DE PÉTRA AU DJEBEL-MOUSA
Trente-six kilomètres au sud-ouest du Djebel-Haro un, après avoir franchi la ligne de partage des eaux, entre la mer Morte et le golfe Élanitique, on rencontre une source appelée Aïn-Gharandel, autour de laquelle croissent quelques palmiers. Elle coule dans la grande vallée de 1 Arabah, qui, au sud de celte ligne de partage, est quelquefois désignée sous le nom de Oued-Akabah ou de vallée de la Descente , parce qu’au lieu de monter constamment comme précédemment, à partir de la mer Morte, elle descend, au contraire, graduellement jusqu’au golfe Élanitique.
Il ne faut pas confondre cette source de Gharandel avec une autre du meme nom, située plus haut dans le pays d’Édom, entre Tofileh et Ghoubek, et qui marque le site de l’ancienne Arindeïa, siège d’un évêché à l’époque chrétienne, et mentionnée comme ^telle dans les JS otices ecclesiasticju.es.
Quarante-deux kilomètres au sud-sud-ouest de l’ Aïn-Gharandel, 1 Aïn-Ghoudian ne fournit qu une eau saumâtre et bonne au plus pour les animaux. Aussi je m’étonne que plusieurs voyageurs, à l’exemple de Robinson, inclinent à y placer l’antique Ézion-Gaber, croyant reconnaître une certaine ressemblance entre le nom Ezion, tel qu’il s’écrit en hébreu, et celui de Ghoudian, d après l’orthographe arabe. En outre, comme Ézion-Gaber était une ville maritime, et que 1 Aïn-Ghoudian est séparée de la pointe nord du golfe d’Akabah par un intervalle de vingt-deux kilomètres, il faut admettre que la mer Rouge s’est retirée depuis l’antiquité d’une distance au moins égale, ce qui n’est pas probable, attendu que l’ Aïn-Ghoudian coule à une altitude d’environ soixante mètres au-dessus du golfe.
En continuant à descendre vers le sud les pentes de l’Oued-Arabah ou, autrement dit, l’Oued- Akabah, nous parvenons au débouché dans cette grande vallée d’une vallée transversale qui contoui’ne entièrement le massif de l’Édom au sud, en reliant l’ Arabah qui le longe à l’occident avec le vaste désert de l’Arabie qui le borde à l’orient. C’est par l’Ouady el-Ithm que les caravanes de Damas qui se dirigent vers la Mecque se rendent à Akabali, où elles rejoignent celles qui arrivent d’Égypte. C’est aussi par là que, d’après la plupart des critiques, se serait effectué le passage des Hébreux, lorsque, quittant pour toujours le désert de Cadès, ils tournèrent vers le sud le pays des Edomites, pour remonter ensuite vers le nord jusqu’à la frontière orientale de la contrée de Moab. Je dois dire ici que d’autres savants, et notamment M. le duc de Luynes, ont émis un avis différent, et pensent que les Hébreux traversèrent plus haut et par une autre vallée le massif d’Édom.
Nous atteignons enfin la pointe septentrionale du golfe d’Akabah. Les ruines très-peu importantes de nos jours que l’on y observe sont vraisemblablement celles d’ Ézion-Gaber. Cette ville, appelée Ézion-Gaber on Ézion-Geber dans le texte hébreu, en latin Asiongaber (l’Épine dorsale du géant), nous est signalée pour la première fois dans le Livre des Nombres (ch. xxxm, 'ti 35), à l’occasion des divers campements des Israélites dans le désert :
« Egressique de Hebrona, castrametati sunt in Asiongaber. »
Il en est également question dans le Deutéronome (ch. ii, ^ 8) :
" Cumque transissemus fratres nostros Jîlios Esaü, qui habitcibant in Seir, per viam campestrem de Elalh, et de Asiongaber, venimus ad iler quod ducit in desertum Moab. »