LE RAVIN DE COLOMBEY
Le paysage situé à Fèst de Metz, qui servit de décor au premier acte du drame, semble fait pour la paix éternelle. C'est un véritable fouillis de verdure où Fœil charmé découvre des collinettes ravissantes, des plateaux fertiles, des bois touffus, des ruisseaux limpides, des routes blanches, des sentiers proprets. Au fond du décor surgit la masse grise de la grande ville lorraine, cerclée d'argent par la Moselle et la Seille.
Le terrain, légèrement tourmenté, forme deux grands plateaux séparés par un ruisseau qu'utilisent des moulins et par deux ravins assez accentués, les ravins de Golombey et de Montoy. Au nord de Metz, c'est le plateau de Sainte-Barbe; plus bas, à l'est, c'est celui de Borny.
Çà et là, des clochers pointent leur flèche vers le ciel, des toits miroitent derrière un rideau de feuillage. Le paysage est peuplé de villages tranquilles.
Dans la verdure du plateau de Sainte-Barbe se cachent Servigny, Noisseville, Nouilly, Mey; dans celle du plateau de Borny, Golombey, Ars-Laquenexy, Mercy et Grigy.
Le 14 août, les habitants de Metz furent réveillés avant l'aube par des appels de clairons.
Nul ne s'étonna, car l'on avait appris la veille, dans la soirée, que les troupes campées autour de la ville devaient se mettre en marche de grand matin pour traverser la Moselle et commencer ensuite leur retraite par la route de Gravelotte.
Un brouillard épais et froid noyait les collines et emplissait les vallons, étouffant tous les bruits, mettant de la tristesse sur les choses.
La tristesse était aussi dans les cœurs. On savait que les Prussiens surveillaient notre armée, épiaient tous ses mouvements ; leur cavalerie battait le pays depuis plusieurs jours, poussant des pointes audacieuses jusque sous les forts de Metz. Des paysans avaient vu défiler derrière les bois des colonnes d'infanterie ; ils avaient vu passer des canons.
Qu'adviendrait-il de tout cela?
Dans les cantonnements, grelottant sous la buée blanche, nos soldats roulaient les tentes, bouclaient les sacs, chargeaient les voitures.
Ils avaient hâte de marcher, hâte de partir. Il leur semblait qu'ils échapperaient ainsi au brouillard qui augmentait la tristesse des choses et la tristesse des cœurs.
Bientôt tout fut prêt. Alors, sac au dos, les hommes attendirent.
Ils attendirent longtemps, piétinant sur place autant pour essayer de calmer leur impatience que pour se réchauffer.
Les heures s'écoulaient, et l'impatience se changeait en colère.
De temps à autre , des coups de feu éclataient , l'on ne savait où.
Vers neuf heures, le brouillard se dissipa comme par enchantement, et le sourire du soleil s'épanouit sur l'immense décor. Alors il y eut une détente dans les esprits, on se sentait revivre.
Enfin, vers midi, on se mit en marche, lentement, très lente-
ment, car T encombrement était énorme. Cette marche devint bientôt plus énervante, plus déprimante que l'attente, et les officiers eurent fort à faire pour maintenir leurs hommes dans les rangs.
Soudain, un peu après quatre heures, Pair fut ébranlé par une détonation violente , pareille à un coup de tonnerre formidable , et une fumée blanche s'éleva au delà du village de Colombey, sur la pente d'un mamelon que veloutait l'or pâlissant du soleil.
De toutes parts des cris éclatèrent :
(( Le canon! le canon! »
La bataille de Borny commençait. Les canons prussiens venaient de donner le signal du terrible drame qui allait ensanglanter la terre lorraine.
Nos soldats firent face à l'ennemi avec un admirable entrain.
Les 2"^ et 3" divisions du 3^ corps, qui dessinaient leur mouvement de retraite, s'établirent rapidement autour de Colombey. En même temps, les divisions de Cissey et de Lorencez, du 4^ corps, qui avaient atteint déjà la vallée de la Moselle, remontèrent les pentes au pas gymnastique, tous les clairons sonnant la charge, pour se porter au secours du 3^ corps.
