‹ La terre sainteChapitre 97 sur 128 · V É T II A · texte numérisé non relu

V É T II A

j’ai donnée aux enfants d'Israël, parce qu’il a été incrédule aux paroles de ma bouche, au lieu nomme

les Eaux de la Contradiction.

« 25. Prends donc Aaron et son fils avec lui, et mène-les sur la montagne de TIoi .

„ 26. Et ayant dépouillé le père de sa robe, tu en revêtiras Éléazar son fils : et Aaron sera réuni à ses pères et mourra là.

« 27. Moïse fit ce que le Seigneur lui avait commandé; ils montèrent la montagne de TIoi sous les yeux de tout le peuple.

« 28. Et après qu’il eut retiré à Aaron ses habits pontificaux, il en revêtit Eléazat son fils.

« 29. Aaron étant mort sur le haut de la montagne, Moïse descendit avec Eléazar;

« 30. Et tout le peuple voyant qu Aaron était mort, le pleura dans toutes ses familles pendant trente jours. »

Aaron avait cent vingt-trois ans lorsqu’il subit sur le mont Ilor le trépas mystérieux qui devait bientôt couronner aussi sur le mont Nébo la vie de Moïse lui-même. Seulement Aaron, qui, par sa lâche condescendance pour la mullitude, s’était fait un jour 1 instrument de 1 idolâtrie du veau cl oi, et qui plus d’une fois avait joint ses amères critiques à celles du peuple, fut, malgré ses vertus, et les services qu’il avait rendus, complètement exclu de la Terre promise, qu il n eut pas même la consolation d’apercevoir de loin. Ses regards mourants n’eurent, en effet, pour tout horizon, avant de s’éteindre, que le désert sans fin, la longue et stérile vallée de l’Arabah et les montagnes d Éclom. Moïse, au contraire, qui n’avait qu’une fois manqué de confiance au Seigneur, en frappant à deux reprises le rocher de Cadès; Moïse, qui dans tout le resle de sa vie avait si dignement accompli la grande et laborieuse mission dont Lieu l’avait chargé, sans se laisser rebuter par les murmures et l’ingratitude de la nation, à la délivrance de laquelle il s’était dévoué; Moïse, enfin, le confident de l’Éternel et le promulgateur de la loi sainte, devait, sans y entrer lui-même, s’approcher davantage de la terre bénie après laquelle depuis quarante ans soupirait son peuple et qu’ avaient habitée les premiers patriarches. Il devait même du sommet du Nébo contempler les montagnes de la Palestine et en distinguer l’étendue et la configuration générale. Il eut donc une vision du beau pays dont la conquête était réservée à Josué, et il exhala doucement son âme entre les mains du Très-Haut, les yeux tournés vers l’antique séjour d’ Abraham, d’Isaac et de Jacob, qu’il pouvait saluer avec transport avant de mourir. En communication directe et permanente avec la Divinité pendant sa vie, il termina sa longue et prodigieuse carrière d’une manière non moins surnaturelle, et fut enseveli de même. « Nul homme, dit la Bible, n’a jamais su où était son tombeau. » La mort d’ Aaron, toute surprenante qu’elle ait été, a été cependant plus humaine, et sa tombe, connue de tous, a été toujours le but d’un véritable pèlerinage. Au mo^en âge, il y avait là un petit monastère chrétien dit de Saint- Aaron , que visita Foulcher de Chartres, pendant l’expédition du roi Baudoin Ier, alors simple comte d’Édesse, en 1100. En 1217, ce monastère était encore debout, et le pèlerin Thietmar s’y arrêta chemin faisant, en se rendant de Choubek au mont Sinaï. Il y trouva deux religieux grecs. La chapelle dont les débris ont été employés dans la construction du sanctuaire actuel était desservie par eux. Plus tard, les musulmans l’ont transformée en oualy, et de nos jours encore les Arabes continuent à y venir prier et y offrir des sacrifices, consistant dans l’immolation d’un chevreau ou d’un

mouton .

PÉTR A.

PÉTRA

Deux heures de marche dans la direction du nord-est conduisent du Djehel-IIaroun à Pétra; mais avant de décrire sommairement cette ville célèbre, disons un mot de la grande chaîne d’Édom, au milieu de laquelle elle est située, et en quelque sorte soigneusement cachée, comme une perle précieuse.

