaires ne nous est pas parvenu, à moins qu’il ne se soit conservé, plus ou moins altéré, dans celui du village voisin, appelé Aïn-Akrin.

A trois kilomètres environ au sud-ouest des ruines que je viens de décrire, après avoir traversé une vallée que sillonne l’Oued Asfour, on arrive au village de Bziza. Le nom de cette localité paraît être une contraction pour Beit-Aziza. Or Aziza est une appellation antique , puisque nous la voyons dans la Bible donnée à un lévite. {Livre cl’Esdras , ch. x, i 27.)

A quelques minutes de ce village , on rencontre sur une colline les restes d’un temple antique très-gracieux que précède un joli portique orné de quatre colonnes ioniques dont trois sont encore debout avec leur entablement; la quatrième est renversée. La cella était primitivement rectangulaire; mais, à 1 époque chrétienne, quand elle a été transformée en église, on y a ajouté deux

Village de Meiuiaireh dans l’Oued Akouiu

LIBAN

absides , et elle a été recouverte d'une voûte, tandis qu' auparavant elle était surmontée d'une terrasse plate. A droite en entrant, ou observe dans l’un des murs latéraux une niche dont la partie supérieure est ornée d’une conque finement exécutée, et qui devait contenir une statue. Autour de ce monument les habitants de Bziza ont établi leur cimetière. Plus près du village est une petite chapelle

consacrée à saint Élie ; elle a été bâtie avec des matériaux antiques , et 1 on y remarque des fragments de colonnes provenant sans doute d’un autre sanctuaire païen dont la trace a complètement disparu .

DISTRICT DE BOTROUN

Dans le district de Botroun, je signalerai d’abord le monastère de Jean Maroun. Il est situé au sud de l’Oued-el-Djouz, au milieu de montagnes et de ravins hérissés de rochers et de chênes verts. De date fort ancienne, il a été rebâti complètement depuis soixante-dix ans. Mgr Joseph Fereifer 1 agrandit en ce moment. Ce prélat préside lui-même à tous les travaux qui se font sous son active et intelligente direction. Évêque in partibiis de Laodicée de Syrie, il est en même temps 1 un des grands vicaires de S. Ém. le patriarche. C’est dans ce monastère qu’a vécu autrefois Jean Maroun; c est la aussi qu avait été rapportée par lui la tête du premier Maroun, le pieux anachorète des bords de 1 Oronte. Le souvenir de ces deux religieux portant le même nom et associés ensemble dans la mémoire et dans la vénération des Maronites, ainsi que dans le culte de l’Église elle-même, qui les honore comme des saints, est donc attaché à ce couvent, qui est à la fois un collège et un séminaire, et qui compte quatrevingts élèves, dont trente séminaristes.

A un kilomètre et demi à l’ ouest-sud-ouest de Deir Mar-Maroun s’élève sur un haut plateau le village de Kefer-Hay. Patrie de Mgr Joseph Fereifer, il occupe remplacement d’une localité ancienne dont il subsiste plusieurs tombes creusées dans le roc, des citernes, des pressoirs et quelques faibles débris d’un temple, consacré jadis à Jupiter, et datant de l’an 158 de notre ère, comme le prouve un fragment d’inscription grecque qu’on m’y a montré près d’une église, sur un beau bloc malheureusement mutilé. Sept kilomètres au sud-ouest de Kefer-Hay, après avoir franchi successivement plusieurs ravins très-profonds, après avoir laissé de côté trois villages et gravi des montagnes plus ou moins âpres, mais cultivées, on arrive au couvent dit Deir Kfifan. il a été fondé en 1775 et est destiné à élever des séminaristes religieux, c’est-à-dire à former des prêtres pour les monastères et non pour les paroisses. La règle y est très-austère. La chapelle renferme, dans une sorte de cercueil dont le couvercle est vitré, et par conséquent transparent, le corps assez bien conservé d’un saint moine nommé Namath-Allah, et mort dans le couvent en odeur de sainteté, le 14 janvier 1858. De nombreux pèlerins viennent quelquefois de fort loin vénérer ce pieux religieux et implorer son intercession auprès du ciel.

Si l’on poursuit sa route vers l’ ouest-sucl-ouest pendant six autres kilomètres, on parvient à Semar- Djebcil : le village a succédé à une ville antique dont nous ignorons le nom, mais qui a dû avoir quelque importance, comme le prouvent les nombreuses citernes creusées dans le roc que l’on rencontre presque a chaque pas. Il renferme une grande église à quatre nefs, consacrée à Mar Noura; c est le sanetns Lucius du Bréviaire romain. Le saint patron qu’on y vénère, et dont le nom veut dire lumière , est invoqué par tous ceux qui ont mal aux yeux et qui y viennent en pèlerinage. Cette

DISTRICT DE BOTRODN.

égase a été construite avec des matériaux antiques, parmi lesquels on remarque plusieurs tronçons de colonnes engagés dans l’épaisseur des murs.

A quelque distance de la on observe sur un rocher, aplani à dessein par la main de l’homme, et contenue dans une sorte de cartouche, une inscription grecque qui nous apprend qu’une certaine Aurélia, femme cl Héracléon, repose dans le tombeau de son fils Iïéracléon, après avoir vécu cent dix ans. lia date de sa mort est fixée a l’année 553, ce qui répond à l’an 2 il de Jésus-Christ, en prenant pour point de départ l’ère des Séleucicles.

