‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 63 sur 86 · Archives de la Haute-Garonne · texte numérisé non relu

Archives de la Haute-Garonne

L'enterrement du général Ramel eut lieu le 18 août. On fit à ce vaillant soldat, lâchement assassiné, des obsèques solennelles; toutes les autorités y assistèrent au milieu du concours d'une population respectueuse et recueillie, parmi laquelle un des assassins, le tourneur Daussonne, eut l'audace de se montrer. Le capitaine Belin, l'ayant aperçu dans le cortège, courut à lui, l'apostropha violemment, en lui rappelant son forfait, en lui reprochant d'oser venir, par sa présence, insulter sa victime, et le chassa des rangs des assistants. Le soir de ce jour, une main mystérieuse déposa chez M"* Diosi la poignée de l'épée de Ramel, les broderies et la ganse de son chapeau, ainsi qu'une cravate noire qu'il portait au moment où il avait été frappé. Enfin, et ceci n'est pas le moins significatif des faits que nous rapportons, une femme Verdier, nortière dans la maison de

Tun des officiers des compagnies secrètes, se présenta au cabaret de la rue Pharaon. Elle venait promettre au propriétaire de l'établissement que Teau-de-vie consommée chez lui durant la soirée du 16 août serait payée, et le prier de ne nommer aucun de ceux qui avaient pris part à l'orgie antérieure au meurtre. Les assassins tentaient déjà de détourner d'eux les soupçons. Personne d'ailleurs ne se trompait sur la réalité des faits. Tout le monde était convaincu que l'assassinat avait été prémédité, — préméditation d'autant plus inexplicable que, de tous les officiers généraux en ce moment à Toulouse, Ramel était celui qui avait le plus fait pour le triomphe de la cause royale.

(( L'assassinat de M. le général Ramel est un nouvel et triste exemple des excès auxquels peut entraîner le funeste esprit de réaction et d'anarchie qu'on n'a pas craint de souffler parmi des peuples qu'il eût été si important de ramener à des sentimens de paix et de conciliation. 11 est essentiel qu'un exemple éclatant serve à comprimer les factieux et que les hommes qui ont pris quelque part à ce crime affreux ne puissent échapper à la vengeance des lois. » C'est en ces termes que le ministre de la police générale, Fouché, répondait, le 28 août, aux

communications du préfet de la Haute-Garonne. Ce langage exprimait le sincère désir du gouvernement à qui depuis deux mois les plus tragiques événements révélaient T effervescence des populations méridionales de la France. Malheureusement, à Toulouse pas plus qu'à Nîmes, pas plus qu'à Marseille et Avignon, ensanglantés déjà par d'odieuses représailles, il ne sera aisé de poursuivre les coupables. Plusieurs années s'écouleront avant que justice soit faite de l'assassinat du maréchal Brune, avant que Trestaillons et ses complices soient traduits devant les tribunaux. La lenteur des instructions judiciaires, la clémence des juges, le silence des témoins, arracheront plus tard à M. de Serre et à d'autres orateurs des accens éloquens et indignés. Mais, jusque-là, les coupables«auront eu le temps de se soustraire à l'action des lois et leurs excès ne seront soumis à la justice que lorsque les mémoires n'en conserveront plus qu'un souvenir lointain et apaisé, sinon oublié.

A Toulouse, les autorités administratives et judiciaires, malgré leur bon vouloir, se heurtaient à d'insurmontables difficultés et rencontraient devant elles, entravant leur action, l'exaspération mutuelle des partis et, ce qui est plus gr^ve, le mauvais vou-

loir des fonctionnaires nommés provisoirement par le duc d'Angouléme après les Cent-jours, dont les uns, dépossédés de leurs emplois, entendaient les conserver, au mépris des . décisions royales qui y avaient mis fin ; dont les autres, plus dociles en apparence, ne cherchaient qu'à créer des embarras à leurs successeurs*. « L'apparence de triomphe que j'accorderais à un parti sur l'autre, écrivait M. de Rémusat, ajouterait à l'exaspération et amènerait de nouveaux malheurs. » Un rapport de police ajoutait : (( Les coupables sont connus et ne sont point punis. Les autorités les protègent. Le maire, M. de Malaret, n'a pu entrer en fonctions. Des attroupemens se sont portés chez lui pour le massacrer. Les magistrats nommés par la faction restent en place, malgré les ordonnancée. La rébellion est partout. On a chassé des assemblées électorales les électeurs attachés au roi et à la patrie. C'est le parti d'Artois qui triomphe. * » Le général Ricard écrivait de son côté : « Je ne puis vous donner une idée de l'exaltation des esprits. La garde urbaine n'ayant pu prévenir l'assassinat du général Ramel, les furieux qui ont attenté à sa vie pourront recommencer de pa-

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