Les maisons basses du village de Colombey s'alignent, à l'est de Borny, devant un parc superbe. Au sud du village, on aperçoit les murailles grises du château d'Aubigny, et plus bas, les murs blancs de la ferme de la Grange-aux-Bois. Puis ce sont d'autres villages : Ars-Laquenexy, Mercy, Grigy, ce dernier au sud de Borny.
Au nord de Colombey passe la grand'route de Sarrebrûck à Metz, et, un peu plus haut, celle de Sarrelouis qui, en se soudant à la première, à quelques kilomètres des forts de Metz, forme avec celle-ci un angle aigu dans lequel est niché le village de Montoy.
Une petite route blanche, à droite de laquelle se dresse l'importante ferme de Sébastopol, unit Colombey à Borny, et de cette
route se détache un large chemin qui rejoint la route de Sarrebrûck devant la ferme de Bellecroix. Enfin, un chemin creux bordé de peupliers énormes va directement de Colombey à la route de Sarrebrûck en longeant les pentes du ravin auquel le village a donné son nom.
Deux petits bois ornent le paysage : l'un, situé à l'ouest, est séparé du village par une prairie qui monte en pente douce vers le chemin creux ; l'autre, un bois de sapins, étend son ombre éternelle à droite de ce chemin.
Les troupes du 3^ corps avaient pris leurs positions de combat sous le feu de l'ennemi avec une merveilleuse rapidité.
La brigade Potier (7% 29^ de ligne et 7° bataillon de chasseurs) occupait le bois situé à l'ouest de Colombey. La brigade Arnaudeau (59^ et 71^ de ligne) avait gagné la ferme de Sébastopol et barrait la roule de Borny. La brigade Duplessis (69^ et 90*^ de ligne) s'était placée en arrière de Montoy, à l'angle des routes de Sarrelouis et de Sarrebrûck. La brigade Mayral (13^ et 14^ de ligne) s'était établie auprès de la ferme de Bellecroix.
Enfin, le 15*^ bataillon de chasseurs, appartenant à cette dernière brigade, s'était emparé par un coup d'audace du petit bois de sapins.
Dans le parc de Colombey, dont le ieuillage bruissait sous les caresses d'une brise légère, les tirailleurs prussiens chargeaient leurs armes. Les ombres des grands arbres de la lisière s'allongeaient étrangement, zébrant les sillons roux et les prés fleuris.
Presque en face du parc, dans le bois de sapins où régnait une ombre lourde de nécropole, les chasseurs du 15^ observaient, farouches, les dents serrées, les doigts crispés sur la culasse du chassepot, bien décidés à ne pas abandonner la position avancée qu'ils venaient de conquérir.
Soudain on entendit des commandements gutturaux.
Les Prussiens allaient tenter de franchir le ravin.
Dans le petit bois, une voix claire et bien timbrée, la voix du commandant Lafouge, laissa tomber ces mots qu'attendaient les chasseurs :
« Feu à volonté! »
Saint- Julien. — Ruisseau de Vallières. (Photo : Ncis, Metz.
La fusillade s'engagea, ardente, terrible. Les balles sifflaient, bourdonnaient, s'abattaient par essaims sur les sapins du petit bois et sur les arbres du parc, hachant les branches, fauchant les hommes.
Plusieurs fois l'ennemi voulut quitter son abri , se lancer à l'assaut du bois noir défendu par les chasseurs.
Des officiers allemands apparaissaient alors à découvert, leurs
hautes silhouettes se détachant sur le feuillage comme sur un écran; ils levaient leur sabre et hurlaient :
(c Forwaertz! Forwaertz! »
Chaque fois les Prussiens durent reculer, après avoir subi des
pertes énormes.
Bientôt les deux régiments de la brigade Mayral accoururent au secours des chasseurs. Le 19^ se déploya rapidement à gauche du bois, en pleine lumière; les tirailleurs du 41' s'agenouillèrent dans le chemin creux.
Sur la Hsière du parc, devant le ravin, les cadavres allemands formaient comme une barricade, et les lueurs roses du couchant donnaient aux visages convulsés des morts un effrayant relief.
