Archifes da d^pH de la ÇMfre
dut rebrousser chemin et revenir à Lyon. Toutefois, comme c'était un homme énergique, à en juger par les lettres qu'il adressait à son ministre, il résolut de remplir sa mission ou de périr ; il loua un bateau dans rintérieur duquel il cloua ses dépêches, engagea deux hommes sûrs pour protéger sa route, et se livra au perfide et violent courant du Rhône ^
Le 8 avril, Masséna recevait à Toulon les lettres qui lui étaient destinées; pendant quarante-huit heures, il fut seul à savoir que l'empereur avait repris possession de la capitale, et que Louis XYIII se dirigeait vers la frontière du Nord. Au même mo^ ment, les autorités marseillaises faisaient afficher sur les murs de leur ville une proclamation singulière, annonçant que l'un des représentans de la France au congrès de Vienne venait d'arriver, et promettait le concours de 95,000 hommes qui affranchiraient le pays du joug de Bonaparte. Ce fut la dernière manifestation du royalisme officiel. Une injonction formelle du maréchal y succéda. Il adressait de Tottion, au préfet et au maire, les nouvelles qu'euxmêmes venaient d'apprendre. Toulon, en les recevant,
i. Nous n*avoDs pu retrouver, dans les documens qui ont passé sous nos yeux, le nom de cet agent, dont les lettres ne portent pas do signature.
avait fait avec enthousiasme sa soumission à l'empereur. Masséna espérait que Marseille en ferait autant. Quand ces graves événements furent communiqués à la population, elle tomba sous la domination d'une terreur qui imposa silence à ses sentimens. Les militaires à la demi-solde purent donner un libre cours à leur satisfaction sans provoquer aucune révolte. Il est vrai qu'une affiche assez habilement conçue venait d'annoncer la capitulation de la Palud, ajoutant que le duc d'Angoulême prisonnier ne serait rendu à la liberté que si Marseille se soumettait à Bonaparte. Enfin, le 11 avril, tandis que le général de Grouchy arrivait de Lyon et faisait sommer la ville de reconnaître l'autorité de l'empereur, Masséna écrivait de Toulon que si le lendemain au soir, Marseille n'avait pas obéi, il marcherait sur la seule cité qui refusât de «e soumettre. Il fallut obéir ; les autorités donnèrent leur démission; le marquis de Rivière s'embarqua •pour l'Espagne, et le 12 avril, le drapeau tricolore était arboré sur tous les monumens. En même •temps, les soldats reprenaient leurs aigles, tandis que l'autorité militaire célébrait, par un salut de vingt et un coups de canon, le déplorable changement de régime que la France venait de subir. Les royalistes marseillais se laissèrent imposer cette révolu-
tion sans protester ; le général Ernouf, à la tête 1 ,200 hommes — tout ce qui lui restait de Tan qu'il avait essayé de former pour le duc d'Ang lême — tenta vainement de faire rétablir la coca blanche ; son mouvement avorta, la monarchie U time fut vaincue, et dans les cœurs s'éleva une in bliable colère qu'allaient accroître les événemc ultérieurs et qui était grosse de représailles futui
Trois jours après, le maréchal Masséna rappelé l'empereur quitta Toulon pour se rendre à ses ord] On sait qu'ayant vécu dans la retraite durant les Ci jours, il fut nommé par le gouvernement provis( commandant de la garde nationale de Paris et c désigné plus tard pour faire partie du conseil guerre devant lequel devait comparaître le maré< Ney, il refusa de siéger parmi les juges de ancien compagnon d'armes. Ce refus déchaîna coi lui les fureurs ultra-royalistes. Sa conduite à 11 seille fut incriminée, sa mise en accusation dew dée et il en arriva à souhaiter la mort qui ne s pas attendre. Il mourut en 1817, laisant à la poi rite le soin de venger sa mémoire des calom:
à l'aide desquelles les partis avaient essayé d« ternir.
Tandis que se déroulaient dans le Midi ces gn
événemens, à Paris, l'empereur travaillait à Torganisation de ses forces militaires et ordonnait la formation de huit armées qui , sous le titre de corps d'observation, auraient pour objet la défense des frontières menacées. L'une de ces armées devait s'organiser dans les départemens du bassin de la Méditerranée et avoir son quartier-général à Marseille. Quand il fallut la pourvoir d'un chef, l'empereur songea au maréchal Brune qu'il avait tenu en disgrâce pendant la plus grande partie de son règne, mais dont il connaissait les talens militah*es. A peine âgé de cinquante-deux ans , Brune s'était rallié aux Bourbons, dès leur retour. Toutefois n'ayant pas été employé par eux, il se considérait comme libre de tout engagement. Aussi, lorsque le 16 avril, une lettre du ministre de la guerre lui apprit, à Paris où il résidait, qu'il était appelé au commandement du corps d'observation du Var et de la 8* division militaire, il accepta sans hésiter et partit pour la Provence. Il arriva à Marseille le 24 du même mois, n'ignorant pas combien la population de cette ville était hostile à l'empire, mais encore bien loin de croire à la violence de l'animosité qu'il allait bientôt constater.
