‹ La terre sainteChapitre 70 sur 128 · MOU! N ET TOMBEAU DES MACCHABÉES · texte numérisé non relu

MOU! N ET TOMBEAU DES MACCHABÉES

A onze kilomètres à Test-sud-est de la ville où nous sommes en ce moment, des ruines d’un haut intérêt et très-longtemps inconnues méritent cependant une attention toute spéciale, car ce sont celles de l’antique Modin, la célèbre patrie des Macchabées; elles sont désignées aujourd’hui sous le nom de Kharbet el-Medieh (ruines de Medieh). Jusqu’à l’année 1866, on avait placé Modin soit à Souba, qui depuis plusieurs siècles était généralement en possession de celte gloire usurpée, soit à Kasthoul, soit à el-lvoubab„ soit enfin à Lathroun. Mais le Révérend Père Emmanuel Forner, religieux franciscain de Terre sainte, se rendant de Jérusalem à Lydda par une route peu fréquentée d’ordinaire, et passant par le petit village d’ El-Medieh, fut frappé de la ressemblance singulière qu’offre ce nom avec celui de Modin, dont il diffère seulement par sa terminaison qui est féminine au lieu d’clre au duel et dont il a conservé d’ailleurs les deux principales lettres formatives. Il supposa donc avec beaucoup de raison qu’il avait trouvé le véritable site du berceau de l’illustre famille des Asmonéens. Dans mon ouvrage sur la Samarie (tome II, p. 55 et suivantes), j’ai moi-même essayé d’appuyer l’opinion du Révérend Père Forner sur de nouvelles preuves, et de montrer que les ruines d’El-Medieh répondaient parfaitement par leur nom et par leur position aux indications de la Rible, de Josèphe, d’Eusèbe et de saint Jérôme relativement à Modin. J’ai également, en 1870, exécuté des fouilles en cet endroit et découvert les débris d’un grand mausolée qui ne peut être que celui des Macchabées, comme le lecteur s’en convaincra lui-même, je l’espère, par les détails qui vont suivre.

Ce monument, à la vérité, au lieu de renfermer sept chambres sépulcrales, ainsi que je l’avais d’abord supposé, avant d’avoir pratiqué des fouilles assez complètes pour me faire une idée exacte de la disposition intérieure qu’il présentait, n’en contient en réalité que quatre, comme cela résulte des nouvelles fouilles dues à M. Glennont-Ganneau en 1874. Je m’empresse donc de rectifier celle erreur. Mais ce dont je me suis assuré en revoyant les restes de ce mausolée en 1875, c’est que ces quatre chambres renfermaient précisément sept tombes : la première, vers l’est, trois; la seconde, une; la troisième, une aussi, et la quatrième, c’est-à-dire la plus occidentale, deux, séparées par un mur de refend qui partageait cette chambre en deux compartiments communiquant ensemble au moyeu d’une petite porte. Ces quatre chambres avaient été comprises dans l’enceinte d’un monument rectangulaire, long de 27m,77 sur 6m,71 de large; quatre portes ouvrant vers le nord sur un portique orné jadis de colonnes et aujourd’hui entièrement détruit, donnaient entrée dans chacune des

MODIN ET TOMBlïiD DES MACCHABÉES.

chambres. De tous les autres côtés, les Façades du rectangle étalent pleines entièrement, et les assises encore debout sont Formées par des pierres de taille dont beaucoup sont ébréchées par le temps et par les hommes, mais qui néanmoins sont suffisamment remarquables, même dans leur état actuel, pour permettre d’y voir les pierres polies signalées par la Bible et par .Tosèpbe.

La première chambre sépulcrale, c’est-à-dire celle qui est située à l’extrémité orientale du monument, contient, comme je riens de le dire, trois tombes creusées dans le 10c vif, et dont I u ne, qui fait face au sud, est placée en retour d’équerre par rapport aux deux autres.

Est-il possible d’assigner un personnage spécial à chacune de ces tombes et aux quatre subséquentes, et de les marquer toutes avec quelque certitude d’un nom particulier? La chose me parait facile, si l’on regarde, ce qui semble le plus naturel, l'ordre chronologique de la mort sucessive des sept membres de la famille des Macchabées, comme celui-là même qui fut adopté pour leur sépulture. Une seule date nous manque, c’est celle du décès de la mère des vaillants fils de Mathathias; mais .1 est permis de penser que l’épouse de cet auguste vieillard le suivit la première dans la tombe; car l’Écriture, en nous parlant des pyramides érigées par Simon sur chacun des sépulcres des membres de sa famille, s’exprime ainsi (. Macchabées , liv. I, eh. xiii, f 28) :

Et slatuit septem pyramidas, imam contra nnampalri et matriet quatuor fratribus.

