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cernent de la maison de ce noble décurion, qui obtint de Pilate la permission de rendre au corps du Sauveur les derniers devoirs et de l’ensevelir dans son propre tombeau. Une autre tradition, consignée dans Boniface de Raguse, qui, vers le milieu du seizième siècle, était gardien du mont Sion, veut que ce sanctuaire ait succédé à l’atelier où Nicodème, qui aida Joseph d’Arimathie dans son pieux office, avait fabriqué le crucifix que l’on vénère encore dans la cathédrale de Lucques. Suivant ce même écrivain, le couvent des Pères Franciscains avait été bâti sur l’emplacement de sa maison. Fondé par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dans le courant du quinzième siècle, il a été plusieurs fo is aband onné, à cause du ma lhe u r des temps, mais il est resté néanmoins toujours au pouvoir des Franciscains, qui n’ont jamais cessé, quand les cir-
Fontaine dite Sebil A bou -Nabbo ut.
constances étaient plus favorables et que les pèlerins affluaient de nouveau, de revenir les héberger, à leur passage, dans cette hospitalière demeure. Un autre établissement latin de création toute récente est celui des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Ces excellentes religieuses font l’école aux petites filles et soignent les malades. Bien qu’installées depuis peu d’annees, elles ont déjà su rendre
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de très-grands services à la population de Ramleli , qui a conçu pour elles beaucoup d’estime.
Le couvent grec n’offre rien de remarquable. La chapelle est sous le vocable de saint Georges; les moines grecs y exposent à la vénération de leurs coreligionnaires une colonne brisée qu’ils prétendent avoir été transportée miraculeusement par mer à Jaffa.
Dans le couvent arménien, la chapelle est également dédiée à saint Georges. A l’époque de Pâques, de même que les couvents latin et grec, il regorge de pèlerins. Au milieu des cours croissent des citronniers et d’élégants cyprès. On y admire aussi un vieux cep de vigne formant berceau et d’un développement extraordinaire.
Les musulmans possèdent plusieurs mosquées et un plus grand nombre de sanctuaires consacrés à di vers santons.
Leur mosquée principale, ou Djama el-Kebir, est une ancienne église chrétienne dédiée à saint Jean. Elle forme un grand rectangle et mesure cinquante-trois pas de longueur sur vingt-cinq de large. Très-bien orientée, comme toutes les églises byzantines et grecques, elle contient trois nefs répondant à autant d’absides.
La grande nef, plus haute de moitié que les deux autres, est séparée de celle-ci par sept arcades ogivales s’appuyant sur des piliers carrés qu’ornent trois colonnes et deux pilastres dont les chapiteaux imitent le corinthien. Sept fenêtres très-ébrasées en éclairent la partie supérieure. Les nefs latérales sont percées de fenêtres semblables. La grande porte delà façade occidentale est actuellement murée aux trois quarts. A côté s’élève une tour carrée qui sert aujourd’hui de minaret.
La porte par laquelle on entre maintenant regarde le nord. Au-dessus a été gravée une inscription arabe, d’après laquelle cet édifice aurait été construit l’an 697 de l’hégire (1298 de J. C.) par le sultan Ketbogha; mais comme je l’ai déjà dit depuis longtemps ailleurs, il y a ici une allégation évidemment mensongère, contre laquelle protestent la forme même du monument et le caractère de son architecture. Nous sommes, en effet, d’une manière incontestable, en présence d’une église chrétienne parfaitement conservée. Seulement, à l’époque marquée par l’inscription, cette église a pu subir quelques réparations et modifications, lesquelles toutefois n’ont pas altéré la forme primitive. A cette époque, par exemple, le grand portail de la façade occidentale a été muré, et la tour du clocher a été transformée en minaret.
Parmi les autres mosquées de la ville, je citerai, pour l’élégance de son minaret, celle qui s’appelle Djama Gheikh-Nasran. Ce minaret consiste en une tour octogone, peu élevée, bâtie avec de petites pierres très-régulièrement agencées, et percée de fenêtres étroites en forme de meurtrières.
Un vaste seraïa ou palais habité jadis, tour à tour, par les divers gouverneurs de la ville, est maintenant aux deux tiers renversé. Il passe pour avoir eu autrefois une certaine magnificence. Une salle, elle-même très-délabrée, appartenant à cet édifice, sert actuellement de tribunal; c’est là que le moulsellim tient son divan et rend la justice.
