HABITANTS DE METZ
« Il est de mon devoir de vous faire connaître loyalement notre situation, bien persuadé que vos âmes viriles et courageuses seront à la hauteur de ces graves circonstances.
« Autour de nous est une armée qui n'a jamais été vaincue et qui s'est montrée aussi ferme devant le feu de l'ennemi que devant les plus dures épreuves. Cette armée, interposée entre la ville et l'assiégeant, nous a donné le temps de mettre notre ville en état de défense et de monter sur nos remparts plus de six cents pièces de canon; enfin, elle a tenu en échec plus de deux cent mille hommes.
« Dans la place, nous avons une population pleine d'énergie et de patriotisme, bien décidée à se défendre jusqu'à la dernière extrémité.
« Si nous avions du pain, cette situation serait parfaitement rassurante; malheureusement il n'en est point ainsi.
« J'ai déjà fait connaître au conseil municipal que, malgré la réduction des rations, malgré les perquisitions faites par les autorités civiles et militaires, nous n'avions de vivres assurés que jusqu'au 28 octobre.
« De plus, notre brave armée, déjà si éprouvée par le feu de l'ennemi , puisque quarantedeux mille hommes en ont subi les atteintes, souffre horriblement de l'inclémence exceptionnelle de la saison et des privations de toutes sortes. Le conseil de guerre a constaté ces faits, et M. le Maréchal commandant en chet a donné Tordre formel, comme il en a le droit, de verser une partie de nos ressources à l'armée.
« Cependant, grâce à nos économies, nous pouvons encore résister jusqu'au 3o courant, et notre situation ne se trouve pas encore sensiblement modifiée. Jamais, dans les fastes militaires, une place de guerre n'a résisté jusqu'à un épuisement aussi complet de ses ressources et n'a été aussi encombrée de blessés et de malades.
« Nous sommes donc condamnés à succomber; mais ce sera avec honneur, et nous ne serons vaincus que par la faim. L'ennemi, qui nous investit péniblement depuis plus de soixante-dix jours, sait qu'il est près d'atteindre
le but de ses efforts ; il demande la place et l'armée et n'admet pas la séparation de ces deux intérêts.
« Quatre ou cinq jours de résistance désespérée n'auraient d'autre résultat que d'aggraver la situation des habitants. Tous peuvent d'ailleurs être bien convaincus que leurs intérêts privés seront défendus avec la plus vive sollicitude. Sachons supporter stoïquement cette grande infortune et conservons le ferme espoir que Metz, cette grande et patriotique cité, restera à la France.
« Metz, 27 octobre 1870.
« Le général commandant supérieur, « F. Goffinières. ))
Le surlendemain , les malheureux Messins trouvaient sur leurs murs cette autre proclamation, signée par le général Von Kummer.