LE RAVIN DE COLOMBEY
Le paysage situé à l'est de Metz, qui servit de décor au premier acte du drame, semble fait pour la paix éternelle. C'est un véritable fouillis de verdure où l'œil charmé découvre des collinettes ravissantes, des plateaux fertiles, des bois touffus, des ruisseaux limpides, des routes blanches, des sentiers proprets. Au fond du décor surgit la masse grise de la grande ville lorraine, cerclée d'argent par la Moselle et la Seille.
Le terrain, légèrement tourmenté, forme deux grands plateaux séparés par un ruisseau qu'utilisent des moulins et par deux ravins assez accentués, les ravins de Colombey et de Montoy. Au nord de Metz, c'est le plateau de Sainte-Barbe; plus bas, à l'est, c'est celui de Borny.
Çà et là, des clochers pointent leur flèche vers le ciel, des toits miroitent derrière un rideau de feuillage. Le paysage est peuplé de villages tranquilles.
Dans la verdure du plateau de Sainte-Barbe se cachent Servigny, Noisseville, Nouilly, Mey; dans celle du plateau de Borny, Colombey, Ars-Laquenexy, Mercy et Grigy.
s'établissait en seconde ligne à Saint- Avold et que Bazaine installait son quartier général dans cette localité.
Le lendemain, dès Faube, les Prussiens attaquèrent vigoureusement Stiring et Spicheren. La défense fut héroïque et digne de notre armée. Pendant toute la journée, nos soldats se battirent comme des lions; mais sans cesse ils trouvaient devant eux des troupes fraîches, et leur héroïsme fut inutile; ils durent se replier sur Sarreguemines.
Bazaine, qui avait sous la main tout un corps d'armée et qui entendait le canon de Forbach, n'envoya pas de renforts, malgré les demandes pressantes et réitérées de Frossard. Il ne parut même pas sur le champ de bataille, alors qu'il eût pu s'y rendre en vingt minutes par le chemin de fer. Le conseil de guerre de Trianon reprocha durement cette conduite au maréchal, et celui-ci se défendit fort mal.
Pendant que Frossard succombait à Forbach, Mac-Mahon perdait, en Alsace, la sanglante bataille de Frœschwiller ^ Ces défaites ouvraient notre territoire à l'ennemi et remettaient en cause toute notre mobilisation.
Alors que Mac-Mahon se retirait sur le camp de Châlons avec les débris du 1^' corps, entraînant dans sa retraite les 5^ et 7^ corps, les autres grandes unités de l'armée du Rhin recevaient l'ordre de se concentrer à Metz.
Elles y arrivèrent successivement, et, le 12 août, Bazaine réunit sous son commandement une magnifique armée de 175000 hommes, composée des 2% 3% 4% 6^ corps, de la brigade Lapasset du 5^ corps, de la Garde impériale, d'une réserve de cavalerie, d'une réserve d'artillerie et d'une réserve de génie.
L'armée de Metz était définitivement constituée.
Le jour même de sa formation, un conseil de guerre décida qu'elle gagnerait immédiatement, par l'Argonne, les plaines de la Champagne.
* Voir Les Etapes héroïqueè.