Les bazars sont assez bien fournis. Plusieurs khans sont destinés à abriter les nombreuses caravanes arabes qui passent par Ramleli pour se rendre à Jérusalem, à Gaza ou à Damas; ce sont à la fois des entrepôts et des hôtelleries.
La ville avait autrefois une enceinte fortifiée qui maintenant n’existe plus. Cette enceinte était percée de douze portes, dont quatre principales, la première regardant Jaffa, la deuxième Ascalon, la troisième Jérusalem, la quatrième Naplouse. L’emplacement de quelques-unes d’entre elles est encore reconnaissable.
En dehors et à huit minutes à l’ouest de la ville, des ruines connues sous le nom de Djama
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el-Abiadh (la Mosquée blanche) méritent une attention toute particulière. L'enceinte de cette mosquée mesure cent six pas de long sur cent de large. Le long de la face sud de ce rectangle, deux rangées d’arcades ogivales sont ou debout ou à moitié écroulées. Vers le milieu de cette espèce de nef, une niche marque le mihrab. Devant cette partie du haram ou de l’enceinte sacrée, restaurée et embellie par le sultan Bibars, l’année GGG de l’hégire (12G8 de J. C.), ainsi que cela résulte d’une inscription arabe copiée en cet endroit par M. Sauvaire, s’étend un souterrain parfaitement conservé, dont les voûtes reposent sur deux rangées d’élégantes arcades ogivales; les uns y voient d’anciennes citernes, d’autres des magasins. Les musulmans prétendent que ce souterrain contient les restes de quarante compagnons de Mahomet, morts martyrs en combattant pour leur foi, et ils n’y descendent qu’avec respect. D’un autre côté, une tradition latine le regarde comme étant la crypte d’une église élevée autrefois en l’honneur des quarante Martyrs de Sébaste en Arménie, dont les reliques auraient été transportées partie en Italie et partie en Palestine. Sont-ce les chrétiens qui ont emprunté aux musulmans, en la transformant, ou, au contraire, les musulmans aux chrétiens, la tradition de l’ensevelissement en ce lieu des ossements de ces quarante guerriers, qui pour les uns sont des compagnons de Mahomet, et pour les autres les saints légionnaires martyrisés en Arménie? Je l’ignore. Toujours est-il que ces quarante soldats martyrs sont devenus tour à tour musulmans ou chrétiens, selon que l’édifice où leur mémoire était honorée passait lui-même d’un culte à un autre, et actuellement ils sont vénérés tout à la fois dans le même endroit par les musulmans et les chrétiens, depuis que la mosquée en ruine et abandonnée est ouverte à tous les visiteurs.
Mais poursuivons l’examen de l’enceinte sacrée : une seule rangée d’arcades, à moitié démolies et de forme ogivale, longe la face orientale, laquelle, à son centre, est percée d’une porte qui regarde la ville. Devant ces arcades régnent de grandes citernes ou des magasins dont les voûtes sont soutenues par deux rangs d’arcades superposés. Au milieu de la face occidentale s’élève une tour justement renommée et appelée vulgairement tour des Quarante Martyrs. Isolée et n’ayant jamais attenu à une église, elle fait admirer de tous les voyageurs l’ élégante simplicité de sa construction. De forme quadrangulaire, elle mesure neuf mètres sur chaque face; on y monte par un escalier en spirale de cent vingt degrés. Les fenêtres qui l’éclairent sont étroites et ogivales. Elle n a jamais pu intérieurement renfermer de cloches. Ce n’est donc pas un campanile d’église, ni un beffroi, mais plutôt un minaret musulman. Sa plate-forme supérieure est aujourd hui très-endommagée par le temps. C’est de là qu’autrefois le muezzin annonçait les heures de la prière; de là aussi, en temps de guerre, on découvrait de loin l’approche de l’ennemi. De ce point, en effet, le regard embrasse un horizon dont tous les voyageurs ont, à juste titre, vanté la beauté et 1 étendue. A 1 ouest, Jaffa et la Méditerranée; au nord et au sud, de vastes et fertiles plaines; à l’est, le rideau accidenté des montagnes de la Judée et de la Samarie sollicitent tour à tour 1 attention. Lorsque je fis 1 ascension de ce minaret, j’assistai, en outre, de son sommet à l’un des couchers de soleil les plus splendides que j’aie jamais vus, ce qui ajoutait un charme particulier à la grandeur du panorama que j avais sous les yeux.