Entre le bassin si profondément encaissé de la mer Morte dont nous avons parlé précédemment

Djebel- Harodh, ou mont lion.

et le golfe oriental de la mer Rouge ou le golfe d’Akaba, s’étend une grande vallée, l’Oued- Arabah , dont la longueur est de cent quatre-vingts kilomètres et la largeur moyenne de seize kilomètres. Les hauteurs qui la bordent, à droite et à gauche, sont plus élevées et plus abruptes à l’est qu’à l’ouest. Cette vallée se relève insensiblement depuis la mer Morte, qui est à trois cent quatre-vingt-douze mètres au-dessous de la Méditerranée, jusqu’à deux cent quarante mètres au-dessus.

De ce point, vers le nord, tous les torrents qui aboutissent à l’Oued-Arabah se rendent à la mer Morte, et, vers le sud, tous se jettent dans le golfe d’Akabah. Cette ligne de partage des eaux se trouve à soixante et onze kilomètres environ au nord de ce golfe, et partage la vallée en deux versants anticlinaux et en deux bassins hydrographiques. Le plateau accidenté que termine l’escarpement occidental de l’Oued-Arabah comprend la zone méridionale de la Palestine, l’ancien Negeb et le désert de Tih ou de l’Égarement, ainsi nommé à cause des longues pérégrinations du peuple hébreu, condamné à y errer pendant tant d’annces. C’est le pays que nous venons de traverser

rapidement pour gagner de Bir es-Seba le Djebcl-Haroum. La plupart des montagnes qui le composent sont calcaires. Celles, au contraire, qui dominent vers l’est 1 Oued-Arabah, sont formées de grès, de granit et de porphyre. Elles constituent une lisière longue et étroite dont la plus grande largeur ne dépasse guère trente-cinq kilomètres et dont la longueur égale celle de 1 Oued, c est-a-dire cent quatre-vingts kilomètres.

C’est la célèbre contrée d’Édom, contrée naturellement fertile et abondante en sources, et qui contraste avec l’aridité des deux déserts entre lesquels elle est comme interposée. Jadis très-peuplée et. admirablement cultivée, elle atteste , par ses nombreuses ruines, 1 importance qu elle avait autrefois. Encore aujourd’hui, grâce aux ruisseaux qui la sillonnent, ses vallées et ses montagnes se couvrent au printemps de fleurs et de verdure, et avec une administration moins déplorable, ce pays, l’un des plus pittoresques du globe, recouvrerait en même temps, peu à peu, sa fécondité première. Malheureusement, il est en proie à l’anarchie et au brigandage, et le pauvre fellah qui laboure son champ ou cultive son verger ne sait jamais si le Bédouin nomade ne sera pas le premier à en moissonner les grains ou à en cueillir les fruits. Les prédictions des prophètes contre Édom se sont accomplies à la lettre, et cette région, pendant longtemps si prospère, n’offre plus que la triste image de la désolation et de l’abandon. Les voyageurs qui s’y aventurent n’y pénètrent qu’avec une escorte assez considérable et y sont indignement rançonnés par les habitants. Il se divise en deux districts séparés par une vallée, dite El-Rhoueïr (le petit Rhor), et appelés, lun, au nord, El-Djebal, la Gobolitis de Josèphe et la Gebalène d’Eusèbe , et l’autre, au sud, Ech-Cherah, le mont Seïr de la Bible.

Le premier district renferme entre autres bourgades celles de Tolileh et d’El-Bouseirah.

Tofileh est la Tophel des Livres saints (Deutéronome , ch. i, i 1). Située sur la pente d’une montagne, elle est alimentée d’eau par plusieurs sources importantes et a une population de deux mille huit cents habitants. Là réside le cheikh du district.

El-Bouseirah n’est plus que l’ombre de l’antique Bosra, en hébreu Bozrah, ville dont il est question dans la Genèse (ch. XXXVI, i 33), comme étant la patrie de Jobab, fils de Zara, l’un des anciens rois d’Édom.

Qui ne connaît le beau passage où Isaïe, célébrant par avance la grandeur et la gloire du Messie, s’exprime ainsi (ch. lxiii, jr 1) :

« Quis est isle, guivenil de Edom, fine lis vestibas de Bosra? Iste formosus in stola sua, gradiens in multitudine for titudinis suce.

« Quel est celui qui vient d’Edom, les vêtements teints de la pourpre de Bosra? Il est beau dans l’éclat de sa robe, il s’avance dans la toute-puissance de sa force. »

E us èbe mentionne cette ville sous le nom de Bosor, et ne manque pas de faire remarquer qu’il faut la distinguer de Bostra, située dans la Pérée, et qui, sous le règne de Trajan, fut élevée au rang de métropole de la nouvelle province d’Arabie.