■'Mais ce qui attire surtout 1 attention à Semar-Djebeil , c’est une forteresse du moyen âge depuis longtemps en ruine, et qui paraît avoir succédé à une autre beaucoup plus ancienne, comme semblent 1 indiquer les fossés creusés dans le roc qui la précèdent vers l’est et vers le sud-est. Le grand quadrilatère irrégulier qu elle constitue était flanqué de tours, qui défendaient un double étage de magasins voûtés en ogive et bâtis presque entièrement avec des pierres de faible appareil; au centre s’élevait une tour carrée ou donjon dont le blocage presque seul subsiste encore, les gros blocs qui le revêtaient ayant été pour la plupart enlevés. Ce donjon, qui à certains endroits a été taillé dans le roc évidé, doit être, au moins dans sa base, bien antérieur a l’époque du moyen âge. De son sommet on embrasse un très-vaste horizon, et le seigneur qui y résidait pouvait de là inspecter un immense territoire, depuis la grande chaîne du Liban, à l’est, jusqu’à la Méditerranée, à l’ouest.

Des carrières voisines ont été jadis exploitées par les anciens habitants du pays, avant de l’être plus tard par les croisés.

C est aux premiers qu il faut attribuer plusieurs figures assez grossièrement sculptées sur la façade nord de 1 espèce de grand soubassement rocheux qui porte le château. On distingue dans un premier médaillon carré une niche où sont représentés deux personnages très-mutilés et aux contours effacés ; 1 un est debout et semble tenir une de ses mains levée et l’autre repliée sur lui-même; le second pei sonnage paraît assis. Près de la on aperçoit trois autres médaillons, renfermant dans leur cadre cinq pci sonnages plus petits et dont les têtes sont brisées; ils figurent probablement une procession d adorateurs qui viennent vénérer les deux grands personnages précédents, dans lesquels, sans doute, il est permis de reconnaître Baal et Baaltis, l’Adonis et la Ténus des Grecs et des Romains. Au-dessous de ces divers médaillons est un tombeau creusé dans le roc qui contient six loculi ou loges a cadavres. Il sert actuellement d’étable à des troupeaux, et, pendant l’hiver, il devient une véritable citerne, l’eau de la pluie y pénétrant.

I ransportons-nous maintenant dans la partie à peu près centrale du district de Botroun. Là est le "village d Ahsia, dont la population est de cinq cents Maronites. Il est situé sur une hauteur dont le point culminant est occupé par une grande église dédiée à saint Georges , et qui a été aux trois quarts construite avec de beaux matériaux provenant d’un temple antique. Il subsiste encore de ce dernier édifice quelques pans de murs bâtis avec des blocs très-réguliers et reposant sans ciment les uns sur les autres, un magnifique linteau de porte brisé et plusieurs fragments de colonnes épars sur le sol.

Plus loin, vers 1 est, s’élève dans une vallée et le long de ses pentes le grand village de Douma. Il compte trois mille habitants, dont quinze cents Grecs schismatiques et douze cents Grecs- unis; le reste consiste en Maronites et en Métoualis. J’ai trouvé et examiné dans ce village une école de jeunes garçons dirigée avec beaucoup de zèle par un jeune prêtre grec catholique nommé Mikaïl, et ancien élève des Lazaristes d’Antoura. Là, sous sa main douce et ferme à la fois, vivent en bonne harmonie des enfants appartenant à toutes les connnunions du pays.

LIBAN

DISTRICT DE MENITHRI

Le district, de Menithri est situe au sud-est du précédent. Pour l’atteindre, en partant de Douma, on traverse d’abord jusqu’à Tartedj une région âpre, mais cultivée. Le sentier qui de la conduit a Djadj est des plus accidentés, au milieu de plantations de vignes et de figuiers; mais ensuite la contrée prend un aspect de plus en plus sauvage, et la route, à peine tracée, serpente à travers des montagnes boisées, couvertes de vieux arbres dont beaucoup ont excité mon admiration. Malheureusement ces forêts sont ravagées sans pitié et sans relâche par les bûcherons , qui y font du charbon , ou par les bergers, qui y promènent leurs troupeaux. L'essence qui domine est le chêne vert. Des rocheis, aux formes les plus fantastiques, apparaissent de tous côtés aux regards. Sur plusieurs de ces rocheis, la comme dans d’autres parties du Liban, on lit des inscriptions latines où le nom de 1 empereur Hadiien est écrit, soit en toutes lettres, soit en monogramme, avec des formules qui varient. Au premier abord , on pourrait croire, ainsi que l’a observé M. Renan, que cet empereur, qui avait beaucoup voyagé et qui, dit-on, avait traversé le Liban, avait fait graver son nom, en souvenir de son passage , sur différents points et avec des formules diverses que les archéologues n ont pu encore toutes interpréter. L’une de ces formules additionnelles la plus fréquente est AGIT GP, dont M. Renan a retrouvé en plusieurs endroits la leçon complète, qui est la suivante :

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