‹ La Terre sanglanteChapitre 18 sur 51 · A FERME DE MOSCOU · texte numérisé non relu

A FERME DE MOSCOU

La division Metman, du > corps, occupait un plateau ondulé que couvraient de fertiles prairies, des champs de blé et d'avoino rt quelques vergers. Une grande ferme isolée, la ferme de Moscou, y dressait, en pleine verdure, ses bâtiments coiffés d'ardoises bleuâtres.

Vers le sud, on apercevait la route de Gravelotte, toute blanche entre ses deux rangées de peupliers; puis, plus loin, derrièn k feuillage délicat des grands peupliers, les bois de Vaux et des Ognons. A l'est, non loin de la ferme, le plateau était borné par la ravissante vallée de la Mance et par le bois des Génivanx. A l'ouest s'allongeait, formant un superbe fond de tabk';tn, lo joli bois de Ghâtel.

Dès le matin, prévoyant une bataille prochaine, le général Melman avait fait occuper par ses troupes d'excellentes positions.

Le 7 bataillon de chasseurs était installé dans Ir ])()is des Génivaux. En arrière de ce bois se trouvait la brigade Potier. Dans la vallée de la Mance étaient cachés des tirailleurs du 7 (K IiL;!i< : le 29'" de ligne occupait la ferme de Moscou. (^]à et là, sur !• s mamelons, on apercevait des képis d'artilleurs.

Sous le chaud soleil dont la caresse féconde s'allongeait sur le plateau, nos soldats attendaient la bataille.

On avait vu du côté de Gravelotte, derrière les peupliers de la route, d'importantes colonnes prussiennes. On avait entendu, derrière les bois, le roulement sourd produit par le défilé de l'artillerie. On se sentait guetté, enveloppé presque.

« Est-ce que la danse ne va pas bientôt commencer? disaient les hommes, qui frémissaient d'impatience.

— Soyez tranquilles, ça ne saurait tarder, » répondaient les officiers.

Cependant a ça tardait ».

Il y avait des heures qu'on attendait, et cette attente énervait les soldats.

Soudain, vers midi, un coup de canon partit de nos lignes.

Aussitôt de grands cris éclatèrent :

(( La bataille ! voilà la bataille ! »

Ces cris furent couverts par le crépitement d'une violente fusillade et par le craquement sec des mitrailleuses.

Des masses profondes d'infanterie prussienne formant la gauche du 9^ corps et la droite du 8^ traversent la route de Gravelotte et s'avancent sur nos positions. Le grand soleil met sur les casques et les baïonnettes des millions d'éclairs.

« Forwaertz! Forwaertz! » hurlent les officiers.

Dans le bois des Génivaux, qui domine les pentes douces du plateau, sont dissimulés près de deux mille tirailleurs appartenant au 7^ bataillon de chasseurs, aux 1% 29^ et 71^ de hgne; deux mille fusils, sous la feuillée, se couchent vers les colonnes ennemies.

(( Feu! »

La fusillade commence, ardente, terrible.

Plus de vingt mille hommes marchent vers nos deux mille tirailleurs.

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