A la section méridionale des montagnes d’Édom ou au Djebel ech-Gherah appartiennent Choubek, Pétra, Maan et Akaba.

Choubek ou Kerak ech-Choubek est le mous Regalis ou le mont Royal de l’époque des Croisades. La forteresse, fondée en cet endroit par Baudouin Ior, couronne le plateau supérieur d’une colline et est assez bien conservée. Une porte massive de fer y donne entrée.

Je ne dis rien, pour le moment, de Pétra, que je vais décrire tout à l’heure.

Vingt-cinq kilomètres à l’est-sud-est de cette ville et sur le seuil du grand désert d’Arabie, Maan

PÉTR A.

contient un millier d’habitants. On y voit les restes cl'un ancien château musulman. A cause de sa position sur la route des pèlerins de la Mecque, cette localité jouit encore d’une certaine importance. Elle rappelle, par son nom, la tnbu des Maonites dont elle était jadis le chef-lieu, et qui, de concert avec les Amalécites, fit la guerre aux Israélites, comme cela résulte d’un passage du Livre des Juges (ch. X, jr 12), dans le texte hébreu; car, dans la Vulgate, le mot Maon est remplacé par celui de Chanaan.

Akaba enfin louche au golfe du même nom; j’en parlerai plus bas.

La région dont je viens d’indiquer sommairement les principales localités, aujourd’hui encore habitées, s’appelait primitivement le mont Seïr, dénomination qui signifie rude , escarpé, et qui s’appliquait alors à toute la contrée montagneuse qui s’étend à l’est de l’Arabah depuis l’extrémité méridionale de la mer Morte jusqu’à l’extrémité septentrionale du golfe d Akabah. Ses premiers habitants étaient les Horim, peuple troglodyte, qui vivait dans des cavernes et qui fut chassé par les descendants d’Ésaü.

Ceux-ci communiquèrent le nom d’Édom, qui signifie roux, et qui rappelait la couleur de leur père, aux monts Seïr. Ce dernier nom, comme je l’ai dit précédemment, est resté attaché jusqu’à nos jours sous la forme de Djebel ech-Cherah à la section méridionale de cette chaîne. Les Édomites furent plus tard soumis par David, et Salomon équipa une flotte à Azion-Gaber, à 1 extrémité de leur pays, sur les bords de la mer Rouge; mais ils reconquirent bientôt leur indépendance, et, à l’exception des défaites passagères que leur infligèrent Amasias, puis Ozias, ils vécurent en paix. Durant les guerres désastreuses qui déchirèrent les royaumes de Juda et d’Israël, ils s allièrent tombes creusées dahs le roc, a pétra.

souvent contre eux avec les ennemis qui

les attaquaient et contribuèrent à leur chute. S’étendant en même temps en dehors de leurs montagnes,

PÉTUA.

ils envahirent la partie nord du désert de Tih et presque tout le Negeb. Vaincus et subjugués sous les Macchabées, ils furent gouvernés par des préfets juifs. L’un d’entre eux, Anlipater, Iduméen de naissance (c’est ainsi que les Grecs désignaient les Édomites), devint, par la faveur de César, procurateur de toute la Judée, et son fds, Hérode le Grand, fut élevé à la dignité de roi des Juifs.

Mais, longtemps avant Antipater et Hérode, une révolution considérable s’était accomplie dans le cœur même des montagnes d’Ldom. Pendant que les fils d’Ésaü faisaient des progrès incessants à l’ouest, au nord-ouest, et communiquaient le nom d’Idumée

Tombeaux

DÉTACHÉS, A PÉTltA.

au pays dont ils s'emparaient, les Nabatéens, qui passaient pour être les descendants de Nebaioth, le fils aine d Ismaël, les chassaient de leur antique héritage et s'emparaient de l'Idumée proprement’ dite, c est-a-dire de ancien mont Seïr. Us y fondèrent le petit royaume de Nabat, que les auteurs latins désignent sous le no... d Arabia Pelrœa, et qui avait pour capitale Selah (le Rocher), la Pétra des Grecs et des Romains.

. LC ,FeUfer r0i nabatéen J°nt “ SOlt fait menlion dans l’Wstoire, vers 165 avant Jésus-Christ s appelait Aretas, comme celui qui, plus tard, régnait du temps de saint Paul à Damas, dont il

PÉTRA

ROCHERS DU SlK, A PÉTRA.

