‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 42 sur 86 · LA RÉACTION A AVIGNON · texte numérisé non relu

LA RÉACTION A AVIGNON

(jUlN-DéGEMBRB 1815}

Comme plusieurs des grandes villes du Midi, Avignon avait impatiemment subi le .égime des Cent-, jours. Sa population était en majorité royaliste. Le retour imprévu de Napoléon, le départ du roi, F invasion nouvelle des armées étrangères coalisées, jetèrent dans ses rangs une violente panique. Elle fut condamnée, pendant plusieurs mois, au régime de l'état de siège. Une fédération dans laquelle entrèrent tous les ennemis des Bourbons se forma; les roya-^ listes furent chassés de la garde nationale qui devint maîtresse de la ville et qui, sous les ordres du général Cassan, placé lui-même sous le commandement du

maréchal Brune, général en chef de l'armée du Var, favorisa le libre déchaînement des passions révolutionnaires, ameutées au nom de l'empereur contre la monarchie.

Les habitans n'eurent pas autant à soufïnr que ceux de Nîmes du règne des Cent-jours. Mais les événements qui s'étaient accomplis dans cette der^ nière ville et notamment le meurtre de quelques-uns des volontaires royaux, licenciés par le duc d'Angouléme, après la capitulation delaPalud, excitèrent dans tout le Comtat, et notamment à Avignon, une irritation menaçante. Elle éclatale 24 juin, quand arriva la nouvelle de Waterloo et de la déroute de l'armée impériale. Ce fut le signal d'une réaction qui s'annonça avec une extrême rigueur. Le drapeau blanc fut arboré. Des bandes parcoururent les rues au cri de « Vive le roi I » Les fédérés qui se réunissaient ordinairement au café du Méridien furent provoqués et insultés. Ils songèrent même à se réfugier de l'autre côté du Rhône, à Villeneuve. Mais les populations du Gard leur barrèrent la route ; comme presqu'en môme temps, le bruit s'était répandu que dix mille Marseillais marchaient sur Avignon, on ne voulut pas en laisser sortir des citoyens qui pouvaient en cas d'attaque concourir à sa défense. Sous l'empire de cette crainte.

ASSASSINAT pU MARÉCHAL BRUNE. 207

on eut quelques heures d'union. Mais, quand elle se fut dissipée, les excitations recommencèrent.

Le 26 juin, un négociant connu par son attachement à la cause impériale, fut assassiné. Le 28, on apprenait que Marseille était en pleine insurrection, et que le drapeau blanc avait été arboré à Carpentras. Le général Cassan envoya dans cette ville un lieutenant de gendannerië avec trois brigades pour y rétablir les couleurs tricolores. Cette petite troupe eut la plus gi'ande peine à se protéger contre les fureurs populaires déchaînées et s'éloigna sans avoir pu exécuter les ordres qu'elle avait reçus. Le général Cassan en fut alors réduit à demander des secours à Valence et à Nîmes; c'est seulement le 30 juin qu'un bataillon de la garde nationale de la Drôme vint seconder ses efforts et lui permettre de se porter sur divers points du département déjà soulevés contre l'autorité de l'empereur.

Mais les habitans de Carpentras, plus attachés encore à leurs opinions royalistes que ceux d'Avignon, étaient résolus, maintenant qu'ils avaient relevé le drapeau blanc, à ne pas se laisser de nouveau dominer par les partisans de Napoléon. Quand ils surent que des bataillons fédérés menaçaient leur sécurité, ils envoyèrent des délégués à Marseille, afin d'obtenir

un chef et des secours. Les agens du roi dans cette ville mirent à leur disposition le major Lambot, officier de gendarmerie, soldat sans élévation d'âme, dont l'ambition était encore plus avide que son royalisme n'était ardent. Il partit avec eux pour aller prendre possession du commandement militaire dans le département de Vaucluse. Le 6 juillet, il était à Cavaillon*. Les royalistes vinrent en grand nombre se ranger autour de lui. Il eut bientôt une petite armée composée surtout de paysans et d'ouvriers, auxquels s'étaient réunis tous les vagabonds, tous les gens sans aveu du département. Après avoir rétabli l'autorité du roi et ameuté les populations contre les partisans de l'empire, en provoquant des dénonciations dans plusieurs communes et en opérant un grand nombre d'arrestations, il commença à menacer Avignon, qui ne demandait qu'à se soulever en sa faveur.

Dans la matinée du 14 juillet, un irréparable coup fut porté à la cause impériale par la circulaire de M. de Vitrolles, annonçant l'entrée de Louis XVIII dans Paris. Les royalistes, assurés de la victoire, manifestèrent leurs sentimens avec une telle unanimité que les autorités renoncèrent à tout projet de

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