De ce verset, en effet, il semble résulter que dans la série des tombes de ce mausolée, en commençant par l’orient, se trouvaient d’abord celle de Mathathias, puis celle de sa femme.

Mathathias mourut l’an 146 de l’ère des Séleucides, c’est-à-dire l’an 1G6 avant Jésus-Christ ( Macchabées , liv. I, ch. il, t 70®

Et (lefunctus est anno centesima et quadraçjesimo sexto, et sepultus est a jîliis sms tu sepulc patrum suorum in Modin , et planxerunt eum omnis Israël plane tu magno.

C’est donc dans l’intervalle compris entre les années 166 et 163 avant Jésus-Christ, que mourut, à son tour, la pieuse mère des Macchabées, car le glorieux trépas de son fils Éléazar arriva l’au 163 avant notre ère, trois années après la mort de Mathathias.

Antlochus Eupator, roi de Syrie, étant venu avec une armée formidable, commandée par Lysias, attaquer, an sud de Jérusalem, la place forte de Bethsour, Judas Macchabée marcha à sa rencontre et établit son camp dans un défilé appelé Bethzacharia. Le roi de Syrie abandonna alors le siège de Bethsour pour s’avancer contre les troupes beaucoup moins nombreuses de son adversaire. Une bataille s’engagea aussitôt entre les deux armées, bataille dans laquelle Éléazar, l’un des frères de Judas, se signala par des prodiges de valeur. A la vue de l’un des éléphants de l’armée syrienne, plus grand et plus richement cuirassé que les autres, il s’imagina qu’il portait le roi Antlochus et fondit soudain sur lui. Après avoir immolé sous ses coups ou repoussé plusieurs des soldats qui escortaient ce gigantesque animal, il parvint à se glisser sous son ventre et à le percer de son glaive. L’éléphant, blessé mortellement, s’affaissa; mais, dans sa chute, il écrasa Éléazar, victime de son dévouement.

Deux ans plus lard, l’an 161 avant Jésus-Christ, l’invincible Judas lui-même, le véritable héros de la famille à laquelle il communiqua son propre surnom de Macchabée (armé cl un meu [eau), du aux coups terribles qu’il avait portés à l’ennemi, succomba au milieu de son triomphe, a la fin d un combat acharné qu’il avait soutenu toute une longue journée, avec une poignée de braves, contre une armee plus de vingt fois supérieure en nombre, commandée par Baccliides, général de Démet, -lus. Cette bataille, à jamais mémorable, fut livrée près d’un village de la Judée appelé Laïsa dans la Vulgate. On connaît les simples et magnanimes paroles que, an moment d’engager cette lutte inégale, Judas pi ononça devant les huit cents compagnons d’armes restés fidèles à son drapeau, apres la fuite des autres,

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

et qui le pressaient de se retirer, en attendant une occasion plus favorable pour combattre : « Dieu nous garde, dit-il, d’en agir ainsi et de fuir devant l’ennemi! Si notre heure est arrivée, mourons courageusement pour nos frères, et ne souillons notre gloire par aucune tache. .) Quand il fut tombé mort sur le champ de bataille, ses frères Jonatlias et Simon emportèrent son corps et le mirent dans le sépulcre de leur père, à Modin. Tout le peuple, ajoute le Livre sacré, fit un grand deuil i sa mort et le pleura longtemps. Et tous disaient : „ Comment est-il tombé, cet homme puissant, qui sauvait le peuple d’Tsraël? »

Celte meme année, Jonatlias, ayant succédé dans le commandement à Judas, envoya son frère Jean vers les Arabes Nabathéens; mais celui-ci périt dans une embuscade, non loin de Médaba. L’an 143 avant Jésus-Christ, il fut lui-même assassiné près de Bascaman par Tryphou, qui, au moyen de fallacieuses promesses, l’avait attiré à Ptolémaïs, où il s’était emparé de sa personne. Simon put ensuite recueillir ses restes et les ensevelit à Modin. C’est alors seulement qu’il commença à ériger, quand il était le seul survivant de sa famille, le mausolée qui devait en réunir tous les membres, et où il se réserva une place pour lui-même. Son père et sa mère étaient morts -depuis plus de vingt ans, et ensuite il avait successivement perdu ses quatre frères, Éléazar, Judas, Jean et Jonathas.

' 0101 ,e Passage de la Bible relatif à ce mausolée célèbre ( Macchabées , liv. I, ch. xiii, i 27-30) :

» 27. Simon fit ériger sur le sépulcre de son père et de ses frères un haut édifice qu’on voyait de loin, dont toutes les pierres étaient polies devant et derrière.