En même temps qu’à l’occident le disque empourpré de l’astre du jour descendait lentement dans les flots de la mer dont il teignait la surface de ses feux mourants, à l’orient la lune se levait radieuse du sein des monts de Juda, et sa lumière argentée répandait partout un éclat doux et mystérieux.
Quand et par qui cette tour a-t-elle été construite? D’après une tradition généralement accréditée parmi les chrétiens, elle aurait été bâtie à l’époque des Croisades par les Templiers, pour servir de clocher à une église actuellement détruite et dont la crypte seule existerait encore. Cette église,
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comme je l’ai déjà cîit, aurait été dédiée aux quarante Martyrs de Sébaste, et F enceinte entière du Djama el-Abiadh serait celle de leur couvent, transformé plus tard en mosquée. Mais celte tradition, notamment en ce qui concerne la tour, me paraît contredite, et par le monument luimême, et par l’histoire. Le monument, en effet, par l’appareil, par les moulures qui encadrent les fenêtres supérieures, et parle galbe de la porte, semble accuser un travail arabe.
De plus, sur le linteau de cette porte, on lit une inscription arabe qui nous apprend que ce minaret a été bâti par le sultan Kelaoun,
1 an 718 de l’hégire (1318 de J. C.), inscription que confirme un passage formel deMedjreddin dans son Histoire de Jérusalem et d’Hébron. Quant à la mosquée’, dite Djama el-Abiadb, ce même historien en attribue la fondation à un khalife ommiade, Soliman ebn-Abd el-Malek, l’an 9G de l’hégire, par conséquent a une époque de beaucoup antérieure à celle des Croisades. Pendant l’occupation du pays par les Latins, ce sanctuaire put sans doute être converti en église ; mais ensuite, sous le règne de Saladin, il retomba
au pouvoir des musulmans et fut réparé, en 11 90, par l’un des personnages de sa cour.
A dix minutes au nord de Ramleh, de belles citernes forment dans un champ un quadrilatère de vingt-huit pas de long sur autant de large; elles sont divisées en six compartiments voûtés dont l’un est écroulé et dont les cinq autres, encore debout, sont soutenus chacun par deux rangées d’arcades superposées et éclairées dans
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leur partie supérieure par quatre regards. La tradition qui en fait remonter l’origine à sainte Hélène ne repose sur aucun document certain, et quelques voyageurs y voient, avec plus de raison peut-être, un ouvrage sarrasin datant de l’époque des Ommiades.
À trois ou quatre minutes à l’ouest de ces citernes est un ancien ''v réservoir ou birket, appelé Birket Bent el-lvafer (le. Bassin de la fille de 1 Infidèle). En grande partie détruit et comblé, il formait un rectangle de trente-six pas de long sur trente de large. Vers lest de la ville enfin, à cinq minutes de distance, on remarque un autre birket plus considérable et qui sert encore aux besoins des habitants. De forme carrée, il mesure quarante-deux pas sur chaque face; on l’appelle Birket el-Djamous (le Bassin du buffle).
Tous les voyageurs ont vanté les jardins de Ramleb, les magnifiques avenues de cactus qui précèdent cette ville et les belles plantations d’oliviers qui l’environnent. Le sol de cette localité est, en effet, extraordinairement fertile. C’est toujours la même arène fine que j’ai déjà signalée à propos de Jaffa, arène qui se change en un terreau véritable, au moyen d’une irrigation fréquemment renouvelée. La culture est néanmoins beaucoup moins étendue qu’autrefois ; car, dans les champs, on aperçoit çà et là un grand nombre de puits abandonnés. Mais ici, comme presque partout en Palestine, les bras manquent à la terre, et aux bras qui cultivent, une protection et un encouragement efficaces font défaut.
A quelle époque remonte la fondation de Ramleb? A priori, il est vraisemblable qu’un emplacement aussi favorable que celui de cette ville n’a point été autrefois inhabité. Les puits et les citernes que l’on rencontre presque à chaque pas peuvent être invoqués à l’appui de cette
Tour de üamleu.
conjecture.
Dans l’ Onornasticon, Eusèbe cite une ville du nom de Arim, en grec Apvjfj., non loin de Diospolis ou Lydda. Saint Jérôme, d’un autre côté, dans son Épitaphe de sainte Paule, s exprime ainsi :
« Et Lyddam versam in Diospolim vidit, liaud procul ah ea Anmathiam. viciduin Joseph (pu Dominion sepelivil. »
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D’après ce passage et la route que saint Jérôme fait suivre à sainte Paule, il semble que ce Père de l’Église désigne bien clairement l’emplacement actuel de Ramleh comme étant celui de l’ancienne Arimathie, identique sans doute avec la ville d’Arim, mentionnée également par Eusèbe dans le voisinage de Lydda.
