‹ La terre sainteChapitre 96 sur 128 · DE B 1 R ES -SE B A A PÉTRA · texte numérisé non relu

DE B 1 R ES -SE B A A PÉTRA

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encore à Cadès les fils de cette génération éteinte. Miriam, sœur ainée de Moïse, qui l’avait autrefois sauvé des eaux du Nil, mourut en cet endroit et y fut ensevelie. Eusébe, dans V Onomaslicon, au mot KxSSr,ç, atteste que de son temps on montrait encore en ce lieu le tombeau de cette femme célébré. Josèphe, au contraire, dans ses Antiquités judaïques (liv . IV, ch. IV, § 6), affirme qu elle fut enterrée sur une montagne appelée Sin, et quelle fut pleurée par tout le peuple pendant trente jours. Pour con-

Aïn-el-Ouaïbeii, dans l’Oued el-Djeib.

cilier ces deux assertions, il est permis de supposer que cette montagne de Sin avoisinait Cadès. G est là également que Moïse , afin de désaltérer le peuple mutiné et mourant de soif, frappa un rocher de sa baguette, et en fit jaillir une source abondante, qu’il appela les eaux de Meribah ou de la Contradiction, du Murmure, parce que les enfants d’Israël avaient murmuré contre le Seigneur; mais, pour avoir frappé deux fois le rocher, et avoir ainsi semblé manquer de confiance envers la toutepuissance divine, il fut privé lui-même, avec son frère Aaron, qui par sa présence avait participé à son acte et à sa faute, de l’honneur d’introduire les Hébreux dans la Terre promise. Comme le fait

observer M. le cluc de Luynes {Voyage d’ exploration à la mer Morte, f. T, p. 309), les rabbins confondent la source de Meribah avec la fontaine de Sang, Od-Deraa des Arabes, la même que Aïn- Mousa, la fontaine de Moïse, celle dont les eaux coulent dans le chenal du Sik jusqu’à Pétra, et quelquefois au delà.

Sur le point d’abandonner pour toujours son camp de Cadès, Moïse entama des négociations avec les rois des Édomiles et des Moabiles, afin d’obtenir d’eux, soit bénévolement, soit à prix d’argent, la permission de traverser leur territoire; mais ces deux princes opposèrent un refus formel à sa demande. Quelque temps après, il quitta définitivement Cadès pour s’avancer vers le mont Hor où mourut Aaron. Avant de le suivie nous-mêmes dans cette direction, et de nous éloigner de l’Aïn- Kadis, où, avec le docteur Rowland et le savant Palmer, j’incline à reconnaître, à cause de l’identité des noms, le site de la localité qui nous occupe en ce moment, je dois dire que Piobinson et après lui beaucoup d autres voyageurs la placent soixante-dix kilomètres plus à l’est, à l’Am-el-Ouaibeh, qui coule sur les bords de 1 Oued-el-Djeib. Celte dernière source, je l’avoue, est beaucoup plus voisine que la précédente des frontières d’Édom et de Moab, pays avec lesquels Moïse, de son camp de Cadès, ainsi que nous 1 avons vu tout à l’heure, essaya de négocier le passage de tout son peuple. Nous lisons, en outre, dans Y O nom asti c on d’Eusèbe, au mot Ivà .§§7]ç Bapvvj :

« KaooYjç Bapv'/j, epvjfAoç vj -rcapamvoucra HÉToa néXet. »

“ Cadès Barné, désert qui s’étend jusqu’auprès de la ville de Pétra. »

Enfin la Bible nous apprend que de Cadès les Hébreux allèrent camper sur le mont Hor ( Nombres , ch. xxxiii, $ 37) :

« Egtessique de Cades, castrametati sunl in monte Hor, in extremis finibus lerrœEdom. »

Entre ces deux points l’écrivain sacré ne mentionne aucune station intermédiaire, et il donne à penser que les Hébreux gagnèrent en une seule étape, à partir de leur camp de Cadès, la montagne où ils devaient être témoins de la mort d’ Aaron. Or un intervalle de quarante-cinq kilomètres seulement sépare l’Aïn-el-Ouaïbeh de cette montagne, tandis que l’Aïn-Kadis en est distante de quatrevingt-quinze kilomètres au moins. Ces différentes raisons, je l’avoue, semblent militer en faveur de l’opinion de ceux qui placent Cadès à la première de ces sources. D’un autre côté, la seconde source peut invoquer pour elle l’identité complète de son nom avec celui de la ville de Cadès, ville dont on ne retrouve, du reste, aucune trace ni auprès de l’Aïn-el-Ouaïbeh, ni auprès de b Aïn-Kadis, et qui a ete complètement effacée du sol. En second lieu, entre l’Aïn-Kadis et Pétra on ne rencontre les vestiges d’aucun endroit jadis habité, si ce n’est par des nomades. Par conséquent, même en plaçant Cadès-Barné dans le voisinage de l’Aïn-Kadis, on peut dire avec Eusèbe que le désert ainsi appelé s’étendait jusqu’à la ville de Pétra.