Le général von Zastrow, commandant le 7" corps prussien, fit appel au canon. Des batteries installées sur la route de Sarrebrûck, au nord de Golombey, prirent pour cible la tache noire des sapins et vomirent, par paquets, des obus et de la mitraille. En même temps, des colonnes de renfort furent lancées contre nos positions.
Sous l'avalanche de fer, nos soldats ne bronchèrent pas. Accueillies par un feu d'enfer, les colonnes allemandes rentrèrent sous bois dans le plus grand désordre, laissant sur les pentes fleuries du plateau de Golombey des monceaux de cadavres.
De notre côté, les pertes étaient sensibles aussi.
Du petit bois, on apercevait, derrière un talus, les corps de plusieurs hommes du 41 ^ Un jeune caporal, un enfant, avait le ventre ouvert; dans sa main droite crispée par la douleur, exsangue, il serrait une photographie jaunie. Un soldat, foudroyé par un obus, était resté dans la position du tireur à genoux, le chassepot à l'épaule. Un autre n'avait plus de bras; il était étendu sur le dos, dans une mare de sang, et un sourire ironique plissait sa face blême. A ses côtés, un blessé se tordait dans des convulsions affreuses.
La lutte s'étendait et devenait de plus en plus vive. Dans l'immense décor, on se battait partout.
Des nuages de fumée flottaient au-dessus des collines et des bois, poussés par la brise vers la ville de Metz, dont les clochers, dorés par les derniers rayons du soleil, scintillaient comme des phares au fond du champ de bataille.
Autour de Colombey, on entendait des rugissements de fauves en fureur, des appels déchirants, des gémissements, des râles d'agonie.
Là, un blessé criait, d'une voix qui n'avait plus rien d'humain : a A boire ! à boire ! » Plus loin , un autre hurlait : (c Achevez-moi ! tuez- moi! je souffre trop! » Quelques-uns montraient le poing aux Prussiens, en balbutiant des paroles de haine et de vengeance. D'autres, d'une voix douce, d'une voix de rêve, réclamaient leur mère et mouraient en murmurant : a Maman! maman! »
Pauvres enfants! pauvres mères!
On ne pouvait rien pour ces malheureux; il fallait se battre, se battre sans repos ni trêve.
Par instants, des commandements dominaient le bruit de la fusillade et le fracas du canon.
(( Feu!... feu à volonté!... »
Puis c'étaient des recommandations faites d'une voix claire par les officiers :
(( Attention à droite!... couchez -vous!... ne tirez pas si vite!... »
La seconde brigade de la division Castagny dut bientôt s'engager à son tour, car les attaques de l'ennemi devenaient de plus en plus furieuses.
Les deux régiments de cette brigade (69® et 90®) se portèrent en ligne avec un entrain superbe, sous un feu d'une violence inouïe.
Des troupes prussiennes débouchaient d'un ravin, vers le nord, et se disposaient à traverser la route de Sarrelouis pour se joindre aux fractions qui occupaient le parc de Colombey. De leur côté, ses fractions faisaient des efforts désespérés pour déborder notre gauche et faciliter la tâche aux renforts qui arrivaient.
A tout prix il fallait arrêter ce mouvement, empêcher la jonction des deux troupes.
(c Feu! »
Une grêle de balles s'abattit sur l'ennemi ; puis les clairons sonnèrent la charge, et plusieurs unités des 69' et 90' s'élancèrent à la baïonnette pour nettoyer la crête du ravin. En même temps, une batterie de mitrailleuses, installée près de la ferme de Bellecroix, se mit de la partie.
Les Prussiens voulurent quand même essayer de passer.
Dans un ordre parfait, une colonne s'engageait sur la crête. Aussitôt les mitrailleuses faisaient entendre leur singulier crépitement, et l'on voyait fondre la masse ennemie, des brèches sanglantes s'y creusaient.
Alors des poitrines bouchaient les brèches, la colonne se reformait, puis elle reprenait sa marche en avant, sa marche à la mort. Et derrière elle une autre troupe apparaissait, prête au sacrifice, magnifique et tranquille.
