‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 52 sur 86 · I. Ardôres lulkttalef · texte numérisé non relu

I. Ardôres lulkttalef

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sieurs meurtres, moins retentissans que celui du maréchal Brune mais tout aussi odieux, désolèrent le Gomtat pendant toute la durée du mois d'août. Cinq ou six individus furent encore assassinés. Une vaste association de brigandage exerça ses méfaits dans diverses communes. L'incendie et le pillage succédèrent aux assassinats; à la date du 16 septembre, un malheureux tombait encore sous la main d'un meurtrier dans le village de l'isle. Plusieurs personnes furent recherchées pour ces crimes. Mais elles trouvaient parmi les populations de si nombreuses complaisances qu'on ne parvenait pas à les arrêter. Dès le 19 août, le préfet se plaignait de rinertie des autorités chargées de le seconder et de l'impossibilité de sévir contre les pillards et les incendiaires. Il en était réduit à souhaiter qu'un corps de troupes autrichiennes entrât dans son département pour y rétablir l'ordre.

Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés. Les Autrichiens avaient créé un gouvernement comprenant les départements de la Drôme, de Vaucluse , des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes. M. de Kaunitz fut délégué à Avignon comme sécrétante de ce gouver-

nement et y entra avec une assez nombreuse armée, qui s'établit dans la ville et sur tous les points où la

tranquillité publique était menacée. On put alors opérer le désarmement des bandes de pillards, et Tefferv^scence parut s'éteindre. Mais les prisons de Carpentras étaient toujours remplies d'individus qui s'étaient compromis pendant les Gent-jours et qu'on gardait en détention, moins encore pour instruire contre eux que pour protéger leur vie contre les passions populaires. D'autres traits révélaient l'exaltation des esprits. Les partisans de la Charte étaient publiquement traités de criminels, et les ordonnances royales, trop libérales ou trop clémentes, au gré des ultra-royalistes, provoquaient des marques de réprobation. L'apaisement n'existait qu'à la surface. Le préfet ne s'y trompait pas, lorsqu'on constatant le calme, il ajoutait: « Ce n'est que le repos de la vengeance satisfaite, et s'il se présente une occasion ou un prétexte à de nouveaux excès, ils s'accompliront sans qu'on puisse les empêcher. Us ne seront plus la suite d'un moment d'effervescence, mais bien d'une* résolution raisonnée. » Dans ces conditions, il ne fallait pas espérer de pouvoir atteindre les auteurs des méfaits qui troublaient le département depuis trois mois, et le préfet invoquait la nécessité d'ajourner toute poursuite à des temps plus propices. Dans la première quin^^aine d'octobre, les Autri-

chiens se préparèrent à évacuer Avignon. La nouvelle de leur départ prochain consterna les hommes d'ordre, qui redoutaient d'être victimes de conflagrations nouvelles. Des menaces furent proférées, comme par le passé, contre tout ce qui n'était pas ardemment et exagérément royaliste. Elles eurent même un commencement d'exécution, car le 19 octobre, trois jours avant la date fixée pour le départ de l'armée étrangère, une maison fut pillée en plein jour à Avignon. Le général Gorsin, qui commandait la subdivision, écrivait à cette occasion au ministre de la guerre : « L'impunité dont on a presque toujours couvert les crimes qui se sont commis enhardit à en commettre de nouveaux; les lois et l'autorité seront toujours méconnues tant que les coupables ne seront pas promptement jugés et punis. C'est le seul moyen de rassurer les gens de bien et de comprimer les méchans. Les tribunaux ordinaires sont si lents et si formalistes, qu'on ne les craint plus. Une commission spéciale composée d'hommes fermes, éclairés et dignes de la confiance du roi, pourrait seule inspirer la crainte et le respect pour les lois. Si Ton ne déploie à temps une sage sévérité, la société de ce pays est menacée des plus grands malheurs. »

Ces sages avis, émis par un témoin impartial du

trouble des imaginations méridionales, trouvaient à Paris des ministres disposés à en tenir le plus grand compte. Ils revenaient dans le département d'où ils étaient partis, sous forme d'encouragements aux autorités administratives et judiciaires. Mais ils étaient impuissans à dissiper leurs appréhensions, à leur imprimer une direction énergique.

Elles n'osaient faire des exemples, dans la crainte d'ameuter les ultra-royalistes. Un simple fait donnera une idée de leur état d'esprit. Les prisons de Carpentras contenaient, nous l'avons dit, bon nombre d'individus arrêtés en juillet, au moment de la rentrée du roi. Bien qu'on n'eût relevé contre eux que des délits d'opinion, on n'osa les délivrer ni après le départ des Autrichiens, ni après la visite que le duc d'Angoulême fit à Avignon, au mois de novembre, afin de contribuer par sa présence à la pacification des esprits. C'est le 5 décembre seulement que le préfet se décida à les mettre en liberté. Il se rendit à Carpentras et voulut haranguer les détenus avant de les renvoyer. Mais, au lieu de les rassurer, de les couvrir de sa protection qui leur était d'autant plus nécessaire qu'ils allaient se trouver à la merci de passions encore menaçantes, il les traita en parias, leur tint un dur langage, dans lequel nous relevons

cette phrase : « Le roi ne vous a pas jugés dignes de sa colère. »

Le 25 décembre, un meurtre eut encore lieu à Châteaurenard sur la personne d'un maçon. Fugitif depuis la fin des Gent-jours, ce malheureux ne s'était décidé à retourner chez lui qu'après la mise en liberté des détenus de Carpentras. Le jour même de son arrivée, il fut massacré. En rendant compte de cet événement au préfet, le maire essayait de prouver que le maçon avait provoqué des gardes nationaux en jetant des pierres sur eux, et que telle était la cause de sa mort. Le préfet se contenta de transmettre à Paris cette version. Mais le ministre de la police refusa de l'accepter : « Je vois avec peine, répondît-il, que le maire de la commune vous a fait un rapport incomplet et probablement inexact, car il n'est pas à présumer qu'un individu que la crainte a tenu éloigné pendant six mois, aille provoquer la fureur populaire le jour même où il rentre dans ses foyers. Je vous invite à rechercher si l'émeute n'a pas été excitée, au contraire, par des individus qui voulaient satisfaire une vengeance personnelle, et, dans ce cas, à prendre les mesures nécessaires pour que les coupables soient traduits devant les tribunaux. »

11 nous a été impossible, malgré toutes nos re-

cherches, de découvrir la suite et le dênoùment de cette affaire; mais il e>t \Taisemblable que le maire de Chàteaurenard ne fut pas inquiété. A Texcepiion du meurtrier du maréchal Brune, tous les individus poursui\is furent acquittés faute de preuves. A A\ignon, comme à Marseille et comme à Xîmes, les assassins imposaient silence par les menaces à ceux dont les dénonciations auraient pu les perdre. L'ordre se rétablit peu à peu dans le département de Vaucluse; mais ceux dont les exactions et les violences Tavaient troublé, demeurèrent impunis.

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