‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 62 sur 86 · Acte d^accusation · texte numérisé non relu

Acte d^accusation

que son subordonné, quoique encore vivant, était perdu, il renonça à se rendre auprès de lui et donna seulement Tordre de l'interroger, afin de savoir s'il connaissait ses assassins. Puis, un piquet de trente hommes fut chargé de garder la demeure du général Ramel et de protéger son agonie contre de nouvelles fureurs *.

Le malheureux vécut jusqu'au lendemain, en proie à d'indicibles tortures qui lui arrachaient une plainte non interrompue. Parfois, il murmurait :

— Pardon pour ceux qui m'ont tué ! Pardon pour

1 . Voici en quels termes, dans ses rapports hebdomadaires adressés au ministre de la guerre, le maréchal de Pérignon faisait allusion à la mort du général Ramcl. Le jour même où le général fut frappé, son chef hiérarchique écrivait : « Le maréchal de camp de Pressac a été désigné pour remplacer le général Ramel, hors d*état de continuer ses fonctions pour cause de maladie. » Le rapport suivant ajoutait : « Bl. le maréchal de camp Ramel a été enseveli le 18 août avec les honneurs funèbres dus à son rang. » Et pas un mot de l'assassinat, dont le récit très sommaire ne fut envoyé à Paris que quelques jours plus tard. Cette affaire acheva la disgrâce du maréchal de Pérignon , dont tous les documens révèlent la faiblesse et rinertic. Le lieutenant-général comte Ricard, ayant été nommé au commandement de la division militaire, arriva à Toulouse le jour même de Penterrement de Ramel et vit défiler le convoi du fond de sa voiture. Puis il alla sMnstaller à Thôtel de la division à la place du général de Caldagnez. Le maréchal de Pérignon comprit alors qu'il n'avait plus rien à faire à Toulouse, et le 7 septembre, ayant constaté que le ministre do la guerre ne correspondait plus avec lui, il se retira dans ses terres. (Archives du dépôt de la guen-e.)

moi-même si, sans le vouloir, j'ai fait du mal à quelqu'un * !

Puis, le délire s'empara de lui. Il voyait ses meurtriers. Il leur parlait, les suppliait, les menaçait et s' écriaii tout à coup, pensant à quelqu'un d'entre eux :

— Que lui ai-je fait, à ce monsieur? Pourquoi cette cruelle vengeance? Surtout ne laissez pas entrer ce grand diable!...

La mort vint enfin le délivrer; avant qu'il rendit le dernier soupir, on put obtenir de lui le nom de ceux des criminels qu'il avait reconnus. Quelques heures après le décès, le chirurgien Larrey fut chargé de procéder à l'examen du cadavre. Nous avons eu sous les yeux le procès-verbal de cette autopsie faite en présence de M. Miégeville, procureur du roi, et de M. Boubée, juge *. Il constate et décrit minutieusement vingt plaies, dont quelques-unes horribles. Le nez et les oreilles étaient tailladés ; un œil était crevé, le crâne entr'ouvert. Le rapport déclare que la blessure d'arme à feu du bas-ventre, c'est-à-dire celle que le général avait reçue sur la place des Carmes, était suffisante pour déterminer la mort.

1 . Durant la nuit, un jeune prêtre, l'abbé Âlqaié, vicaire de b cathédrale, lui apporta, non sans courir plus d'un péril, lee der* niers sacremens. (Renseignement communiqué à l'autour.)

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