En troisième lieu, si de l’Aïn-Kadis au Pjebel-Harouu, l’ancien mont Hor, où Israël transporta ses tentes, l’intervalle de quatre-vingt-quinze kilomètres est beaucoup trop grand pour avoir pu être franchi par tout un peuple en marche, autrement qu’en trois jours au moins, qui empêche de supposer que la Bible s’est contentée d’indiquer la dernière étape, qui avait été signalée par un événement éclatant, la mort du grand prêtre Aaron, tandis que les autres étapes intermédiaires ont été supprimées dans le récit de l’historien sacré, comme n’ayant été marquées par aucun fait

Quoi qu’il en soit, faisons halle un instant avec les Hébreux au pied du mont Hor. 11 s’appelle aujourd hui Djebel-Haroun ou la montagne d’Aaron, et est à la fois vénéré par les musulmans par les ■hufs et par les chrétiens. La dénomination de lia, qui lui était donnée autrefois est regardée’ par les

DE 1ÎIR ES-SEBA A PÉTllA.

lexicographes comme une forme archaïque pour Hor, qui était le terme usuel dont les Hébreux se servaient pour désigner une montagne. C’était le mont par excellence de la grande chaîne d’Ëdom, dont il occupait à peu près la partie centrale vers l’ouest, à égale distance approximativement de la mer Morte au nord et du golfe Élanitique au sud. Les quelques voyageurs qui ont eu la bonne fortune de le gravir s accordent à vanter le panorama singulièrement étendu, austère et imposant dont on jouit du haut des deux pitons qui le couronnent, et sur l’un desquels s’élève l’Oualy Neby-Haroun, sanctuaire d apparence musulmane, mais construit avec les débris d’un édifice plus ancien. « Il consiste, dit M. le duc de Luynes [V oyage cl’ exploration à la mer Morte, p. 277), en une chambre voûtée, éclairée seulement par la porte, et dont le grand axe est dirigé à peu près du nord au sud, parallèlement à celui de l’Arabah et vers la Mecque. Le sarcophage, de marbre commun ou de pierre calcaire cl’un blanc jaunâtre, est en forme de cercueil, à toit incliné; des arcades ogivales en bas-relief ornent la facacle principale. Couvert d’un manteau rouge et d’un turban poudreux, il est placé transversalement au grand axe de 1 édifice, et présente en face de la porte son petit côté orné d’une inscription coulique que nous fîmes estamper. Le champ d’encadrement de cette inscription du côté gauche porte quelques mots hébreux gravés à la pointe, dont je n’ai pu tirer aucun sens.

« Nous descendîmes ensuite dans la crypte, où, selon les Arabes, est la véritable tombe d’Aaron, dont le monument supérieur ne serait que le cénotaphe. On y parvient par un escalier à deux directions successives, dont l’entrée est à l’ opposite du elievet, c’est-à-dire au nord. Une profonde obscurité règne sur les degrés et dans le caveau, et ce fut en nous éclairant au moyen d’allumettes chimiques que nous pûmes descendre les degrés et gagner l’extrémité de cet étroit corridor aux murailles ruisselantes d humidité... A peu près sous le cénotaphe, une grille de fer aux larges compartiments carrés, neuve, à ce qu’il nous parut, et posée obliquement, défend, sans le cacher, le tombeau, masse demicylindrique de maçonnerie couverte d’une draperie noire, et dont le grand axe, adossé au mur du fond, est parallèle à celui du cénotaphe. »

Quant a 1 inscription coufique signalée par M. le duc de Luynes, en voici la traduction d’après M. Sauvaire, qui malheureusement n’a pu en faire un déchiffrement complet, à cause de l’imperfection de la photographie qui lui avait été remise :

« Au nom de Dieu clément, miséricordieux. Il n’y a de Dieu que Dieu, Mohammed est l’apôtre de Dieu. Cette station (ce tombeau) bénie a été construite par l’ordre de notre maître le Sultan, le roi protecteur, champion de la foi, conquérant, défenseur des frontières, protecteur du monde et de la religion . »

M. Palmer, qui a vu celte même inscription quelques années plus tard, a pu la déchiffrer sur place tout entière, et il en ressort, dit-il, que l’oualy fut restauré par Ech-Chimani, lils de Mohammed Kelaoun, sultan d’Egypte, en vertu des ordres de son père, l’année 739 de l’hégire.

C’est donc sur le sommet de cette montagne solitaire qui domine la mer d'environ treize cent vingt-huit mètres que repose dans le caveau de ce sanctuaire la dépouille mortelle du frère de Moïse. Dans tous les cas, si sa cendre en a été enlevée, sa mémoire y reste fidèlement attachée depuis de nombreux siècles. Les Israélites, partis de leur campement de Cadès, étaient arrivés en présence du mont Hor, et ils avaient dressé leurs lentes au bas de celte montagne jusque-là inconnue, mais qui devait bientôt devenir si célèbre. C’est alors que s’accomplit le grand événement qui est rapporté dans les versets suivants du livre des Nombres (ch. xx) :

« 23. Le Seigneur parla en ce lieu à Moïse,

« 24. Et lui dit : Qu’Aaron aille se réunir à son peuple; car il n’entrera point dans la terre que

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