Obodas. Ils furent d’ordinaire les allies des Juifs sous les Macchabées, et eurent néanmoins, dans la suite, des démêlés avec eux, ainsi qu’avec les Syriens. Quelques années avant l’ère chrétienne, une

lendu maître. Les autres rois nabaléens qui nous soient connus se nommaient Malchus et.

PÉTRA

le commandement (l’Ælius Gallus. Le roi nabateen Il accueillit cette armée envahissante

armée romaine fut envoyée en Arabie Pétrée, sous Obodas, pour échapper au péril qui le menaçait, usa de ruse, avec les marques, en apparence, de la soumission et de l’amitié la plus sincère, et lui donna pour a guider dans sa marche son propre ministre Syllæus. Celui-ci la fit errer dans les déserts les plus arides, où elle périt à peu près complètement de soif, de fatigue et de maladie. Enfin, l'an 105 de notre ère, les Nabatéens, qui jusque-là avaient pu conserver leur indépendance, la peidnent, lois de l’expédition de Cornélius Palma, gouverneur de Syrie, qui conquit 1 Arabie Petree et 1 incoipora a l’empire romain.

Actifs, commerçants et- industrieux, les Nabatéens continuèrent sous les Romains à être les p.mcipaux intermédiaires du trafic entre l’Inde, l’Arabie méridionale et les côtes de la Méditerranée a travers la péninsule Sinaitique. De là les richesses immenses qu’ils amassèrent et la beauté des monuments de toutes sortes dont ils ornèrent leur capitale, et qui font encore de Pétra, malgré l’état lamentable dans lequel elle est tombée depuis la conquête musulmane, l’une des merveilles du monde.

Cette ville singulière, environnée de montagnes rocheuses, et elle-même en grande partie taïUee dans le roc, devait à cette circonstance le nom de Selah, qu’elle portait primitivement et qui , dans les langues sémitiques, signifiait rocher. Son origine remonte probablement jusqu’aux Horim, peuple troglodyte, comme nous l’avons dit précédemment; mais elle apparaît seulement pour la première fois dans la Bible sous le règne d’Amasias, l’an 828 environ avant l’époque chrétienne. Nous lisons à ce sujet dans le IV livre des Rois (ch. x, jr 7, texte hébreu) :

„ H (Amasias) frappa dix mille hommes d’Édom dans la vallée du Sel, et prit Selah par force et lui donna le nom de Jokthéel, nom qu’elle a gardé jusqu’à ce jour. »

Josèphe, dans ses Antiquités judaïques (liv. IV, ch. VII, § 1), nous apprend que cette ville s’appelait également Arekemé, du nom de l’un de ses anciens rois, appelé Rekem, qui en avait été le fondateur.

Elle subit naturellement toutes les vicissitudes du pays d’Édom, et, vers la lin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, tombée au pouvoir des Nabatéens, elle acquit sous leur domination une puissance et une splendeur nouvelles.

C’est là, comme dans un asile inviolable, qu’ils déposèrent les trésors que le commerce trèsétendu dont ils étaient les agents habiles et infatigables entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe, leur procurait sans cesse. Ils se plurent aussi à l’embellir et à en faire un véritable joyau d’ architecture. Les flancs abrupts des montagnes, qui se hérissaient de toutes parts autour d’eux dans l’espace resserré que cette cité occupait, se changèrent entre leurs mains en une sorte de ruche merveilleuse, excavée avec un soin infini dans la roche vive, et que bientôt l’art des Grecs et des Romains acheva de décorer encore. Tombeaux innombrables et de toutes formes, mausolées rivalisant en grandeur et en majesté avec des édifices religieux, temples, palais, portiques, arcs de triomphe, établissements publics et habitations particulières, jaillirent, comme par enchantement, du sein des rochers les plus sauvages, aplanis, évidés, sculptés, façonnés de toutes manières par le ciseau et parle marteau, et se prêtant à figurer les monuments les plus divers. Maîtres de Pétra, les Romains continuèrent à l’orner, quelquefois même avec un luxe et une profusion de décoration un peu exagérés. Lorsque le christianisme commença à s’y développer et à y fleurir, ses temples se transformèrent en églises, et elle devint par son siège épiscopal la métropole de la Palestine IIP. Plusieurs de ses évêques apposèrent leurs signatures aux actes de différents conciles. A partir de la conquête musulmane, elle cessa

