‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 49 sur 86 · Archives nationales · texte numérisé non relu

Archives nationales

(( Je demande, Sire, justice du meurtre de mon époux, s'écriait-elle dans sa supplique, justice de l'outrage fait à son cadavre, justice de l'insulte faite à sa mémoire par ceux qui ont osé l'accuser de suicide. Cette justice, je la demande au roi, je la demande à ses ministres, je la demande aux chambres, je la demande à la nation entière. »

Peu de jours avant, à la tribune de la chambre Jes députés, le garde des sceaux, M. de Serre, avait dû reconnaître que les forfaits du Midi, le meurtre du général Ramel à Toulouse, la tentative d'assassinat sur le général Lagarde à Nîmes, les sinistres exploits de Trestaillons dans la même ville et les massacres de Marseille étaient demeurés ino^ punis. Parlant de quelques-uns des assassins traduits devant la cour de Riom, il s'était écrié : « Il a été impossible d'obtenir la déposition d'un seul témoin contre eux. Ces témoins, la terreur les avait glacés. ))

L'opinion s'émut et s'indigna. M*^ Brune, qui avait fait adresser sa requête à tous les maréchaux de France, trouva auprès des anciens compagnons d'armes de son mari, auprès du duc d'Albuféra notamment, le concours le plus actif. Elle put espérer que justice serait enfin rendue. L'instruction

commença. Mais l'un des coupables, Farges, était mort; quant à l'autre, Guindon, après avoir promené, longtemps et impunément, sa criminelle personne dans les rues d'Avignon, il avait pu se dérober à des poursuites de l'activité et de l'ardeur desquelles il est permis de douter quand on voit que, le 22 novembre 1819, des gendarmes furent menacés de peines disciplinaires par le procureur du roi d'Avignon pour avoir tiré sur Guindon, non pour le tuer, mais pour l'effrayer, au moment où, reconnu par eux sur les bords du Rhône, il s'échappait en sautant dans une barque*.

L'instruction, menée avec un soin scrupuleux et dont l'analyse est conservée aux Archives nationales, démontra combien avait été équivoque, après la mort du maréchal Brune, l'attitude de quelques-uns de ceux à qui s'imposait le devoir de rechercher la vérité. Déjà M. Louvel-Beauregard, le chirurgien, revenant sur une déclaration qui lui avait été en quelque sorte imposée, avait démontré, par des preuves irréfutables, que le maréchal était mort assassiné. Puis des doutes s'élevèrent sur la question de savoir si le procès-verbal dressé après le

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