Malgré leur bravoure, à laquelle il est juste de rendre hommage, les Prussiens ne passèrent pas.
Au cours d'une relève de tirailleurs, le sous-lieutenant Emard, du 90% fut tué près du ruisseau de Colombey. Il tomba sur un petit talus, au pied d'un saule rabougri, en criant :
(( En avant, mes amis! »
Pendant que la division de Gastagny luttait au nord de Colombey, la division Metman (brigades Potier et Arnaudeau) supportait, au sud et à l'ouest, de terribles assauts.
De ce côté, les Prussiens étaient massés dans le bois situé à l'ouest du village, et leurs réserves occupaient le château d'Aubigny.
Ils avaient devant eux les 7' et .71' de ligne et le 7' bataillon de chasseurs.
Notre artillerie criblait d'obus le bois de Colombey, en faisant
un enfer où les chassepots de nos fantassins clouaient les bataillons ennemis.
Vers quatre heures et demie, des hourras éclatèrent dans ce bois, battu par la mitraille et fouillé par les balles ; puis la feuillée s'ouvrit devant un torrent humain qui roula bientôt à découvert, avec une rumeur de houle, dans une prairie ensoleillée. Le torrent longea le bois, les hourras redoublèrent; on entendit des cliquetis d'armes et des commandements rauques.
' Pour aborder le 7V de ligne, l'ennemi devait tourner à gauche après avoir suivi la lisière du bois.
Bientôt la tête de la colonne apparut, face au régiment français. Des officiers marchaient en avant, l'épée haute, stimulant leurs hommes, qui poussaient toujours leurs hourras énervants.
a Forwaertz! Forwaertz! »
Soudain six mitrailleuses, rapidement mises en batterie, se démasquèrent en face de la colonne qui roulait dans la prairie, pareille à un nuage d'orage dans un ciel calme. L'air fut déchiré par des crépitements secs, et quand la brise eut dissipé la fumée des mitrailleuses, on aperçut quelques Prussiens qui fuyaient, affolés, vers le bois. La colonne avait été fauchée par la mitraille; des centaines de morts et de mourants gisaient dans l'herbe sanglante; la prairie était couverte d'uniformes sombres, d'armes et de casques.
Par trois fois les Allemands essayèrent de sortir du bois; par trois fois nos terribles mitrailleuses accomplirent l'œuvre de mort. Un régiment, le 55^ w^estphalien , fut ' complètement détruit.
Un peu après cinq heures, le général Decaen, qui a remplacé Bazaine dans le commandement du 3® corps, se dirige au galop, suivi de son état -major, vers le 71® de ligne.
Ce régiment, toujours aux prises avec les Prussiens, disparaît presque dans un nuage de fumée. La fusillade est si violente, si
intense, qu'elle produit un bruit comparable à un roulement de tambour et que les balles forment comme une poussière entre les deux troupes.
Le commandant du 3® corps vient de dépasser la ferme de Sébastopol, quand le commandant Munier, son aide de camp, aperçoit une large tache de sang sur le pantalon du général.
(( Vous êtes blessé? demande-t-il à son chef.
— Ce n'est rien, répond le général à voix basse,... une balle dans la jambe.
— Cela peut être plus grave que vous ne pensez. Souffrez que je vous conduise à l'ambulance.
— Ce n'est rien, je vous le répète;... je ne veux pas en un pareil moment abandonner le champ de bataille... »
Puis il ajoute, en montrant un groupe de tirailleurs dissimulés derrière des plants de vigne, dans lequel un soldat dont la tête est enveloppée de linges sanglants charge son fusil :
(c Celui-là aussi est blessé, et voyez, il se bat quand même, le brave garçon... Le devoir est ici, je reste. »
Decaen reste, en effet. Il se place sur une éminence gazonnée où ruissellent les balles et les obus et, tranquillement, promène sa lunette autour de lui.
Le général constate avec satisfaction que partout nos troupes tiennent bon, que notre artillerie répond avec succès à l'artillerie allemande.