presque complètement d’être mentionnée dans l’histoire, et pendant douze siècles elle resta enveloppée d’un oubli profond. On finit même par ignorer sa véritable position. Seetzen fut, en 1807, le premier voyageur moderne qui ait donné, sans la visiter néanmoins, des indications précises, recueillies de la bouche des indigènes, sur l’endroit où elle se trouvait. Burckhardt, en 1812, y pénétra furtivement, déguisé en pèlerin musulman, et révéla au monde savant la magnificence de ses ruines, demeurée inconnue depuis tant de siècles. En 1818, Irby et Mangles y passèrent deux jours, qui ne furent point perdus par ces investigateurs audacieux et perspicaces. En 1828, MM. Linant et de Eaborde purent se maintenir plus longtemps à Pétra, en levèrent le plan, en dessinèrent les principaux monuments et y préparèrent les éléments de leur grand et bel ouvrage sur l’Arabie P étrée. Cette ville fut ensuite visitée et décrite, en 1837, par lord Lindsay, en 1838 par M. le comte de Bertou et Robinson, en 1839 par MM. Kinnair et Roberts, en 1852 par le docteur Stanley, en 1864 par M. le duc de Luynes, et plus récemment encore par M. Palmer, ainsi que par d’autres savants ou artistes qu’il serait trop long de mentionner ici. Malgré tant d’explorations successives qui ont suivi celle de l’intrépide Burckhardt, Pétra est loin d’avoir livré tous ses secrets à ceux qui ont eu le bonheur de la voir. La plupart d’entre eux, en effet, n’ont pu y jeter qu’un très-rapide coup d’œil, à cause des difficultés sans cesse renaissantes qu’on y rencontre de la part des habitants, dont la rapacité n’a pas de bornes. Cette population misérable et dégradée professe le mahométisme; néanmoins, elle a conservé un type juif très-prononcé. Aussi plusieurs voyageurs y reconnaissent-ils les restes des anciens Siméonites qui s’étaient établis dans le pays d’Edom. M. Palmer, au contraire, la considère comme une branche des Juifs lvheibari qui vivaient près de la Mecque, et qui jouèrent un si grand rôle dans les premiers temps de l’Islam. Ces Kheibari seraient venus, selon lui, à la suite de la conquête arabe, se fixer autour de Pétra, sous le nom de Liyatheneh ou fils de Leith, l’un des descendants de Kaab. Quoi qu’il en soit, ils ont l’habitude d’exploiter tellement les étrangers qu’attire au milieu d’eux la renommée, d’ailleurs si méritée, des grandes ruines qu’ils possèdent, que ceux-ci se hâtent, à peine arrivés à Pétra, de visiter les monuments les plus importants que cette ville renferme, et quand par un rapide examendes principales merveilles qui sollicitent leur attention, ils ont commencé à apaiser leur première soif de voir et d’admirer des monuments qui les ont appelés quelquefois de si loin, i's précipitent souvent leur départ, afin d’échapper le plus tôt possible aux exactions et à la cupidité insatiable de leurs hôtes. De là vient que Pétra n’a pu encore être explorée à fond par personne. Pour cela il faudrait y séjourner des mois entiers, avec la protection des cheikhs qui y commandent, et y procéder à une étude minutieuse et méthodique de tout l’emplacement qu’elle occupe. Contentons-nous, pour le moment, de signaler très-brièvement ce qu’elle présente déplus remarquable.

Située dans une vallée qui semblait se refuser à la fondation et au développement d’une capitale, à cause des montagnes rocheuses qui l’environnent et l’étreignent de toutes parts, mais qui en même temps lui font comme un rempart inexpugnable, elle a su non-seulement remplir cette vallée de constructions de toutes sortes, mais encore, pour s’agrandir, se creuser soit des demeures, soit des temples et surtout une multitude de tombeaux à différentes hauteurs sur les flancs de ces mêmes montagnes. De difficile accès, elle n’est guère abordable que de deux côtés, où il est aisé avec un petit nombre d’hommes d’en défendre l’approche. Au sud-ouest, on y pénètre par un sentier rude et escarpé, et à l’est par une gorge extrêmement étroite. Cette gorge, appelée en arabe Es-Sik, ce qui veut dire la fente 3 la fissure , est effectivement une véritable faille dans un énorme massif de grès qui s’est séparé en deux moitiés par suite de quelque commotion violente, laissant entre les deux parties

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