‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 50 sur 86 · Archives nationales · texte numérisé non relu

Archives nationales

9i0 LA TERREUR BLANCHE.

meurtre, et où figuraient les témoignages des sieurs Boudon et Didier, sur lesquels s'était établie la version du suicide, avait été clos le 2 août, à quatre heures, ainsi que le prétendait le juge d'instruction, si c'est le jour même que ces témoins furent entendus ou seulement le lendemain. Il fut prouvé que leurs dépositions si graves avaient été accueillies après coup, sans qu'on songeât à les opposer les imes aux autres.

Didier, Boudon et Girard furent interrogés de nouveau. Ce dernier, qui s'était toujours borné à des allégations vagues, affirma, contradictoirement au dire des deux autres, que le maréchal n'avait eu à sa disposition d'autre arme qu'un couteau de table. Quant au chasseur d'Ângoulôme auquel il avait, disait-on, arraché son pistolet, on ne put le retrouver. On en découvrit un en revanche qui préteiH dit que son capitaine, l'ayant surpris au moment où il annonçait à un de ses camarades que Brune venait d'être assassiné, s'était écrié : « Dites qu'il s'est tué, ou je vous mets en prison pour quinze jours. »

Bien d'autres traits vinrent encore faire éclater la vérité et prouver d'une manière irréfutable que, dès le lendemain, tous les gens de bonne foi, même ceux dont la peur avait si longtemps tenu la bouche close.

ASSASaVAT DU MARÉCHAL BRUNE. Ui

étaient ooDTiiDcus de la réalité de l'assassinai, M. Pay, le maire, alla jusqu'à dire que le procèsverbal lui avait causé le^dus grand étonn^nent. Seuls le juge d'instruction et le commissaire de police persistèrent à aflinner que c'est seulement deux ans après, Farges étant mort, qu'ils avai^at recueilli quelques indices propres à leur faire croire que le maréchal ne s'était pas tué, — ^aflirmation qui arrachait au rédacteur offidel d'un rapport présenté au garde des sceaux ces paroles significatives: « Voilà, dans une même ville, un commissaire de police qui ne voit pas et un juge d'instruction qui n'entend pas M » Enfin plusieurs témoins rendirent compte des efibrts qui avaient été faits auprès d'eux, par la séduction ou U menace, afin d'obtenir leur silence. « Il résulte bien évidemment de l'information, ajoutait le rapport que nous venons de citer, que Didier et Boudon, qui ont déclaré au procès -verbal et devant le conseiller Dupin avoir vu le maréchal se suicider, que Didier, qui a obtenu, depuis la mort du maréchal, la décoration de la Légion d'honneur, et Boudon, qui est soupçonné par quelques témoins d'avoir coopéré à

1. Analyse de rinformation faite relativement à la mort de Bruno, par le conseiller Dupin, émanée de la direction des affaires crimi« nelles et des grâces.

l'assassinat, sont de faux témoins. » Et le rédacteur se demandait si leur parjure et l'extraordinaire conduite de certains magistrats n'avaient eu pour mt)tifs que d'assurer l'impunité aux seuls Farges et Roquefort.

Après les résultats de l'instruction, il n'y avait plus qu'à poursuivre. La chambre des mises en accusation de la cour de Nîmes reconnut, le 26 juillet 1820, que le maréchal Bnine avait été assassiné, ses voitures pillées, ses effets volés, et que les assassins étaient Farges et Guindon dit Roquefort. Malheureusement, ainsi que nous l'avons dit, la mort avait soustrait le premier au châtiment des hommes; le second s'y était dérobé par la fuite. Néanmoins la cour de Riom, devant laquelle des motifs de suspicion légitime avaient fait renvoyer l'affaire, jugea Guindon contumax. Le procès s'ouvrit le 24 février 1821. En l'absence de l'accusé, il n'y eut ni jurés ni témoins. La maréchale était là, vêtue de deuil, objet de respect et de pitié, entourée de MM. Dupin atné, Bayle et Marius, ses conseils, et de l'un des anciens aides-de-camp de son mari. Elle assista aux audiences en grand deuil. Les soldats lui présentaient les armes*

Au cours de son réquisitoire, le procureur-général prononça ces graves et accusatrices paroles : «Pour-

ASSASSINAT DU MARÉCHAL BRUKE. UÊ

ùoi a-tron voulu pallier le crime ? Pourquoi »Hhmi ardé un long silence sur ce monstrueux forfait? Les lagistrats de la yillequien fut le théâtre auraient-ib eculé devant le danger qu*on pouvait courir en nom^ 3vant ce voile d*iniquité? Nous ne pouvom eo douter 3rsque nous voyons que notre coUègoe de Slmen 'a consigné dans saa réquisitoire et a en néxmmrt le dépouiller les premiers magiftfniHi de la pow* uite, près de quatre ans après. »