« 28. Il fit dresser sept pyramides dont l’une répondait à l’autre, en l’honneur de son père, de sa mère et de ses quatre frères.

« 29. Il entoura, en outre, ce monument de hautes colonnes, et sur ces colonnes furent placées des armes en souvenir éternel, et auprès de ces armes des navires sculptés, faits pour être vus de tous ceux qui naviguaient sur la mer.

« 30. C’est la le tombeau qu’il construisit à Modin et que l’on voit encore. »

Josèphe, de son côté, reproduit les mêmes détails dans les termes suivants (Antiquités judaïques liv. XIII, ch. vi, § 5) : ’

« Simon, ayant envoyé à Basca, fit rapporter les ossements de son frère. U les ensevelit à Modim, sa patrie, et tout le peuple célébra par un grand deuil la mort de Jonathas. Simon érigea ensuite, pour son père et pour ses frères, un très-grand monument do pierre blanche et polie. Il l’éleva à une hauteur considérable, pour le rendre visible de loin, et l’environna de portiques soutenus sur des colonnes monohtbes, ouvrage admirable à voir. 11 construisit en outre sept pyramides, une pour chacun de ses parents et de ses frères; faites pour frapper d’étonnement par leur grandeur et par leur beauté, elles subsistent encore aujourd’hui. »

Lu tenant compte de ces textes et en m’appuyant sur ces témoignages, je vais maintenant caser par la pensée dans les restes du grand monument funèbre d’El-Medieh, chacun des sept personnages qui y étaient renfermés, et répondre aux objections qui m’ont été adressées. Ce monument, ai-je dit se compose de quatre chambres sépulcrales bâties en pierre de taille et juxtaposées parallèlement dlns mi long rectangle. La première chambre vers l’orient contenant trois auges sépulcrales pratiquées clans le roc, j’y place d’abord Mathathias dans l’ange la plus orientale, puis dans les deux autres sa femme et Lleazar, l’un de ses fils, qui moururent successivement après lui. Ces trois auges, ménagées dans T épaisseur du roc évidé, préexistaient-elles à l’érection par Simon de la chambre construite qui a recouvrait et qm existe encore eu partie? La chose est très-possible. Depuis quelles ont été mises a jour, les Arabes ont continué à les mutiler, car elles étaieut violées depuis longtemps, et les

modin et tombeau des macchabées.

voyageurs ont aussi, à leur exemple, enlevé la plupart des petits cubes de mosaïque qui en tapissaient le fond. Il est a craindre que, dans quelques années, elles ne soient elles-mêmes complètement détruites. G est dans 1 une de ces auges, celle qui occupe le côté oriental de la chambre, et qui, par conséquent, commençait la série des tombes, que les fouilles de M. Clermont- Ganneau ont révélé l’existence d’une croix dessinée en mosaïque, que j’ai pu constater après ce savant. Mais cette croix qui m'est opposée comme datant le monument et, à ce titre, comme contredisant formellement mon hypothèse, en faisant descendre 1 âge du mausolée de l’époque judaïque à l’époque chrétienne, je l’invoque précisément en faveur de 1 opinion que j’ai émise. Loin de prouver, en effet, comme je l’ai déjà dit et répété ailleurs, dans mes deux ouvrages détaillés sur la Samarie et sur la Galilée, que le mausolée, au fond

PLAN ET DÉTAILS DU TOMBEAU IDENTIFIÉ PAR M GUÉRIS AVEC CELUI DES MACHABÉES PENDANT SON VOYAGE D'EXPLORATION EN PALESTINE EN 1870 Ce tanieaufait partie des ruines dîtes Kharta d-Medieh et distinctes du village d’El Medieh. situé sur le versant Est dnWadv d-Me Jidi

Jh-Iisji pus lÛfoüj. archizeau, Jésus ohm., SjuüUtsiSlc.

Tombeau des Macchabées, a Modin.

de la première fosse duquel elle se trouve, n’est pas celui des Macchabées, elle contribue, au contraire, selon moi, à justifier cette assertion. Car, d’un passage de saint Jérôme dans Y Onomasticon, au mot Modeim , il ressort qu’à la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne, la mémoire des sept Macchabées, princes asmonéens, se confondait dans la vénération des peuples avec celle des sept frères Macchabées, martyrs avec leur mère, l’an 1G6 de notre ère, sous Anliochus Épiphane, par conséquent à la même époque et sous le même prince contre lequel Mathathias et ses valeureux fils avaient levé l’étendard d’une sainte insurrection pour la défense de leur foi et de leur nationalité.

