Acte d'accusation
suspendu. Ils allaient s'élancer aux étages supérieurs, quand plusieurs officiers de la garnison et quelques gardes nationaux vinrent prêter main-forte au colonel Ricard et les obligèrent à quitter la maison, dont la porte fut soigneusement fermée et consolidée à l'intérieur par des barres de fer, afin d'en défendre l'accès. Le capitaine Belin et quelques hommes de bonne volonté restèrent au dehors.
Au dedans, le colonel Ricard s'était mis à la recherche du général Ramel. Les gardes nationaux qui venaient de le rejoindre, ajoutant foi à la version propagée parmi la populace, blâmaient vivement le général d'avoir tiré l'épée, chargé la foule et tué le factionnaire. C'est seulement quand, guidés par le locataire du troisième étage, ils se trouvèrent en présence du blessé, qu'ils ajoutèrent foi au récit des témoins sincères du crime.
— Ah! messieurs, de grâce, achavez-moi, s'écria Ramel, en les voyant entrer.
Puis, ayant retracé, en peu de mots, l'événement dont il était victime, il ajouta :
— Je suis un bon royaliste, cependant. Les Toulousains le sauront trop tard.
Sa blessure le faisait horriblement souffrir. On le descendit au second étasr'^ ; nn le coucha sur un ma-
d\0 LA TERREUR bIâNGHE.
telas, et M. Flottaid, ayant examiné la plaie, reconnut qu'elle était mortelle. Cependant, voulant soulager le blessé, il parla d'aller chercher les instrumens et les remèdes nécessaires à une opération qu'il jugeait utrle. De son côté, le colonel Ricard avait hâte de pendre compte au maréchal de Pérignon de ce douloureux événement et d'ordonner des mesures propres à rétablir la tranquillité dans la ville. Mais il ne fallait pas songer à sortir par la porte. C'eût été favoriser l'invasion immédiate de l'hôtel, car, au dehors, on voyait et on entendait une foule tumultueuse, sans cesse accrue, qui demandait qu'on lui jetât le général mort ou vif. Une échelle fut alors placée sur le derrife'e de la maison, à une croisée ouvrant sur la cour d*une propriété voisine. C'est par là que Mt Ricard et M. Flottard sortirent, en sautant sur des cages à poules, ce dernier après avoir déshabillé le général et ravoir fait placer dans son lit. Par surcroît de précaution, quelques hommes courageux furent apostés au pied de l'échelle, afin qu'aucune personne suspecte ne pût entrer dans l'hôtel par cette route improvisée.
Quelques instans après, le chirurgien revenait et op^^it un pansement. En même temps, trois cents hommes du régiment de Marie-Thérèse, une* forte
escouade de garde nationale, les brigades de gendarmerie commandées pai' M. de Gesta, se montraient sur la place des Carmes, au fond de laquelle ils se rangeaient en bataille, vis-à-vis de la maison du général Ramel. Puis, le général Barbot, chef d'état-major du maréchal de Pérignon, faisait évacuer la place et rejeter la foule dans les rués voisines, à l'exception toutefois de l'attroupement formé sous les croisées de l'hôtel, que MM. de Castellane, de Fontenille, Ricard, Belin, d'autres encore, s'efforçaient de dissiper. Oui, et c'est là certainement le trait le pUis inexplicable de cette tragique soirée, cet attroupement, à la tête duquel se trouvaient les misérables qui avaient préparé l'assassinat, fut respecté. Aucune tentative ne fut faite pour le dissoudre. « Ni la gendarmerie, qui était présente, ni la garde à cheval, ni enfin la troupe de ligne, ne reçurent d'ordres à cet égard, et aucun n'en sut prendre de ses mouvemens d'indignation. Tous restèrent spectateurs d'une scène aussi affreuse, sans tenter d'efforts pour la faire cesser K » Quarante témoins attestèrent ultérieurement qu'en dépit de tentatives individuelles aussi courageuses que périlleuses il ne fut pas donné un ordre