Peu de jours avant, le 10« régiment de chasseurs
Perplexe, troublé, il allait et venait parmi quelqi officiers qui s'étaient réunis chez lui, en même ten que le marquis de Montgrand, maire de Marseille, le marquis d'Albertas, préfet des Bouches-du-Rhô] Ces officiers, pour la plupart silencieux et attrist attendaient la décision du maréchal. Un seul s% primait avec vivacité contre l'empereur. Il se no: mait Toscan du Terrail et appartenait à la gendam rie. Il demandait instamment l'autorisation de pai avec les brigades de Marseille; il se faisait fort rejoindre Bonaparte sur les rives de la Durance et l'arrêter. Le maréchal ne jugea pas qu'il fût h d'accepter ses offres et l' éloigna, en le chargea d'une mission pour Toulon. Ce refus devait êi un argument aux mains de ceux qui accusèrent ull rieurement le maréchal de s'être fait le complice l'empereur, et tentèrent au mois de février 18 d'obtenir contre lui des poursuites. Ce n'était pas te tefois le désir d'embrasser la cause de celui qu' nommait l'usurpateur qui inspirait la conduite Masséna. Sa prudence avait un autre motif. Il voulait pas prendre la responsabilité de la guei civile; il espérait encore qu'on lui enverrait d ordres de Paris et qu'il pourrait les exécuter. Cependant, au dehors, les cris de la foule redo
blaient. Elle réclamait des armes. Le maréchal ouvrit alors une croisée et se présenta au peuple, un drapeau blanc à la main, en faisant signe qu'il voulait parler. Les rumeurs s'apaisèrent aussitôt. « J'ai juré fidélité à mon souverain légitime, s'écria Masséna, je ne trahirai pas mon serment. Je vais prendre des mesures pour arrêter l'ennemi. » Puis il promit des ai*mes, et la foule satisfaite se retira.
Le même jour une proclamation du préfet invita les citoyens à se ranger sous le drapeau du roi. Cet appel était inutile; l'ardeur des populations royalistes n'avait pas besoin d'être ranimée. Elle s'exprimait avec tant de violence que, pour lui donner une première satisfaction, on autorisa un bataillon de la garde nationale à partir afin de poursuivre l'empereur. Ce bataillon se mit en route, mais il apprit bientôt que Napoléon avait dépassé Gap et que sur son passage toutes les troupes se déclaraient pour lui. Il revint alors à Marseille se mettre à la disposition du duc d'Angoulême, qui formait dans le Midi un corps d'armée pour marcher sur Grenoble et Lyon.
Le 15 mars, le prince écrivit de Nîmes qu'il allait venir passer quelques jours à Marseille. Le maréchal Masséna fit connaître cette nouvelle aux habitans des Bouches-du-Rhône par "ne proclamation dans
laquelle il disait' : <( Les sentimens que vous ayez manifestés avec tant d'ardeur pour le meilleur des rois éclateront encore à la vue de son auguste neveu, du fils d'un prince chéri dont la présence excita naguère parmi nous tant de transports. Il recevra de vous les gages et les preuves indubitables du dévoûment et de la fidélité que les circonstances commandent et dont nos cœurs ont toujours été pénétrés... Vous rejetterez toutes les manœuvres perfides de quelques agitateurs... Il n'y aura qu'un seul cri : . défendre au péril de nos jours le trône de notre bon roi Louis XYIIP. » Il semble que le langage et la conduite du duc de Rivoli auraient dû lui gagner la confiance des royalistes marseillais. Il n'en fut rien; il continuait à être l'objet des soupçons les plus injitrieux. Le jour même de l'entrée du duc d'Angoulème dans Marseille, ce dernier entendit à plusieurs reprises des ouvriers du port lui crier en provençal : « Monsieur le prince, défiez-vous du borgne * ! » et, durant le trajet du cortège, à travers les rues de la ville, des femmes du peuple arrêtèrent le cheval de Masséna et s'agenouillèrent en disant : « Maréchal,