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LE CANON

Le 18 août, quand le soleil coula l'or de ses premiers rayons sur la campagne lorraine, une formidable armée de deux cent trente mille hommes, commandée par le roi de Prusse en personne, évoluait en face des troupes françaises, dans la rosée du bleu matin.

Dans nos bivouacs, les soldats préparaient le café, essayaient de mettre un peu d'ordre dans leur paquetage ou nettoyaient leurs armes; tous devisaient gaiement. Çà et là, des clairons sonnaient pour le rassemblement des hommes de corvée, qui devaient se rendre dans les villages.

Des convois allaient partir pour Metz, où ils devaient prendre des vivres et des munitions, et Ton disait que, dès leur retour, l'armée se mettrait en marche sur Verdun.

Cette nouvelle ne pouvait manquer d'être bien accueillie, car tous sentaient que le salut était en avant et non en arrière, dans les plaines de la Champagne et non à Metz.

« Bravo! on va partir! » s'écriaient joyeusement les soldats.

Les officiers pourtant se montraient soucieux.

De temps à autre, dans les vallons lointains, ils voyaient luire des casques et des baïonnettes. De plus, ils savaient que la cava-

lerie, envoyée en reconnaissance sur la lisière des bois, avait signalé la présence de nombreux uhlans.

Tout cela ne leur disait rien de bon.

Parfois l'un d'eux murmurait :

(c Que fait donc le maréchal ?»

Bazaine, en effet, ne paraissait pas, ne donnait pas signe de vie. On sut, par des officiers d'état- major, qu'il était en train de signer, à Plappeville, d'inutiles paperasses.

Au 4^ corps, qui occupe les crêtes depuis la ferme de la Folie jusqu'au village d' Amanvillers , la tranquillité est parfaite. Gomme dans les autres corps, on se prépare à reprendre la marche en avant.

Devant nos troupes, sous l'azur ensoleillé, la campagne offre une superbe symphonie en vert où éclate, sur une hauteur, à quinze cents mètres environ de nos lignes, la blancheur de la ferme Champenois.

Non loin de la ferme blanche, deux masses boisées, la Cusse et les Génivaux, tranchent sur le vert plus clair des prairies.

En face du bois de la Gusse, se dressent les tentes de la division de cavalerie du 4^ corps.

Onze heures viennent de sonner au clocher d' Amanvillers, quand, soudain, une fumée blanche s'élève en avant de ce bois; un coup de canon retentit.

Aussitôt les cavaliers courent à leurs chevaux, les fantassins sautent sur leurs armes.

(( x\lerteî Alerte! »

Il n'est plus question de départ : il va falloir se battre encore. Après l'on verra.

Les soldats sont très gais et pleins d'entrain. Tous se préparent à faire leur devoir, à venger leurs camarades tombés à Rezon ville.

Derrière un mamelon qui la cache à l'ennemi, l'artillerie défile

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