M. Dupin aîné fit rateodre une piakMrie éli9* u^ite. S'armant des divers incadeai de VmÊUm/^ ion, notanuDCTt de Y'uapiunié 9^xmàé€ tm mnmfm Didier et au boucher Boudoo foi^ es atlartMl h mÊi^ ide, avaioit rendu de ùaa t émm^w i ^ ^ H étâ fé^lmÀ [u'<m avait mis à poura GmÊ^m^ fésêÊt4 ^

eqnel on avait iacililé m îmim^ à iélHl^ m mhm eax^ que le fiorfat, k» tidbeléi^ Um €dm m im é^ esfaûblesses qui tvmàmMi wmÊ¥mmÊi Uc éMti m mt mpossiMe. D fo ami liËmnim àéhf^mmfë ^M^ ftm iiautes, dont il we fm^ tmm 40^ ffi^mm n wÊ kmim^

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ne peut pas triompher éternellement de ma juste douleur. L'impunité ne saurait être constamment la sauvegarde du crime. Les gouvememens sont établis pour le punir et non pour le couvrir de leur égide; les magistrats sont institués pour le poui-suivre et non pour le protéger. La justice des hommes ne peut me rendre le bonheur, mais elle me rendra la paix qui suit toujours T accomplissement, quelque pénible qu'il soit, d'un grand devoir. Eh bien, j'irai I j'irai partout demander cette justice aux juges qu'on m'aura donnés. Ils verront ma douleur, mes larmes, mon désespoir; quels qu'ils soient, ils en seront touchés ; ils ne résisteront pas à l'évidence des preuves. Un arrêt solennel condamnera les assassins du maréchal, un arrêt solennel affranchira la gloire de mon époux de l'odieuse et lâche imputation de suicide; cet arrêt, je le déposerai dans sa tombe, au jour des funérailles, à côté de ses restes chéris. »

La justice entendit ces accens et la cour rendit, le 26 février, un arrêt condamnant Guindon à la peine de mort « pour avoir fait partie d'une réunion de plus de vingt personnes armées et en rébellion, pour attaque et résistance, avec violence et voies de fait, envers la force publique, pour s'être rendu coupable de pillage et de vol d'effets et d'argent, et

enfin pour avoir volontairement et avec préméditation donné la mort au maréchal. »

Guindon ne fut jamais découvert. Le 18 juin 1823, sa veuve et les mariniers du port d'Avignon adressaient à la 4uchesse d'Angoulême une supplique afin d'obtenir qu'il fût remis en jugement dans le département de Vaucluse. Cette demande fut écartée K

i. Archives du dépôt de la guerre.

L'assassinat du maréchal Brune ne fut pas le dernier acte des fureurs réactionnaires à Avignon et dans le département de Yaucluse. Plusieurs semaines après la funeste journée du 2 août, d'autres crimes vinrent démontrer que ces fureurs n'étaient pas éteintes. « On a mis les peuples des départemens méridionaux dans le sang jusqu'aux genoux, écrivait un habitant d'Avignon. Il serait impossible de pouvoir calculer les jsuites de ces fureurs des partis, et les honnêtes gens n'espèrent leur tranquillité que de la présence des troupes étrangères. » Le baron de Saint-Ghamans, préfet de Yaucluse, avait plus de confiance dans la sagesse des populations qu'il était chargé d'administrer. Il leur adressait des exhortations dans le but de les ramener à l'apaisement ; mais il ne pouvait se défendre, même quand il se montrait sévère, de flatter encore les passions

qu'il cherchait à contenir et d'en reconnaître la légitimité. « Vous avez gémi sous l'oppression d'une horde de factieux, disait-il; mais j'ai été profondément affecté d'apprendre que des excès, des violences, des actes arbitraires, des meurtres même avaient troublé l'allégresse et troublé la joie que faisait naître le retour du bon roi qui vient mettre un terme à vos maux. Il est des coupables, sans doute, et de grands coupables. Ils ne doivent, ils ne peuvent point échapper à la juste peine qu'ils ont méritée. Mais c'est à la loi seule à les .atteindre; c'est à la justice à les frapper. Celui qui en prévient l'action, qui s'arroge le droit de punir se met en rébellion avec la loi, se rend lui-même coupable, et le roi ne saurait le considérer comme l'ami de son trône, de sa personne, de son autorité. Le roi a promis le châtiment des coupables, et le roi n'a jamais manqué à sa parole. Attendez avec calme le moment assigné par sa majesté à l'action de la justice ^. »

Ainsi, ce n'est qu'en promettant que des malheureux déjà bien éprouvés seraient châtiés, que le préfet pouvait tenter d'arrêter le déchaînement des colères royalistes; — tentative vaine, d'ailleurs, car plu-

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