Ibid
Jsi
à cet ordre, tant elle redoutait Tinfluence de Trèstaillons et des personnes qui le défendaient. Comment aurait-on osé l'arrêter quand des royalistes se plaignaient de voir a les ennemis du roi impunis, » et menaçaient de se faire justice, quand tous les jours on menaçait la citadelle dans laquelle quelques malheureux étaient enfermés comme suspects d'esprit révolutionnaire, quand en un mot une partie de la population ne respirait que vengeance'?
On était alors à la fin de septembre. Depuis dix jours, les Autrichiens avaient à l'improviste évacué la ville de Nîmes et le département, pour retourner en Provence, se contentant de laisser 1,500 hommes au Pont-Saint-Esprit et à Beaucaire, afin de garder le passage du Rhône. On pouvait craindre que leur brusque départ ne donnât lieu à de nouveaux troubles. Il n'en fut rien cependant. Il est vrai que le commandement militaire avait été confié à un soldat
1. Des officiers de l*armée impériale détenus en priM>n ayant été par prudence transportés à Montpellier, furent attaqués au sortir de Nîmes. Une de leurs voitures fut brisée et leur vie catirut de sérieux périls. Le général de Briche commandant la division n*osait faire fusiller quelques scélérats, ne sachant quel elTet produirait cette exécution. Tout le département était en proie à la même anarchie. Le registre du commissaire-général de police révèle chaque jour des pillages et des excès odieux. (\o\r aux pièc4*s justifica* tives n" 4.)
énergique, le comte Auguste de Lagarde* dont la carrière militaire s'était passée au service de la Russie, en qualité d'aide-de-camp du duc de Richelieu. Le dévoùment de l'autorité n'avait jamais été plus nécessaire.
Vers le 15 octobre, le bruit se répandit que Trestaillons allait être emprisonné; en même temps, le procureur du roi, cédant, par une faiblesse injustifiable, aux sollicitations incompréhensibles de plusieurs citoyens honorables, faisait mettre en liberté, sans en avertir le général, dix individus 'arrêtés, le mois précédent, comme pillards, dans les environs de Nîmes, et que ce dernier avait donné l'ordre de traduire devant un conseil de guerre, et de fusiller dans les vingt-quatre heures, s'ils étaient condamnés. Leur retour coïncidant avec une rumeur menaçante pour le plus compromis des fauteurs de désordre provoqua un commencement d'émeute. Le 16 au matin, une maison protestante fut pillée dans un faubourg.
1. Daniel Stcrn (M"*" d'Agoult) a laissé dans ses Souvenirs un touchant portrait de ce général, qui fut aussi un habile diplomate, et qui, dans Tâge mûr, conçut pour celle qui s'appelait alors H^* de Flavigny, une passion profonde presque partagée, à en croire co cri de M™* d'Agoult, vieillie et désenchantée : « Avec quelle amertume, dans le long cours des ans, je me suis accusée et repentie de n*avoir pas écouté la voix de mon cœur ! »
Il '
Des patrouilles parcoururent la ville, et dans la soirée, elles essuyèrent plusieurs coups de feu, A dix heures, la générale fut battue sans ordre, les rues se trouvèrent subitement remplies d'hommes armés qui ne savaient vers quel lieu ils devaient se transporter. Le général de Lagarde étant monté à cheval, parcourut le faubourg où il apprit qu'un faiseur de bas* venait d'être assassiné dans sa maison, littéralement haché à coups de sabre. On parvint enfin à réunir les détachemens errans de la garde nationale et lorsqu'on se fut convaincu que la sécurité publique n'était pas menacée, on les renvoya dans leurs quartiers. Un autre crime connu seulement, le 17 octobre au matin, vint accroître les appréhensions causées par cette nouvelle tentative d'émeute. Une bande de six hommes s'était présentée au domicile d'un ouvrier en soie *, marié et père de quatre enfans, l'avait entraîné loin de son domicile et fusillé malgré les prières et les larmes de sa famille'. Cette bande avait voulu arrêter aussi un cultivateur et, ne l'ayant pas trouvé chez lui, s'était