Cependant, si nous en devons croire les écrivains arabes, et en particulier Aboulféda, Ilamleh n’aurait point succédé à une ville antique, et aurait été fondée par Soliman, fils du khalife Abd el- Malek, dans la première moitié du huitième siècle, après qu’il eut détruit Lydda. Celte assertion d’ Aboulféda est confirmée par Guillaume de Tyr et par Marinus Sanutus.
En outre, la dénomination de Ramleh, qui signifie en arabe sable, et dérive de la nature du sol sur lequel cette ville est bâtie, n’a, dit-on, aucun rapport de signification avec la dénomination antique d’ Arimathie, dans laquelle la plupart voient le sens de hauteur, comme dans Rama, Ramatha, étymologie qui empêcherait, si elle était fondée, d’identifier Arimathie avec la moderne Ramleh, celle-ci étant située dans une vaste plaine, et non sur une colline.
Mais, comme le savant orientaliste M. l’abbé Bargès me l’a fait remarquer, le mot Arim ou Arima peut dériver également de l’hébreu Aremah, qui signifie tas cle blé. En chaldaïque Aremtha, et en syriaque Aremotho, ont la même signification. En arabe, Arameh veut dire à la fois amas de sable et amas de blé. Les Arabes, en appelant Ramleh de la sorte, semblent avoir adopté le premier sens. Quant à la dénomination hébraïque de Arima ou Aremah, signifiant tas de blé, elle pouvait s’appliquer très-bien à une ville bâtie au milieu cl’une plaine riche en céréales. Les Arabes, de leur côté, auront été plus particulièrement frappés de la nature sablonneuse de son terroir, et comme dans leur langue le mot Arameh signifie pareillement amas de sable, de Arima, Aremah ou Arimathia, ils auront fait Arameh, puis Ramleh, terme par lequel ils désignent plus habituellement un amas de sable.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’ en 1099 les Croisés entrèrent en Palestine, Ramleh était une ville importante, très-fréquentée et environnée d’une puissante enceinte flanquée de tours. Néanmoins, à leur approche, les habitants, épouvantés du nombre et de la valeur bien connue de leurs adversaires, et ne se fiant pas dans leurs remparts, abandonnèrent précipitamment leur ville, et se réfugièrent, les uns dans les montagnes, les autres à Ascalon. Les Francs trouvèrent donc Ramleh déserte, et pour n’avoir point à garder une enceinte aussi étendue que celle de cette cité, ils en convertirent une partie en un camp fortifié où ils se retranchèrent. La ville se repeupla ensuite et reprit bientôt une nouvelle importance, à cause de sa position entre Jérusalem et la côte. En 1177, elle fut incendiée par le renégat I vélin. L’année suivante, Saladin essuya une grande défaite dans les plaines qui s’étendent au sud de la ville; mais, en 1187, il reprit à Hattin une terrible revanche. Ce désastre, comme on le sait, décida des destinées du royaume latin en Palestine, et Ramleh, avec un grand nombre d’autres villes, tomba entre les mains du vainqueur.
En 1191, à l’approche de Richard Cœur de lion, Saladin fit raser la citadelle de Ramleh, afin quelle ne pût servir à son adversaire. En 1204, cette ville, qui, en 1192, avait été vendue par moitié aux chrétiens, leur fut concédée tout entière et resta en leur pouvoir jusqu’au moment où, en 1266, elle retomba définitivement sous le joug musulman, lorsque le sultan Bibars s’en fut emparé.
A trois kilomètres au nord-nord-est de Ramleh, la petite ville de Loudd ou Lydda, de même que la précédente, contient beaucoup de maisons renversées, et elle est loin d’être aussi peuplée que son étendue le ferait supposer. Elle est parsemée sur un grand nombre de points d’élégants palmiers qui
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s élèvent, soit isolés, soit par bouquets, et qui lui communiquent un cachet tout oriental. La population actuelle se compose de quatre mille musulmans, de huit cents Grecs schismatiques et de vingt-cinq Grecs catholiques. Les bazars sont abondamment pourvus de légumes et de fruits; les vergers qui entourent la ville sont très-fertiles. Le climat y est, pendant l’été, très-chaud, et c’est l’une des localités de la Palestine où l’on observe le plus d’aveugles et de borgnes; un dixième environ de la population est atteint de la dernière infirmité, et un vingtième de la première.