Voici le passage de saint Jérôme :

ce Modeim, vicus juxta Diospolim, unde fuerunt Macchabœi , quorum lo die que ibidem sepulcra monstrantur. Satis itaque miror quomodo Antioclnœ eorum reli quiets ostendaut, aut quo hoc certo auctore sit creditum. «

« Modeim bourg voisin de Diospolis, patrie des Macchabées, dont aujourd’hui encore on montre en ce lieu même les tombeaux. Aussi, je m’étonne beaucoup que l’on expose aux regards leurs restes à Antioche, et je me demande sur quelle autorité certaine repose une pareille croyance. »

P A L E S T I A E O C G I D E N- T A L E E T M ÉRIDION A L I : .

En s’exprimant ainsi, saint Jérôme semble évidemment ne pas distinguer ici les deux familles des Macchabées, toutes deux juives et contemporaines, l’une composée de martyrs, l’autre de héros, mais ayant cela de commun que, s’inspirant des mêmes principes et du même dévouement, elles ont su lutter jusqu’à la mort, soit devant le tribunal d’un tyran, soit sur les champs de bataille, pour la revendication des croyances religieuses de leurs aïeux et de leur indépendance nationale. Les premiers sept Macchabées étaient vénérés à Antioche principalement, dès les premiers siècles de l’Église, dans une basilique élevée en leur honneur, et où leurs saintes reliques étaient l’objet d’un culte spécial. Les sept autres Macchabées reposaient à Modin, dans le mausolée érigé par Simon, le dernier survivant de ses parents et de ses frères. On conçoit sans peine que si une pareille méprise a pu échapper a saint Jérôme, c’est qu’elle était, de son temps, partagée par un grand nombre de chrétiens. Par conséquent, tout porte à croire que les tombes des Macchabées Astnonéens, à Modin, étaient entourées de la vénération publique, tout comme à Antioche les reliques des autres Macchabées, dans la basilique qui leur avait été consacrée. La croix en mosaïque que M. Clennont-Ganneau a retrouvée dans le fond de la fosse orientale de la première chambre du monument, ne doit donc plus nous surprendre, et, malgré cette croix, ou plutôt à cause de cette croix, je me confirme de plus en plus dans mon hypothèse. L’auge sépulcrale où elle a été découverte, commençant la série des tombes, devait, à mon avis, avoir reçu primitivement la dépouille mortelle du chef même de la famille, c’est-à-dire de Mathathias, dont le sépulcre, en raison des vertus et de la piété héroïque de ce saint vieillard, a fort bien pu avoir été transformé plus tard en une sorte d’oratoire chrétien.

La seconde chambre funéraire, qui ne renfermait qu’une seule tombe, actuellement tout à fait détruite, était celle de Judas Macchabée.

Jean devait reposer dans la troisième chambre, au fond d’une fosse également rasée, et où j’avais remarqué encore, en 1870, quelques cubes de mosaïque, et plusieurs fragments d’ossements.

La quatrième chambre enfin, divisée en deux compartiments, au moyen d’un mur percé d’une ouverture servant de porte, contenait très-probablement, dans le premier, les restes de Jonathas, et dans le second (pii terminait vers l’ouest le monument, ceux de Simon, le fondateur de ce mausolée.

Les auges sépulcrales où ils avaient été déposés sont de même totalement brisées, mais il est facile de reconnaître encore l’emplacement qu’elles occupaient, et j’y ai recueilli également deux autres fragments d’ossements.

L’ édifice rectangulaire de Mcdieh contenait donc bien réellement sept tombes réparties dans quatre chambres contiguës. Celles-ci n’avaient chacune qu’une entrée vers le nord, et n’ont jamais pu servir qu’à une destination funéraire. La plate-forme qui les couronnait est, à la vérité, aux trois quarts au moins détruite. Mais, eu 1870, j’avais signalé, au-dessus de trois dalles appartenant à cette plateforme, la présence de deux encastrements qui m’avaient paru propres à recevoir la base de deux des sept pyramides mentionnées par la Bible et par Josèphe. Ces trois dalles étaient alors en place. En 1871, l’une d’entre elles avait été dérangée de sa position première; peut-être sont-elles enlevées toutes aujourd’hui. Mais les encastrements qu’elles portaient ont été vus et mesurés, très-peu de temps après mes fouilles, par M. Mauss, et cet architecte français, si versé dans l’étude des monuments de la Palestine, a adopté ma conjecture. Ils ont été également constatés par M. Tyrwhitt Dralce, l’un des membres de la mission scientifique anglaise en Palestine, qui a reconnu de même qu’ils pouvaient avoir servi au but que j’avais indiqué. Ce savant, qu’une mort inopinée a malheureusement arrêté au milieu de ses recherches, a même évalué la hauteur des pyramides qui s’y adaptaient. Selon lui, l’élévation totale du monument, y compris ces pyramides, était de quinze coudées hébraïques, élévation

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