Peut-être même, à cette heure, pourrions -nous, — devrionsnous, — prendre résolument l'offensive, essayer de culbuter les Prussiens.
Mais les instructions du maréchal sont formelles : il faut se borner à maintenir l'ennemi, afin de ne pas compromettre le mouvement de retraite.
Se battre, mais ne pas vaincre, telle est la formule.
Une heure plus tard, au moment où Decaen, apercevant le maréchal, veut s'avancer vers le commandant en chef, une balle frappe
son cheval, qui tombe lourdement et écrase dans cette chute la jambe blessée du général.
Aussitôt on se précipite vers le commandant du 3" corps, on rétend sur un cacolet, on veut l'emporter.
Mais il refuse encore.
<c Le devoir est là, » répète-t-il obstinément.
Il faut que le maréchal en personne vienne lui donner Tordre de se laisser conduire à l'ambulance.
Le malheureux général mourut de sa blessure quelques jours plus tard, après avoir souffert le martyre.
Avant la déclaration de guerre, Decaen commandait, à Metz, la 5^ division.
Les canons prussiens couvraient d'obus le plateau de Colombey.
Dans le bois, l'ombre s'épaississait rapidement. A l'horizon, une ligne sombre, posée comme par une fine estompe, annonçait l'approche du soir. L'azur prenait une teinte vert pâle, qui allait en se dégradant vers la tache lumineuse du couchant. C'était l'heure où la poésie des champs atteint son maximum d'intensité.
Nos soldats étaient las de s'être trop battus. Certes, leur courage ne faiblissait pas; mais, malgré eux, ils subissaient l'influence de l'heure; leur âme s'imprégnait de la tendresse des choses; malgré eux, leur esprit fatigué allait vers des coins de paysages tranquilles, où des êtres chers les attendaient. Ils se prenaient à penser à la douceur de vivre, eux que la mort guettait, qui avaient assisté à tant d'agonies.
Mais il fallait se battre encore, se battre toujours. Le passé, l'avenir, c'était le rêve. Le présent, c'était la lutte, la mort peutêtre.
Protégés par leur formidable artillerie , les tirailleurs ennemis se montraient à découvert, s'avançaient audacieusement sur la pente du plateau.
Une troupe prussienne arrivait par la route de Sarrelouis, où sa
masse bleue formait, sur la route blanche, une tache qui semblait glisser entre les peupliers. Au-dessous de la route de Sarrebrûck, notre gauche se trouvait débordée.
Il fallait faire tête partout.
Le général Duplessis prit un bataillon du 90% le 2% envoya deux compagnies sur la route de Sarrelouis et courut, avec le reste de la troupe, au secours des tirailleurs de notre gauche.
Une violente décharge accueillit le bataillon. Le général Duplessis tomba, grièvement blessé, et, à ses côtés, furent également blessés ses deux officiers d'ordonnance, le capitaine Senault et le lieutenant Grégoire.
En moins de cinq minutes, le bataillon perd deux officiers, le commandant Gremillet et le lieutenant Bœuf, et plus de cinquante hommes; six officiers et plus de deux cents hommes sont blessés.
Le drapeau du régiment, qui a roulé dans une boue sanglante, est ramassé par un sergent.
Ayant constaté par lui-même le danger 'que courait le malheureux bataillon, Castagny fit appeler le colonel Cornât, du 4*^ régiment de dragons.
a Colonel, dit-il simplement en montrant la petite troupe qui allait se trouver enveloppée; colonel, il faut dégager ces braves gens, les sauver. »
Le colonel fit le salut militaire :
« Comptez sur nous, mon général, » répondit-il-.
Quelques minutes plus tard, deux nuages de poussière s'élevèrent à l'ouest, du côté de Bellecroix, l'un sur la route de Sarrelouis, l'autre sur la route de Sarrebrûck. On entendit le bruit cadencé d'un infernal galop, que ponctuait le fracas de la fusillade; puis les dragons passèrent, rapides, penchés sur l'encolure de leurs chevaux, le sabre pointé en avant.
Nos tirailleurs crièrent :
« Vivent les dragons! »