Les ruines de la basilique de Saint-Georges ont attiré justement l’attention de tous ceux qui ont passé par Lydda. Cette ancienne cathédrale, plusieurs fois détruite et rebâtie, avait été renversée de fond en comble par les musulmans à l’approche des Croisés, en 1099, dans la crainte que les longues poutres de sa toiture ne fussent employées par l’ennemi pour en faire des machines de guerre. Reconstruite avec magnificence par les Latins, quand ils furent devenus maîtres de la Palestine, elle fut rasée aux trois quarts par eux, en 1191, afin que Saladin ne pût pas s’y retrancher, comme dans un poste fortifié. Depuis lors, elle n’avait plus été relevée, bien que, suivant une opinion généralement répandue et dont la première trace se trouve, je crois, dans Boniface de Raguse, elle passe pour avoir eu Richard Cœur de lion comme nouveau fondateur. Conformément à l’avis de Robinson et de M. de Vogiié, je considère cette assertion comme erronée, et je pense que les ruines si fidèlement décrites par le second de cesécrivains, dans son savant ouvrage des Eglises de la Terre sainte ne sont pas celles d’un monument dont il faudrait faire honneur au héros anglais. Toujours est-il que jusqu’à ces dernières années elles étaient restées encore en partie debout, mais dans un état déplorable. Seulement, par intervalles, les Grecs de la ville pouvaient venir prier sur l’emplacement de l’ancien sanctuaire, à l’endroit où avaient été jadis déposées, dans une crypte, les reliques du saint patron auquel la basilique avait été dédiée. Les pèlerins qui prenaient par Lydda pour se rendre à Jérusalem ne manquaient pas, de leur côté, qu’ils fussent catholiques ou Grecs non unis, de s’agenouiller un instant au-dessus de cette crypte bouchée. Enfin, en 1871, Mgr Cyrille, patriarche grec schismatique de Jérusalem, obtint des Turcs, à prix d’argent, la possession exclusive pour ses coreligionnaires du chœur et de deux des absides de l’ancienne basilique, qu’il renferma dans une petite église, car la plus grande partie des nefs abattues avait, dès le quatorzième siècle, été comprise dans l’enceinte d’une mosquée signalée par Medjr-eddin au quinzième siècle, et qui existe encore. La crypte, d’origine byzantine peut-être, qui s’étendait sous le sanctuaire, a été débarrassée alors de la terre et des décombres qui la remplissaient, et l’on y descend actuellement par deux escaliers qui ont été reconstruits et mènent au tombeau de saint Georges. Ce tombeau, de date toute récente, n’est en réalité qu’un simple cénotaphe en marbre avec la figure du saint. A la porte de l’église, saint Georges reparaît en bas-relief sur une plaque de marbre blanc et sous la forme traditionnelle d’un cavalier armé terrassant un dragon, à la fureur duquel il arrache une jeune fille, image qui rappelle naturellement à l'esprit le mythe célèbre de Persée sauvant Andromède au moment où elle allait être dévorée par un monstre marin. C’est pour le chrétien la figure de l’âme humaine près de succomber aux efforts de l’esprit du mal, et ne devant son salut qu’à la toute-puissante intervention de la grâce. Saint Georges passe pour être né à Lydda; il subit le martyre à Nicomédie, sous Dioclétien, vers la fin du troisième siècle, et ses restes ayant été, dit-on, rapportés dans sa patrie, une église y fut plus tard érigée en son honneur. Ce saint jouit d’une très-grande vénération dans tout l’Orient, où une foule de chapelles, d’églises et de couvents sont sous son invocation. Mais nulle part sa mémoire n est plus respectée qu’à Lydda, qui se vante à la fois d’être son berceau et sa tombe.
Lydda s’appelait en hébreu primitivement Lod, dénomination identique avec celle que cette ville
porte encore aujourd’hui en arabe, Loudd. Elle fut fondée par le Benjamite Samar, l’un des fils
P I. A 1 N E DE SaROK, VÜE DE LA, TOUR DE U AM LEU.
d’Elphaad. Au retour de la captivité, elle fut encore habitée par des Benjamites. Lod devint plus tard, sous le nom de Lydda, le chef-lieu d’une toparchie.